La décussation du tronc cérébral pour une intégration grégaire à côté d’une image spéculaire avec aliénation individuelle

 

 

La « décussation » du tronc cérébral pour une « intégration grégaire »,

 

à côté d’une « image spéculaire » avec « aliénation [1] » « individuelle »

« Décussation »

Cf. : « Voies et centres nerveux »

J. Delmas et A. Delmas, Masson éditeur, Paris 1962.

« L’image spéculaire » n’est pas substituable à « l’image réelle » et ne permet pas la « substitution » imaginaire avec un individu semblable réel [2].

23/10/2017

Jacques de Person

 

 

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·        Auteur : Jacques de Person

 

 

 

 

On peut lire dans « wikipedia » au mot « Décussation » :

 

« Pourquoi les principales voies nerveuses décussent-elles ?

La décussation des fibres nerveuses est connue depuis l'Antiquité car déjà Hippocrate avait noté qu'une blessure du côté gauche de la tête engendrait des convulsions de la partie droite du corps.

Mais l'explication de ce phénomène qui semble, à première vue, inutilement compliquer le système nerveux est une des questions les plus difficiles des neurosciences.

Ainsi Ramon y Cajal disait qu'il s'agissait là de « l'une des plus obscures questions de la biologie. »

 

L’article conclut : « … la décussation serait un vestige phylogénétique de la prépondérance des voies motrices extrapyramidales des vertébrés primitifs ».

 

Ce qui évidemment ne fait pas avancer d’un millimètre la réponse à

la question posée.

Anoushka Shankar accompagne au sitar son père le pandit ravi Shankar

(fond sonore de cette page)

 

 

Or la réponse nous est donnée sous nos yeux pour ainsi dire.

Pour bien en comprendre la nature, puis les diverses conséquences de la particularité anatomique de la « décussation », qui existe chez tous les animaux sexués évolués, il faut prendre un certain recul :

 

Ø      envisager l’animal dans un environnement, et non pas lui-même seul,

 

Ø      et, pour les humains,

 

1.       en plus du phénomène de la décussation que l’homme partage avec tous les autres animaux, et qui lui est tout aussi indispensable,

2.     la complexité qu’apporte chez lui, en plus, le miroir, qui lui donne de lui-même une « image spéculaire », à laquelle il identifie, en même temps qu’il aliène, son « moi ».

3.    Mais cette image virtuelle n’est superposable

§         ni aux « images vraies » qu’il voit autour de lui, s’il n’en inverse pas toutes les parties, 

§         ni à la sienne propre vue par les autres ou qu’il pourrait voir sur une photographie, un film ou un écran de caméra,

depuis qu’il a unifié son « image spéculaire » au temps de « la phase du miroir » (entre 0,5 et 1,5 an chez l’enfant), sur laquelle il a projeté celle de tout « son moi », comme Lacan nous l’a montré et appris.

 

La physique n’a jamais décliné aucune dimension (voir infra). C’est l’idée d’un écosystème – comme on dit maintenant – qui manque le plus généralement aux schémas entomologiques des théoriciens de laboratoires – de spécimens individualisés parce qu’ils en ont décidé ainsi ; mais la physique s’en-tête à ne pas se laisser mettre en boite.   

 

Ajouté en 2017 :

 

L’image spéculaire (dans le miroir) est non seulement inversée, mais aussi « en 2D ». « plate » !

Or, il semble bien que notre cerveau soit pré-programmé pour le « 3D ».

Ce qui expliquerait bien ce que nous croyons être des déconvenues, chez des animaux devant un miroir : en réalité, généralement ils s’en fichent, et ne se laissent pas berner par une image… fut-elle la leur et inversée !

Quelques fois, il est vrai qu’ils se laissent duper par l’image, mais en général pas longtemps, et ne semblent jamais la rapporter à eux-mêmes et ne sont pas capturés, fascinés.

[Petite exception pour les « animaux d’homme – estiques » (orthographie empruntée à jacques Lacan) et quelques situations précises et inhabituelles]

Cf. infra : « Chez les animaux, il est clair que les yeux sont faits, non pas pour se regarder, mais pour regarder le monde qui leur est exterieur ».

On en rapprochera le comportement des plantes – sans yeux ! Mais dont l’orientation spatiale, pour contourner une pierre, etc. est stupéfiante.

 

Chez les animaux, phylogénétiquement puis embryologiquement (« l’embryogénèse résume la phylogénèse ») il y a d’abord ce qu’on appelle la plaque optique.

Puis, elle s’invagine : A ce stade l’animal peut alors s’orienter par l’empreinte des ombres de lumière ou de chaleur sur un endroit variable de la peau.

La différence fondamentale entre une plante et un animal – comme les mots le font comprendre – est que l’animal se déplace entièrement et n’a pas de racines.

Puis la concavité se ferme en laissant apparaître une petite fente, comme un sténopé.

Puis la suite se construit au fil des épreuves et du temps.

 

Nous, nous apprenons à nous reconnaître (re-connaissance : vision du 2eme degré) devant un miroir - mais guère plus devant cette image inversée et plate, dès qu’il ne s’agit plus du visage !

Tout simplement parce qu’on s’est habitué depuis tout petit à admettre de nous identifier à cette représentation de nous, mais qui n’est en rien une véritable image notre corps.

Et dès qu’il s’agit de se gratter le dos, on comprend vite qu’on le réussit mieux les yeux fermés, qu’en essayant de contrôler le geste devant un miroir.

 

Un problème majeur est qu’on est tellement « acculturé » par les impositions idéologiques de nos administrations (sans parler de l’imposition de l’impôt !) – imposition progressive depuis des millénaires d’une individualisation – maintenant concrétisée par un numéro ‘immatriculation à la sécurité sociale, à vie, et non transmissible, etc.) – et comment pourrait-il en être autrement ? qu’on a beaucoup de mal à concevoir les choses autrement. (Cf. l’idée d’individu chez Homère dans la page « la physique des signifiants »).

C’est exactement comme lorsqu’une musique, ou n’importe quelle œuvre d’art, ou un exploit sportif, peut nous transporter au comble de l’émotion ou de l’admiration alors que la même production laissera un autre peuple - ou un voisin – dans la plus totale indifférence - comme on le voit aussi chez les animaux, dont chaque espèce est particulièrement sensible aux valeurs privilégiées par l’espèce.

Les ralentissements ou accélérations des pulsations cardiaques - que l’on signale infra - peuvent eux-mêmes témoigner d’un forgeage culturel, comme l’a bien démontré Pavlov.

 

1 - Il faut que tout le monde apprenne ce qu’est la « proprioception » (= la sensibilité corporelle profonde) et, dans le monde animal évolué, il y a même des fibres spécialisées dans la proprioception consciente et d’autres spécialisées dans la proprioception inconsciente :

Ce qui explique non seulement le fonctionnement du réflexe rotulien, mais même le sursaut que l’on peut quelquefois manifester lorsqu’un dentiste passe une fraise sur une dent, sans même avoir mal, et même sans comprendre pourquoi !

Quant au vécu du dentiste, il ne peut non plus se passer de sa proprioception, au point que l’un d’eux m’avait un peu fait peur en me disant : « je n’ai guère besoin de voir, je pourrais même te soigner les yeux fermés ! »

 

Et il est vrai qu’il y a certaines choses que l’on réussit plutôt mieux sans voir, et à coup sûr aussi, sans réfléchir.

Tout le monde connaît les rôles facilitateurs de certains éclairages et de la pénombre dans nombre d’activités humaines – très souvent dans les comportements sexuels humains, et là encore, « l’idée, la représentation de l’image », peut prendre une importance exceptionnelle, jusqu’à abolir toute réalité visuelle, dans le déclenchement d’un comportement organisé.

Mais ce n’est en rien une image spéculaire, ni virtuelle, ni « de » soi-même – bien qu’elle soit produite par soi-même : Ce « de » n’est pas ici un génitif de propriété.

Il ne faut pas confondre les images réelles – même imaginaires - avec les images spéculaires virtuelles.

On constate aussi le même phénomène (trompeur d’occasion) chez les épinoches (poissons) qui sont capables de répondre par une éjaculation à la simple vue de morceaux de papier colorés : rien ne permet de se prononcer ici sur les représentations imaginaires des épinoches !

 

2 - On pourra rapprocher aussi de la proprioception « les neurones miroirs » : Le mot est très mal choisi puisque justement il ne s’agit pas d’image spéculaire, inversée, énantiomorphe, en miroir !

De quoi s’agit-il ?

Depuis 1950, on sait (grâce aux enregistrements E.E.G.) que parmi les primates, la simple vue de l’acte de préhension chez un congénère, déclenche une activation des neurones homologues chez l’observateur.

Là encore, la décussation est donc essentielle, car il ne s’agit pas d’une image spéculaire (énantiomorphe)

 

3 - S’agit-il de « communication » ?

Tout dépend du sens donné à ce mot (qui peut être différent du mot à mot étymologique) :

·        si l’on considère que la communication définit une liaison immédiate, sans coupure, sans solution de continuité reconnue comme telle, sans individualisation des êtres, (comme par exemple un circuit électrique, même s’il comporte des résistances et des condensateurs)

 

en cours

…………………………

·        Par contre, si l’on considère que la communication implique une coupure (coupure qui sépare deux individus) : Le courant est coupé : on change de voltage, voire de nature de la transmission, ce la communication :

……………………..

4 – Si l’on considère 2 systèmes organisés séparés – et tout est alors ici question  de points de vue - peut-être interdépendants , mais définis séparément, on pourrait alors en arriver à une hypothèse qui consisterait à situer « la communication entre deux individus, individualisés et séparés » « dans l’imaginaire » :

On pourrait alors construire son paradigme à partir de la théorisation que Socrate donne à Alcibiade de « l’idée amoureuse ».

Cette théorisation est rapportée par Platon dans « Le Symposium (ou Banquet) ou De l’amour » : Alcibiade est amoureux de Socrate par ce

[(en deux mots instrumentaux : « par ce », aussi bien qu’en un seul mot : « parce », causatif)

(et ce « ce » dans les deux cas devrait être au neutre pluriel)]

qu’il imagine qu’il y a en Socrate, à l’intérieur de Socrate : mais cette « imagination » est toujours arrêtée par les écrans successifs qu’elle se construit elle-même et sur lesquels elle « projette » ses fantasmes, ces écrans étant comme la surface des « poupées russes » qui s’emboîtent indéfiniment (en théorie) et le déshabillage n’a de limite que celle que donne le fétichiste à son objet de plaisir : Dans le déshabillage possible jusqu’à l’infini, il s’arrête, à l’objet qui devient fétiche.

Dans l’amour, l’intérieur de l’objet aimé est dans la dimension imaginaire – en théorie illimitée - de l’amoureux, alors que le plaisir est corrélé à une dimension de surface – inexistante dans la réalité, puisque sans profondeur réelle, ce qui est encore un paradoxe entériné par le langage de la vie quotidienne, auquel l’homme est habitué – à défaut de l’avoir tout simplement lui-même créé - peut-être – qui sait ? plus que les autres animaux, lieu de projection du fantasme, « d’un fantasme plat ».

 

La dimension sexuée du fétichisme est une autre affaire de théorisation psychanalytique - qui a à voir avec le sexe ou son absence : le manque phallique ce la femme etc.

Mais fondamentalement le sexe n’a rien à voir avec l’amour, ni l’amour, sans doute, même avec l’espèce, et la sexualité est bien autre chose que l’amour ;

Nous n’en parlons que pour dire qu’elle ressortit au grégaire, au domaine de la proprioception et tout ce qui va avec, et il n’y a rien de plus à en dire.

Au contraire, nous essayons ici de théoriser la communication de deux sujets « réputés individus », et somme alors entraîné vers la dialectique amoureuse, dans laquelle nous proposons alors de faire rentrer cette communication au sens banal, quotidien du mot, dont la plupart des gens seraient sans doute bien en mal de dire ce que ce mot veut dire dans les relations humaines, et probablement - par a priori - enclins à en réfuter son essence imaginaire.

Celle-ci n’exclut d’ailleurs pas d’autres dimensions aussi, si tant est que ce mot y ait un sens.

 

J ‘ai trouvé un passage très intéressant à ce propos dans le livre d’Alexei Sossinsky : « Nœuds, genèse d’une théorie mathématique », Editions du Seuil, Paris,

février 1999 :

 

« … Le lecteur peut se demander quelle puissance de visualisation de l'espace on doit avoir pour inventer les monstres tels que le « collier d'Antoine » ou « le nœud sauvage de Zuev »

II sera peut-être surpris d'apprendre que ces deux mathématiciens [Antoine et Zuev] sont totalement non voyants.

Mais en fait, il n'y a ici rien d'étonnant, comme il n'y a rien d'étonnant au fait que presque tous les mathématiciens aveugles sont (ou ont été) géomètres.

L'intuition de l'espace que nous avons, nous autres, voyants, est surtout basée sur l'image du monde qui se projette sur notre rétine ; c'est donc une image à deux (et non à trois) dimensions qui est analysée par notre cer­veau.

L'intuition de l'espace d'un non-voyant, par contre, pro­vient surtout d'une expérience tactile et opérationnelle.

Elle est autrement plus profonde - au sens propre comme au figuré !

Pour terminer cette digression, notons que des travaux bio­logico-mathématiques assez récents (basés sur l'étude d'enfants et d'adultes nés aveugles et devenus voyants par la suite) ont montré que les structures mathématiques les plus profondes, par exemple les structures topologiques, sont innées, tandis que les structures plus fines, telles les structures linéaires, sont acquises [Zeeman, 1962].

Ainsi, l'aveugle devenu voyant ne distingue pas, au début, le carré du cercle : il ne voit que leur équivalence topologique.

Par contre, il voit aussitôt que le tore n'est pas une sphère.

Quant à nous, notre tendance à absolutiser ce que nous voyons nous fait souvent concevoir le monde d'une façon bien plate et superficielle... »

 

Et voilà pourquoi le devin Tirésias était aveugle !

 

Tous les physiciens devraient faire un peu de médecine ! Pour y décrypter comment fonctionne en fait leur propre physiologie, leur représentation du monde, etc. en la confrontant à la réalité de l’autre…

Et même, à l’occasion, rencontrer des illettrés (mot qui n’a rien de péjoratif) qui n’ont jamais lu les lois de l’optique géométrique ni les propos philosophiques de René Descartes.

 

 

(Cf. Mohamed Boughali, La représentation de l'espace chez le Marocain illettré : mythes et tradition orale, Paris, Éditions Anthropos, 1974.

[compte-rendu] clic

 

 

 

 

·        Les illettrés ont souvent une conception plus spontanée que nous de l’espace dans lequel ils se meuvent – et se meuvent différemment.

·        sont plus adroits pour tirer sur les brides d’un chameau avec leurs orteils, ou pour monter par l’échelle arrière sur le toit d’un autocar en marche à pleine vitesse, sur une route caillouteuse, pour rattacher une valise sur le toit…

Dans le même sens, enfin, un vieux physicien philosophe me disait : « Quand on ne connaît qu’une seule langue, on n’en connaît aucune ! » Hommage lui soit rendu.

 

NB :

1.       Les yeux fermés, j’arrive sans problème, et du premier coup à faire toucher les pulpes de mes deux index.

2.     En ne me guidant devant moi qu’avec les yeux, c’est beaucoup plus hésitant.

Cf. la démarche du « tabétique » (mais le tabès syphilitique a pratiquement disparu en France) qui lance la jambe en avant, maladroitement, parce qu’il a une anesthésie de la proprioception, due à une atteinte des « cordons postérieurs de la moelle (de Goll et Burdach de la proprioception inconsciente, entre autres car il y en a d’autres) »  : On dit « qu’il marche avec les yeux » ; Mais le résultat n’est pas très bon ; Evidemment, les yeux fermés, il n’arrive à rien, et finit par tomber ; En faisant « un pas en avant – un pas en arrière », ses pieds dessinent une étoile : c’est le signe de Romberg. Ainsi dans cette maladie, la vue joue le rôle de béquille de rattrapage, mais la démarche est boiteuse [3], bancale.

3.     mettre les index bout à bout au-dessus de la tête uniquement en les regardant dans le miroir est presque impossible, du fait de l’absence de la dimension de la profondeur : ils se chevauchent.

 

La mise à plat du 3D par « artifice » :

 

C’est le problème de la mise à plat des nœuds, chose proprement impossible : On ne peut que dessiner « des diagrammes de nœuds » (une projection sur un plan) et introduire dans le dessin des coupures selon que les croisements se font « par dessus » ou « par dessous » (conventionnellement, selon une 3 ème dimension perpendiculaire au plan).

Ensuite, on peut les orienter à plat, etc. comme suivant un cadran d’horloge : « sens horaire ou sens anti-horaire » (C’est également conventionnel, mais dans le plan)

 

Voilà pour le 3D !

 

4.     Mais il y a autre chose encore à dire : L’orientation d’un cadran plat est possible en 2D mais n’a strictement rien à voir avec la 3 ème dimension spatiale :

 

Dans l’image spéculaire d’une pendule, toutes les aiguilles tournent dans le sens anti-horaire.

 

Ainsi, il suffirait d’avoir : Un cadran normal + l’image spéculaire en mouvement des aiguilles

(ou l’inverse pour chacun des deux)

pour avoir une pendule dont la lecture des aiguilles semblerait remonter le temps…

Cette fameuse flèche du temps !

Cf. Il y a deux flèches du temps opposées dans « Les Univers Gemellaires » de Jean Pierre Petit ; à lire. 

Cf. aussi toutes les difficultés d’Einstein pour définir le temps – ce à quoi il n’est jamais arrivé –

et d’en conclure, après la mort de son ami Michel Besso en 1955, que « le temps est une formidable illusion ».

 

 

En fait le problème des dites dimensions est extrêmement complexe en physique, voire complètement fallacieux :

 

Les interfaces des animaux ont une « dimension de Surface » mais peu ou prou « déformable » selon les organes.

 

L’œil : Il est à remarquer que l’œil est un globe et que « la rétine est une surface concave » peu déformable.

Si bien que la vision rétinienne monoculaire est une vision en 2D au moment de l’accommodation du cristallin.

En vision binoculaire : 2D + (conjugué avec) 2D revient à 3D (eh oui) : comme 2 surfaces qui se coupent en topologie, mais ici selon un angle variable formé par ces 2 surfaces concaves qui se coupent : Ce qu’on appelle parallaxe pour deux droites aboutit ici à ce qu’on appelle - faute de mieux - vision stéréo.

L’accommodation séparée de chaque œil ajoute une complexité supplémentaire à la binocularité et il y a ici beaucoup plus que 2 droites joignant chaque œil à l’objet vu, par définition puisque mathématiquement une droite n’a pas d’épaisseur.

De plus chaque œil accommode séparément en fonction de sa distance à l’objet : il y a là aussi des réflexes inconscients.

 

On touche ici du doigt aux limites des abstractions mathématiques appliquées à la physique : En physique il n’y a que « des niveaux de précision » : jamais « d’absolue précision », ni non plus « d’immuable », ce qui est inscrit étymologiquement dans le mot grec « physique »,aussi bien que dans le mot latin « naturus », participe futur du verbe « naître », par lequel on l’a traduit.

En un sens, dans la vue, la question des dimensions n’est pas mesurable. Elle ne relève que d’une application d’un outil mathématique, mais il y a plusieurs outils mathématiques applicables possibles : N’est-ce pas une affaire profondément culturelle ?

 

Les animaux les plus évolués se permettent pas mal d’acrobaties physiologiques : l’homme lui a 100 milliards de neurones pour s’y essayer.

Je me demande toujours si les animaux dont les oreilles sont orientables les orientent consciemment ou non ; de toutes façons, les oreilles sont beaucoup plus apparentées aux réflexes spinaux que les yeux [4].

 

L’oreille : En ce qui concerne les tympans (correspondant aux ouies des poissons) la membrane s’enfonce car l’ouie travaille en pression qui est au principe même de son fonctionnement : on passe pour ainsi dire sans transition des ouies à l’ouie. Il n’y a pas de son dans le vide - qui d’ailleurs n’est vide que de l’absence de quelques éléments repérables, comme l’air, la terre l’eau et le feu… ! 

 

Les dimensions en physique : Mais bien sûr, le percevant n’est pas le perçu de la perception, et on s’aperçoit donc que, en physiologie, les notions de 2D et de 3D n’ont pas de très grande « réalité physique », contrairement à d’autres fonctions mieux connotées : latéralisation ; ventralisation ; avant-arrière ; tubularité ; etc.

[La question de la « vérité » en dépend directement : elle dépend des limitations à voir, à faire et à dire, ce dont tout le monde a toujours eu le sentiment depuis toujours. 

Comme disaient l’historien de l’islam « Mahmoud Azab » à propos du relationnel : « l’histoire n’a jamais qu’un seul visage » ou le psychanalyste Lacan, dont beaucoup d’aphorismes sont devenus célèbres : « La vérité ne peut que se mi-dire », « le langage ment ; l’engagement » ou « Le goût de ce qu’on dit ment », etc.]

 

Les dimensions sont des manières de représentation, des abstractions, une mathématisation, des signifiants de langage.

C’est probablement entièrement la notion de « dimension en physique » qui serait à revoir, peut-être en précisant « avec quelle façon de regarder » [5]

Cette notion de dimensions est issue d’un certain mode traditionnel de raisonnement, et comme telle bien intégrée, mais diffère fortement de toute la réflexologie proprioceptive innée, comme on vient de le voir.

 

Toute dimension en physique – astronomique ou non – résonne un peu comme le résultat mathématique d’une équation qui tend vers l’inadéquation.

La « réalité physique [6] » est un concept intellectuel impossible à définir et on voit mal pourquoi il n’y en aurait qu’une.

On a déjà noté le paradoxe qu’il y a à déclarer comme l’a fait Einstein en 1955 que « le temps est une formidable illusion » et compter par ailleurs les distances intersidérales « en années-lumières »

Ce paradoxe est peut-être congruent avec la superposition de l’image spéculaire sur l’image réelle : Il faut chercher.

La même remarque peut sans doute être appliquée à toutes les dimensions en physique.

 

Au reste et par ailleurs, ce que l’on sait reste bien mince, difficile à exprimer, et peut toujours être débattu ne serait-ce que pour ces raisons mêmes.

En somme pour prendre soin de soi, la proprioception marche très bien, mais pour éviter de se cogner aux arbres, on a besoin des yeux.

Mais pourquoi diable nous a-t-il fallu aller nous chercher dans la glace ?

Pourquoi cette individualisation du corps unifié de l’enfant – et si précoce ?

L’identification, certes, mais est-ce que le désir en vient de nous – comment le pourrait-il ? Ou n’est-il pas la réponse à un ordre venu d’en haut ?

 

Sophocle contre Aristote :

 

Pour Aristote, l’ordre du monde – « sublunaire », comme il l’appelle – ne peut être remis en cause : - puisque « l’esclave l’est par nature » ; « l’esclave est une machine vivante » dit-il, soumise à l’inéluctable empreinte de sa destinée. Et, dès lors il n’y a plus rien à dire.

 

Pour Sophocle au contraire – bien que Sophocle le précédât de 2 siècles – le destin existe, il le reconnaît, mais encore faut-il que la partie soit jouée.

Certes il se méfie aussi de la liberté de l’esprit puisqu’il démontre clairement que l’esprit est manipulable. Mais les influences ne sont pas univoques. Elles font débat.

Dans la pièce « ŒdipeTyran » : Tyran tyrannisé, en fait, comme on le comprend ensuite – et le tyran devient bouc émissaire (« pharmacos ») – Sophocle fait découler l’injonction incestueuse du désir de Jocaste sa mère : Cet « en haut » est le désir de Jocaste mandaté à Œdipe, le désir de la mère mandaté à l’enfant.

Mais l’issue n’est décisive qu’au terme d’un débat : Œdipe veut savoir ; Jocaste tente de l’en dissuader ; Tirésias scande les temps : Le théâtre est le lieu des débats.

Le résultat devient alors celui d’une opération psychologique qui pourrait bien avoir autant de poids chez l’homme que celui de la génétique.

In fine, les prophéties du destin - « fatum » - se réalisent, mais ce n’était pas sûr.

 

2.500 ans plus tard, il semble bien que nous ayons beaucoup de mal à croire à la réalisation des prophéties et à la prédestination – à tort ou à raison.

Nous tenons cette tragédie pour un roman : Elle n’est pas une histoire vraie. Mais elle est tout de même une métaphore dont Freud saura faire l’usage que l’on sait.

 

Enfin, plus généralement si le complexe d’Oedipe est acquis, c’est aussi qu’il pourrait ne pas l’être.

On dit – en décrivant « la phase de latence » chez l’enfant - que l’homme naît incomplet et que son l’enfance est très longue rapportée à celle des animaux.

En réalité, à l’aune de ces considérations, si « l’incomplétude néo-natale » est avérée, le temps de « l’enfance » vraie (« in-fans = non –parlant ») – ce temps du passage « du parlé au parlant », est assez court et ne laisse guère à l’enfant de répit. La véritable phase de latence – de 4 ans à la puberté – ne vient curieusement qu’après, quand l’essentiel est déjà joué.

 

 

Connexions et état de rêve

 

Neurophysiologiquement, l’état de rêve n’est semblable ni à l’état d’éveil ni à l’état de sommeil et les connexions neurologiques s’établissent différemment des deux autres états.

Au niveau des hémisphères cérébraux, il existe des connections d’un côté à l’autre, évitant ainsi quand ils ne sont pas nécessaires, les longs trajets par la moelle. Les communications se font alors par le corps calleux, sorte de pont au niveau de la scissure inter-hémisphérique.

Il n’est plus question ici de croisements, mais simplement de transferts d’un endroit à l’autre, sans relation avec le monde extérieur.

Cela permet à chaque hémisphère d’avoir des spécialisations propres et beaucoup plus élaborées que ne sont les simples neurones effecteurs et récepteurs destinés à la périphérie. Ainsi, schématiquement les aires du langage sont placées dans l’hémisphère gauche chez le droitier ; les aires de reconnaissance visuelles à droite, les aire d’élaboration musicale aussi, etc. Chez le gaucher, c’est l’inverse.

Ainsi, et on le sait depuis l’antiquité, une lésion des aires motrices à gauche chez le droitier pourra engendrer une hémiplégie droite avec aphasie, alors que la même lésion de l’hémisphère droit ne donnera qu’une simple hémiplégie du côté gauche, sans aphasie. (Les aires de reconnaissance visuelle des visages (prosopo-gnosie) sont beaucoup plus postérieures).

Durant les phases de rêve, pendant ce qu’on appelle aussi sommeil, mais « sommeil paradoxal » « S.P. » le cerveau s’isole à peu près complètement du monde extérieur (beaucoup plus profondément que durant ledit « vrai sommeil »), en envoyant des ordres d’inhibition principalement dans la moelle, inhibant ainsi les réceptions sensitives et les possibilités de mouvement : Le cerveau travaille en circuit fermé, envoi des impulsions de l’hippocampe au cortex, en reçoit en retour, etc. Il travaille beaucoup, souvent plus encore que dans l’état d’éveil !

Ces phases de rêves durent environ 20 minutes environ 4 ou 5 fois par nuit et sont donc séparées par des séquences de « vrai sommeil » qui durent canoniquement 90 minutes.

Le S.P. n’est jamais initial dans une nuit, qui commence toujours par un sommeil en phases étagées, de sommeil de plus en plus profond. Puis quand le dormeur a pour ainsi dire, pris le temps de bien se tranquilliser, tout d’un coup et pour 20 minutes, il coupe tous les ponts avec le monde extérieur, le corps devient totalement hypotonique, la nuque devient molle (on voit alors la tête de notre voisin qui tombe si on voyage en train) et le cerveau se réveille, mais en circuit fermé.   

Ainsi le rêve fonctionne très bien selon des scénarios très fortement dépendant de sa génétique (comme on le voit chez les vrais jumeaux (homozygotes) chez lesquels il arrive qu’ils fassent « le même rêve »), selon l’espèce animale, évidemment, et même selon la lignée (comme on le voit dans les lignées de souris consanguines ) etc.

Certains pensent que alors le cerveau se recycle ou se ressource ; d’autres pensent qu’il intègre les nouveaux évènements de la journée passée, d’autres qu’il travaille sa mémoire : Personne n’en sait rien.

Ainsi, les connexions se font d’une zone du cerveau à une autre, sans jamais entrer en relation avec le monde extérieur ; De plus, les passages d’un hémisphère à l’autre sont peu intenses car le cops calleux est lui aussi en grande partie dés-afférenté.

Mais il se trouve que dans le cas de certaines lésions du corps humain – les descriptions de ces cas et leur compréhension sont récents - ou surtout chez des animaux de laboratoires chez lesquels il est possible de supprimer les connexions inhibitrices envoyées aux acteurs moteurs périphériques (muscles) on peut assister alors à une expression extériorisée du rêve en direct [7].

Ces expressions sont variables selon les espèces animales. Le chat y reproduit ses programmations de chat et la souris, ses programmations de souris.

Mais comme il s’agit bien de rêve, les comportements sont déconnectés des réalités du monde extérieur : Le chat se lance à la poursuite d’objets invisibles, etc.

Sans entrer dans les détails du câblage cérébral - et en particulier du fait que les communications inter-hémisphériques sont à peu près totalement bloquées durant la phase de rêve -  on comprendra ici que se produisent des comportements qui paraissent aberrants aux yeux de l’observateur, puisque le rêve est prévu pour fonctionner en circuit fermé, sans tenir compte du voisinage réel d’un congénère, d’un prédateur ou d’une proie.

Ainsi, dans les redressements d’explorations, le coup tendu, le chat peut tourner sa tête à droite alors que ses deux yeux vont se tourner vers la gauche, du fait de comportements programmés par un hémisphère, mais qui ne seront pas envoyés aux noyaux de l’autre, nécessaires à l’expression coordonnée dans le monde des relations sociales.

On peut probablement aussi expliquer ainsi l’existence, très fréquente dans les rêves, de dissonances étranges : Par exemple les rêveurs tantôt « voient les personnages » mais ne perçoivent leurs paroles que totalement brouillées, ou au contraire perçoivent des paroles claires, mais d’un locuteur sans visage, etc.

Mais, d’une part ces observations neurophysiologiques n’ont encore été faites que depuis quelques décennies, d’autre part les périodes de rêve ne totalisent pas plus de 100 minutes par jour chez l’homme (beaucoup moins chez les petits animaux et bien davantage chez les gros – on a même dégagé quelques lois à ce sujet), enfin – at least but not last - la nature n’a justement rien prévu pour que les rêves soient extériorisés.

Les travaux restent donc en nombre limité.

Au final,

Ø      Tous les travaux ne cessent de confirmer l’importance de la génétique dans la mise en place des grandes structures du cerveau,

o       et même - ce qui n’était pas connu au moment où Jouvet menait ses principales expériences de laboratoire et les publiait - les différences entre les chromosomes sexuels X et Y eu égard aux zones dont ils permettront de stimuler un plus grand développement ;

§         et même au-delà, il y a des différences entre les fonctions du chromosome X hérité de la mère et le chromosome X hérité du père. On sait que le chromosome Y spécifique du sexe mâle est nécessairement hérité du père.

Ø      Mais au cours de l’évolution phylogénétique, la neurogénèse (qui se poursuit durant toute la vie chez les poissons) cesse de plus en plus précocement, si bien qu’elle cesse grosso modo 1 mois après la naissance chez l’homme ;

o       Avec l’exception notable de cellules olfactives, dont l’axone est connecté au rhinencéphale, et dans le cerveau, des neurones de l’hippocampe qui continuent à se multiplier.

Ø      Sans réplication, les cellules sont susceptibles de perdre leur fontion d’entretien de l’information génétique, et il semble bien que les rêves viennent alors à leur secours pour entretenir les patterns de l’information, tout en laissant une plus grande part à l’épigénétique.

Telle est du moins la théorisation de Michel Jouvet, dont le lecteur aura tout intérêt à consulter la présentation directement (Michel Jouvet, Le sommeil et le rêve, 1992 ; poche).

 

 

 

Etat de rêve et neuroleptiques

 

Tout ceci a pourtant des implications directes en clinique neurologique, et en cette si mal nommée clinique psychiatrique, pourtant bien intéressante dès lors qu’elle réintègre sa juste, pleine et unique place au sein de la médecine.

Ces implications sont à rechercher d’une part chez un patient vierge de tout traitements médical – ce qui n’exclue pas la prise de substances pharmacologiques hallucinogènes et elles sont nombreuses et souvent peu connues (des toxines de poissons, etc.)

Des implications d’autre part sont importantes chez les patients neuroleptisés : J’ai très souvent remarqué à quel point de nombreux neuroleptiques ont souvent des effets dés-inhibiteurs, allant bien au-delà de ce qui est souhaité - et même scientifiquement énoncé actuellement. Ces effets dés-inhibiteurs se manifestent par exemple par le passage à l’acte suicidaire d’un déprimé, phénomène bien connu et à juste titre redouté.

Mais la dés-inhibition a beaucoup d’autres aspects plus insidieux et moins connus – plus difficiles à déceler - bien que leur importance soit considérable et joue en général en défaveur du patient qui « paraît plus fou qu’il ne l’est »

Cela se manifeste par exemple par « un laisser aller incoercible dans la parole » Souvent le psychiatre est content puisqu’il redoute toujours le mutisme.

Mais souvent se produisent des phénomènes analogues à ceux rapportés concernant la des-inhibition de l’inhibition normale durant les périodes de rêve.

Mais avec certains neuroleptiques cette dés-inhibition apparaît comme permanente, si bien que des fantasme quasiment rêvés sont énoncés n’importe où, mélangés aux énoncés d’ordre social de la vie quotidienne.

En général on en sourit, en mettant cela sur le compte de la folie – en réalité ici induite - mais il y a des cas où les conséquences sont beaucoup plus graves, en particulier dans les domaines publics, car des actes violents semblent aussi pouvoir être concernés, comme dans le cas des chats de laboratoire cités ci-dessus.

Or l’absence de contrôle est normale dans l’état de rêve physiologique « en circuit fermé » mais ne l’est pas dans l’état d’éveil physiologique « en circuit ouvert »

Dans un monde de plus en plus neuroleptisé (jusqu’aux confins de la planète) ce phénomène prend beaucoup d’importance mais est peu connu – souvent par les psychiatres eux-mêmes que  les nouveaux statuts officiels éloignent de plus en plus de la médecine – et les dites prises en charge se font de plus en plus en ambulatoire ; ajoutons les psychologues ; quelquefois le personnel infirmier ; bien davantage et plus souvent le personnel administratif d’un hôpital régulièrement en rapport avec les patients ; presque toujours les juges et les policiers desquels on ne peut pas exiger évidemment qu’ils soient « bons en médecine ».

Tout le monde n’est pas obligé de savoir quels neuroleptiques inhibent les rêves (I.M.A.O. (Inhibiteurs de la mono-amino-oxydase) ; Amines tricycliques (Chlorimipramine, etc.…)

Cela se manifeste au niveau végétatif, par des troubles multiples, des troubles de la salivation – en trop ou en pas assez – mais aussi de la bave par manque de déglutition rapporté à des symptômes extra-pyramidaux, comme les contractures musculaires, la démarche festinante, et même un syndrome parkinsonien total, les crises de plafonnement oculaire, des tiraillements dans les yeux, des troubles de l’accommodation, etc.

Les comportement complexes impliquent tellement de connexions entres les divers systèmes que les classifications sont toujours réductrices. 

N’oublions pas encore, très souvent, l’absence de règles chez la femme et l’impuissance chez l’homme.

Cette impuissance est à rapprocher de l’érection que l’on constate au contraire systématiquement comme signe pathognomonique du rêve, alors que de nombreux neuroleptiques suppriment tout simplement les rêves – ce qui s’objective très facilement sur les enregistrements électro-encéphalographiques.

La cause immédiate des perturbation est ici évidente, mais on ne sait rien de son fonctionnement. 

Un mot pour dire enfin que les yeux sont très fortement impactés par les neuroleptiques alors que les mouvements oculaires rapides sont au contraire pathognomoniques de l’état de rêve – ici souvent supprimé.

Il en résulte que tout cela évoque fortement ce que j’ai appelé « l’extériorisation du rêve en direct » et le mélange des genres prend ici un aspect dramatique.

Les travaux sérieux sur le sujet restent beaucoup trop rare au vu des enjeux, et, comme ailleurs, l’homme joue ici beaucoup trop à l’apprenti sorcier.

 

Après cette digression, retenons que les résultats des explorations neurophysiologiques de l’état de rêve confirment ici le fait que la décussation des fibres nerveuses, essentielle dans les relations sociales de l’animal avec son monde extérieur, n’ont aucune fonction en circuit fermé, et aboutissent à des résultats totalement aberrants si on mélange ce qui est prévu pour l’état de veille, avec ce qui est prévu pour l’état de rêve.

Le sommeil, lui, semble être totalement différent de ces deux états du cerveau et avoir surtout une fonction de repos, de récupération, dans un état peu énergivore, permettant de recharger les batteries (ici en sucres – et le neurone utilisera la voie des pentoses alors que tous les autres organes utilisent la voie des hexoses – aérobie ou an-aérobie).

A beaucoup d’égards, le fonctionnement cérébral ne peut pas être calqué sur celui des autres organes, mais les relations entre les uns et les autres sont nécessaires, et c’est une cause de complexité non négligeable de l’organisation. 

Beaucoup de choses restent encore à découvrir, et probablement beaucoup d’erreurs à corriger.

 

La question de la responsabilité est intéressante :

La neurogénèse est sous contrôle génétique (les chromosomes X et Y n’ont pas le même impact, eu égard aux zones de développement cérébral qu’ils engendrent, ni même le Xp paternel n’a la même fonction que le Xm maternel, etc.)

Au fur et à mesure de l’avancée dans la phylogenèse, la neurogénèse s’arrête plus tôt chez l’individu :

- Les poissons renouvellent leurs neurones toute leur vie

- A l’age de 3 semaines pour l’homme, elle s’arrête – à l’exception notable des neurones de l’olfaction et du rhinencéphale qui continuent à se reproduire.

Les rêves, au contraire, se multiplient d’autant plus abondamment que la neurogenèse s ‘arrête tôt et ils semblent prendre le relais de la programmation génétique de notre cerveau, à partir de structures déjà mises génétiquement en place, mais aussi en intégrant les nouvelles informations reçues dans l’état éveillé (et on parle alors d’épi-génétique). 

Ainsi, les rêves, eux, sous la pression des structures déjà en place déterminées génétiquement, pourraient avoir une fonction de restructuration - par exemple de trop grands égarements (de l’esprit ?) (au lieu d’être des petits délires, ils en seraient à peu près le contraire) – mais sous forme codée, chimiquement, électriquement, etc. et non pas verbale, sinon peut-être indirectement.

Mais ils pourraient d’autre part et en même temps intégrer les données nouvelles - si la structure en place les laisse passer – et les rêves acquérraient alors une fonction dite « épigénétique » (comme celle de nos bactéries intestinales, fonction très importante, et, en répartition de variétés, propre à chacun)

Les productions oniriques pourraient ainsi permettre une sorte de délibération intérieure (entre neurones !) - même à notre insu, individuelle, « à nos heures perdues ».

Que l’éternelle question de la prédestination soit entre les mains de Dieu ou de nos neurones, l’inné et l’acquis y tiennent en définitive la même place pour nos réflexions : l’un et l’autre sont opérants et je ne dirai évidemment pas quelle en est la part, probablement non mesurable.

Quoiqu’il en soit, la conscience éveillée a besoin de faire grandes études et travaux paléontologiques pour découvrir les grottes de nos ancêtres.

Le rêve, lui, à l’aide de sa mémoire génétique, y accèderait aussi - peut-être plus directement - au moyen d’une écriture d’un autre type et de contraintes temporo-spatiales différentes.

 

Fin de l’ajout en 2017

 

1. La décussation chez les animaux.

 

Simplifions :

La décussation est le croisement au dessus du tronc cérébral de la plupart des fibres nerveuses vectrices de la sensibilité, des sensorialités et de la motricité.

Elle existe précocement chez tous les animaux sexués évolués[8], la sexualisation ayant d’ailleurs pour corollaire la vie en groupe homogène, l’hétéro- sexualité y obligeant les animaux, au moins au temps de la saison des amours.

Elle concerne donc particulièrement les composants neurologiques de la vie de relation.

Les animaux vivent en groupe aussi pour bien d’autres raisons que la recherche d’un partenaire sexuel, chasser et se défendre par exemple.

Les poissons se déplacent souvent en « bancs », les oiseaux en « vols », les gnous en « troupeaux » et les loups chassent en « meute ».

 

A quoi tout cela sert-il?

 

Le paradigme de l’explication tient en entier dans « la poignée de main » qui consiste à placer la paume d’une main droite contre la paume d’une autre main droite.

D’où l’embarras d’un gaucher à 100% en face d’un droitier, ce qui est une autre affaire.

 

Presque toutes les voies motrices, sensitives et sensorielles « décussent » au niveau du tronc cérébral, en majorité ou en totalité, à l’exception notable des voies auditives.

Certes, et c’est important, beaucoup d’organes sensoriels envoient à la fois des fibres directes et des fibres croisées - tout cela est important – mais nous avons décidé de simplifier pour dégager les mécanismes de base.

On remarquera que la décussation a lieu très haut dans le névraxe : Au niveau du tronc cérébral.

Ainsi, tout ce qui reste purement spinal, c’est-à-dire se passe entièrement en dessous de la décussation, reste ipsi-latéral.

C’est le cas des réflexes spinaux, à l’inverse des réflexes complexes (oculo-céphalo-gyres, etc.) qui mettent en jeu les structures supérieures.

Par exemple, lors de la brûlure d’une patte, les fibres sensitives rentrent au niveau de la corne postérieure de la moelle et se connectent par une courte liaison aux moto-neurones qui émergent de la corne antérieure de la moelle, au niveau du même segment : C’est le « réflexe du triple retrait » de Sherrington.

Et il est beaucoup plus rapide que s’il faisait relais au niveau des structures supérieures, ce qui impliquerait d’ailleurs de passer 2 fois par la décussation : Une fois pour les fibres sensitives, puis une autre fois pour les fibres motrices.

Finalement, grâce à ce réflexe homo-latéral rapide, le retrait de la patte a lieu avant même que la douleur ne soit perçue, et il n’est pas nécessaire qu’elle le soit (animal décérébré).

Chez les petits poissons qui se déplacent en « bancs » presque tout le cerveau est représenté par les aires de la vision, et les voies efférentes provenant des deux yeux décussent au niveau du « chiasma optique ».

Mais les yeux du poisson ne lui servent absolument pas à se voir lui même.

Aucun animal n’utilise véritablement ses yeux pour regarder ne serait-ce qu’une partie de son corps, et, même si cette partie est blessée, il ne regarde en général pas sa blessure. Il peut se livrer à des activités de léchage, ce qui est bien différent. Par contre, il n’est pas rare qu’un congénère lui donne des soins.

Dès lors, tout comportement partagé et réciproque en groupe implique une « latéralisation substituable » de l’un à l’autre animal, intégrée à l’image corporelle que chacun a construit comme représentation de « l’individu type » de son espèce.

Chez l’animal, les yeux – qui sont les premiers diverticules du cerveau apparus - servent avant tout à regarder le monde extérieur, c’est à dire ce qui n’est pas lui.

De ce monde qui lui est extérieur, l’animal fera deux parts :

Ø      Ce qui est part de « congénères »,

Ø      et ce qui ne l’est pas, par exemple aliment convoité, vivant ou non, parfois animal assez proche de lui phylogénétiquement, et qu’il devra reconnaître comme ayant quelques similitudes de latéralisation avec lui dont la reconnaissance est essentielle dans la course (tous les animaux courent la tête en avant[9]), parfois au contraire prédateurs qu’il faut fuir, et dont il faut aussi reconnaître le mouvement, mais parfois seulement pâturages ou eau, ne nécessitant pas de reconnaître une latéralisation, etc.

 

Mais, bien plus, grâce à la décussation de toutes les fibres sensitives qui arrivent au cerveau ou des fibres motrices qui le quittent, la vue n’est même pas nécessaire pour que l’animal se repère comme superposable et substituable à un autre.

Certes, la vue est essentielle à la chasse, bien qu’il existe aussi l’olfaction, et qu’un grand nombre d’animaux soient quasiment dénués de vue.

Mais, même un poisson aveugle pourrait grâce à ses frottements avec ses congénères, ou grâce à une analyse intelligente des tourbillons de l’eau, pourrait orienter ses déplacements dans le même sens que le reste de son « banc ».

Le système de la latéralisation forme un ensemble parfaitement cohérent et homogène, et est propre à assurer la cohésion du groupe entier.

 

Lorsqu’un animal est en vis à vis d’un de ses congénères – « les yeux dans les yeux » - sa droite se trouve en face de la gauche du congénère, comme s’il se voyait dans un miroir.

Il lui serait alors impossible de se substituer à lui dans un schéma de représentation spatiale si ses voies perceptives n’étaient pas croisées.

Chez l’homme, on le verra, il en est de même par exemple lors du serrement de la poignée de main, de la main correspondante d’un autre, où l’épaule droite de l’un doit aller à la rencontre de l’épaule droite de l’autre, dans une direction croisée et oblique. Une poignée de main est, par exemple, tout à fait impossible dans un miroir, puisqu’une main droite ne peut aller qu’à la rencontre d’elle même, qui est devenue dans le miroir une main gauche.

 

Pour que les deux formes de deux animaux s’épousent, pour que chaque animal compare à – ou situe – sa droite par rapport à la droite correspondante de l’animal qui est en face de lui, il est nécessaire de rétablir une latéralisation convenable en croisant toutes les connexions.

 

[Il en va de même lorsqu’on recopie le HDD d’un ordinateur sur le HDD d’un autre ordinateur au moyen d’un câble « Ethernet croisé »]

 

S’il n’en était pas ainsi, un poisson dont les perceptions sensorielles ne décusseraient pas, intégrerait son image mentale de lui-même comme celle de l’autre inversée, et remonterait en nageant le sens de déplacement du banc.

 

Par contre, le fait que les aires auditives ne décussent pas, dans l’ensemble, est tout aussi essentiel aux comportements d’ensemble d’un groupe, afin que chaque animal puisse situer par rapport à lui même la source d’un son.

Par exemple, si deux loups sont face à face, l’un entendra et situera un son venu de sa droite, alors que l’autre entendra et situera le même son comme venu de sa gauche :

Ainsi, tous deux en même temps pourront se diriger vers - ou fuir le même son.

Ainsi une meute de loups pourra se diriger vers une source perçue par chacun selon sa position, chaque animal étant toujours parfaitement substituable à un autre qui serait à la même place[10].

Il est bien entendu que nous ne parlons ici que de la représentation spatiale de l’image corporelle, et non des structurations sociales, par exemple de type hiérarchique, dans le groupe.

On remarquera ici que la perception du son par les oreilles de l’animal est fortement latéralisée – le fait d’avoir deux oreilles est ici essentiel pour déterminer la provenance du son –alors que l’émission du son par l’animal lui même est strictement médiane, la fente des cordes vocales étant même strictement sagittale.

Ainsi, fait essentiel pour une technique, non seulement la structuration des sons, mais aussi la source de leur émission, ne présenteront aucune différence, que le sujet présente le « paraître » de son aliénation spéculaire, ou soit dans la situation « réelle » de l’aménagement analytique[11].

 

On remarquera aussi que ne décussent pas les voies olfactives, ni un ensemble de voies concernant l’archipallium etc. pourtant parmi les plus vitales et phylogénétiquement les plus anciennes des structures du cerveau. Il est donc absolument impossible de considérer la décussation comme un vestige anatomique. Au contraire, elle fait partie des acquisitions les plus élaborées dans l’échelle animale.

 

Il apparaît aussi que l’accouplement sexuel chez les animaux - à l’exception de l’homme et des animaux qui ne pratiquent aucun contact corporel direct - tienne compte de la représentation « décussée » de leur image corporelle : Ils adoptent le plus généralement une attitude latéralisée alignée, en alignant le coté droit du mâle avec le côté droit de la femelle, au contraire du vis à vis humain (Cf. infra).

 

Une analyse plus poussée du mélange de ces structures directes et croisées nous mènerait peut-être à des représentations topologiques complexes, permettant de conjuguer intuitivement une dite « réalité psychique » avec une autre, dite du « monde extérieur », nécessitant d’introduire des concepts de « bijections » et « bicontinuités », de « plongements » et « immersions », menant particulièrement à des figures comme celle du « cross-cap » par lequel on peut avoir une certaine approche de ces rapports[12].

Mais, pour intéressantes qu’elles soient, ces questions relèvent de domaines difficiles à faire valoir en un texte court.

Enfin, d’autres concepts, pourtant souvent maniés quotidiennement semblent encore intraduisibles en langage simple : L’infini droit recouvre-t-il l’infini gauche ? etc.

Restons-en là pour l’instant.

 

Conclusions :

Ø      Les voies les plus primitives, les plus simples, les plus rapides, réflexes, intra-individuelles, adaptées ou non, mais incontrôlables par l’animal, involontaires et pour tout dire, stupides, sont purement spinales, métamériques, directes, c’est-à-dire non croisées, bien que plus ou moins modulées par des afférences supra-médullaires internes et des états métaboliques internes.

Ø      A l’inverse, les voies complexes connectées au cerveau, aussi primitif soit-il, sont croisées, c’est-à-dire décussent et sont contrôlables par l’intelligence :

Cette intelligence est fondamentalement connectée à l’autre en tant que semblable, et principalement « congénère substituable », mais en définitive à tout ce qui est Autre. Cela apporte une lecture relativement nouvelle du mot « intelligence » :

On sait que le mot « intelligence » vient du latin « inter- legere » qui signifie « choisir entre ». Mais l’étymologie n’indique pas « qui » choisit – c’est-à-dire quelle instance dans la constitution de l’animal – ni le lieu, « le champ du choix ».

On a tendance à rapporter d’emblée ce choix à un « débat intérieur » : Il n’en est rien. L’intelligence est d’emblée un rapport de soi à l’autre.

Toutes ces fibres croisées du système relationnel indiquent suffisamment que dès l’origine, dès lors qu’il y a choix, même infime, pour ainsi dire mono ou oligo neuronal, au niveau du cerveau, c’est par rapport à l’image de l’autre substituable – ou du monde dit « extérieur » - que le choix est déterminé.

Est-ce à dire qu’il y a là un domaine « mental » ? C’est une question de mot.

Le mot « mental » découle de la racine sanscrite « man » qui indique la pensée (« Men-ayati = il pense »), mais ce mot est dès l’origine inséparable de ses corollaire de « mensonge » et de « mania », toutes fonctions proprement individuelles et liées.

Or il n’y a aucun mensonge au sens sémantique du terme, individuel, dans ces connexions de l’intelligence, même si l’animal, tout comme la plante, est capable de construire des pièges – pour ainsi dire « génériques » - pour tromper sa proie.

Aussi préférerions nous réserver le mot « mental » à l’espèce humaine, comme le fait d’ailleurs la langue anglaise avec le mot « man », et nous allons voir pourquoi et comment, même quand ce mental s’immisce, parfois, involontairement.

Le « mental » se rapporte à la « réflexion », dans tous les sens du mot, mais parfaitement définie par les lois de l’optique, et réalisée paradigmatiquement par à l’usage des miroirs.

 

Mais ce concept de réflexion, s’il instaure

Ø     la représentation « spéculaire »,

Ø     l’impénétrabilité du passage entre signifiant et signifié,

Ø     le langage,

Ø     et par là, la « castration » au sens linguistique, structuraliste ou psychanalytique du terme,

Ø     une sexualité « narcissique » (en fonction d’un « moi idéal » et non pas d’un « soi réel »),

Ø     une représentation euclidienne de l’espace, ces deux dernières particularités devenant éclatantes dans les mises en scène de l’acte sexuel,

Ø      et, inséparablement de tout signifiant, la tromperie (d’autrui ou d’une instance de soi-même),

restera, à l’inverse de tout ce qui se passe au niveau de la simple «intelligence du cerveau animal décussé » tel que nous venons de le présenter, toujours en rapport avec une image « inversée » de soi par rapport à sa représentation de « l’Autre », et n’apportera en lui-même aucune once d’intelligence supplémentaire au sens où nous venons de la définir.

 

2. L’identification à l’image spéculaire chez les êtres humains.

 

Les 2 enfants regardent l’adulte : La main droite de l’un ó comme la main droite de l’autre = Positionnement homolatéral devant un idéal tiers.

=> « ideal ich » (« idéal du moi »)

Un enfant regarde et imite l’autre : Sa main droite ó main gauche de l’autre

Individualisation par imitation spéculaire => « ich ideal » (« moi idéal »)

L’anonymat des photos n’a pas permis de restituer toutes les mimiques des enfants.

Il est important aussi de préciser que les images de ces photos sont fortuites, et que les enfants n’ont nullement étés sollicités à adopter quelque attitude que ce soit.



A ce stade, deux bases de latéralisation sont possibles, et le miroir n’est pas nécessaire ici à la « réalisation » d’une « image spéculaire ».

Mais que l’image à laquelle l’individu s’identifie soit le reflet de la sienne propre ou celle de « son vis à vis », l’aliénation est la même : Son imaginaire annule la raison d’être de la décussation, et « son moi » se construira désormais sur la base d’une latéralisation inversée.

Si la question n’était que visuelle, un aveugle s’y retrouverait mieux en son espèce. Mais il n’est pas sûr que la question soit seulement visuelle, puisque c’est l’ensemble de l’identification qui est concernée. Étant donnée la très grande importance du regard pour tous les animaux qui en sont pourvus - et une des caractéristiques de l’espèce humaine semble bien être d’en négliger sa raison d’être première – on pourrait dire que « l’œil n’est pas fait pour soi, mais pour l’autre ». Précisons encore : Non pas pour se mirer en l’autre, mais pour le voir et le « suivre », dans tous les sens du mot.

Quant à « l’imaginaire », il se structurerait à partir de la représentation de la supposition de « se penser être vu ».

On touche là, en quelque sorte, à toute la différence qui existe entre « l’intégration dans la foule » et « l’individualisation personnelle »[13].

Mais la question va plus loin encore : car elle aboutit nécessairement à un conflit : Elle débusque des contradictions, voire des impossibilités :

Car on ne peut pas demander en même temps à quelqu’un d’assumer un comportement parfaitement grégaire et intégré au sein d’une foule et d’y assumer – sans conflit - les fonctions du représentant d’une identité spéculaire qui, dès l’origine, aura été construite sur une image fondamentalement inverse de celle de tous les autre membres.
Plus encore, comment convier à faire con-vivre des « semblables tous différents », s’il n’existait encore une grande variété de molécules attractives, puissants attracteurs biologiques et personnels, ressentis par les animaux que nous sommes encore, à partir des « phéromones » dont le but naturel n’est autre qu’une diffusion extracorporelle de molécules, hors la personne, que nos gouvernants nous autorisent encore à exhiber en tant que senteurs humaines « naturelles ».

En cas d’éradication de ces « odeurs sui généris », qu’aucun parfum n’a jamais remplacé, et/ou « d ‘anosmie » généralisée, le tocsin pourra être sonné.

Attirances et répulsions ne seraient même plus ressenties.

Car il est bien évident que ce ne sont pas les écrans de télévision , chaussures de marque, ou autres tweeters et portables, ayant surtout valeurs d’entraves, qui amélioreront nos amours.

Ces schémas basiques ne sont pas ici que métaphoriques.

 

3. La conflictualité des deux représentations du schéma corporel.

 

Nous n’avons aucun mot permettant de désigner nommément « l’animal » qui est animal sans être « homme ».

Nous savons bien pourtant que l’homme est un aussi un « animal », un « être vivant » même, genre dont font partie aussi « les plantes », dans un sens « nos semblables », ne l’oublions pas..- puisque nous savons bien, que « l’homme » est aussi un « animal ».

Mais, parmi « le vivant », qu’est-ce qui différencie l’homme de ce qui n’est pas l’homme ?

On a même le plus grand mal à définir tant l’homme que la vie, à leur trouver des limites, des définitions, des caractéristiques, des repères.

Darwin a montré la continuité de la vie avec la théorie de « l’évolutionnisme ».

Mais il fait découler l’évolution de « the struggle for life » = « la lutte pour la « sur-vie », chez les animaux : Tout semble montrer que « les vies » ne sont pas toujours en lutte – il y a aussi « coopération » - même chez les animaux, et cette lutte contingente ne définit rien.

Et quelle est la nature de « cette vie » transmise – au point que l’on a pu penser que l’homme, l’animal, la plante, n’étaient que « des transmetteurs de vie » ?

Quelle est la nature de ce mystérieux « germen » immortel en un sens ?

 

On parle depuis Aristote du « zoon logoticon » = de « l’être parlant »[14].

Mais l’homme est aussi le seul à faire cuire ses aliments – et encore, la limite n’est pas toujours nette. L’homme s’identifie aussi volontiers à sa nourriture.

Le « parler » est-il le plus éminent caractère de l’homme ?

Dans cette direction, sa considération en tant que faisant fonctionner des jeux de « signifiants », le situe la dimension plus large et plus abstraite du « symbolique ».

 « L’identification » y figure alors comme saisie d’un « imaginaire » , essentielle à la caractérisation de l’homme, mais quelle en est sa nature exacte ?

 

La recherche identificatoire existe-t-elle chez les animaux ?

Si elle existe, elle reste apparemment beaucoup moins « spécularisée », bien qu’il n’y ait pas besoin de miroir pour « imaginer » une « image spéculaire ».

L’animal aussi a des identifications à assumer, pour prendre la tête d’un groupe, pour se reproduire, par exemple.

On considère généralement un peu vite que ces identifications sont octroyées à l’animal par une dite nature.

Ce n’est pas toujours sûr, mais plus difficile - pour nous – à démontrer que chez l’homme.

 

Un des exemples les plus éclatants de la « quête identificatoire » de l’homme – le plus souvent vaine, et/ou aliénante, et/ou mortifère, nous est sans doute montrée dans la dernière version de « la légende d’Œdipe » dans l’œuvre de Sophocle.

C’est celle qui sera mise en valeur par Freud :

Chez Œdipe, la question identificatoire est celle – et même l’unique moteur – qui oriente toute son existence.

Œdipe ne tue pas son père pour le manger !

Il ne tue pas non plus son père Laios par plaisir : Il le tue pour en prendre la place aux yeux de sa mère Jocaste.

Et cette place « usurpée par un meurtre » n’est pas une « place volumétrique » : Le meurtre ne correspond à aucune nécessité démographique.

Oedipe « doit » prendre cette place « identitaire ment » - et là se manifeste la tyrannie de son « sur-moi » - issu, malgré les apparences premières, du désir inavoué de sa mère.

Il apparaît même parfaitement clairement, pour qui veut bien prendre le temps de lire Sophocle, que non seulement ce désir est un désir que Jocaste a imprimé dans le cœur de son fils Œdipe – fait essentiel et généralement omis par les commentateurs - mais que tout au long de « l’enquête » de son fils Œdipe, Jocaste n’a de cesse de tenter de le décourager de poursuivre ses investigations, au nom d’un illusoire « tout va bien puisque nous sommes sur le trône… ! »

Mais ce « tout va bien … en occupant une place illusoire et contre-nature », ne saurait durer, bien sûr, et Oedipe ne pourra jamais s’y maintenir paisiblement.

Ainsi, autant que de lutter contre une supposée « im-pulsion » de meurtre - quasi-anecdotique - contre un père qui n’est pas reconnu – c’est la lutte contre le désir « immanent » de sa mère – (seulement ensuite « devenu » le sien) - mais qu’Oedipe n’a – au début – aucun moyen d’imaginer, qui constitue le départ de la tragédie du fils.

C’est la lutte infernale contre le « désir inconnu » d’une identification spéculaire « cachée ».

 

Tous les psychanalystes d’enfants se sont attachés depuis 50 ans – et Lacan aussi, avec le fameux « stade du miroir » - à montrer que l’enfant placé devant le miroir tourne sa tête alternativement de sa propre image, à celle de sa mère.

Mais celui à qui l’enfant mâle s’identifiera, à savoir « le père », est toujours absent dans ces descriptions de l’image et de la symbolisation.

C’est pourtant lui, invisible, caché, – et peut-être pour cette raison même – qui sera « le gêneur », le barrage, l’objet de toutes les impossibilités, et de toutes ces pulsions mortifères sus-dites, qui n’ont rien d’alimentaire, ni de vital – puisque même contraires à toutes les règles dites naturelles – ou seulement viables - de la sexualité et de la reproduction.

L’identification de la « fille » comportera encore un stade supplémentaire.

 

En 420 avant Jésus Christ, sur les quelques pierres d’un théâtre encore rudimentaire, la pièce « ОιδιπουςΤυραννος », « Œdipe Tyran », de Sophocle, se déroule exactement comme une psychanalyse « avant la lettre ».

Et, finalement, Freud – cela ne retire rien à ce qu’on lui doit –n’a pas eu besoin d’aller chercher très loin l’essentiel de son inspiration initiale.

Chez Sophocle, le « tenant-lieu » de psychanalyste est Tirésias ; et, bien sûr, il est aveugle.

Tout de même, Freud éprouvera rapidement le besoin de ne plus voir ses patients, pour les mieux écouter.

Un peu plus tard, c’est dans le « Συμποσίον », « Banquet », de Platon, que Jacques Lacan trouvera, sous la forme exprimée des « Τα εντα αγαλματα », « Ta enta agalmata », l’inspiration de ce qui fera – à juste raison - la fortune de son « objet petit « a » du désir.

 

Au total, l’homme se présente doublement, autant comme :

Ø      un animal « banal » « décussé »,

Ø      que comme le support animé de ce dont il produira à son usage « une image spéculaire  inversée », et à laquelle il s’identifiera - à tort – parfois avec la plus grande violence – violence du désespoir – désespoir d’une impossibilité - image de « l’animal narcissique ».

 

.       4. Conclusions

 

a) « Avec le langage, nous aboyons après cette chose, et ce que veut dire S (A) c'est ça que ça veut dire, c'est que ça ne répond pas.

C'est bien en ça que nous parlons tout seuls, que nous parlons tout seuls jusqu'à ce que sorte ce qu'on appelle un Moi, c'est-à-dire quelque chose dont rien ne garantit qu'il ne puisse à proprement parler délirer.

C'est bien en quoi j'ai pointé, comme Freud d'ailleurs, qu'il n'y avait pas à y regarder de si près pour ce qui est de la psychanalyse et que, entre folie et débilité mentale, nous n'avons que le choix.

En voilà assez pour aujourd'hui. »

Jacques Lacan : Séminaire du 11 janvier 1977

 

 

b) On se devra d’ajouter deux questions à cette réflexion :

D’une part, la « grégarisation » - ne s’oppose pas plus au « délire cru collectif », que la « moïfication » ne semble s’opposer à la « débilité individuelle » : Dès lors – hors qualifications linguistiques - l’un de ces états pourrait-il protéger de l’autre et comment ?

D’autre part ce « choix » est-il un « choix » ? . Ce n’est pas d’hier que la question dite du « libre arbitre » agite l’esprit des humains.

 

 

c) La biologie des règnes animal et végétal, tout le monde en conviendra, ne peut se lire à l’échelle d’une vie humaine.

La médecine, au contraire est le résultat d’une « relation partagée en un temps et un lieu », « entre un patient et un soignant ».

On peut même penser que la médecine tire davantage son impulsion des sentiments, de la compassion, de l’entraide, que du « rationnel ».

Avec le temps s’en est construit une sorte de « corpus plus ou moins scientifique » sur ces deux socles, de la « compassion » et de « la reflexion ».

Mais si l’empathie s’étend, la raison, elle, reste un mot creux en ce sens qu’aucune science n’a jamais apporté la moindre explication sur ce que l’on appelle la vie, la mort, l’éternité[15].

Cet « import-export » est en voie de peser d’un poids croissant dans un monde de plus en plus peuplé et de moins en moins divers – tant au mental qu’au tréfonds de sa terre.

Qu’en fera-t-on ?

 

 

d) Problèmes apportés par la prévalence de l’imagerie dans l’appréhension du monde :

On voit même qu’il peut y avoir, si le mode d’appréhension délaissant toutes les sensorialités non visuelles devient privilégié, des conséquences graves de cette appréhension fallacieuse du monde, d’une part pour l’individu, mais plus encore pour le groupe :

On remarquera que les « kinési-thérapeutes », mot dans lequel « Kinési- » signifie « mouvement », lequel « mouvement » est manifeste dans le domaine visuel, n’ont pas, dans l’appellation, de mot correspondant pour les « troubles de la sensibilité », invisibles, mais souvent aussi invalidants que les troubles de la motricité.

C’est toujours avec les plus grandes difficultés qu’on a cherché à « mesurer » ces troubles, et plus encore leur « invalidation ».

Et cette incapacité - pour ainsi dire « impossibilité fondamentale » - à mesurer ces troubles, peut devenir « déni », pouvant aller, à l’échelle individuelle, jusqu’à soit « l’accusation de simulation », soit « l’invocation de troubles mentaux ».

Les exemples en sont légion.

A l’échelle collective, les ravages d’un « déni d’existence » de tout ce qui n’est pas immédiatement visible, peuvent être bien plus considérables encore :

Dans un monde de plus en plus voué aux flatteries des mirages de la spécularité – pour ne pas dire de la spéculation, aux platitudes d’une imagerie trompeuse, à la réduction en très petit nombre des sensorialités valorisées, à l’anesthésie, voire à l’annihilation des mécanismes d’alarmes, il est facile de comptabiliser les pertes et les périls.

Il serait beaucoup plus difficile d’en dégager les perspectives de plénitude et d’épanouissement.

 

 

5. Dans les relations thérapeutiques.

 

Nous ne donnons ici qu’un plan de réflexions :

 

La relation médicale habituelle (« Le cœur …)

Sous cet aspect, la relation médicale habituelle n’est pas différente de la relation affective empathique, propre à tous les animaux.

Nous avons déjà souligné d’ailleurs que les bases de la médecine sont plus affectives que rationnelles.

Il n’est en effet ni facile ni souhaitable de rester indifférent au malheur de son proche, et ce d’autant plus que l’on éprouve des sentiments d’affection à son égard.

Pourtant tout ou presque nous échappe dans cette dimension des choses de la nature, et, hormis les réflexes simples, notre raison y échoue généralement, et nous fait comettre bien des erreurs avec les meilleures intentions.

Un des exemples les plus spectaculaires en est la théorie des 4 éléments (chaud, froid, humide, sec, etc.) qui dirigea en occident les gestes des médecins durant 2500 ans, jusqu’à l’apparition de la reconnaissance atomique des corps simples et du tableau de la classification périodique des éléments de Mendeleïev, toujours en utilisation au quotidien.

Avec la théorie des 4 éléments, au nom du trop de « chaud », on faisait des saignées, lesquelles ont tué des milliers de gens.

Tout montre que, si nos dogmes ont changés, notre vouloir d’explications est le même, et les mécanismes qui guident notre pensée, ou nos actes, sont de même nature : c’est à dire sur la base d’une  substitution de soi à l’autre ».

Par exemple, pour comprendre ce qui se passe lors d’un traumatisme d’un pied gauche, le médecin, tout comme un frère, un père ou un ami, regardera son propre pied gauche, et ce qui peut en résulter.

Bien sûr, le bon praticien tiendra compte aussi des particularités qu’il connaît de chacun, mais, nous simplifions ici au maximum nos explications.

Car hélas, nombre des temps faisant partie des temps traditionnels de l ‘examen médical complet (interrogatoire (et anamnèse), inspection, palpation, percussion, auscultation, riches d’orientations, sinon de conclusions, puis enfin seulement, examens dits complémentaires) sont en voie de disparition, au profit d’une immédiate distanciation, et d’un passage direct – et souvent mal orienté pour cette raison même – aux batteries d’examens complémentaires.

Quoi qu’il en soit, dans son principe, l’examen médical habituel ne diffère d’un examen pratiqué par un ami, que par l’apport d’un niveau de connaissance supplémentaire, ou différent.

 

L’examen psychiatrique classique (… a ses raisons … )

Tel qu’il s’est constitué petit à petit, l’examen psychiatrique classique en dérive directement : La base du raisonnement en est la même ; c’est encore celle de la « substitution », qui devient ici le véritable « tour de passe-passe » d’une « substitution de soi à l’autre » : Et c’est bien ainsi que l’on n’a aucun risque de retrouver « les raisons du patient » !

Par exemple, un psychiatre constatant une situation inadmissible, ou qu’on lui a indiquée comme telle, pourrait la juger à l’aune de ses préjugés ou de ce qu’il a appris et dire : « Moi, à sa place, je n’aurais pas pensé cela, ou agi ainsi, etc . ».

Mais justement, il n’est pas à sa place.

 

L’apport profond de la psychanalyse (… que la raison ne connaît point. » Pascal)

L’esprit de la psychanalyse repose en entier sur cette citation de Pascal, à laquelle on pourrait en adjoindre une autre, qui se trouve parmi les textes regroupés par sa sœur dans le chapitre qui porte le nom de « contrariétés », et les quelques lignes du petit passage en question se terminent ainsi : « On dit que le coutume est une seconde nature, mais je crains bien fort que la nature elle-même ne soit qu’une première coutume. »

Mais de l’esprit à la pratique il restait à franchir le pas et c’est Freud qui le fit.

Qui plus est, Freud réduira cette « première coutume » à un enchaînement verbal, fut-il constitué de mots « insensés », au moins pour celui ou ceux qui s’en occupent.

A-t-il eu tort, a-t-il eu raison de le faire ?

La méthode tout comme ses fruits peuvent être discutés, mais on n’en connaît pas d’autre pour connaître l’objet dont il s’agit, et elle se situe dans une longue tradition instaurant une certaine primauté du « dire »[16].

La psychanalyse a peut-être du une part de son apparition à l’utilisation expansive et abusive de cette psychiatrie classique, devenue, surtout après 1838 chez nous, une méthode illusoire d’imposition de modèles, quand ce n’était pas d’élimination pure et simple.

On pense ici aux courants européens[17] qui menèrent à la fondation de la société d’hygiène raciale en 1905 à Berlin, et aux éliminations physiques de réputés malades mentaux initialisées en l’Allemagne nationale socialiste.

Simultanément, comme nous le montrons en d’autres pages, l’utilisation de la « psychiatrie dogmatique et/ou administrative », depuis grosso modo l’apparition - et non sans lien abusif avec elle - de la laïcité en France dans son sens moderne, s’est imposée de façon continue et de plus en plus extensive sous l’égide de l’exécutif.

On en est toujours là aujourd’hui.

Pourtant la psychanalyse reste toujours décriée, tandis que, paradoxalement, au même moment, les « mois » «  individuels » de chacun semblent de plus en plus s’affronter comme rendus de plus en plus inaccessibles les uns pour les autres.

La psychanalyse n’aura peut-être eu que le destin d’une huître qui s’entrouvre un temps, puis se referme promptement.   

Toujours est-il que l’attitude du praticien dans « l’intervention psychanalytique » se doit d’être précisément inverse de celle du somaticien[18] : Ici, ce n’est plus de la « substitution grégaire » que doit découler le modèle.

Car il n’ y a pas de modèle de « chacun » en tant que tel.

Elle devrait être aussi celle de tous les professionnels de l’appréhension des phénomènes dit « psychiatriques » - si l’on en veut.

Et c’est directement sur « le moi » que le psychanalyste travaille, comme il traiterait d’un « symptôme ».

Car, en se mettant « à la place » de son patient, précisément, le psychanalyste serait sûr de n’arriver à rien, sinon peut-être à s’analyser lui-même.

Bien plus, toute velléité de compréhension peut y faire figure d’obstacle.

Plus prosaïquement encore, on pourrait dire que chacun apprend peu ou prou la médecine sur lui-même ou, en tous cas, à partir de lui-même, alors qu’en psychanalyse, c’est radicalement impossible : on ne peut pas dire : « moi à sa place, etc. ». Seule l’acceptation est de mise.

Tout, absolument tout, doit être rendu à l’analysant…en retour.

Tout, doit être rendu recevable par et pour l’analysant… en retour à lui – c’est le seul travail qu’à çà faire l’analyste – que ce soit par technique, par don ou par affinité - mais ce travail n’est pas rien.

Et tant pis – c’est même peut-être un bon signe – si, en définitive, l’analyste déclare qu’il n’y a rien compris !

Freud ajoute explicitement que la « psycho-synthèse » se fera d’elle-même, et qu’après l’analyse, la participation de l’analyste est alors terminée.

L’idéologie ne doit y avoir aucune part.

 

 

 

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[1] « Aliénation » : (du latin « aliénus », racine « alius » = « autre », et en grec « αλλος », même sens) ne signifie rien d’autre que « différence », « diversité ».

On y reviendra, car elle est inhérente à la « spécularité » : le sens de rotation des aiguilles d’une horloge s’inverse dans un miroir.

 

[2] « L’image spéculaire » : est l’image qui vient d’un miroir plan. C’est une « image virtuelle », trompeuse pour celui qui s’y mire.

 

1.      En raison de la symétrie autour de l’axe vertical de l’homme debout, elle « ressemble » à toute image de celui qui se regarde dans le miroir, et sans doute aussi à lui-même.

Mais quand l’homme serre son poing droit, il l’observe dans un miroir, « comme » s’il apercevait son poing gauche serré.

Pourtant, c’est vraiment son poing droit qu’il aperçoit, mais « en image virtuelle inversée » !

 

2.      Chacun ne se connaît qu’en image, et, jusqu’à la généralisation des photographies, se voyait le plus souvent « en image inversée ».

Il reste encore vrai que personne ne s’est jamais vu lui-même !

 

3.      Un évènement essentiel est la sorte de « prise de conscience » par l’enfant de 6 à 18 mois d’une maîtrise de ses attitudes, énoncée par Lacan sous le nom de « stade du miroir » : Avec jubilation, l’enfant aperçoit que son « image » semble obéir à ses commandes, comme dans une immédiateté absolue.

Cette image spéculaire, qui est une image inversée de lui-même, prendra l’allure d’un paradigme – non pas l’unique - de ses auto-représentations, pourtant incompatible avec les images qu’il observe autour de lui.

Quel est le sens du va et vient de son regard, qui va de sa mère à son image spéculaire ?

Parcours d’un champ d’illusions qu’il construit comme sans compter le temps des trajets de lumière ? Erreur scientifique, assurément.

 

Ainsi, la question de la lumière jalonnera de ses énigmes une nature « photo-morphique », tissée aux « lumières de l’esprit » d’ineffables humains !

Il est habituel d’ironiser sur les animaux qui ne se reconnaissent pas dans le miroir, mais n’est-ce pas plutôt l’homme qui est le plus piégé à ce jeu de capture ?

Moins trompeur lorsque nous regardons dans un rétroviseur, le phénomène optique est le même : nous voyons devant nous « l’image virtuelle » de ce qui est derrière. Nous serait-il devenu « naturel » que tout ce qui nous suive ait quelque allure inversée ?

 

[3] Boiteux =

1.      « oedipien » en traduisant les jeux de mots du mot « Oidipous » en grec !

2.      Est-ce pour marcher droit au sens figuré (comme le devin aveugle Tirésias) qu’Œdipe se crève les yeux, après la révélation de son parricide et de son inceste ?

3.      Il était de la famille maudite de Lambdacus : Là encore, jeu de mot sur la lettre grecque, dont nous avons fini par exorciser le sort en parlant d’un individu « lambda ».

4.      Cf. Revoir aussi l’énigme que la sphinge pose à Œdipe.

 

[4] En réalité je simplifie encore.

Il faut comprendre combien la biologie ne peut être rendue par notre vocabulaire toujours maladroit à la saisir :

Le réflexe rotulien est inné et indépendant de notre volonté.

Les oreilles ne peuvent être fermées, mais cependant on peut oublier d’entendre le tic-tac d’une horloge, et ne pas pouvoir dire ensuite si un son était émis ou non.

A l’inverse une image qui passe devant nous peut déclencher une réaction appropriée acquise, mais qui sera réalisée avant même que l’on en prenne conscience ; mais que pourtant la conscience accompagne et mémorise, et que l’on peut croire avoir fait volontairement. Les tests de laboratoire sont pourtant formels sur l’ordre de succession d’activation des neurones - qui se comptent en dizaines ou centaines de milli-secondes.

Parfois la réflexion précède la réaction ; parfois c’est l’inverse.

Et il est souvent difficile de dire si la réaction a été inconsciente – les plus rapides – mais mémorisée consciemment quand même – comme lorsque l’on se rend compte qu’un mot vient de nous échapper - et aussi si elle a été plus adaptée qu’une autre qui aurait été le résultat d’une réflexion.

Si je lance un objet, il atteint en généralement mieux sa cible si je le lance « sans réfléchir », mais volontairement quand même…

Il y a aussi l’activation de la zone du mouvement dès la préparation du mouvement … qui pourra ne pas avoir lieu.

Plus curieux, il y a aussi, chez l’homme, comme chez l’animal non-homme, ce qu’on appelle d’un très mauvais mot « les neurones miroirs » - mais ces neurones ne sont ni des images, ni virtuelles, ni planes, ni inversées.

De quoi s’agit-il ?

Lorsque l’on observe avec un peu de d’empathie quelqu’un faire un mouvement, on active en même temps nos cellules cérébrales correspondant à celles qui seraient activées si nous faisions le même mouvement : Bonne préparation à l’imitation ! Avis aux officionados et aux addicts des petits écrans !

Evidemment la même chose est beaucoup moins évidente pour les sensations et sensibilités qui sont vécues très différemment selon que l’on a été « en situation » ou non. C’est ici où elle n’existe en général pas – « larmes de crocodiles » – qu’il faudrait employer le mot empathie.

Bien sûr, cette note n’est encore qu’une simplification du peu que l’on connaît.

 

[5] Dimensions et rationalismes :

L’affaire n’est pas simple, mais même les mathématiciens sont obligés de changer de géométrie de temps en temps ! Espace euclidiens, géométrie de Riemann, etc.

L’inadéquation de nos représentations est évidente au changement d’échelle : localement la terre paraît plate ; vue de la lune c’est une boule et vu de plus loin, elle est ponctuelle. Or un point n’a pas de matérialité…

On a l’impression que le raisonnement dépasse la raison – et aussi le vocabulaire et les équations : Les rationalismes connus finissent toujours par rencontrer le zéro et l’infini qui engendrent les apories. Est-il bien vrai que les parallèles se rencontrent à l’infini ?

On peut admettre qu’on ne comprenne plus, mais il y a plus : Parle-t-on bien de réalités ?

En fait, sur ces questions de dimension précisément – comme sur bien d’autres – la physique quantique dément la physique classique avec laquelle elle n’a plus rien à voir.

Il est tout à fait évident que le mot « dimension » en physique – et ailleurs - recouvre plusieurs concepts de natures très différentes.

Mais il est dommage de ne pas encore avoir trouvé plusieurs mots à la place d’un seul, pour des significations très différentes parce que l’on ne les a pas encore comprises, ce qui entretient les quiproquos.

La situation me semble aussi énorme que la traduction en français par le même mot « temps » des mots anglais « time » et « weather », même si des liens sémantiques, évolutifs et historiques des invasions latines l’explique très bien : Le temps de « tempus » était celui d’un autre monde !

Cependant maintenant et dans ce cas, les contextes de l’emploi de l’un ou l’autre mots sont tellement différents qu’il est en général impossible de faire la confusion.

 

[6] Physique ; médecine ; langage ; mensonge ; commerce :

Il est bien possible que non seulement la physique englobe la médecine, mais même que la physique soit née avec la médecine ou du moins des fonctions animales (végétales ?) bien plus instinctives que rationnelles au sens « d’un paradigme cartésien ».

D’ailleurs il est facile de remarquer qu’il existe des modes de fonctionnement apparentés à la médecine chez les animaux.

Cependant il y a une différence essentielle entre les langages humains et animaux dans la dimension suprême qu’y a prise chez l’homme le mensonge et son utilisation corruptive.

Le schème de ce langage découle de l’image spéculaire.

La question du mensonge du médecin à un patient est posée depuis très longtemps, mais a pris maintenant une dimension systémique organisée : La médecine est invoquée de façon complètement abusive pour construire un pont, une ville, une base américaine sur une île grecque (Karpathos) avec la construction d’un hôpital ; mais les grecs de répondre : « mais on n’est pas malades ! » ; etc. La dimension n’est plus alors dans la relation duelle : elle devient sociale, commerciale et incontrôlable.

Les animaux eux n’avaient jamais inventé l’argent.  

La médecine, faite d’échanges entre animaux dans un champ existentiel précis, peut être dite zoo-morphique.

Chez l’homme, de même la physique qui en est issue est nécessairement anthropomorphique : Comment pourrait-elle ne pas l’être ?

Avec la physique, les sciences ont voulu se libérer des sciences religieuses, et il est vrai qu’elles y sont parvenues en apportant sans cesse de nouvelles découvertes.

Mais qui pourrait affirmer que ces sciences n’ont pas gardé un visage anthropomorphique à l’égal de nos dieux ?

A leur tour, les mathématiques ont voulu se dégager de la subjectivité des physiciens et des autres sciences en se cherchant dans une essence différente ; en acceptant d’être « inutiles » par essence, à la différence de toutes les autres sciences.

Mais il n’est pas sûr que cela suffise à assurer qu’elles ne soient pas aussi un de nos propres reflets ; et on considère aussi souvent les mathématiques comme ayant un statut « d’outil », même si cet outil ne le deviendrait que fortuitement et non par essence.

A l’instar peut-être du concept de « sérendipité » (clic) qu’on a mis en avant récemment.

J’ai remarqué qu’il est devenu à la mode de mettre des points d’interrogation partout : Pourquoi pas ?

Mais surtout, tâchons de suivre les recommandations de Blaise Pascal, et défions-nous « des fausses fenêtres pour la symétrie…».

 

[7] La destruction sélective des systèmes responsables de l'atonie musculaire : in :Michel Jouvet , Le sommeil et le rêve ; Odile Jacob ; 1992 ; pp. 133-134 :

La destruction sélective des systèmes responsables de l'atonie musculaire peut ainsi permettre de dévoiler les comportements oniriques qui sont l'expression de l'activité des systèmes moteurs corticaux et sous-corticaux mis en jeu par un « générateur » situé dans le tronc cérébral.

Le chat dont l'éveil et le sommeil sont normaux va présenter au cours du sommeil paradoxal des comportements carac­téristiques : orientation, guet, attaque et poursuite de proies imaginaires, frayeur, combat, etc.

Pendant ces épisodes, l'animal ne réagit pas aux stimulations du milieu extérieur.

Il ne fait aucun doute qu'il s'agit bien de sommeil paradoxal avec persistance du tonus musculaire comme l'ont démontré les nombreux enregistrements des signes électriques spé­cifiques de cet état dans différents laboratoires. L'électro­physiologie nous apporte alors d'intéressantes précisions :

Le cortex cérébral présente en effet une activité élec­trique rapide similaire à celle de l'éveil, tandis que le cortex visuel reçoit des signaux endogènes issus du tronc cérébral qui pourraient être les corrélats d'une imagerie visuelle (activité dite ponto géniculo-occipitaleP.G.O.)

L'étude des latences entre mouvements oculaires et l'ar­rivée de ces signaux au niveau du cortex visuel démontre cependant l'existence d'un paradoxe :

Ø      Chez l'animal éveillé et attentif, le signal rétinien de la cible de l'attention arrive aux centres visuels avant que ne se déclenche le mouvement oculaire de poursuite (la cause précède l'effet)

Ø      Par contre, chez l'animal rêveur, le début du mouvement oculaire précède ou coïncide avec l'arrivée du signal endogène non rétinien (activité PGO) au niveau du cortex visuel. Il fau­drait alors concevoir que l'effet précède la cause, ce qui est évidemment impossible. Il faut donc admettre qu'un système cérébral programme (ou sélectionne) à la fois l'imagerie onirique et la réponse d'orientation oculomotrice. Les délais synaptiques peuvent, en effet, expliquer les latences entre un générateur ponto-bulbaire et l'arrivée des informations au niveau des noyaux oculomoteurs et du cortex visuel.

L'ensemble de ces données permet d'émettre les hypo­thèses suivantes :

Ø      ou bien le comportement onirique n'est que le déclen­chement de comportements automatiques organisés et complexes sans phénomènes hallucinatoires comme ceux de l'imagerie onirique (le chat agirait alors comme un automate, ou comme l'animal-machine de Descartes)

Ø      ou bien il existe à la fois, chez le chat, une excitation de la sphère sensorielle (surtout visuelle) en même temps que surviennent des comportements adaptés à ces halluci­nations (attaque, fuite, poursuite). Cette hypothèse nous oblige alors à admettre qu’il existe une différence fonda­mentale entre l’organisation sensorimotrice de la perception onirique et celle de l’attention visuelle au cours de l’éveil.

Ainsi, l’hypothèse de rêve d’action caractéristique de l’espèce féline (guet, attaque, rage, fuite, peur, poursuite) survenant au cours du sommeil paradoxal est plausible bien que difficilement réfutable. Certains mécanismes étudiés chez le chat au cours du sommeil paradoxal peuvent donc, toutes réserves faites, être extrapolés à l’homme, surtout depuis que des comportements oniriques ont été découverts chez l’humain.

Le comportement onirique chez l’homme :

Chez des individus masculins atteints de lésions du tronc cérébral lésant les structures inhibitrices du tonus muscu­laire, il a été décrit récemment des comportements oni­riques - souvent représentés par des attaques violentes (entraînant des fractures du bras du rêveur ou des ecchy­moses sur sa conjointe !). Dans tous les cas, les enregistre­ments polygraphiques de ces épisodes ont révélé qu'ils survenaient exclusivement au cours du sommeil paradoxal avec tonus musculaire [à cause de la lésion du système inhibiteur] et qu'ils s'accompagnaient d'un rêve (attaque d'un animal par exemple)

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Les rêves de Descartes :

Revenons sur un des aspects les plus spectaculaires et rare du rêve – sans lésion physiologique – appelé « rêve lucide » : Les rêves de Descartes il y a presque 400 ans :

Il faut remarquer que le troisième rêve de Des­cartes au cours de la fameuse nuit du 10 novembre 1619 était un rêve lucide...

« Ce qu'il y a de singulier à remar­quer, c'est que doutant si ce qu'il venait de voir était songe ou vision, non seulement il décida en dormant que c'était un songe, mais il en fit encore l'interprétation avant que le sommeil le quittât... » (Descartes parle de lui à la troisième personne) On sait que ce rêve conduisit Des­cartes à proposer la dichotomie entre « res immateria » et « res materia » et la formule «Je pense donc je suis » qui devait retarder les études sur l'inconscient en France.

Le rêve lucide est bien un rêve authentique des rêveurs lucides ont été enregistrés pendant toute la nuit avec des électrodes au niveau du scalp, des orbites et des muscles. Il est donc ainsi possible de repérer sans aucune ambiguïté l'apparition des signes cardinaux du sommeil paradoxal (qui sont impossibles à simuler).

… Ainsi, un Moi conscient d'être conscient (et éveillé) (conscience réflexive) est « rêvé », par un inconscient qu'il ne peut influencer (mais qu'il peut interrompre au moindre mouvement)

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P. 170 de ce même livre, M. Jouvet formule élégamment la conclusion de son exposé de « La Théorie de la programmation itérative » de Roff­warg, Muzio, Dement, J. Adrien et Dewan :

« Cette théorie ne dévoile pas entièrement le mystère des fonctions de l'activité onirique et apparaîtra sans doute bientôt aussi erronée que toutes celles qui dorment dans le cimetière des théories du rêve.

Elle ne fait que traduire l'immense curiosité d'un cerveau éveillé pour ce qui le rêve. »

 

[8] Apparition de la céphalisation : «  Le nombre de cordons et de ganglions nerveux diminue avec l’évolution et le ganglion cérébral se développe pour donner un cerveau (concentration du tissu nerveux dans la tête).

Ce phénomène s’appelle la céphalisation.

La céphalisation apparaît chez les espèces pourvues d’une symétrie bilatérale (elle n’est pas

présente chez les espèces dotées d’une symétrie radiaire par exemple). Notez que la concentration du tissu nerveux peut aussi apparaître au niveau thoracique comme par

 exemple chez la mouche ou le crabe (Figures 3 et 8).

On distingue donc chez les Invertébrés, à partir des vers, un système nerveux central (SNC)

composé d’un cerveau, de cordons et ganglions nerveux, et un système nerveux

périphérique (SNP) composé des nerfs et des récepteurs sensoriels  ») in : Biosystématique des Invertébrés  : Le système nerveux et les organes des sens ;  clic . Université de Provence , Marie Montant avril 2009 ; Vos questions à : marie.montant@univ-provence.fr

On pourrait dire « encéphalisation », puisque « encéphale » est le nom de ce qui est « dans » la tête, « Képhalè » signifiant la tête dans son ensemble.

Le nématode (134 neurones contre quelques milliards chez l’être humain) n’a pas encore de « décussation ».

Mais il a déjà un avant (siège de la « céphalisation ») et un arrière, ainsi qu’un dos et un ventre, ayant chacun son nerf, positionnements repérables par rapport au cœur de la terre : il en résulte immédiatement un côté droit et un côté gauche (sans nerfs latéraux).

La « céphalisation » et la « ventralisation » précèdent donc l’apparition de la « décussation ». Ce fait en lui-même est intéressant.

Il serait intéressant de rechercher quand et comment apparaît la décussation, mais cela ne changerait rien au développement que nous présentons ici.

 

 

[9] Un animal avance vers « son avant » :

Le commun ne prête en général guère attention à ces remarques simples de tous les jours : qu’un animal avance vers « son avant » et que sa droite est « à droite de son avant, s’il avance le ventre vers le bas ».

 Les « bipèdes » :

L’homme, les kangourous, les oiseaux, sont quasiment des « faux bipèdes » en ce sens que la nature a refait dans chaque pied un avant et un arrière, par quoi il redevient en quelque sorte quadrupède, sans quoi, comme perché sur deux béquilles, l’homme aurait à peu près la stabilité d’un vélo – c’est à dire que livré à lui-même, il ne resterait vertical qu’en avançant.

Au demeurant, l’homme est déjà le paradigme du « gratte-ciel », ce qui permet de placer un plus grand nombre d’individus sur une même surface qu’en position ventrale. Mais il y perd en vitesse et en stabilité par rapport à la plupart des autres mammifères restés quadrupèdes.

Au demeurant, il n’y a pour nous « de ciel » que défini par opposition à la force de gravitation terrestre. C’est à dire fort mal précisé :

C’est par rapport à la pesanteur que les animaux se construisent, et non par rapport au ciel.

c’est de son absence que profitent les satellites.

On situe le centre de gravité de la terre en « un centre », indiqué approximativement par un « fil à plomb », si bien qu’en réalité, deux murs d’une maison que l’on croit parallèles forment un « V », et qu’aux antipodes les hommes sont pieds contre pieds, ce qui n’avait pas dérangé Ératosthène, mais a longtemps fait s’interroger les hommes du Moyen Age.

On n’en a d’ailleurs pas épuisé le thème.

 L’animal est informé

de tout cela par les 3 canaux semi-circulaires du labyrinthe de son oreille interne – dont les fibres efférentes ne décussent pas.

Mais « un animal sur le dos », surtout si, dans l’échelle phylogénétique animale, il est éloigné des mammifères et de l’homme, est en général un animal mort ou agonisant :

Un corbeau posé sur le dos ne bouge plus et ne cherche même pas à se relever.

Quelle en est l’explication ?

Sans doute est-ce parceque la position sur le dos annule tout des effets des décussations primaires, et donc de « la représentation de l’espace et du monde » de l’animal – si l’on est en droit d’employer pour lui une vision excessivement propre à l’homme : Les repères de l’animal deviennent alors inutilisables.

A l’inverse, les animaux utilisent d’autres organes et systèmes organisés que l’homme ne possède pas : « échométrie » chez les chauves-souris et les dauphins, « sensibilité aux infrarouges » chez les serpents, « ligne latérale » chez les requins, « polarisation de la lumière » chez les abeilles, etc.  .pour nous limiter à quelques systèmes connus – sans doute bien peu nombreux encore au regard de l’existant.

Mais on ne verra pas couramment un oiseau voler sur le dos, ou un poisson nager sur le dos, hormis peut-être dans un bref passage entre deux justes repérages, faisant abstraction du passage obligé en lui-même.

On peut presque en dire autant des « jeux de domination » chez les jeunes mammifères autres que l’homme, jeux toujours brefs et simulant généralement un combat.

Au contraire des animaux, les physiciens – plus penchés en cela sur l’étude des molécules ou des corps sans vie que sur celle des animaux organisés, se préoccupent des stéréo-métries en découvrant de nouveaux univers, petits ou grands.

Et il semble bien que l’on trouve « une latéralisation originelle » à peu près partout dans ladite nature - sinon partout – la différence entre « lévogyrie » et « dextrogyrie » n’étant d’ailleurs pas mince, même au niveau des sucres !

Une latéralisation est décelable aux niveaux : atomiques, moléculaires, animaux, galactiques, etc.

Est-il est supposable qu’il y ait un lien entre ces latéralisations structurales ?

Est-ce que la nature « s’oriente » ?

Il y a là encore un mystère - presque immatériel - que nous côtoyons à chaque instant - qui n’est pas facilement explicable simplement - dès le fameux « big-bang » originel.

Mais on peut aussi se demander si le mot origine a vraiment un sens.

Jacques Lacan a formulé il y a longtemps que « le Réel est orienté par la forclusion du sens » (Séminaire « Le Sinthome », Paris, 1975 – 1976).

 

[10] Les voies acoustiques sont essentiellement directes :

Mais il y a plus encore – ou du moins quelque chose de particulièrement intéressant, tout particulièrement pour les musiciens – c’est que cette absence de décussation de la réception sonore en fait un équivalent physiologique « d’afférence spinale directe », avec tout ce que cela comporte à la fois en rapidité de saisie, en non-corticalisation, en quasi indépendance – et aussi possiblement simultanéité – de toute réflexion intellectualisée ; alors qu’à l’inverse les réflexions ne peuvent habituellement être traitées qu’une par une par le cerveau, qui ne peut habituellement pas traiter deux « idées » en même temps.

On sait qu’il existe une thérapie fort prisée qui s’appelle la « musico-thérapie ».

Mais s’il est vrai qu’en la matière tout ce qui « fait du bien » est bon à prendre, on peut se demander si la musique relève vraiment plus d’une « psycho-quelque chose » que n’importe quel réflexe spinal :

Il serait d’ailleurs intéressant – et facile – de savoir si, lorsque les mammifères tournent et orientent leurs oreilles pour localiser un son, sans même bouger la tête, il s’agit d’un réflexe simple, homo-latéral et rapide – équivalent spinal en sorte - ou bien d’une recherche « intellectuelle », corticalisée, décussée. Il est probable que les deux peuvent se manifester, le mode réflexe étant bien sûr toujours le plus rapide, même s’il n’est pas forcément toujours le plus adapté.

Les médecins savent depuis très longtemps que telle ou telle musique peut ralentir ou accélérer le cœur, etc. Tout cela n’a rien à voir avec la psychothérapie.

Il serait sans doute préférable de ne pas déplacer la musique de la place qui lui est due.

 

[11] Le son est émis « médian », mais reçu « latéralisé » :

Du fait de cette « dualité », pour ne pas dire « ambiguïté » particulièrement remarquable chez l’être humain, il y a là peut-être tout un ensemble de recherches à faire – qui semblent n’avoir jamais étés abordées - tant à propos de « concepts analytiques », comme ceux de Symbolique Réel et Imaginaire chers à Lacan, que de beaucoup de bizarreries aux confins de la neurologie, de la médecine, et de la psychanalyse, (malencontreusement actuellement désunies) (pour des motivations que l’on critique en d’autres pages) parmi lesquels « nos rêves » (au sens vrai et non publicitaire du terme) dont les explications mêlent toujours, pour le moins, encore beaucoup d’éléments chaotiques.

« La vida es un sueno y nos suenos, suenos son » (Calderon de la Barca) : La vie c’est encore rêver, mais rêver qu’on ne rêve plus.

D’être en cela « double ou dédoublé » « en diurne comme en nocturne » n’empêche pas que l’homme est aussi un animal à part entière, on l’oublie un peu trop.

Et cette dualité, objet de cette page, est peut-être chez lui plus remarquable encore que ce que l’on en tire comme particularités (d’être un « être parlant », « debout », « qui joue avec le feu », « qui grime l’image à laquelle il s’identifie », etc.) .

 

[12] Cf. Juan David Nasio : « Introduction à la topologie de Lacan » :, Petite bibliothèque Payot, Paris 2010.

 

[13] Se regarder soi-même :

Il est probable qu’il y ait lieu de rapprocher cette sorte de « retournement vers l’intérieur de l’imaginaire » aux formulations successives de retournements qui ont jalonnées les élaborations de Jacques Lacan, en dernier celles des « formes toriques » des éléments constitutifs du nœud borroméen.

 

[14] Parole :

Le très grand, philosophe persan Farabi, « arabo-graphe » comme beaucoup l’ont été, a beaucoup lu les philosophes grecs : Après avoir lu la « Politéia » de Platon, il a écrit « El medinat el fadila », « la cité idéale », ouvrage de qualité.

Il a traduit le « zoon logotikon » d’Aristote par « hayawan nâtiqy » ou « mantiqy ». « hayawan » est la façon normale de traduire « animal », mais « nataqa » signifie « bien articuler en parlant ».

De là pourrait dériver une conception des exposés « rationnels ».

Le « Logos » grec, « l’élocution » a une multitude de traductions possibles suivant le contexte.

Dans l’Évangile de Saint Jean, c’est le mot « Kalam » qui est retenu pour traduire « logos » : « Fi l bidaya kana l Kalam ».

 

[15] Médecine pour « individu » et idéologie pour la « masse » :

C’est le moment de souligner la différence entre une « pratique » « médicale duelle » et une « idéologie » susceptible d’utiliser à ses propres fins la manipulation d’une « médecine de masse » :

 Cf. : in : Préface de Benoît Massin, au livre de Paul Weindiling, « L’Hygiène de la race », Editions de la découverte, Paris 1998. (1989 pour l’édition anglaise, Cambridge). [ traitant des années 1860 à 1945 - mais aussi de racines plus lointaines encore, puisque y sont relevés racisme et xénophobie chez Voltaire etc.]

Ce livre annoncé en 2 tomes (2 ème tome jamais paru) traite non seulement du nazisme, mais plus largement de ce qui peut être appelé « médico-cratie », incluant donc autorisations - voire impositions - concernant jusqu’à la vie et la mort, décrétées par l’administration et/ou la légalisation.

En ce sens, le thème est plus radical que celui de la seule « peine de mort » décrétée par une décision de justice, en principe aboutissement d’un débat contradictoire :

« La tentation de Faust.

  il faut être conscient que le contexte de la recherche médicale n'est pas du tout le même que celui de la médecine praticienne. Le médecin praticien cherche à soigner, du mieux qu'il le peut le patient qui se trouve en face de lui.

Le médecin chercheur, au contraire, est plus scientifique que soignant.

Il ne se focalise pas sur la guérison de tel patient particulier mais sur le résultat global de la recherche.

Pour user d'un langage kantien, le médecin chercheur tend donc à voir les patients davantage comme des moyens, des « matériaux» expérimentaux, pour sa recherche que comme une fin, un être humain unique.

Seule l'éthique (ou la loi) l'empêche de pousser plus loin certaines expériences qui accéléreraient les résultats, feraient avancer la science, lui apporteraient gloire, pouvoir institutionnel et crédits de recherche supplémentaires. A la limite, l'éthique (ou la loi) constitue donc un obstacle dans la logique de la recherche scientifique.

Au procès des médecins de Nuremberg, le docteur Ivy, l'expert américain, justifiait les expériences sur les condamnés à mort et estimait que certains points du serment d'Hippocrate «concernent le médecin thérapeute et non le médecin expérimentateur » etc. … »

On comprendra très vite comment la psychiatrie se trouve de facto toujours au cœur des sujets abordés.

 

[16] Spatialisation du dialogue :

On pourra même préciser ici que cette question de la « décussation », en tant que liée chez l’homme à la question « grégarité / individualité » interfère mathématiquement avec la position physique des deux protagonistes, « analyste » et « analysant", dans la mise en scène d’un  protocole obligé.

Il bannit désormais généralement tant le « vis à vis » que le « côte à côte ».

Chacun des deux protocoles peut faire l’objet de remarques particulières.

Freud a écrit qu’il demandait à ses patients de s’allonger afin que son regard à lui ne soit pas dérangé « par la vue des boutons du gilet » de son patient.

En réalité, on peut y ajouter aussi que la même chose est vraie quand on se place du côté du patient.

En définitive la position allongée est encore ce qu’on a trouvé de mieux pour pallier aux dérangements parasites des 4 occurrences qui découleraient des 2 couples : « analyste / analysant » et « vis à vis / côte à côte », afin de permettre à la relation de se cristalliser autour des énoncés.

Il reste encore naturellement bien d’autres obstacles, mais qui semblent actuellement incontournables comme la voix, etc. dont il faut tâcher de tirer le meilleur parti, la psychanalyse n’étant une science ni parfaite ni abstraite.

 

[17] Cf. André Pichot : « La société pure de Darwin à Hitler », Champ essais, imprimé en France, dépôt légal ; novembre 2009

 

[18] Trois « sens » pour chaque mot :

Etre d’un côté de la langue n’exclut pas et même impose ici, d’être de 2, ou même de 3 côtés : Chaque son ou signe (signifiant même en bribes) y recevra la plénitude signifiée qu’y mettra le patient, celle qu’y met l’analyste lui-même (pour s’en défier), et celle d’un corpus partagé (provisoirement ici) afin de permettre dès l’abord les échanges minimaux.

Autrement dit, comme le dit si bien Lacan, le principal obstacle de l’analyse est l’analyste.

Certes, en ses préjugés, mais il y a aussi l’aménagement de la mise en scène, dans lequel intervient, en nos temps, l’argent, (« seul symbole asymbolique », concluait sibyllinement un professeur de psychiatrie dont je préfère ne pas citer le nom pour cette acrobatie démissionnaire inacceptable)

Il est curieux qu’une certaine tradition ait rapporté depuis longtemps la sentence, prémonitoire ici : « Le silence est d’or, la parole est d’argent ! ».

Mais toute valeur est contextuelle.