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Terres d'asiles psychiatriques, des lieux pour les « non-lieux »  des lois :

* Étude critique du système psychiatrique français [1]

*  « la caution sacrée » : clic

 

 

 

*  Tableau : Évolution  de la « dé-judiciarisation » et  des « domaines  contrôlés par  la psychiatrie » depuis  la  fin  de  l’ Ancien  Régime. clic

 

*  Pour tout échange, bienvenue sur le « livre d’or » que j’ai placé, commun à mes sites : clic.


 

 

 

 

2015 - Lire en fin de page la situation actuelle replacée dans le cours d’une longue évolution linéaire : clic.

Par ailleurs, lien vers «Tableaux : historique, fonctions, compréhension » : clic.

 

Les gens croient généralement que ce sont les juges et les experts qui internent, ce qui est totalement faux, : ni les uns ni les autres n’ayant fort heureusement le droit de le faire clic. :

Ceux-ci se démettent en ne faisant que transmettre leurs dossiers au préfet qui avise et ordonne. Tout le reste n’est qu’opinion. (la loi du 27 juin 1990 a même fait des économies d’experts en inscrivant dans la loi la transmission des dossiers, ce qui était illégal auparavant).

(Après tant de préambules, il est plus que difficile que la parole du patient puisse devenir soudain libre - le seul type de parole pourtant utilisable dans une relation soignante - devant un psychiatre souvent imposé, travaillant « en bout de chaîne », et dont la fonction double est intenable.)

Mais les juges se démettent (1er problème), et, par dérogation au principe de la séparation des pouvoirs (2ème problème), peuvent maintenant transmettre leurs dossiers au préfet, lequel avise et ordonne. La loi du 30 juin 1990 - qui devait être « expérimentale pour 5 ans » mais il y a 25 ans de cela - a même fait des économies d’experts en inscrivant dans la loi la transmission des dossiers du juge au préfet, ce qui était illégal auparavant.

En ce qui concerne certaines propositions absurdes d’internements judiciaires, quel recours resterait-il alors à un interné pour plaider contre l’injustice de la mesure dont il est victime ?

Actuellement, la mesure étant préfectorale, elle a le mérite de montrer clairement qu’elle est policière, quel qu’en soit l’objectif : c’est une « contrainte par hospitalisation » (3ème problème).

La justice existe en principe pour accorder ensemble un corps social et un individu, et non pour discourir de compétences qui ne sont pas les siennes.

Aucun psychiatre ne dira jamais – je présume - qu’il peut forcer quiconque à être soigné (4ème problème) contre son gré, là où justement la demande de soins est le ressort principal de la réussite, et rien ne serait plus propre à attiser les tensions, entraînant une spirale de violences et de dangerosités, facilitées encore par l’affaiblissent du contrôle que provoquent beaucoup de neuroleptiques – d’où leur nom [2] – souvent administrés sans consentement (5ème problème).

Lors des internements, les embarras des médecins et des infirmiers sont tout aussi grands que celui du supposé malade à soigner. [3].

Si la question des soins thérapeutiques devait être envisagée, elle devrait nécessairement prendre origine des 2 personnages concernés que sont l’éventuel soignant (et non pas un autre psychiatre (6ème problème), et le demandeur de soins.

Lorsque les « media » dénoncent « les violences d’un forcené », ils omettent généralement de relater la fréquente « psychiatrisation » agressive, qui les a précédées et peut-être facilitées.

Telle omission – voulue ou par ignorance : rien là que de normal, puisque toute relation médicale est soumise au secret professionnel, dont le viol est sévèrement puni par la loi.

Actuellement, depuis 1838, sous des appellations ou modalités régulièrement renouvelées, mais un fonds qui reste toujours le même, il existe un recours judiciaire a posteriori (7ème prolème), si le dit supposé patient connaît ses droits et est en état de les faire valoir en étant interné. Ledit supposé patient doit alors en général élire un avocat à ses frais (8ème problème), qui plaidera pour obtenir en quelque sorte sa « re-judiciarisation » et retrouver une « judiciarisationabilité » comme tout citoyen normal.

Nous en retiendrons donc essentiellement :

- Les changements permanents et imprévisibles des formulations [4] et des législations

- La fonction d’exclusion purement négative de la psychiatrie et la proposition d’aucun idéal.

- La « parole du supposé patient », n’est entendue que filtrée par ses « représentants obligatoires » que sont « l’expert, l’avocat, le psychiatre, le tuteur, et à un niveau décisionnel plus élevé, le juge et le préfet » qui ont tous pouvoir de la déformer : « le patient ne parle pas, ce sont eux qui le font parler »

 

Il n’y a donc rien d’autre à préconiser que la séparation radicale de la catégorie des soins, de celle de l’ordre public.

Un mot prend ici une « valeur axiale », malgré les difficultés qu’il y a toujours eu à le définir - et les guerres religieuses qui lui ont souvent été attachées, au titre de croyances au libre arbitre ou à la prédestination - car il désigne tout ce autour de quoi ces catégories se trouvent ordonnées : c’est le mot « responsabilité ».

Selon la valeur que l’on attachera à ce mot, en résulteront des sociétés différentes.

Pour le médecin que je suis, il me reste beaucoup de travaux à faire, dans des domaines qui n’ont que peu de rapports avec, parmi les catégories ci-dessus évoquées, celles qui ne relèvent pas de mes habilitations. Mon option est donc de ne plus répéter ce dont beaucoup sont peut-être déjà en eux-même intimement convaincus.

 

 

 

 

 

 

Lire dans ce site :

*  Au quotidien :   « …  On impose une grêle de contraintes au nom d’urgences et de dangerosités…. »

*  Causes :   « … La cascade…. »

*  Remède : « … Si l’on veut faire de la psychiatrie une institution de soins, on ne peut pas lui demander d’assumer la charge de l’ordre public… Tout ici vient de la législation d’exception, et non de la hauteur des murs, du nombre des soignants ou des crédits accordés ... » 

Lire aussi à ce sujet :

… ( en 1970) … La séparation de la psychiatrie d’avec la neurologie, et sa reconnaissance comme « spécialité » propre, pour ne pas dire, une fois de plus, et même de plus en plus, « à part » (Mai 1968 pour la psychiatrie) =>

*   les médecins non psychiatres s’en sont désintéressés : Ils ont eu tort (4 étapes de la gestion sociale) =>

* Et nous laissons ici à nos confrères généralistes le soin de s’apercevoir combien, en tous ces sens, il sont de plus en plus contraints à « suivre » le mouvement impulsé d’abord à la psychiatrie à partir de 1838 (note de bas de page 3)  =>

 


 

 

 

 

* Auteur : docteur jacques de Person

 

 Aspects des liens hypertextes :

 ou ou => ou même autre.

 

(2000 – 2008)  : ETAT DES LIEUX EN PSYCHIATRIE 

 

 

 Page I  : Terres d’asiles psychiatriques (page d’accueil) : Celle-ci même.

de cette page, lien vers : « Création de la psychiatrie » en tableaux : historique ; fonctions ; compréhension : clic

 

*- a - : Article 122-1 du code pénal, « porte dérobée » de la justice :

* - b - : Vocabulaire :

* - c - : Lettre contre le projet d’internements judiciaires :

 

* Page II  : Présentations, écrits divers, lois et droits principaux  :

*   a - : vers Plan du site : 

 

 Page III : Entre justice divine et médecine d’Etat: l’invention de la psychiatrie =>

*- dans cette page : Mai 68 pour la psychiatrie =>

*- dans cette page : Tableau des territoires perdus par la fonction judiciaire au profit de l’exécutif  =>

*- a - : La conversion de la Grèce (de « Zeus » à « Iès-oûs ») :

 

* Page IV : A priori(s) et réflexions,  pour la cohérence dans une pratique de soins :

- a - : Tableaux de l’évolution des droits de l’homme :

 

* Page V : Quelques actualités :

*a : Ni « politique », ni  « morale », le domaine « mental » de la  psychiatrie  et « la relation duelle des soins médicaux » : => 

 

(2012 –2015) : autres travaux plus récents

 

* Page VI  :

 

 

 2012 - La « décussation » du tronc cérébral pour une « intégration grégaire », à côté d’une « image spéculaire » avec « aliénation » «  individuelle »: clic

 

* 2014 - La« Traumdeutung » de Freud et les « quanta de signifiants » dans les échanges et les communications.:  clic

 

* 2015 - L’internement du colonel Georges Groussard : clic

* 2015 - La physique des « signifiants » depuis Démocrite : clic

 

 

 

Principales pages du site =>

 

 

 

 

* Page I  :  Page d’accueil : Celle-ci même..

 

 

Titre :

* Terres d'asiles psychiatriques : des lieux pour les « non-lieux » des lois.

* Etude critique du système psychiatrique français.

Plan de cette page :

 

1.    Résumé

2.    L’existant

3.    Les nécessités 

4.    Les responsabilités

5.       Les attributions

6.    Conclusion

 

 

 

 

 

 

 

 

1°But du site et résumé de cette page web :

 

 

 

1° Faire connaître « l'existant » : Actuellement, la psychiatrie française est une pratique hybridecomposé de deux fonctions, généralement mêlées, rarement séparées :

 

       L’une est une fonction« administrative et/ou dogmatique médico-préfectorale », déconcertante.

       L’autre aspirerait à être une fonction « soignante ». Mais les soins sont compromis dès la prévalence décisive de la première.

En réalité, ces deux fonctions sont incorporées dans un système beaucoup plus vaste  constitué de deux parts, juxtaposées, l’une juridique, l’autre exécutive.
C’est le couple de ces deux parts que nous appelons « Système psychiatrique français ». En réalité, ont existé successivement, depuis 1838, deux systèmes psychiatriques français, très peu différents entre eux, dans lesquels :

 

 

  1. L’origine fonctionnelle est d’ordre juridique : non-lieu avec « dé-judiciarisation des actes ». (loi venue en second dans le second système : Cf.  Analyse et commentaires du 122-1 page : )
  2. Cette dé-judiciairisation est suivie et complétée par une intervention d’ordre préfectoral qui prononce une « contrainte par corps » appelée aujourd’hui : « hospitalisation sous contrainte ».

 

 

Systèmes :

Ordre judiciaire

Ordre préfectoral

« Premier système psychiatrique français » (obsolète)

Code pénal de 1810

(article 64)

1

1838 : Création des « Asiles d’aliénés[5] »

2

« Second système psychiatrique français »(actuel)

4

Code pénal de 1992-1994 (article 122-1)

3

1990 : « Hospitalisations sous contrainte »

 

 

NB : Dans ce tableau la lecture de «  » puis «  » indique l’ordre logique des opérations, et les flèches  «  » indiquent l’enchaînement chronologique dans l’apparition  des lois.

 

 

 

2° En conséquence, faire comprendre et reconnaître la nécessité de séparer les systèmes de prises de charge des« soins médicaux » et de« l'ordre public ».

 

Cela implique donc la suppression :

  1. de la « loi hospitalière de 1990 » sur les « hospitalisations sous contraintes » qui dérive de la loi de 1838 instituant « l’Asile  d’Aliénés Départemental »,
  2. et de « l’article 122-1  du nouveau code pénal », qui dérive de « l’article 64 du code pénal de 1810 » soustrayant à la justice les actes considérés comme ayant été produits par une personne « en état de démence au temps de l’action ».

 

 

Développement :

 

  Faire connaître l'existant, en s'appuyant sur des faits et des textes concrets. (Lire les articles présentés. Voir {quelques données} mises en reliefs)

La psychiatrie française, dont la création, par la loi décrétant la fondation des « Asiles d’Aliénés départementaux » et leur fonctionnement, remonte au 30 juin 1838, diffère des seuls «soins aux patients»[6] en ce qu’elle a été construite dans son essence à partir d'unesituation« d'exception»: une «dé-judiciarisation» du citoyen pour cause «d'aliénation».

A l'origine le système a crée « les Placements»dans « les Asiles d'Aliénés Départementaux». Par la suite les noms ont changé mais le système a très peu évolué[7]. Par contre de très nombreux développements ont vu le jour, mais toujours en s'appuyant sur les fondements d'origine.

C'est pourquoi il n'est pas nécessaire, pour comprendre la structure du fonctionnement actuel, de mentionner tous ces développements, qu'il s'agisse des divers systèmes d'hospitalisations, consultations et visites, publics ou privés. (Nous en donnons cependant plusieurs indications dans d'autres pages). Il faut comprendre que les articles fondateurs (qui fixent les statuts du «prétendu aliéné ou dément» ), liés aux préfectures ou aux tribunaux, régissent «la personne», (en fait «le corps physique » et les actions physiques, malgré le vocabulaire plus tardif à connotation « mentale» ), plus que son lieu de séjour (public ou privé), lequel peut varier sans changer les statuts de la personne.

Certains ont peut-être espéré que, par une sorte d'opération simplifiée, certains médicaments puissent remplacer les murs. Mais même dans ce cas, la problématique reste la même: C'est avant tout le statut fait à la personne qui est un «statut d'exception». Le lieu ( les asiles, hôpitaux ou cliniques ) existe parce qu'il en faut un, et s'il n'y a plus « de murs», en vue des mêmes contrôles et d'un semblable statut, ce lieu devient « { le corps du sujet } », le laissant déambuler, mais donnant aussi de nouvelles dimensions à l'entreprise en subjuguant la médecine qui devient l'instrument de « l'appropriation du corps par l'Etat » (à sa demande ou non d'ailleurs).

Mais, fait essentiel, ces lois engendrent, par le fait même, aussi, les«statuts et fonctions»des«personnels médicaux et non-médicaux»(publics ou privés), ayant pour tâche de mettre en oeuvre leur application.

En fait, il s'agit d'un système complexe comportant deux opérations logiques se complétant, qui furent instituées, à l’origine, l'une après l'autre dans le temps, en 28 ans d’intervalle, la première en 1810, la seconde en 1838.

 

Nous montrons dans les pages qui suivent pourquoi la seconde opération découle logiquement, de la première :

 

1.      La première opération est la dé-judiciarisation d’un acte. Cette opération est rendue possible aujourd’hui en l'application de l'article 122-1 du nouveau Code Pénal. Cet article renouvelle, en le modifiant très peu, l'article 64 de l'ancien Code Pénal de 1810. La procédure consiste à rendre « un non-lieu judiciaire » qui soustrait le «criminel» ou le «délinquant» à l'action de la justice du fait de la démence de la personne au moment de l’acte. Cette étape nécessite donc un«non-lieu judiciaire» prononcé par un juge.(Cette première opération n'implique pas «obligatoirement» la seconde)

 

2.      La seconde opération est l'intervention de la préfecture sur le corps de la personne. Cette opération découle d’un arrêté préfectoral ordonnant une «hospitalisation sous contrainte d'office » pour laquelle il n'y a donc aucun jugement, et donc aucun droit à la défense, bien que la privation de liberté soit manifeste et durable. Cette intervention préfectorale a été crée, à l’origine, par la loi du 30 juin 1838. Elle est réaffirmée par la loi du 27 juin 1990. Agissant « au nom de la médecine », elle est en réalité dépendante de l’exécutif préfectoral. Cette étape nécessitedonc un«arrêté préfectoral». (De même cette opération ne nécessite pas obligatoirement la première)

 

En résumé, le squelette du fonctionnement de la psychiatrie actuelle en France est «un système di-phasique de double soustraction à la justice» : soustraction au moment du non-lieu, suivie d’une soustraction au moment de la privation de liberté.

 

Ainsi, la forme complète comporte la dé-judiciarisation d’un acte par un « non-lieu judiciaire » suivie d’un internement par « arrêté préfectoral ».

 

La double procédure étant lourde et lente, le nombre des personnes concernées ayant subi une multiplication considérable depuis la création du système, il existe des figures simplifiées:

 

w        « L'hospitalisation sous contrainte d'office» seule, qui n'implique que l'arrêté préfectoral,

w        «L'hospitalisation sous contrainte à la demande d'un tiers» qui n'implique que la demande d'un « civil»  (répondant à des conditions précisées ) accompagnée de certificats médicaux, (les certificats vont à la préfecture),

w        « L'hospitalisation libre» à la demande du patient lui-même, qui peut « éviter»  l'ouverture de poursuites judiciaires !

w        Les soins (dits «en ambulatoire») sans hospitalisation du tout (ils peuvent être imposés (par la préfecture), ou non )

w        Et nous avons mentionné la dé-judiciarisation (par le tribunal) sans soins du tout.

 

Certaines procédures impliquent un système public, d'autres non. C'est cette «dé-judiciarisation » que j'appelle «le non-droit absolu », puisque c'est « un non-droit légal », pour le différencier de ce que les journalistes appellent incorrectement « les zones de non-droit » qui sont seulement des zones ou l'on ne prend pas la peine d'appliquer le droit en vigueur.

Ici lorsqu'il reste au patient le droit d’en appeler au tribunal pour réclamer, ce droit est très invalidé du fait qu'il n'apparaît que « à postériori » , lorsque ses possibilités sont alors réduites ou inexistantes. Si le patient est placé sous tutelle, ce droit n'appartient qu'au tuteur. Lorsque le patient est hospitalisé, le tuteur est très souvent un membre administrateur de l'hôpital. (Cf.: notre article : « Habeas corpus» et système psychiatrique français » .)

Que ce «non-droit » soit habillé aujourd'hui d'un vocabulaire médical - et c'est cela que j'appelle plus loin «le mode asilaire » - ne change en rien la véritable situation qui ne prend pas son origine d’une réflexion médicale.

 

Or la relation soignante ne pourra pas se passer de faire appel aux évènements d’origine. Plus la reconnaissance en aura été négligée, plus elle en deviendra difficile.

 

 


 

 

 3° Faire comprendre et reconnaître la nécessité de séparer les systèmes de prises de charge des soins médicaux et de l'ordre public.

Cela consistera en :

1.      La reconnaissance «d’un statut juridique normal »  reconnaissant « les actes » de tout patient, grâce à l’abrogation de l’article 122-1 du Code Pénal{commentaire}.

2.      La reconnaissance «d’un statut juridique normal »  pour chaque « hospitalisation » ,  grâce à l’abolition des «hospitalisations sous contrainte préfectorale »  par l’abrogation de la loi du 27 juin 1990.

Seules de telles conditions permettront à une demande de soins de s’exprimer librement, ainsi que tout ce qui en résulte. Développons le sens de ces propositions, ce qui reprend, en fait, les deux points du paragraphe précédent concernant « l’existant », c’est-à-dire la structure du système :

1° Nous voulons supprimer les « non-lieu» (ordonnés par un juge en application de l'article 122-1 du Code Pénal) prononcés « au nom de la folie » (peu importent ici les termes) afin qu'ils ne se substituent plus à l'instruction et aux débats judiciaires.

Cette étape est capitale puisqu’elle initie tous les processus qui se développeront ensuite parfois pendant de nombreuses décennies :

 

Sans outrepasser le domaine médical, mais afin de pouvoir en assumer pleinement la tâche, nous demandons aux juges :

 

1.      de « juger » ce qui relèverait normalement de la justice,

2.      sans dessaisir la justice en raison d’une causalité mentale supposée déclarée pathologique au temps de la réalisation des faits à juger,

3.      sans envisager de gérer les « hospitalisations sous contrainte » (comme cela a été proposé {cf.: courrier}, et semble l’être à nouveau.)

4.      sans s’occuper de toute gestion de ce qui pourrait être « des soins »

5.      afin de laisser au « thérapeute » le soin de diriger une « thérapie »[8] dont il doit pleinement assumer le cours après en avoir proposé l’indication.

 


On rappellera ici que l'opération de justice comprend en principe:

1         Instruction,

2         Jugement (en confrontant l'accusation et la défense ),

3         Condamnation ou non,

4         Application d'une peine le cas échéant (et suspension de l'application de ladite peine toujours possible le cas échéant, pour toute raison valable, médicale par exemple comme cela s'est toujours fait depuis des milliers d'années en toute terre civilisée !)
Loin de vouloir dire « condamner » , juger peut aussi permettre de connaître un acte et sa vérité et même de le justifier.


2° Nous voulons ne pas laisser un pouvoir exécutif, représenté par la préfecture, être l'arbitre final (et d'ailleurs bien souvent lui-même embarrassé de l'être), des « hospitalisations sous contraintes », par application de la loi du 27 juin 1990 sur la « psychiatrie ».

Ce pouvoir est d'ailleurs bien souvent immiscé dans toutes les formes d'hospitalisation psychiatriques,puisque les certificats médicaux des « hospitalisations sous contrainte à la demande d'un tiers » sont aussi regroupés à la préfecture et enfin qu'il y a sans cesse des passages de l'une a l'autre des trois formes d'hospitalisation, qui se déroulent dans les mêmes lieux, avec les mêmes acteurs et les mêmes dossiers, qu'il s'agisse de chacune des deux formes « d’hospitalisations sous-contrainte », ou d'une hospitalisation dite en « service libre ».

Cela annule donc en grande partie les innovations de ces 50 dernières années, car, en fait, on n'a voulu modifier aucun des fondements du système. {Voir le tableau de la dé-judiciarisation}(ce tableau résume la progression historique de ces constructions)
Au total, qu'il soit utilisé ou non comme tel, l'instrument que la législation française, avec la psychiatrie, met à la disposition du Pouvoir est de nature dictatoriale.

 

Certains prétendent se passer de la justice en arguant qu'elle est «chose imparfaite» et en tirent parti pour n'en point vouloir entendre parler ! Mais ils devraient plutôt songer à la parfaire car «juger» est une nécessité «sociale» et en particulier pour tous les faits qui sortent de l'ordinaire des répertoires. La nature de son exercice est de rendre le débat public et contradictoire. A ce titre elle tente au mieux d'être le «garant du bien faire» et le «moteur de l'évolution sociale». C'est à elle de dire si un fait est ou non répréhensible {exemple}, voire parfois tout simplement s'il a eu lieu! {Conséquence d'un « non lieu» }.

Plus radicalement encore peut-être, nous savons bien que «l'ordre de la Loi» (au sens de catégorie), est nécessaire à la structuration mentale. Enfin, dans tous les cas, il est recommandé d'appeler «un chat» «un chat» et les choses par leurs noms.

 

Tout se passe finalement comme s’il y avait :

w        En théorie deux psychiatries mélangées : « la psychiatrie-médecine de soins » et « la psychiatrie-dogmatique administrative », cette seconde étant toujours prévalente sur la première, et,

w        En pratique, le regroupement indistinct de l’ensemble de la gestion sous l’égide de « l’exécutif » , par le fait, puis avec, les deux dé-judiciarisations que nous avons dites.
 

 

 

4°Les responsabilités

Comment nommer cette forme « complète », en deux temps, que nous venons de décrire ? C’est-à-dire, quand une personne :

w        A été l’objet d’un « Non-lieu », en vertu de l’article 122-1 du code Pénal, parce qu’elle n’avait commis « aucun acte digne d’être retenu par la justice »,

w        Puis a été l’objet d’une « Hospitalisation d’Office » préfectorale parce que ses actes laissaient présumer qu’elles présentait un « état mental la rendant dangereuse pour elle-même ou pour autrui au moment de l’arrêté » .(Ce second temps est souvent éloigné du moment des faits ayant fait l’objet du non-lieu.)

Ce n’est pas une « affaire juridique ». L’enfermement ici n’est pas une « sanction ». L’hôpital ne saurait donc être comparé à une « prison », et ce n’est pas une « incarcération ». L’hôpital est officiellement un « lieu de soins », mais les soignants n’ont pas été amenés à décider quoi que ce soit, pas plus que l’intéressé.

Certes, c’est tout cela qu l’on appelle confusément « un cas psychiatrique » ou une « affaire psychiatrique ». Mais que signifient ces termes ? Et pour aller directement au cœur de la question qui devient maintenant centrale : « Qui est et qui va être responsable de quoi ? » Car ces questions réapparaissent d’autant plus violemment qu’elles ont été négligées dans toutes les étapes antérieures 

Elles imposent alors de se demander : « Comment en est-on arrivé là ? » voire : « Quelqu’un est-il pour quelque chose dans quelque chose de ce qui est arrivé ? ». Ainsi, actuellement, lorsqu'un« supposé dément » commet ce qui serait pour un autre un« délit », que recouvrent des expressions comme« affaire psychiatrique » ?

Du fait que, juridiquement,« un acte commis par une personne supposée démente » n'existe pas, l'expression« cas psychiatrique » pour ce cas est extrêmement difficile à employer. Ainsi, dès le départ, nous trouvons des difficultés de langage, dès qu'il s'agit de psychiatrie. De ce fait, et du fait de ces lois, quand un « supposé dément », qu'il soit ou non« en soins », commet « un acte qui pour tout autre que lui-même serait répréhensible », la situation apparaît souvent« opaque » : Car lorsque la« matière à juger » est évacuée, parfois dès avant l’instruction, « on[9] » ne peut plus savoir « qui a fait quoi », et même, souvent, tout simplement « ce qui a été fait », quand bien même la personne serait suspectée de crime !

Cette ignorance, qui concerne tout le monde, y compris bien sûr l’intéressé lui-même s’il a agi en état de « confusion mentale », concerne aussi le psychiatre désigné comme « responsable des soins » par un organigramme psychiatrique complexe, à l’exclusion cependant du« supposé-patient » lorsqu’il ne demande rien, et de ce futur « psychiatre traitant », qui n’est pas autorisé à « s’autoriser de lui-même » à instaurer une situation de contrainte pour les soins qu’il donnera. Il se trouve pourtant que ces deux derniers sont particulièrement concernés!

Telles sont donc les circonstances au sein desquelles apparaît la naissance de l’une des premières «  responsabilités » engagées, sinon la première, depuis le fameux « non-lieu », responsabilité contingente en vue de soins potentiels, en conséquence de sollicitations venues d’ailleurs, et venues de personnages dont l’intervention pourra s’arrêter là, comme c’est généralement le cas pour les experts commis. Il n’y a en tout ceci rien d’étonnant d’ailleurs, puisque le but exprimé de toute la législation mobilisée était justement d’en arriver là : Le patient, en effet, est passé « mécaniquement » du « prétoire » à « l’hôpital », par les soins de la « préfecture ».

Du point de vue de l’ignorance des faits, comme du point de vue de la désignation des intervenants et de la distribution des responsabilités, la situation est la même aussi dans les formes que nous avons dites « simplifiées », c’est-à-dire lorsque le supposé patient passe directement de « son domicile » ou de la« voie publique » à « l’hôpital » par les soins de la « préfecture ».

Puis, les « dires », et même les « aveux », ne témoigneront et n’auront à témoigner d’aucune « réalité » concrète, dans des conditions aménagées maintenant en « situation thérapeutique » et généralement médicamenteuse, en vue de faciliter la verbalisation de fantasmes[10] et non plus l’enquête policière.(Cf. « Le champ de la demande et le lit du traitement »). Car Tels sont, en effet, les « impératifs soignants »  .

Aussi, quand en conséquence d’un« fait », déclaré« absence de fait », mais relevant« d'une personne atteinte de troubles mentaux la rendant dangereuse pour elle-même ou pour autrui », la personne se trouve être « hospitalisée sous contrainte », on a les plus grandes difficultés à savoir« qui doit faire quoi », « qui peut faire quoi », « qui a demandé quoi » , « Qui a pensé quoi » , « qui a mis en scène telle ou telle situation », etc.

Quand malheureusement, enfin, s'installent des sentiments hostilesentre la personne « hospitalisée » qui ne souhaite pas l'être, et un soignant qui est« obligé » de s'en occuper,occurrence non négligeable, force est tôt ou tard, tout de même, de s'interroger sur « Le Metteur en Scène », sorte ici de« pendant » de reconstruction au retrait remarqué du« Législateur ».

De fait, c’est la préfecture qui ordonne, et l'on s'en tiendra là dans cette présentation. Mais c'est un fait aussi que « les Asiles », traditionnellement ont dû se reconstruire en un « monde à part », avec son« Règlement intérieur », ses lois écrites, ses hiérarchies, ses punitions et récompenses, rôles et attribution de chacun, patients aussi, au long du jour, allant, par exemple, jusqu'à préciser le rôle du médecin dans la gestion de « l'argent de poche du malade » etc. ce qui montre bien, s'il en était besoin, que même ou surtout chez les soi-disant « fous », on ne saurait, en fait, se passer de lois...

Pour comprendre ce qui se passe, il faut re-examiner telle ou telle situation depuis son origine:

Ainsi, puisque toutes ces soi-disant « affaires psychiatriques » se situent dans un champ incertain (avant les investigations) tendu entre la pensée, s'il y en a une, et l'acte, s'il y en a eu un réellement, même dénié par la justice, il faut examiner tout ce champ, lui-même placé dans un contexte composé de lois, de personnages, et de leurs multiples influences . Car il ne faut pas croire que même les lois existantes soient sans influences, bien au contraire, sur le comportement des gens, même dits « fous ».

Et ceci laisse ou non la place, selon le cas, à un policier, « un juge », « un médecin », « un patient », etc., c'est-à-dire à des personnages soumis à « des lois », et dont « les droits », « les demandes » et « les compétences » ne sont pas les mêmes.

Les fonctions de ces personnages ne s'excluent pas, et ils ne sont pas interchangeables. D'ailleurs tout ceci ne concerne que « le lit du traitement ». Mais il serait indispensable de commencer par le constituer de telle sorte qu'il permette de réaliser ce que sont « les soins » proprement dits.

Il est si indispensable que bien souvent, faute d'avoir pu en réunir les conditions, une situation s'éternise« en deçà » des soins, durant plus de 20 ou 50 ans... Ainsi, alors qu’aujourd’hui la situation actuelle est généralement un obstacle aux soins, on pourrait espérer du respect du retour aux principes simples que nous réclamons ( en fait, simple statut « normal » pour le « supposé dément »), à tout le moins, une diminution des inopportunités, des inadéquations, et, sans doute une amélioration dans la compréhension de ce domaine et de ses possibilités.

Dans ce que nous avons appelé le« mode asilaire »complet, l'intervention des personnages et leurs niveaux de responsabilité se déroule selon le TABLEAU SUIVANT :

On y voit que les premiers intervenants (protagonistes de chaque cas nouveau) n'engagent pratiquement aucune responsabilité personnelle, mais, dans une faible et impersonnelle mesure, celle de leur fonction ou celle de la loi elle-même, dont le déroulement est implacable, en toute absurdité eu égard aux soins, sitôt que le« non-lieu [11]» du départ a été déclaré. Puis, pire encore, certaines catégories d'intervenants sont chargées d'imposer à d'autres une activité, dans un domaine ou une situation qu'ils ne connaissent pas, pour un patient qu'ils ne connaissent que formellement, sans avoir donc les éléments nécessaires au guidage de leur choix.
C'est ce qui appelle désormais dans les prétoires et ailleurs quantité d'experts, au mieux sans certitudes, chargés de répondre à des énigmes dont seul un patient, dont la parole est par avance désavouée, détiendrait les clés.

Aussi, un patient aura-t-il beaucoup de mal à faire reconnaître ou reconstruire son identité, vis à vis d’interlocuteurs eux-mêmes placés dans une situation qu'ils ne contrôlent pas et/ou qui ne les engage pas.
Dans ce monde « kafkaïen », on ne pourrait que vainement chercher un interlocuteur sur qui « reporter » une introuvable responsabilité: Difficile, en effet, de trouver« un responsable » parmi des acteurs innombrables auxquels on ne saurait reprocher de travailler« en toute légalité » et de ne prendre aucun risque.
Alors, faute d'interlocuteur, le patient demeure « interloqué ».

Les catégories « des médecins » et « des infirmiers » sont tout aussi inconfortables que celle de « patient », lorsque les uns et les autres sont obligés d’assumer un rôle qu’ils estiment avec raison autre que celui de leurs compétences.


5° Les intervenants

 

Personnages (selon les lois actuelles en 2007)

responsabilités (selon les lois actuelles en 2007)

Remarques, précisions, définitions.

 

1° « Placements »  puis« Hospitalisations sous contraintes ».

 

Un juge, appliquant la loi, le code pénal,

=>

 

La responsabilité du juge est hors de cause

w        Le mot « responsabilité »[12]

 

w        « Ces lois » à caractère espéré « préventif » n'ont pas fait preuve de leur utilité préventive depuis 166 ans.

 

 

w        « L'insécurité », en effet, s'accroît actuellement sur le territoire de notre république, soit que ce type de prévention de la « folie » soit un échec, si l'on pense que « la folie » est en cause, soit qu'il paraisse inopportun de s'en prendre de cette façon « à une supposée folie », si l'on pense que la folie n'est pas en cause.
Il est donc légitime de s'interroger sur la qualité de ces lois dont dispose actuellement le ministère de l'intérieur,
de même que, en ce moment d'agitation intellectuelle sur le principe d'une« Constitution européenne », de s'interroger sur ledit projet dans lequel ces questions sont laissées pour compte sans être évoquées.

 

 

déresponsabilise« un supposé dément ».

=>

La responsabilité du « supposé dément » est hors de cause

Dans le nouveau code pénal, (article 122-1), est introduit l’expression que la personne est « irresponsable » mais « demeure punissable » dans certains cas.
Le mot « coupable », appréciation de la faute et de sa sanction, n'est pas prononcé.
Pourtant, à moins de« punir » un « non-coupable », la formule envisagée ressemble beaucoup à« non responsable, mais coupable ». Ce qui est Surprenant! {comm. 122-1}

En général, le juge s’appuie sur un ou plusieurs experts psychologues ou psychiatres.

Les experts ne sont pas responsables de ce que le juge décidera

Le juge confie son dossier à un préfet :

Si le « supposé dément » a commis un crime, le préfet ne peut guère faire autrement que d’arrêter « une hospitalisation sous contrainte »[13]

La responsabilité du préfet ne peut guère être mise en cause dans cette intervention. qui est une réponse légale, utilisant des lois pleinement en vigueur[14].

La responsabilité de l'Administration est seulement en fonction du respect de la « procédure ». Le maire (en province) a temporairement les pouvoirs du préfet.

Le préfet confie« le supposé dément » à un directeur d’hôpital. Le directeur d’hôpital doit l’accueillir.

La responsabilité du directeur d’hôpital est hors de cause, s'il suit les directives.

Divers certificats médicaux interviennent alors, mais sont rédigés par des médecins (non-traitants) qui ne connaissent bien ni les faits ni le patient

La responsabilité des médecins est impliquée.

Sans moyen d’information, ceux-ci  seront « enclins à confirmer » tout ce qui à été dit auparavant, et  donc ladite « opportunité » des mesures.

Le directeur d’hôpital confie « le supposé dément » à un « service », c’est-à-dire à « une équipe soignante » composée : « d’un médecin-chef » qui la dirige,

La responsabilité du médecin-chef est impliquée. S’il arrive que celui-ci ne confirme pas l’opportunité de la mesure préfectorale, dans tous les cas, de toutes façons, la décision préfectorale est prévalente.

d’autres médecins,

La responsabilité de chaque  médecin est personnelle. Leurs fonctions sont réparties selon l’organisation fixée par le« médecin-chef »[15]

 d’infirmiers qui ont à la fois une fonction administrative et une fonction médicale.

Les infirmiers doivent « obéir » aux « deux catégories d’ordres », (qui peuvent être opposés) à quoi s’ajoute une fonction « d’initiative propre » (loi des années 70-80)

Et d’autres personnes qui sont « psychologues », « éducateurs », « ergothérapeutes », etc.…

Leur responsabilité[16] est personnelle. En fait, ils « éclairent le service », et n’agissent qu’avec l’approbationdu médecin-chef. En cas de désaccord, l’autorité appartient au médecin-chef.

Le médecin« proposera » au préfetd’arrêter la fin des mesures lorsqu’il l’estimera opportun, ou attendra les expirations de celles-ci selon divers calendriers etc.

Au préfet appartient, selon la loi, avant toute chose, « d’assurer la sécurité de l’ordre public et des personnes ». (Cf. commentaire de la formule )

 

2° Tutelles.

A cela s’ajoutent les mesures de« tutelle » et  « curatelles » prononcées par le juge des tutelles

 

Le juge des tutelles sera enclin, par prudence, à choisir des mesures « coercitives », que « les experts », par prudence auront suggéré

Les tutelles doivent être regardées différemment  car elles ne sont pas « spécifiques de  la psychiatrie »,  et reviennent à un juge. Cependant, il est arrivé, quand l’intéressé était « une personne  psychiatrisée »,  que celle-ci «  ne soit pas entendue » par le juge, même si elle le réclamait

                                                                     On voit que la place réservée aux soins n’occupe pas « le devant de la scène » ! En définitive, de délégation en délégation, quand la justice se retire, hormis une « justice saisissable à posteriori », des fondements aux efflorescences, la psychiatrie, ainsi étendue et délimitée, revient au ministère de l’intérieur. Celui-ci a d’ailleurs nommé directement  les médecins jusqu’en 1936, fait qui devrait éclairer ceux qui évoquent ici « un  pouvoir médical ». Selon les nouvelles directives en ce monde, qu’en sera-t-il demain  de la psychiatrie et de ses dossiers ?

Très différente est la situation thérapeutique que nous préconisons dans les pages de ce site. En rapport avec la question des responsabilités, prenons une image :

Prenons l’exemple d’un voyage possible soit en avion soit en bateau :
Pour traverser l’Atlantique, on dispose aujourd’hui de deux moyens de transport, utilisant soit « l’air » soit « la mer », et de deux seulement.
Au jour d'aujourd'hui, on ne peut pas les mélanger.
De plus, le passager qui a choisi, a décidé en même temps de faire confiance au pilote. Celui-ci peut guider un choix, puis, une fois rendu au milieu de l’Atlantique, ne doit plus accepter un changement de moyen detransport, tant que celui-ci reste inacceptable. .
Si le voyageur est pressé par le temps, il choisira l’avion avant le départ. Il doit donc connaître ses propres  besoins intimes. C’està lui de choisir en étantbien informé. Il conviendra ensuite qu’il soit satisfait à l’arrivée, et si le pilote l’a conduit ailleurs dans un but trompeur, la supercherie devra être « jugée », en accord avec les moyens d’investigation actuels.

En «  médecine dite mentale », comme ailleurs, il peut exister plusieurs sortes de remèdes.
Il faut laisser le patient choisir de placer sa confiance dans « le soignant» et « les moyens ». « Laisser choisir » signifie bien sûr « ne jamais obliger quelqu'un à choisir ». Ici, mieux vaut rien qu'une contrainte administrative dont il est inévitable qu'elle sera catastrophique.
Toute autre chose est la question de « l'assistance à personne en danger »  Il faut que le médecin, ou tout intervenant, responsable en son domaine, dise s’il accepte ces choix, et de prendre la direction des soins. Mais il ne faut pas qu’une administration « incompétente dans ce domaine» impose une « voie », ni le changement  en cours de voyage.
A l’arrivée, il faut que le patient soit satisfait et qu’il sache qu’il n’a pas été abusé, ce qui nécessite qu’il ait droit à l’accès à toutes les informations  le concernant.
La justice doit pouvoir être saisie dans le contrôle de tous les stades de l’opération, mais en aucun cas n'a à décider du choix des moyens.
Quant à l’exécutif, son rôle est exactement de faire en sorte que la justice fonctionne librement et que la médecine fonctionne librement.
Il appartient pleinement à la justice de déterminer si une personne est responsable ou non de tel ou tel acte. Mais ce n'est pas l'affaire de la psychiatrie.
Si l'on reconnaît pleinement à la psychiatrie qu'elle est une médecine, et donc ses droits et devoirs comme telle, la justice n'a ni à lui dire ce qu'elle, psychiatrie, doit faire, ni à lui demander ce que elle, justice, doit faire.

 

 

 

6° En conclusion

 

On s’apercevra finalement que ce mode d'appréhension possible de tout citoyen à partir d'une « chose psychique»  supposée, qu'on peut lui attribuer[17], et que l'on peut alors sanctionner, ( par une privation de liberté tout à fait anticonstitutionnelle depuis 1958 en France ), insidieusement, a façonné considérablement la vie et l'expression (ou souvent la non-expression[18]) dans notre société, alors que, dès la promulgation de la loi de 1838, certains « médecins aliénistes» s'alarmaient.

Par tout ce qu'elle véhicule, en espérances, mais aussi en exigences de conformité arbitraires[19], en occultations de procédures, par la dé-responsabilisation des gens, la démission de la justice, la subrogation de l'exécutif, «l'incapacitation» des médecins (en psychiatrie les décisions préfectorales l'emportent sur les avis médicaux), la psychiatrie, à sa façon, a probablement été un élément moteur plus important qu'on ne le pense généralement, et, à de nombreux points de vues, regrettable, de notre évolution, entraînant des pertes et destructions en cascade, en particulier dans le tissu social, et de la confusion dans nombre de consciences.
{  les livres , les opérateurs. }

Mais qu'eût-on pu attendre d'une telle législation? On voit mal comment «la doctrine de l'isolement» qui est à la base du système (voir plus loin) favoriserait «l'insertion sociale» , comment «la privation de liberté sans faute» favoriserait «l'accès à la responsabilité», etc. Depuis 1838, en augmentant la seule «puissance» des instances (exécutives, financières, etc.) qui régissent le système, on n'a fait que renforcer, jusqu'à la caricature les formules qui existaient déjà ou en germe, sans changer la nature des choses ! Et en ce sens, la psychiatrie française vit encore en 1838.
Le problème de la psychiatrie française n'est pas, actuellement, d'abord, un problème budgétaire.

A l'inverse, on fait avancer (ou reculer !) une société avec ses « lois » et avec ses « jugements », c'est-à-dire avec «Le législatif » et « Le judiciaire ». La France se flatte de son ouverture dans la « laïcité» , mais sa tolérance aux «idées», aux «dires» et aux «comportements» n'en reste pas moins arbitrairement limitée par la psychiatrie que nous connaissons, cette psychiatrie « à deux têtes », telle que nous la dénonçons, qu'elle inventa presque simultanément à celle-ci. Nous dénonçons ses hypocrisies, ses déresponsabilisations stériles, en même temps qu'un intérêt des plus douteux en médecine et probablement aussi en matière d'ordre public.

Nous ne désirons en quoi que ce soit accabler notre pays, bien au contraire ! Notre contribution n'analyse les causes que pour trouver les remèdes :
Quand l'outil ne convient pas, il faut être« médecin de l'outil », ici les institutions, avant d'être médecin des hommes. Au vu de cette analyse, qui concerne tant un passé révolu que le temps présent, et alors que les attentes relatives aux soins, à la justice et à l’ordre public ne laissent d’être préoccupantes, que peut-on alors préconiser, dès maintenant, pour l’avenir? {problématique   sociale

Ce site souhaiterait être un apport, loin de tous les excès que nous dénonçons, à la constitution d'une société juste. {propositions simples}.

 

Entrée – Sortie de l’Hôpital Psychiatrique de Perray-Vaucluse. Au fond, ligne C du RER ; ligne SNCF.

 

 

PS :  Rappel et Résumé (2015)  : Puisque après tant d’années pratiquement rien n’a changé, dans les principes, sinon dans les noms :

Note sur la question morale, en toute chose, et en médecine, et en psychiatrie : 

Le rappel peut être bien utile ici, parce que quelques conversations récentes, m’ont montré qu’encore en janvier 2015, bien des gens ne comprennent pas en quels termes elle se pose dans le domaine des soins considérés. De fait, personne ne leur explique.

La « morale » n’est pas le « mental ».

La morale relève de relations inter-individuelles et ressortit à l’ordre public, et aux devoirs imposés à chacun afin d’assurer lesdites relations.

Le mental relève de relations intra-individuelles, qui touche aux mécanismes les plus intimes de chacun et fonctionne plus ou moins correctement, soit en permanence, soit différemment selon les circonstances et les moments.

La question « physique ou psychique », ne s’impose ni ne se pose comme un a priori en aucune façon dans aucun des 2 cas : on pourrait longuement expliquer ce que la question a d’absurde tant au regard de la loi, qui s’attache aux actes, qu’au regard du médecin, soumis aux exigences de la biologie [20].

 

Le médecin : Son « savoir faire » de bon praticien n’est pas ici en cause : C’est la société et ses lois qui sont en cause.

La mondialisation a pris une allure galopante : La famille n’existe presque plus. Le mensonge, le vol, quelquefois le viol ou le meurtre, de moins en moins repérables par les proches, ne sont régis que par le droit (Cf. Michel Villey : « La philosophie du droit », 1969, Ed. Dalloz.), quand on peut, ou veut, l’appliquer.

Le médecin n’est plus, dans son village, la personnalité prestigieuse et sacerdotale du « faiseur de pluie ».

On hésite de moins en moins à prendre un charter « low coast » pour se faire remplacer un organe.

Jadis, avec le temps, on pouvait connaître son proche, son ami, son ennemi : Aujourd’hui, en quelques minutes, on ne le peut plus.

Pour la plupart des gens, le médecin devient un parfait inconnu, quelquefois recommandé, mais dont on attend surtout la diligente assistance, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Sa disponibilité fait effectivement partie de sa fonction.

Mais on ne le connaît pas : Ce médecin est le même homme qui aura reçu, sur le périphérique, lors d’un embouteillage, une canette de bière vide par la fenêtre de sa voiture, devant lequel se prosternera,10 minutes plus tard dans sa salle d’attente, le même agresseur devenu « patient », afin de passer le premier.

On pourrait épiloguer.

 

La morale :

En réalité, la morale est partout. Elle n’est pas partout la même, mais ses structures peuvent se ressembler car, en gros, les sociétés ont les mêmes besoins.

La morale fait partie de toutes les relations sociales.

Elle fut peu changée jusqu’à la fin de l’antiquité, édictant que le plus fort doit aussi être le dominant.

Aristote, démocrate mais esclavagiste, prône encore une telle morale, et même encore beaucoup plus tard, des philosophes comme Farabi, « le 2 ème  maître ».

Mais avec le christianisme et la fin de l’Antiquité, s’affirmèrent de nouvelles valeurs qui dissociaient la force, du bien, comme aucune autre société ne l’avait jamais fait auparavant.

Le monde changeait lentemement : Déjà Hippocrate appelait à soigner tout homme quel qu’il soit, de la même façon.

Le christianisme précéda de peu une mondialisation qu’il appelait de ses vœux, au nom d’une justice pour tous.

Ainsi « catholicos » signifie « universel ».

Auparavant, dans une vie de type tribale, les soins diligents allaient de soi, l’entourage étant toujours « ami ».

Lorsqu’il s’agissait d’un ennemi, l’affaire était plus difficile à sortir de ses préjugés.

 

Mais aujourd’hui, notre introduction de la différenciation claire de ces 2 catégories, « mentale et morale » est devenue une nécessité pour ne pas « tout mettre dans le même panier ».

Elle n’e s’est peut être pas encore imposée dans tous les esprits, ni en France, ni dans toutes les parties du monde.

Il ne pourra pourtant pas en être autrement.

Car le dilemme est quotidien et il apparaît certainement déjà plus évident aux professionnels, qu’à un peuple peu averti des difficultés du sujet.

 

Ledit mental et ledit physique[21]:

Le mental, puisque c’est de cela seul que devrait – et ne pourrait - en réalité s’occuper la psychiatrie, serait très facilement rattaché à la médecine, sitôt que l’on voulait bien, enfin, considérer séparément une demande et une participation aux soins, sans rapport avec une contrainte administrative, qui relève d’autres instances.

Car qui pourrait croire qu’une demande sincère, qu’une parole pleine puisse émerger sous la contrainte ?

Or la demande, les désirs, les motivations, conscientes comme inconscientes, doivent pouvoir être exprimées librement – c’est-à-dire sans qu’il n’en résulte de sanctions – et cela implique « le secret médical » - pour être analysées sereinement.

C’est même la règle fondamentale. Il faut la protéger. (Cf. l’anecdote d’une absurde « condamnation » à une psychothérapie : l’intéressé prit la « poudre d’escampette » : clic).

D’où que vienne la demande, il existe en principe, en France, plus de 10 000 professionnels psychiatres pour y répondre.

Surtout, la reconnaissance juridique d’un comportement particulier, d’une faute, même non sanctionnée, ne pourrait qu’inciter une personne à demander une aide, afin de transformer son comportement ; quelques fois même, servirait au moins à la personne à savoir ce qu’elle fait :

Combien de personnes n’ai-je pas vu arriver en « hospitalisation administrative forcée », suite à une « absence mentale », une épilepsie temporale, une tumeur cérébrale, une hémorragie méningée, une fièvre maligne, un cancer vertébral, une hyperthyroïdie etc. etc . … toutes choses responsables du comportement, mais non perçues par un ordre préfectoral dédié à la « sécurité », (ce qui n’est pas « la santé ») ni même ensuite par une équipe soignante empressée à seulement « casser le thermomètre », pour entériner une mesure qu’il ne reste qu’à « finaliser », confirmée par des certificats médicaux, souvent ayant perdu toute la valeur « contradictoire » que l’on attend d’eux : faute d’investigations possibles - souvent rédigés illégalement d’ailleurs, lorsqu’ils devraient précéder l’internement, mais qu’ils le suivent – ils se contentent alors de recopier le précédent. Comment pourrait-il en être autrement ?

 

Psychiatrie dogmatique et/ou administrative et psychiatrie médecine de soins :

C’est là une distinction que nous avons trouvé indispensable d’introduire.

L’une et l’autre sont 2 choses totalement étrangères, dont aucune ne justifie d’ailleurs son appellation de « psychiatrie » (« psychi » = « âme » et «  iatros » = « médecin »).

Mais qu’advient-il sitôt que la « déresponsabilisation » est « légalisée », (« déni de justice légalisé ») par un juge qui confie ses dossiers à la préfecture?

Que faire lorsqu’un expert irresponsable, déclare à un juge irresponsable, qu’un « supposé patient » a sombré dans une « supposée démence » ; que le juge alors se dérobe ; confie ses dossiers à un préfet responsable « de l’ordre public et de la sûreté des personnes » ; lequel transmet à un directeur d’établissement irresponsable, une ordonnance préfectorale lui imposant de retenir ledit « supposé patient » dans un établissement ; l’ordre étant répercuté aux infirmiers qui doivent exécuter ; et à charge aux médecins de rédiger des certificats circonstanciés adressés à la préfecture ; qui en définitive avise en accord ou en désaccord avec les avis médicaux ?

En France, en médecine « normale », la maladie est un droit, mais la faute est condamnée ; en psychiatrie, c’est le contraire ! - quand il y a maladie.

En réalité, ni le préfet ni les experts ne connaissent rien du « mental » de la personne qu’on interne, mental qui relève d’instances psychiques complexes ;

Ni, à l’opposé, le médecin ne connaît en général rien ni des faits, ni du contexte, ni de ce qui les a précédés, dans leurs importants détails, ni des dossiers préfectoraux, ce qui est tout à fait normal.

Notons que, parmi les gestes devenus routiniers, peu de soignants songent, en ces circonstances toujours présentées comme urgences, qu’un être humain est rarement seul, et que le téléphone de la famille ou surtout, des amis est en général à portée de main.

Rien de tel qu’une situation de contrainte pour provoquer alors chez ledit patient des manifestations d’hostilité qui peuvent être violentes et durables et ne font qu’attiser les tensions.

Rien de tel pour s’opposer à toute demande de soins, sans laquelle, en psychiatrie, aucun soin profond n’est possible.

La seule solution qui reste aux soignants est de temporiser, quelle qu’en soit la forme : liens, piqûres.

Mais dans ces conditions, aucun élément nouveau ne peut émerger d’un système clos.

Toute aide ou tout élément nouveau ne peut venir que de l’extérieur. Souvent, il n’arrive rien.

Pour les autorités, l’affaire est close … pour un temps non défini.

Pour le patient et les soignants, elle n’est qu’un début, bien mal engagé, qui risque de mal évoluer, c’est à dire de s’aggraver très lourdement.

 

En résumé :

1.      Un préfet n’est pas un médecin ; il n’en a ni les fonctions, ni les compétences, et n’est pas là pour recueillir les intimités, ni pour comprendre les fantasmes des citoyens.

2.      A l’inverse, un médecin n’est pas un préfet : il n’en a ni les compétences, ni le pouvoir de les assumer. En règle générale, aucun patient ne confond d’ailleurs l’un et l’autre, ni les pouvoirs de l’un avec ceux de l’autre. D’ailleurs, en général un patient n’a jamais aucune relation directe avec un préfet.

3.      Sans l’exercice de la justice – qui se dérobe du système - aucune relation sociale saine n’est envisageable.

En France on a pu prétendre que ce paradoxal « déni de justice légalisé » pourrait être corrigé par un patient qui saisirait la justice dans un « après coup », en invoquant comme « internement abusif » un internement déjà fait, car telle est la loi, employant ce que j’appelle un « Habeas corpus a posteriori …». Mais c’est par humour car :

1.      Le principe même de « l’Habeas corpus » est justement l’obligation faite à la justice d’intervenir AVANT toute privation de liberté [22].

2.      Comment un être enfermé, isolé, privé de tout et de tout moyen, souvent jusqu’à la connaissance de ses droits, pourrait-il saisir la justice depuis le fond de « son lieu de séjour » ?

Comment as-t-on pu imaginer un seul instant, que soustraire quelqu’un à la justice commune, c’est-à-dire refuser de considérer ses actes comme existants, l’exclure de la société, l’isoler même, aurait pu permettre d’aider à le soigner s’il est malade, à le responsabiliser, à le réinsérer ? En médecine, la maladie est un droit, mais la faute est condamnable : en psychiatrie, c'est le contraire !

o       Enfin, et peut-être plus que tout, il est essentiel que le praticien qui préconise une solution, quelle qu’elle soit, si possible en accord avec son patient, voire sans son accord si celui-ci est hors d’état d’en juger, soit le même médecin que celui qui l’applique [23], et assume devant la loi la pleine responsabilité de ses actes et décisions.

En revanche il n’a pas à assumer ceux des patients, comme on a voulu en faire porter la responsabilité très récemment à un psychiatre : soigner quelqu’un, pour un psychiatre, signifie faire en sorte que son « mental » fonctionne correctement ; si celui qui fut « patient » désire ensuite, lucidement, se livrer à des actes que d’autres jugent « immoraux », c’est une toute autre affaire qui ne relève nullement a priori de la médecine.

o       Pour « l’ordre public » dont fait assurément partie « la sûreté des personnes », « Police Secours » existe déjà : Il n’y a pas à le réinventer.

Ces lois calamiteuses, « dé-responsabilisantes  à tous les niveaux », qui prétendent résoudre par une seule et même opération « d’exclusion », les affaires de santé mentale et d’ordre public doivent être abolies.

Il est essentiel de ne pas tout mélanger. Chaque compétence a une validité précise et limitée.

Ces lois permettent d’interner environ 70 000 personnes par an en France. Le chiffre est en constante augmentation. En réalité leur impact est infiniment plus considérable, car très généralement « les ouï-dire », les chuchotements d’une « rumeur » porteuse de suspicions imprécises, les stigmates du « tampon de la psychiatrisation forcée », se propagent, s’étendent aux proches, aux « porteurs du gène », et traversent même les générations.

Concrètement, aujourd’hui, sitôt que les problèmes administratifs apparaissent « réglés » aux yeux de l’administration, c’est alors qu’apparaissent pour des « acteurs soignants » impuissants à les résoudre, et le supposé patient lui-même, les problèmes qui devaient justifier les mesures. On appelle cela « une prise en charge ». Celle-ci  peut être dramatique et/ou interminable.

 

Un magistrat me disait : 

« - Il y a des cas où il faut bien faire quelque chose ! »

« - Certainement, mais « faire quelque chose » ne veut pas dire « faire n’importe quoi !».

Que celui qui sait, agisse ; et que celui qui agit soit responsable de ce qu’il fait.

 

En France, à partir du moment où l’exécutif a, seul, le pouvoir – en lieu et place de l’intéressé  – en urgence et AVANT les investigations – à partir du moment où une telle situation est légale – elle ne peut devenir que socialement destructrice ; car que valent les « droits a posteriori » lorsque c’est la démarche initiale qui est généralement la plus importante car la plus irréversible ?

Plus encore, avec la psychiatrie, c’est – symboliquement - « la tête » du citoyen qui est entre les mains de l’exécutif, institution difficilement attaquable.

Pourtant la notion de « non-assistance à personne en danger » existe en France.

Elle est légale, connue, non critiquée par quiconque, largement suffisante pour résoudre la majorité des cas pratiques authentiquement médicaux, plus rapide, même, qu’aucune autre, et surtout, non soustraite à la justice, elle responsabilise tous ceux qui interviennent, ou même n’interviennent pas..

 

C’est bien l’institution qui est ici en cause et non les hommes :

Nous avons insisté ailleurs sur le fait qu’une « fonction étatique protectrice » devient celle dite «de la mère abusive » dès lors qu’elle est privée – ou se prive elle-même, comme c’est la tendance de cette dite « perversion » - de tout recours qui ne soit pas son propre « clonage ».

Or, soustraite à tout débat contradictoire ANTERIEUR et EXTERIEUR, c’est bien le cas.

Cette  situation en France n’est pas propre à la psychiatrie, puisque la préfecture est responsable « de la sûreté des biens ou des personnes », en lieu et place des personnes, en urgence, et donc en deçà de toute possibilité d’information appropriée.

On est à peu près dans la situation d’une mère qui se demande pourquoi pleure son bébé : en général, l’instinct maternel (et non pas la glace administrative), un entourage, un contexte, opèrent pour déclencher une succession de comportements adaptés et salvateurs ; mais que peut faire un médecin à qui on ordonne de faire disparaître une douleur, sans l’informer d’un contexte, ni même lui permettre d’avoir accès à la connaissance des causes, que sa fonction n’a rien à voir avec l’ordre public et qu’i ne rencontre parfois même aucun proche d’un interné – ceux-là mêmes souvent existants, mais n’étant que mal ou pas du tout informés de la complexité insoupçonnable de la législation ?

Ainsi, là comme ailleurs, toute imposition « de précaution abusive » pourra aboutir au résultat inverse de ce pourquoi elle a été instituée.

Nul doute d’ailleurs que les pressions économiques ne pèsent souvent ici d’un poids considérable.

Mais, justement, il appartiendrait à l’Etat de savoir s’en détacher, sachant qu’un verre d’eau est parfois plus salvateur qu’un lingot d’or.

 

En France, traditionnellement, on raconte la fable de « l’âne de Buridan qui meurt de faim faute de savoir décider de quel côté tourner la tête ».

Or la seule chose qu’il y a à comprendre dans cette fable « sibylline », c’est qu’elle projette sur l’âne « la problématique de l’homme » qui l’a inventée…

Ainsi, dans les débats médiatiques, on oscille entre « acharnement thérapeutique » et « euthanasie », aussi inappréciables l’un que l’autre en dehors de « chaque situation de terrain », et d’une répartition cohérente des aptitudes, de la confiance et des responsabilités.

 

Pour la culture : 

Pourtant, aucune « histoire du droit » en France, ne mentionne la loi du 30 juin 1838, ni celle du 27 juin 1990, ce qui est proprement inquiétant.

Nous nous conformons ici à l’usage des mots, dont celui de « psychiatrie »,mais en grec « ψυχή » c’est « l’âme » - ce qui ne correspond plus à rien en « droit français » - et le correspondant grec du latin « mental » est « νοΰϛ ». Cf. vocabulaire : clic.

On aperçoit facilement à travers les vocabulaires incertains et changeants, une question étudiée dans nos autres textes : La « science » nommée « psychiatrie » - mot apparu vers 1815, peut-être en Allemagne – créé par des « hommes se voyant comme issus des lumières » – ersatz du « divin » (« lumière » et « divin » ont la même racine sémantique : comparer « divin » et « diurne ») – prenait la place de quoi ?

Aucune communauté ne peut vivre sans une organisation cohérente : On peut l’appeler « religion » ou de « n’importe quel autre mot » : Son ciment en est la « fidélité », la « foi », « la confiance » (fides en latin est le respect de la parole donnée) et son gardien « la justice ».

La France a voulu se libérer très tôt de la papauté, dès Philippe le Bel (Anagni 1303, massacre des Templiers, etc.).

Le roi François 1er suivit la route tracée. Il voulut nommer le clergé et le pourvoir de prébendes, en faisant adopter le premier concordat (1516) ; en sortant le premier d’une Europe encore vouée à la chrétienté. Il ordonna l’adoption de la « langue française » (ordonnance de Villers –Cotterêts, 1539), langue profane au sein d’une Europe encore chrétienne et latinisée. Par ses « alliances ottomanes » ; par son invitation des Ottomans à Toulon, il leur offrit l’accès à la Méditerranée occidentale, dont l’accès au Maghreb, où seul le Maroc («  Maghreb el aqsa ») sut résister. il empêcha l’Europe de reconquérir Constantinople ; et la France d’être présente à la bataille de Lépante (1571), qui mit fin à l’expansion ottomane en méditerranée occidentale, et fut la fierté de Cervantès qui y perdit un bras.

Proverbe :  C’est au fruit qu’on reconnaît la graine :

La liste des évènements est longue, mais la route est si droite qu’il est même aisé d’en remonter le temps (jusqu’aux luttes germano ou celto-latines, etc.), et peut-être même d’en dessiner quelques hypothèses pour le futur.

Proverbe : Par requierre de trop grandes franchises et libertés, chet-on en plus grand servage ::

Il est amusant de se dire que tant de contraintes prétendent illustrer « l’apologie de la Liberté » :

Au nom de « dogmes », on connut les déchirements des « guerres de religion » ; puis, les atrocités révolutionnaires qui, en violences, n’eurent rien à envier aux précédentes, allant jusqu’à ordonner « La Terreur », et ce que Gracchus Babeuf appellera, faute d’autre mot existant, un « populicide », le premier des Temps Modernes.

Pour retrouver le calme, les balbutiements révolutionnaires n’eurent d’autre choix que de proclamer une « séparation de l’Eglise et de l’Etat » en 1795.

Puis, reconnaissant l’ingérable « trou béant » laissé par de telles « désunions », Napoléon à la fois homme d’Ancien Régime et contemporain de la Révolution –  prit le pouvoir en déclarant « je suis la Révolution », pour se reprendre aussitôt : « la Révolution, c’est fini ».

Le 5 juin 1800, à Milan, Il prit alors à son compte de déclarer devant un clergé stupéfait : « Nulle Société ne peut subsister sans morale. Il n’y a pas de bonne morale sans religion. Il n’y a donc que la religion qui donne à l’Etat un appui ferme et durable… J’espère que j’aurai le bonheur de lever les obstacles qui pourraient s’opposer à la réconciliation de l’Eglise et de l’Etat » Cf. clic.

Comme bien d’autres villes – jusqu’en Louisiane - Cholet, en Vendée, prit le nom de Napoléonville.

Napoléon parlait des français en disant : « - vous, les français… » mais, pourtant, allait réécrire lui-même notre « catéchisme », « les codes ».

Puis l’incontrôlable « génie français » reprit son inexorable route :

On conserva « les codes », mais avant même de déclarer une nouvelle « séparation de l’Eglise et de l’Etat » en 1905, on voulut écrire d’autres « dogmes » : Au nom d’une « Raison » qui n’avait jamais été auparavant une transcendance univoque, sinon divinisée un temps très court, peu avant de redevenir laïque, la psychiatrie, d’abord appelée « aliénisme » pour fustiger les déviants, en devint pourtant « la prêtrise », sous le nom étonnant de « médecine de l’âme ».

On compta alors sur elle pour en dessiner les contours, mais sous la surveillance de l’Etat.

On changea le sens des mots, parmi lesquels celui du mot « laïc », et le « ciment » devint composé de « procédures pures et vides ».

La France est maintenant engagée dans des apories de plus en plus insolubles, au point que même l’administration se retrouve en carence de textes et de lois, malgré sa pléthore, faute d’idées directrices simples et générales.

 

 

 

Auteurs :

Philippe Bernardet

et

Catherine Derivery

 

 

Editeur :

Robert Laffont 2002

 

En 4ème de ccouverture :

 

« Cela se passe en France, Aujourd’hui …

 

L'explosion du nombre des hospitalisations psychiatriques forcées….

En France l'administration décide des internements…

l'implacable engrenage … que la France est le seul pays européen à pratiquer… »

 

 

 

De même, à mon cher ami feu Philippe Bernardet, et à Catherine Derivery dont le courage a été remarquable.


 

Cf. Voir aussi, de Philippe Bernardet « Histoire de l'évolution de la contrainte en psychiatrie, en France, de 1945 à nos jours » . clic  texte dans lequel Ph. Bernardet a l’amabilité de me citer page 63 :

 

 

 

 

 

Dans le même sens, je répèterais aussi, comme dans ma préface au texte « L’invention de la psychiatrie » clic, que le mot « psychiatrie » a été particulièrement mal choisi – d’autant qu’il le fut probablement par des gens qui comprenaient le sens des mots grecs.

Mais, parmi les bouleversements d’alors, comment comprendre et nommer les absurdes fonctions dont les protagonistes se trouvaient nouvellement investis ?

 C’est pourquoi j’ai écrit « L’invention de la psychiatrie »,  qui n’a rien à voir avec une quelconque « Histoire de la folie » ou quoi que ce soit de ce genre. 

Il faut précisément éviter de rapporter la psychiatrie à la folie. L’un et l’autre, non seulement ne se rencontrent que fortuitement, mais surtout la psychiatrie contrarie les soins, tant et si bien que les pathologies induites pullulent, exactement comme toute maladie nosocomiale.

Car « La psychiatrie » n’est issue, ni de la médecine, ni d’un besoin quelconque de quelques maladie que ce soit, mais de la « disparition de la justice retenue royale » au moment de la Révolution, et de la création des « préfets » par Bonaparte par la loi du 28 pluviôse an VIII (1800) en remplacement des anciens « intendants », mais désormais dépourvus de toute fonction judiciaire. Clic.

D’ailleurs, il est remarquable que nos plénipotentiaires contemporains – bien qu’il leur arrive de prendre quelques libertés avec les lois – n’ont pas à intervenir pour des maladies, mais pour des actes (article 122-1 du code pénal) – qu’ils appellent des « absences d’actes »).

 

Si on veut avoir une vision historique de la nouvelle création, quel  étrange système, que ce système hybride cumulant désormais deux reproches à la fois :

*   D’une part celui que l’on pouvait adresser aux « lettres de cachet » d’être dites tyranniques car issues de la monarchie de droit divin, et entre les mains d’un juge suprême représenté par la personne du roi, mais qui en revanche étaient considérées comme un acte de justice à part entière, avec ses enquêtes « à ciel ouvert », et nullement secrètes, malgré le mot de « cachet » (= « sceau royal ») qui, phonétiquement, peut prêter à un jeu de mots, l’ensemble ayant été aboli dès la révolution de 1789 ;

*   Et à la fois celui d’être maintenant un acte plus arbitraire encore parce que exécutif pur, car exclusivement préfectoral, parce que l’enfermement fut rétabli lors de la monarchie de juillet, en 1838, mais  que alors, tant le roi que les préfets avaient été dépossédés de toute fonction judiciaire !

 

Les bouleversements de la justice essentiellement durant la période révolutionnaire ont  eu des effets considérables [24].

Mais autant l’histoire peut n’intéresser que les chercheurs, autant son résultat concerne la France entière « hic et nunc ».

Ainsi non seulement tout un pan de justice a été perdu, mais un supposé aliéné devant désormais évoluer dans un halo de déresponsabilisation et de déjudiciarisation, (qu’il n’avait pas avant l’article 64 du code pénal de 1810  de Napolléon - lequel n’a concerné en 1810 que des actes unitaires que le code pénal voulait « ignorer » - mais ce rejet a bien évidemment engendré un effet « d’aura ») un supposé aliéné, donc, peut même devenir aliéné s’il ne l’était pas, ou impossible à resocialiser s’il était aliéné.

Dans les hôpitaux psychiatriques, la mortalité est considérable et les soignants en sont quelquefois les seuls affectés - et il est malheureux de pouvoir dire qu’il arrive à des proches – ou à des «  moins proches » - de se sentir quelquefois soulagés …

Mais la question est la même aussi ailleurs que dans les hôpitaux, car on ne peut isoler les hôpitaux de l’ensemble du « système psychiatrique français » qui inflige aux supposés aliénés beaucoup d’autres contraintes.

En réalité, finalement, c’est l’ensemble de la population qui est concerné, et sans même parler « d’un état d’esprit régnant », il est significatif de souligner qu’il arrive même qu’un patient en cours de soins réguliers avec un psychiatre – d’exercice privé aussi bien que public - puisse voir ses soins brutalement suspendus ( j’en fus le témoin direct [25]) pour cause « d’internement psychiatrique » !

Il n’y a là aucun paradoxe puisque les soins intimes n’ont rien à voir avec la préfecture, qui les ignore, puisque la gestion des soins n’est pas son rôle.

On rappellera ici que la France de Louis XVI comptait environ 3000 aliénés (François Olivier-Martin) et que les « lettres de cachet » était en moyenne pour une durée de 15 jours, alors que la France des années 2000 compte entre 50 000 et 100 000 internements préfectoraux par an : Les chiffres parlent d’eux-mêmes pour montrer que ni les populations cibles, ni les procédures ne supportent la moindre comparaison.

Le bouleversement judiciaire fut suivi des Codes napoléoniens [26] dont le « Code Pénal de 1810 », dont l’article 64, puis la loi du 30 juin 1838 qui en découla mathématiquement, et ainsi de suite jusqu’à aujourd’hui...

J’ai donc tenté de décrire, comprendre et expliquer ce système destructeur, auquel je souhaiterais qu’il soit mis fin.

Pour faire image ce mélange des genres [essentiellement suite à des raisons historiques, de chambardements et d’incompréhensions totales des problèmes – mais peu importe au final] est aussi invraisemblable que si on voulait faire traverser l’Atlantique à quelqu’un en le débarquant à mi-chemin d’un avion pour l’embarquer sur un paquebot parce qu’une autorité exécutive incompétente en aurait décidé ainsi.

 Aujourd’hui, beaucoup d’autres mots conviendraient beaucoup mieux pour désigner « la médecine des soins apportés à la fonction mentale »,

*    et surtout – au delà des mots – il importe d’en refaire une spécialité médicale normale, au même titre et avec les mêmes règles que toutes les autres,

*   et de ne pas imposer aux préfectures ni aux juges de manier un sujet qui ne relève pas de leurs compétences.

*   Les juges ont pour fonction de juger, et les préfets ont la charge de l’ordre public.

Lorsqu’un professionnel ne travaille pas dans le domaine de ses compétences, les conséquences sont rarement heureuses.

Avec « la psychiatrie », comme on l’a écrit longuement, la France n’a pas encore fini de revivre ses déchirements révolutionnaires [27].

Il est pourtant facile de comprendre maintenant ce qu’ils ont d’obsolète et de pernicieux.

 

 

 

Fin de page

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[1] Étant donnée la rapide internationalisation de toute « page web », il est utile de préciser que l’objet de ces pages est limité à « l’étude critique du système psychiatrique français ».

Il est « seulement possible » que cette étude puisse profiter à d’autres études, particulièrement au sujet du domaine religieux auquel notre étude renvoie sans cesse :

Notre « psychiatrie étatique » s’est construite à partir de 1838, comme une concrétisation de l’esprit présidant à la construction de notre « système de laïcité » et il semble bien qu’aucune société n’avait jamais conçu une reconnaissance aussi avancée d’un espace « d’absence de religiosité ».

Les étonnantes particularités de notre organisation font, par certains côtés, figure « d’avant garde expérimentale », et c’est en quoi elle est originale.

Mais au-delà de l’intérêt culturel, c’est le besoin de pragmatisme dans une pratique qui nous pousse à écrire.

 

Notre « psychiatrie étatique » s’est construite progressivement, mais officiellement à partir de 1838, comme une concrétisation de l’esprit présidant à la construction de notre « système de laïcité » (soit 43 ans après ladite première « séparation de l’Eglise et de l’Etat » de 1795, et 67 ans avant ladite « seconde séparation » de 1905).

En réalité, la présentation habituelle des « séparations » est inexacte, et la structure même de la psychiatrie le prouve.

La « séparation de l’Eglise et de l’Etat » avait toujours existé auparavant, depuis les origines de l’une et de l’autre.

Ce qu’on a appelé « séparation » est le résultat d’une opération double et asymétrique : Elle comprend d’une part « l’exclusion de l’Eglise » qui avait toujours été une fonction indépendante de l’Etat, et à l’occasion contrariante, et d’autre part « son remplacement » par un autre système à fonction sociale équilibrante, mais cette fois, non plus indépendante, mais placée sous l’autorité de l’Etat.

Le mot laïcité a alors complètement changé de sens : Au lieu de « non clerc », il a pris le sens de « non religieux ».

Il a pourtant en réalité occupé un champ qui pourrait être dit religieux, dévoué au culte d’une « Raison divinisée », mais sans conserver le nom de religion qu’avait pris un temps ce culte durant la Révolution.

La psychiatrie y fait strictement écho, chargée alors de combattre ce qu’on a d’abord appelé « folie » avant d’en affiner les termes.

Avant la naissance de la psychiatrie, l’âme était confiée au prêtre, et le corps était confié au médecin.

Avec l’apparition de la psychiatrie l’âme et le corps sont tous deux confiés au médecin, et l’ensemble est placé sous l’autorité de l’Etat, qui désormais décrète et contrôle les idéaux.

La signification du mot « psychiatre » (« psychi – iatros ») est donc à prendre à la lettre : « médecin de l’âme ».

Dans ces conditions, on peut dire que l’ancien système qui pouvait être appelé celui « dun Etat religieux », et ressemblait davantage à un couple qu’à une unité fusionnelle a été remplacé par celui d’une sorte de « religion d’Etat », appelée « système de laïcité » dont l’Etat se fait le gardien, mais aussi gardien des nouvelles ambiguïtés du terme découlant du fait même que l’Etat s’en approprie le culte.

Ainsi le mot prend aussi bien tantôt le sens de permissivité octroyée à tous les cultes que celui d’interdiction de ce qu’il fustige alors du nom d’ostentation.

Mais, hors de toute question sociologique, la psychiatrie est alors devenue la prêtrise de ce « système étatique et de ses dogmes » sous l’autorité duquel elle est très logiquement placée.

Lesdits dogmes défendus par l’Etat sont historiquement issus du culte d’une « Raison divinisée » : la psychiatrie est donc chargée de combattre tout ce qui ne s’y conformerait pas.

C’est cette emprise de l’Etat sur l’organisation d’une pratique de soins qui ne peut pourtant pas relever de lui, qui interdit le libre développement de l’expression intime « d’une pensée autre » dans une authentique situation thérapeutique et entrave son déroulement dès l’origine.

Ainsi, séparer la médecine de l’obédience étatique s’impose au praticien.

Cela implique au départ de comprendre la différence entre « public » (= ici « accessible à chacun »), et « étatique » (= ici « autorité directrice »).

Ce qui devrait aller de soi reste pourtant dénié par une « législation » maladroite.

Nous nous en expliquons particulièrement dans la page « Ni politique ni morale, le mental de la psychiatrie et la relation duelle des soins médicaux », en liant « l’instance étatique » à une « fonction maternelle » et « l’instance religieuse » à une « fonction paternelle ».

La « fonction paternelle », après les coups portés venus de la « philosophie des lumières » fut ensuite « décapitée » dans tous les sens du mot, et c’est ce qui porte l’Etat à une omniprésence abusive.

Pourtant, depuis les temps immémoriaux, toute « relation médicale thérapeutique » n’a jamais pu être que duelle, libre et sans tutelle, quelles que soient par ailleurs les aspirations à un « universalisme fusionnel », sorte « d’entropie intellectuelle », qui, d’une certaine façon est le contraire de la vie.

Qu’il nous suffise de dire que l’on ne peut pas mélanger la « relation soignante » et la « généralisation doctrinale ».

« Privé » au sens « d’intime » n’a rien à voir avec « privé au sens gestionnaire et commercial » du terme.

La médecine a une vocation fondamentalement « publique » en ce sens que tout le monde est concerné, le plus malade étant aussi souvent le plus démuni.

Là est la grande différence entre « public » et « étatique » car le libre accès à la consultation, à l’hospitalisation, et la liberté de parole s’imposent, car le contenu de la relation médicale n’a d’efficience que s’il peut être ouvert « au tréfonds le plus privé de chacun ».

 

[2]Le premier neuroleptique, « la chlorpromazine » fut synthétisé vers 1952 par le chercheur exceptionnel qu’était Henri Laborit. Son épouse était anesthésiste.

La chlorpromazine sera commercialisée sous le nom de Largactil.

Les produits de cette série (dérivés des « phénothiazines »), aux propriétés multiples, sur lesquels travaillait le professeur Henri Laborit étaient initialement destinés à refroidir la température corporelle de quelques degrés, en agissant sur les centres hypothalamiques (région du cerveau) de la régulation thermique, afin de permettre d’allonger la durée des opérations chirurgicales – en particulier dans le cas d’opérations à cœur ouvert, nouvelles à l’époque, le protocole de ces opérations chirurgicales nécessitant un arrêt circulatoire sinon une dérivation extracorporelle de la circulation.

En anesthésie-réanimation, on a rapidement plutôt utilisé des « cocktails lytiques » comme le « LPD » (Largactil-Phénergan-Dolosal) et les variétés de médicaments se multiplièrent très rapidement.

Pour ses effets « ralentisseurs, inhibiteurs et calmants » (« hibernation artificielle ») le produit – promu par l’équipe des professeurs Delay et Deniker de l’Hopital Sainte Anne à Paris - a rapidement trouvé des utilisations dans l’ensemble des hôpitaux psychiatriques du monde entier.

On le classa alors dans une nouvelle catégorie de médicaments qu’on appela alors « psychotropes », ce qui signifie seulement qu’ils agissent sur le comportement, et simultanément sur la « fonction mentale ».

Puis on subdivisa la catégorie des psychotropes (le café aussi est un psychotrope) en sous catégories.

Depuis, toutes les classes de psychotropes ont littéralement noyé la planète jusqu ‘en ses points les plus reculés.

Cela avait déjà été le cas peu ou prou de tous les produits à tropisme neurologique : Alcool, opium, cocaïne, « bases xanthiques » (café, thé, chocolat), « alcaloïdes nicotiniques », « chanvre indien » etc. ont fait, ou fait faire, le tour du monde : le psychiatre Moreau de Tours a fait un tour du monde avec l’un de ses patients pour juger des effets de la marijuana.

On était sur le point de découvrir que « physique et psychisme » forment en réalité une seule et même unité fonctionnelle – ce que n’importe quel buveur de thé, de café ou de verveine aurait pu dire – mais le pas ne fut jamais franchi académiquement pour des questions qui restent à dire.

C’est l’un des aspects les plus intéressants du sujet.

Mais les effets des neuroleptiques sont non seulement calmants des agitations, mais aussi responsables d’une grande quantité d’effets dits secondaires, qui donnent souvent aux receveurs un aspect véritablement anormal, artificiellement induit, et qui pouvait donner le change avec une véritable maladie qui en réalité n’existe pas.

Et les erreurs de diagnostic ne sont pas sans conséquences.

Je me souviens d’un généraliste, en un lieu reculé, « de cuyo nombre no quiero acordarme » (Don Quichotte de Cervantes), qui fit appel à moi parce que son patient avait des mouvements anormaux, qu’il traitait avec des neuroleptiques dont il se mit à douter de l’efficacité, parce que plus il augmentait les doses, plus les mouvements anormaux augmentaient, alors qu’il en attendait l’effet inverse…

Citons parmi les premiers effets secondaires reconnus et courants : hypotension, contractures, mouvements anormaux divers, surtout extrapyramidaux, mouvements d’enroulements et de torsions, hyper salivation et absence de déglutition entraînant des écoulements de bave aux  commissures des lèvres, boulimies et prises de poids quasiment systématiques, crises de plafonnement oculaires, etc., pour lesquels il a fallu avoir recours à d’autres médicaments dits « correcteurs ».

En fait, les neuroleptiques induisent pratiquement un ralentissement de toutes les fonctions, hormonales aussi bien qu’intellectuelles, ce qui souligne l’interdépendance fonctionnelle qui existe entre un orteil et le lobule para-central correspondant de l’en-céphale et ses connexions aux conséquences idéiques.

La plupart des effets sédatifs sont précisément les effets recherchés.

Ce ralentissement, au niveau cellulaire n’est nullement toxique. L’impact des neuroleptiques modifie essentiellement les « neuromédiateurs chimiques des transmissions synaptiques inter-neuronales encéphaliques » (d’où une certaine variété selon les zones et les cibles choisies).

Ils n’altèrent donc pas biologiquement l’espèrance de vie du patient.

Les conséquences sont essentiellement indirectes.

Comme aurait dit Avicenne : « Entre vivre en longueur ou vivre en largeur,.il faut choisir ».

Dysménorrées ou aménorrhée sont très fréquentes chez les femmes, à côté de l’impuissance chez les hommes :

J’ai vu, un obstétricien prétendre, en consultant une jeune femme devenue « grosse et sans règles », que l’un et l’autre étaient dus aux neuroleptiques, ce que démentit quelques mois plus tard un accouchement qu’il n’attendait pas.

La voie d’administration a toute son importance qui n’est manifestement pas seulement biologique : Les potions buvables évitent que ledit patient ne « simule d’avaler » un comprimer ; la piqûre a un caractère franchement intrusif – et souvent impose une ’incorporation durable. Peut-être aussi est-ce en raison d’une certaine sacralisation du sujet qu’il n’existe pas de psychotrope en suppositoire.

Enfin, les laboratoires pharmaceutiques, considérant à juste titre que les noms des médicaments ont toute leur importance, - tout autant - il faut le souligner – que la qualité de la personne qui prescrit - on parle de « neuroleptiques de 1ère, 2ème, 3ème génération, etc. ».

On change aussi les noms : Ainsi, « l’Halopéridol », nom compliqué et se prêtant à de trop facétieux jeux de mots devint « l’Haldol », etc.

Pour corriger leur assoupissement, les patients eux-mêmes augmentent considérablement leur consommation de tabac.

Il y avait jusqu’à il n’y a pas bien longtemps, des distributions de paquets de tabac dans les hôpitaux – comme dans les casernes - (« le gris » de la troupe, qui avait aussi d’autres noms plus vulgaires), et la distribution était présentée comme la récompense d’un bon comportement.

Aujourd’hui encore, les hôpitaux psychiatriques, pour cette raison, et d’autres aussi, restent parmi les lieux où l’on fume le plus en France, et malheureusement, dans les salles communes, car le personnel craint, avec raison, que lesdits patients ne mettent le feu à leur chambre, volontairement ou non.

Le recours au feu est la hantise constante liée aux chambres d’isolement.

Et les incendies ne sont pas rares.

Enfin signalons que la France est le premier consommateur au monde de psychotropes, par habitant.

(Heureusement qu’il lui reste aussi d’être le premier producteur de talc… J !)

Mais les effets recherchés d’inhibition sont bien là.

Les chercheurs mirent aussi au point des « neuroleptiques dits « retard » consistant en une préparation huileuse injectable en intramusculaire, dont les effets sont censés rester durables durant 3 ou 4 semaines.

Ce qui permet de signer davantage de sorties, le traitement étant alors dit « en ambulatoire », et le patient étant contraint d’aller se faire faire une « piqûre » au dispensaire à intervalles réguliers, à moins qu’une équipe d’infirmiers ne vienne la faire à son domicile, ou dans de nombreux foyers spécialisés devenus très nombreux, appelés souvent simplement « lieux de vie », car il est assez difficile au patient de travailler avec son « traitement ».

En réalité, à côté des effets dits secondaires et corrigés, il en existe aussi d’autres qui sont de très longue durée, voire définitifs, moins connus ou divulgués, pour de multiples raisons.

Aussi, lorsque qu’un accident défraie la chronique, les journalistes pensent souvent à dire que tel patient était « suivi en psychiatrie » ; pensent quelquefois à chercher « s’il prenait des médicaments » ; mais exceptionnellement seulement à ceux qui lui ont été donnés très longtemps auparavant.

De toutes façons, ce n’est absolument pas leur rôle de dévoiler les intimités des personnes, les questions médicales en faisant partie, et encore moins d’incriminer des causalités dans un domaine dont ils ignorent généralement tout, ce qui est tout à fait normal.

 

[3] A chacun sa place, son rôle, son devoir même.

Ainsi, une patiente pouvait-elle déclarer : « Ma mère ne m’aime pas : elle ne me donne jamais de claque ! ».

Tant il est vrai qu’un même geste peut être perçu de façon totalement différente selon les rôles et les relations établies entre les protagonistes d’une scène.

A propos des rôles justement encore, il nous souvient d’une scène témoignant d’un terme tout à fait inapproprié – en la circonstance – prononcé par un infirmier maladroit :

Une personne avait été amenée par la police afin d’être examinée par un médecin en position d’expert, chargé d’éclairer la préfecture.

Avant le moindre résultat d’un examen non encore commencé, l’infirmier ordonna : « Faites entrer le malade ! ». Il eut dû dire : « la personne ».

 

[4] Nous écrivions dans « Habeas corpus et système psychiatrique français » (1994) : Clic :

 

« L'originalité actuelle du système psychiatrique français est, en ce qui concerne l'hospitalisation sans leur « consentement libre et éclairé» des « personnes réputées malades mentales », de ne pouvoir faire intervenir le pouvoir judiciaire qu'après coup, c'est-à-dire après la contrainte.

[Alors que, pour nous, la justice devrait être saisissable avant la contrainte, afin de pouvoir s’y opposer et en protéger la personne, comme c’est le cas en Espagne]

La loi du 27 juin 1990 emploie plusieurs termes pour désigner ces personnes, comme si leur usage se cherchait au travers d'une gêne.

Le titre parle de «personnes hospitalisées en raison de leurs troubles mentaux » (1ère expression utilisée dans la loi), ce qui ne laisse guère de place à « l'hospitalisation pour observation » (expression nôtre, qui conviendrait à notre pratique), pratique pourtant normale en médecine, ce qui permettrait par exemple le passage simple d'une spécialité à une autre éventuellement.

L'article 1 parle ensuite de la « lutte contre les maladies mentales »(2ème expression utilisée dans la loi). Le mot vient ici sans aucune espèce de définition préalable. Alors que le titre parlait « d'individus », « la maladie » revient comme un « fléau» de « dimension collective, sinon contagieuse ».

L'article II parle de « malades atteints de troubles mentaux »(3ème expression utilisée dans la loi), sorte de synthèse entre les deux propos précédents: il ne parle plus de personnes mais de malades, mais non de maladie, sinon de trouble.

On rapprochera de cette gêne l'hallucinante dénomination de « Centre Hospitalier Spécialisé» apparue vers 1975 pour les ex Centres Psy­chothérapiques. ex Hôpitaux psychiatriques. ex Asiles d'aliénés.

Malheureusement, cette politique linguistique «de l'autruche» ne s'accompagne d'aucune humanisation. L'exclusion reste bien réelle. et les dernières pages de la loi, si différentes des principes énoncés ou sous-­entendus des premières, en témoignent. On eût tellement préféré que le législateur laissât à la médecine le soin de définir son jargon propre et s'employât à éviter l'exclusion au lieu d'en masquer les termes!…etc. ».

 

En 1992, le nouveau Code Pénal témoigne aussi des plus extrêmes confusions,

Ø      tant sur ce qu’il appelle responsable et ce q’il appelle punissable ,(sans faute !),

Ø      que sur le déplacement de la causalité qui mène à une « déjudiciarisation » pourtant nullement nécessaire a priori, quand il y désigne « la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes ».

Ø      Manifestement on y parle davantage de « psychisme » que de « mental », mais en accolant le mot « neuro » à « psychisme » (qui signifie « âme »), alors qu’il conviendrait mieux de l’associer à « mental » (qui définit « l’outil » de la délibération et de l’initiation des actes).

Ø      La fonction du juge y est pervertie, puisqu’on lui demande de ne rien juger, en lui laissant la liberté d’imposer une peine sans dire au nom de quoi, et on lui demande de remettre ses dossiers au préfet. De telles formulations ont-elles vraiment leur place dans un Code Pénal ?

Ø      Enfin, on le répète, le Code Pénal reste fidèle à cette absurdité que ce serait l’état de la personne au moment des faits, et non son état au moment du jugement qui empêcherait d’entendre une personne !

Voici les termes exacts du 122-1 de notre Code Pénal : Cf. notre analyse : clic.

« N'est pas pénalement responsable la personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant aboli son discernement ou le contrôle de ses actes.
La personne qui était atteinte, au moment des faits, d'un trouble psychique ou neuropsychique ayant altéré son discernement ou entravé le contrôle de ses actes demeure punissable ; toutefois, la juridiction tient compte de cette circonstance lorsqu'elle détermine la peine et en fixe le régime ».

 

Que peut bien vouloir dire tout cela dans une loi ou un code ? Visiblement, il y a confusion de registres.

Ø      Les nerfs sont composés de « neurones » et chaque être humain en possède quelques milliards : Personne ne demande d’ailleurs à un juge de le savoir et même aucun médecin n’en peut connaître tout le fonctionnement d’ailleurs.

De plus, « un fonctionnement » n’est pas une « investigation identificatoire », comme il en va d’une séquence d’ADN.

Ø      Quant au mot « psychique », il invoque au contraire « l’invisible » et le « surnaturel ».

 

Ainsi, le pas qui aurait permis de rejoindre la justice ordinaire n’a toujours pas été franchi.

Pourtant faire ce pas aurait permis

Ø      d’instaurer un jugement et de tenir compte de circonstances atténuantes ou aggravantes de dimensions aussi larges que l’on veut,

Ø      de différer ou suspendre l’exécution d’une peine, si les circonstances l’exigent,

Ø      de justifier aussi des actes qui ne sont pas toujours a priori blâmables.

Ø      à un préfet de ne pas avoir à s’immiscer dans les décisions médicales.

Ø      Enfin il semble évident à tout médecin, comme à tout patient, dès que cela est ou devient possible, qu’il est important de permettre de faire savoir à une personne, parfois au moins ce qu’elle a fait, ainsi que toutes les dimensions des conséquences de ses faits, et de lui permettre, le cas échéant, de formuler librement « une demande de soins ».

 

Cette absence de définitions

Ø      non pas tant du « mental », qui n’est qu’un « outil » pour chacun, tel un marteau, un livre, une automobile, et dont les médecins sont les ouvriers, et dont les personnes non impliquées ne devraient pas avoir à parler

Ø      mais, bien de « la morale » - qui est si souvent confondue avec le mental ou s’y substitue par confusion dans les directives.

Cette confusion perfide au sein « d’une mondialisation » qui fait cohabiter de plus en plus tout un tas de coutumes différentes, permet au mot « psychisme », de prendre une valeur de « jocker administratif » :

Nous ne parlons plus maintenant des soins, car il n’est pas possible de leur donner la moindre place dans cette alchimie, mais du pouvoir vers lequel tout s’oriente : Et comme on a l’habitude d’en parler en grec, nous allons continuer :

Les mots « -archie » et « -cratie » sont très proches, à cette différence près que le mot « Archè » (« Αρχη ») insiste davantage sur le sens de « principe, origine, commencement, paternité », et le mot « Cratos » (« Κρατος ») sur le sens de « pouvoir, violence » (=> « demo-cratie » : « dèmos » signifie d’abord « territoire » puis « peuple »).

Peut-on encore parler, dans nos sociétés modernes, « du pouvoir du peuple », comme en 1789 et après ?

Certainement de moins en moins, alors qu’on pourrait parler de plus en plus  de « psycho-cratie » - mot qui rentrera peut-être en usage dans la langue – en tirant sa force justement de son ambiguïté sémantique auprès d’un peuple qui ne le comprend pas - mais inévitablement comme d’un mot doté d’un sens à géométrie variable, opportuniste, évolutif et probabiliste, sur le modèle des critères des « DSM » qui nous viennent d’outre-Atlantique, et pourraient bien remplacer les diagnostics classiques venus de « l’aliénisme », ces derniers étant de plus en plus utilisés dans un langage banalisé, et souvent comme insulte passionnelle (« crétin, idiot, débile, parano, hystérique, schizophrène etc »).

Ni,ni : En réalité, je ne suis pas sûr que cette « nov’langue » du XIX ème siècle ne cerne mieux les état mentaux, qu’elle ne soit appropriée aux insultes !

(=> Cf. nos pages de travaux techniques, car la science spécialisée n’a pas sa place dans une page traitant du fond des débats de procédures.)

Les « DSM » évoluent et sont numérotés comme les versions des logiciels, tenant compte de multiples critères « up-datés », en nombre si grand, qu’il devient impossible à un être humain de les prendre tous en compte.

Seuls les ordinateurs vont pouvoir le faire :

Sont pris en compte les circonstances de la naissance, périnatales, les aptitudes au travail et dans la vie privée, les petits ou grands délits, la notoriété, les caractères - très bien analysés par les ordinateurs - les appréciations probabilistes de l’évolution, les risques de révolte au regard d’une soumission souhaitée, etc.

Non seulement ce n’est déjà plus de la science fiction, mais c’est de plus en plus de la « psycho-cratie informatique »

Certains, pour fustiger « l’oligarchie » mondiale disent : « les dirigeants du monde sont quelques personnes… » : Il serait peut-être déjà vrai de dire « les dirigeants du monde sont quelques ordinateurs… ».

Nous avions déjà aperçu le sujet il y a 20 ans, clic, et il ne nous semble utile que d’y renvoyer.

 

[5] Note de vocabulaire :

Le vocabulaire changeant souvent pour désigner des choses qui, même si elles évoluent, restent tributaires de leur origine, il est resté habituel et plus « évocateur» pour beaucoup de locuteurs de parler encore « d'internement » à la place « d'hospitalisation sous contrainte », « d'hôpital » à la place d'autres formules, de « préfet » à la place de « commissaire de la république », etc.

Les mots de la psychiatrie peuvent quelquefois prêter à confusion. Voir vocabulaire 

 

[6] Cette étude est, à notre connaissance, l'une des rares à distinguer l’essence administrative de la psychiatrie issue de la loi de 1838, renouvelée en 1990, et la médecine des maladies mentales, qui, elle, existait depuis toujours, mais que l’on a voulu réglementer en France en 1838.

Il en est issu la psychiatrie actuelle qui se compose de ce fait de deux parts inopportunément amalgamées, que nous appelons ici « psychiatrie dogmatique et/ou administrative » pour l’une, et « psychiatrie médecine de soins », pour l’autre, afin de ne pas appeler par le même nom deux réalités incompatibles. Quant au dogmatisme, il est à entendre, non comme la profession d’un « dogme », exclu par la définition du procédé, mais comme une « attitude », dans le déroulement de la procédure.

Seule une telle distinction permet de retrouver les composants, de dénoncer les ravages de l’amalgame, et de proposer des transformations cohérentes et saines.

La différence entre les deux psychiatries, l’une d’essence administrative et l’autre d’essence médicale est encore visible dans certains pays ou cohabitent deux systèmes, l'un traditionnel et l'autre d'importation du système administratif français. Nous ne sommes partisan ni d'une «psychiatrie administrative», ni d'une « tradition figée»

On pourrait, même, pratiquement, bannir l’adjectif « psychiatrique » des contextes souvent confus dans lesquels apparaissent des expressions comme «  trouble,  ou désordre, psychiatrique », et préférer parler plutôt, en correspondance assez étroite avec la distinction sus-dite,  soit de « désordre mental », soit de « désordre moral », ce qui faciliterait beaucoup la compréhension des besoins (Cf. explications page web : « Politique, morale et gestion de la psychiatrie »).

Il saute aux yeux qu’il y a une grande différence entre « ordre individuel » et « ordre public », etc.

 

[7] Comme on le lira dans le « commentaire de l’article 122-1 du nouveau code pénal » (clic), on peut considérer qu’il y a eu deux « systèmes psychiatriques » français successifs, fonctionnant sur le même principe. Les nuances apportée par le second système  ne font que légaliser certaines pratiques qui étaient devenues courantes. Le « premier système » est celui de {1810-1838}. Le « second système » est celui de {1994–1990}.

 

[8]Il faut cesser la pratique qui consiste à mettre au choix une « psychothérapie en échange d'une peine de prison ». Les soins peuvent et doivent se décider sans une telle « mise en demeure », faute de quoi l’intéressé pourra être enclin à l’accepter pour des raisons qui condamnent d’avance toute possibilité de soins. Il pourra y être poussé pour toute raison autre que thérapeutique. D’autres fois, il ne comprendra pas le sens de sa demande, puisqu’il arrive que « la sortie de prison assortie de l’indication » soient décidées sans rencontre préalable avec le thérapeute désigné. Une telle pratique non seulement privilégie les conditions de l’échec, mais compromet un soin qui, bien préparé, aurait pu dans d’autres conditions réussir.

Enfin une psychothérapie n’est pas un acte anodin. En fonction des personnes, psychothérapeute et patient, des conditions ou du moment, elle peut être contre-indiquée, au risque de se révéler  incontrôlable et/ou médicalement dangereuse. On n’attend pas d’un juge qu’il dirige la psychiatrie, ni d’un médecin qu’il rende la justice.

 

[9] Ce « on », qui cache souvent une dérobade du locuteur, désigne ici

w        d’une part ceux qui auraient à savoir mais qui ne savent rien,

w        et d’autre part ceux qui n’auraient pas à savoir, en vertu du « secret médical » et du respect dû aux gens, mais qui supposent et clament sans réserve ni discrétion leurs suppositions.

 

[10] C’est ainsi qu’un « patient » nous demandait tous les matins de lui faire infliger la peine capitale, etc.

 

[11]Dans les formes dites « simplifiées » de simples « hospitalisations sous contrainte » que nous avons mentionnées plus haut, le « non-lieu » est tout simplement « non-requis », car  « supposé comme allant de soi », tant « les faits et circonstances » motivant l’internement paraissent être l’œuvre de « la folie ».

Or, on peut dire cela, selon différents points de vues, de toute action humaine : Ne disons pas « La folie n’existe pas », mais plutôt, comme Epicure lui-même, (matérialiste, IIIème siècle Avant. JC.), puis plus tard Blaise Pascal, « qu'elle est en tout homme ». Pour Epicure, c'est justement pour ça « qu'il faut des lois », car si l'on était « des sages », nous n'en aurions point besoin.

Mais dire que « tout le monde est malade » ne présume pas de « quelles maladies ». Au jour d’aujourd’hui, la compréhension par le « profane » de ce monde n’est ni exigible, ni vraisemblablement possible, quand les spécialistes sont eux-mêmes fort perplexes et plongés dans un océan d’incertitudes.

Or, si le champ social a ses règles de fonctionnement, régies par le juridique, le champ de la médecine, lui, en a d’autres, et justement, on ne demande ni à la justice, ni à la préfecture de connaître la science des maladies mentales.

Aussi, ne peut-on pas faire l’économie de la question initiale : « de quoi s'agit-il au départ? ». Si l’instruction judiciaire est « évacuée », on s’interdit de savoir « vraiment » ce qui s’est passé. Or, du point de vue « des faits », on ne peut faire des « présumés fous » « une catégorie exceptionnelle d'êtres humains ».

 

[12] Qu'est ce que la responsabilité ?
Le mot est très ancien. En latin, son sens est plutôt « la capacité à respecter un contrat commercial ».
Ecartons pour l'instant la « responsabilité morale d'une organisation » (je ne sache pas qu'on ait déclaré une organisation « démente au sens de la loi »).
Reconnaître la responsabilité de quelqu'un, c'est reconnaître une personne, avec un statut de devoirs et de droits, (selon son age, son savoir, sa situation, etc., ) du fait de son immersion dans des circonstances (simples ou atténuantes ou aggravantes) qui l'impliquent. Il peut en moduler le cours et/ou en subir le cours. Celles-ci, pour lui, peuvent être des phénomènes externes (influences diverses) ou des phénomènes internes (phénomènes métaboliques, mentaux), etc.
Dans ces conditions, il serait absurde de dire que tout cela peut être établi par « un psychiatre expert en son bureau ».
Les fonctions des juges (d'instruction, de jugement, etc.), et des procureurs devraient donc garder toutes leurs valeurs, mais afin d’apprécier toutes ces implications, et non afin de les dénier, quand ce n'est pas l'existence des faits eux-mêmes qui sont déniés.
Qui plus est, la question de la responsabilité d'une partie (même celle du soi-disant dément) n'a pas à intervenir dans la question du bien fondé du jugement des actes car il y a aussi les autres parties et enfin, un jugement reste toujours exemplaire.
Voir à ce sujet, dans notre article {l'invention de la psychiatrie} notre commentaire sur les deux extrêmes que sont le« bouc émissaire » unique et une« responsabilité collective » aveugle, entre lesquelles se situent les responsabilités des personnes impliquées dans un acte.

Lire aussi« La justice peut se passer de la psychiatrie, mais la psychiatrie ne peut se passer de la justice ». Voir aussi toutes les questions sur Dieu et la liberté, la prédestination et le libre arbitre, débattue particulièrement lors des querelles entre jansénistes et jésuites et par les « philosophes des Lumières » Cf.« Zadig » de Voltaire, etc.

 

[13] Si le « supposé dément » est « supposé » avoir commis un crime, comme il est inaccessible à la justice, ne sont possibles pour lui que « la relaxe » pure et simple ou « l’internement  préfectoral ».  Si le préfet « le suppose » « dangereux pour l’ordre public et la sûreté des personnes »,  il ordonnera  mécaniquement  « une hospitalisation sous contrainte d’office dans un établissement public spécialisé de secteur ». Les lois de 1838 et de 1990 ont été faites pour cela.
Il semble que "dans le doute", l'intervenant préfère généralement intervenir dans le sens d'un internement qu'il croit "prudent", sans trop craindre les conséquences fâcheuses qui peuvent découler d'un marquage à la fois réel et souvent "mythique", pour l'immédiat et l'avenir, sur "un supposé patient", son conjoint, ses descendants même lointains, etc...
Dans l'impossibilité de choisir, celui qui "interne" semble même parfois appliquer à la psychiatrie la formule: "Dieu reconnaîtra les siens"! . Ainsi, un maire, intervenant pour une querelle familiale, eut recours à "un triple internement" concernant simultanément un père, une mère et leur enfant.

 

[14] C'est volontairement que nous ne parlons jamais « d'internement abusif », car d'une part ils s'appellent désormais « hospitalisation sous contrainte », mais surtout parce que nous estimons qu'ils sont tous abusifs dans le sens où, bien que tout à fait légaux, ils sont inappropriés à la gestion des soins, autant, probablement, qu'à celle de l'ordre public, par leur essence même.

 

[15] Naturellement, lorsque qu’un « supérieur » devient responsables des actes de son subordonné, la hiérarchie entre médecins et autres membres du personnel ne fait que renforcer sa prudente paralysie dans sa délégation de pouvoir pour toute initiative !

[16] La responsabilité des « participants aux soins » ne devrait concerner que « l’instauration et la dispense de ceux-ci ». Les « certificats médicaux » ne devraient exprimer qu’un « point de vue scientifique », et partant, sujet à débat. Pourtant, dès lors qu’une personne a fait l’objet «d’une déresponsabilisation » ou est entourée d’un tel « halo », la « responsabilité introuvable » aura tendance à être reportée sur tout ce qui entoure une telle personne, rendant ainsi  l’entourage soignant « responsable » de ce que fait la personne, noyant ainsi la « prise en charge » dans un climat de peur paralysante. Nous analysons cela plus loin. En réalité, rien ne peut se substituer à la responsabilité de la personne agissante.

 

[17] Cette démarche est pourtant contraire aux « modèles » dont se réclament les « authentiques savants »: Peut-on, en effet, « sonder le cœur » de l’autre voire de soi-même ? Cette réflexion est appelée à prendre une place centrale dans toute la dialectique judiciaire laïque, dépourvue d’égide surnaturelle :

w        « Connais-toi toi-même ! » = « Γνωτι σεαυτον », apprend-t-on, comme conseil suprême, de Socrate, lui, dont, dès l’école, la sagesse est donnée pour « modèle » aux élèves. Cependant, Socrate a été mis à mort par la démocratie athénienne, en invoquant son impiété.

w        La passion de Jésus renouvelle la mise en scène du « quiproquo ».

w        Les conseils socratiques ont été repris par les psychanalystes, car la psychanalyse doit rendre possible à chacun l’accès à « son plus for intérieur », « son savoir inconscient ». Dès lors, quiconque émet des doutes sur la justesse des interprétations de son analyste pourrait lui dire: « Psychanalyse-toi donc d’abord toi-même ! ». Mais la théorie implique qu’il est difficile de se psychanalyser tout seul, en vertu de la théorie de « l’inconscient », qui serait précisément inaccessible – par des voies directes - à chacun. Que penser pourtant de « l’auto-analyse » de Freud ? La situation de « l’analysant » l’expose donc aux « projections mentales » du thérapeute. C’est évidement une difficulté centrale. Et en ce sens, Lacan est celui qui a dit, avec humour, « Le principal obstacle à la psychanalyse, c’est le psychanalyste ». Un tel « placage » proféré en dehors de toute « situation analytique aménagée » est appelé « psychanalyse sauvage ». Du fait d’une situation aménagée pour y soustraire les échanges à la sanction sociale, la psychanalyse n’est pas la psychiatrie publique. Et, toute arrestation, qu’elle soit arbitraire ou non, peut l’interrompre. Un « analysant » peut devenir l’objet d’une « hospitalisation sous contrainte ».

w        « C’est celui qui le dit qui l’est !», clament intelligemment les enfants, en réponse à celui qui les définit injurieusement.

w        Ce « plaquage », cette attribution d’une chose psychique supposée par un autre, est cependant inclus dans la législation actuelle de la psychiatrie, qui maintient toutefois une ambiguïté et des « demi-mots », puisque la préfecture initialise la procédure en invoquant, en principe, le prétexte du comportement, mais demande ensuite aux médecins des certificats décrivant, eux, des « états mentaux ». En réalité, « deux demi-mots », ici ne font pas « un mot entier », et c’est pourquoi nous parlons de « chimère ».

Dans l’impossibilité de « sonder les cœurs », la justice ne peut alors qu’être amenée à accorder une importance croissante au « droit ». Mais le droit est toujours l’expression d’une force. La justice devient ainsi le champ d’une appréciation de l’adaptation de l’individu au droit. Et la qualité de la justice repose, en outre, sur la qualité de l’énonciation du droit et de sa cohérence interne.

 

[18] La « psychiatrie dogmatique » fixe la « norme » et la « psychiatrie administrative » se charge de la faire valoir. Théoriquement une « norme » n’est pas un « idéal » et peut même rentrer en conflit avec lui. Mais dès lors que les « justifications », sous forme de « débats judiciaires », sont exclues ou « exclu-ables », doit-on alors faire d’une « norme sans appel » son « idéal », même quand l’effet « réducteur » apparaîtrait immédiatement ? Finalement chacun est plus ou moins conduit à « faire comme si » mais  « n’en penser pas moins » ! Il en  résulte un appauvrissement des échanges.

 

[19] « La société est mise en normes alors qu’il faudrait la mettre en marche » Alain Peyrefitte in « Le mal français » Plon 1976 p. 469.

 

[20] Si l’on observait un peu mieux – et non pas un peu plus - la nature, on comprendrait ce que la distinction psychique/physique a de fallacieux. On se perd en détails, ici inutiles, qui nous empêchent de voir. Ici, connaître toujours davantage les détails moléculaires n’apporte rien. Une vision toute macroscopique suffit à poser les données du problème et comprendre combien cette théorisation est illusoire.

Prenons un  exemple éloigné de notre espèce pour en être moins embarrassé :

Les  fourmis vivent en société. Chaque fourmilière est un peu comme une nation, et il y a même parfois des conflits entre les fourmilières.

Mais à l’intérieur de chacune, les organisations fonctionnelles sont précises et même variables selon les circonstances : les  travaux sexuels reviennent à certains individus clairement reconnus ; Il y a des soldats ; Il y a des ouvrières qui n’ont jamais aucune sexualité : Elles cheminent, sans révolte, en file indienne,  et chacune exécute son travail de fourmi.

Chez les abeilles il en va à peu près de même.

Chez les végétaux il en va encore de même ; il y a des complémentarités ; il y a des contrats ; il y a des écosystèmes. Et tout cela ne s’oppose en rien aux évolutions, parfois lentes, parfois rapides, parfois aux extinctions, parfois aux additions de nouvelles créations, dont nous sommes loin de comprendre les causes, les modalités et les finalités.

Où est la distinction physique/psychique dans tout cela ?

Il y a beaucoup d’interactions, que l’on ne verrait aucun inconvénient à appeler – même pour les plantes - « décisions », et même, « libre arbitre ». Pourtant il existe simultanément d’incontournables « pré-déterminations » :

Lorsqu’une graine se voit « refuser » un « emplacement réservé » à d’autres et par d’autres ; lorsqu’un arbre se met à produire des tanins en abondance parce qu’un autre de son espèce a reçu quelques coups de bâton un peu plus loin, que devient dans ces conditions la prétendue séparation psychique/physique, telle que nous l’exposent certains psychiatres,  prêtres ou écologistes ?

Après ce petit détour, il est facile de revenir à notre savant devant son microscope : il observe des molécules qui s’unissent, se désunissent, des cellules qui se divisent (par « scissiparté », comme les bactéries), d’autres qui meurent, se phagocytent non sans raisons, qui ont des stratégies de groupe (c’est le cas des  « spermatozoïdes », qui ne se livrent en rien à une « compétition de style olympique ») : Eh bien c’est exactement la même chose : leur comportement est autant physique que psychique.

Il en est encore exactement de même des atomes (bien mal nommés puisqu’ils nous apparaissent de plus en plus divisibles), et, dirait-on jusqu’à « l’existence de la matière même », dont on sait de moins en moins dire si on la voit ou si on l’invente.

Voilà pour un trop court résumé : Mais : « - Que fait la télé ? » , qui devrait nous proposer des cours d’enseignements sérieux et suivis toute l’année au lieu de – ou en plus de - nous délivrer des émissions de jeux stupides et des émissions commerciales ou politiques soigneusement sélectionnées, que chaque français regarde hypnotisé en moyenne 3 heures par jour, comme un bébé bien installé, secondé par ses 140 « esclaves énergétiques » par personne, que la France est, bien entendu, incapable de payer ?

Mais on oblige et on réglemente.

 

[21] On rappellera ici, parce qu’on ne sait pas où mettre la note,  que les anciens grecs n’ont jamais opposé « physique » à « psychique ».(Cf. pour en savoir plus sur l’origine du mot « physique », l’introduction du « portail de la physique de Wikipedia »).

Physique signifie ce qui pousse => « Natura » en latin (même sens).

Psychie signifie d’abord et avant tout « la vie » (des vivant ou des morts quand ils ont une survie) ; ensuite le mot a été réservé pour désigner « l’âme », quand il s’est agi de traduire (en y opérant beaucoup de réductions) l’âme des égyptiens pharaoniques.

L’esprit était traduit en grec par une foule de mots avec une foule de sens, essentiellement « noos » en classique, et « phren » plus tôt et aussi en même temps .

« Sôma », (qui a donné « somatique »), désignait en grec ancien « le cadavre » (de même que, aujourd’hui en anglais, « corps » (faire entendre le « p » et le « s »), qui est différent de « body »).

Mais, pendant longtemps le « corps individuel vivant » n’a eu aucun sens en grec, repéré seulement à partir d’apparences remarquables, noms, vêtements, membres – animés par le « thumos » - organes, paroles ou actes.

En Grèce ancienne, l’individu n’est rien sans son groupe et ses lois.

Cf. Bruno Snell, « Die entdeckung des geistes, studien zur enstehung des europäischen denkens bei den greichen », 1946 ; traduction française en 1994 : « La découverte de l’esprit, la genèse de la pensée européenne chez les grecs », Editions de l’Eclat, 30250 Combas.

En grec moderne, chaque homme est devenu un « in-dividu », sens traduit donc littéralement par le mot « atome », qui signifie « in-divisible » : « to atomon » exactement : mot du genre neutre.

Et le mot est ici beaucoup plus à sa place que le mot « atome des physiciens ». (clic)..

 

 

[22] On signalera quelques faits, parmi d’autres, multiples, de ceux que l’on préférerait ne considérer que comme des curiosités, mais qui montrent à quel point « la sortie » a été peu pensée dans l’esprit du Législateur :

o        « L’entrée » est offerte : l’interné arrive parfois menotté, amené par les services de police, mais on ne lui demande pas de payer les frais du transport.

o        Par contre, la prise en charge du « retour à domicile » n’est nullement prévue par le service public. Le retour n’est pas toujours facile. Il est à la charge de la personne.

o        Ce que j’ai appelé « l’Habeas corpus.. a posteriori » peut nécessiter des frais d’avocats  parfois élevés.

o        On sort vêtu comme on est entré : Je me souviens d’une personne qui avait été amenée par la police en internement – peu importe ici que les mots changent – en plein été, vêtu d’un short et de nu-pieds.

Il a obtenu sa sortie en plein hiver : Sans attendre, il partit presque en courant, dans le même appareil, mais cette fois à pied, et sur de la glace !

Il me fit penser au loup de la fable de La Fontaine « le chien et le loup », qui détale sitôt qu’il aperçoit les traces du collier sur le cou du chien, « en courant si bien qu’il court encore ».

o        En ce qui concerne « le séjour », les faits sont encore plus surprenants puisqu’il existe maintenant le « forfait hospitalier », par lequel ce séjour imposé est payant. Lorsque l’intéressé est sous tutelle, et que le tuteur fait partie du personnel hospitalier – on pourrait y voir un « conflit d’intérêt » – les choses se font, sinon naturellement, du moins sans possibilité de résistances.

 

[23] Il était interdit dès la loi de 1838 qu’un médecin signataire dans une demande d’internement soit en même temps ledit thérapeute dans un établissement : Je crois que c’était pour éviter de mauvais traitements infligés par intérêt direct du médecin.

L’éventualité de telles situations devient rare sous cette forme, et de toutes façons cette règle ne peut pas éviter tous les dommages. Mais il importe que le médecin puisse avoir des comptes à rendre ; tout autant celui qui demande quelque chose que celui qui fait quelque chose ; et pour la moindre question de cohérence, il faut que ce soit le même.

On sait par ailleurs que la prestance du médecin n’est plus du tout la même qu’en 1838, et maintenant, le médecin a souvent à expliquer les raisons de ses actes devant la justice : il faut donc que personne ne l’ai contraint à les exécuter, si par exemple ils vont à l’encontre de son point de vue.

La loi actuelle n’a même pas évité que j’ai vu un médecin signer une demande d’internement de l’amant de sa femme, bien qu’il n’en put en aucun cas être le supposé thérapeute hospitalier.

Il n’est pas toujours facile de savoir dans quelle mesure les mesures préventives de ces textes ont été reportées dans les nouveaux textes, car les nouveaux textes sont de plus en plus flous sur toutes ces questions, se bornant à multiplier les intervenants et signataires, ce qui déresponsabilise d’autant chacun.

Fait essentiel, il demeure toujours une sorte de vide juridique non exprimé quant à la question de la publicité ou non des motivations préfectorales, dans cette fonction « à part ».

Cf. « Internement du colonel Georges Goussard ».

Ces motivations ne peuvent en aucun cas être rattachées au secret médical.

Mais le problème est insoluble dès lors que l’arrêté préfectoral se permet de s’immiscer dans les intimités privées, et on retombe ainsi dans la question du défaut de construction d’origine, comme il en va des maladies génétiques.

Rendues publiques, les affaires rendraient possibles les controverses judiciaires, et c’est justement ce que le Législateur a de nouveau voulu éviter le 27 juin 1990 en retirant les juges de la scène dans les circonstances énoncées.

La vérité est que c’est ce système d’exception dans sa totalité qui devrait être abrogé, sans être remplacé par rien, car il existe déjà beaucoup de solutions beaucoup plus profitables, et aussi de nombreux psychiatres qui pourraient assumer leur responsabilité comme on le propose, pour répondre à chaque situation.

 

[24] Reconstructions difficiles, après tant de destructions, dont la mise en forme préfigure d’une certaine façon, déjà, l’informatisation, avec le « formatage », les « bugs » et les « FAQ »:

Les « FAQ », sont, en anglais, pour les dialogues avec les ordinateurs, les « Frequently Asked Questions », les listes des « Questions Fréquemment Posées ». Si votre question sort de la liste préétablie, on ne trouve pas de place permettant de l’entrer.

De la même façon, on en a déjà parlé, si les codes remplacent le jugement particulier, les affaires originales n’y trouvent aucune place et apparaissent irrecevables…

On aperçoit tout de suite le lien avec « l’échappée » qui accorde une place béante et illimitée à une « démence non définie » dans l’article 64 du C.P. qui ne déclare rien d’autre que « l’inexistence » de l’acte d’un supposé « dément ».

Mais c’est de son incomplétude que naîtra « l’asile de 1838 ».

En réalité, il n’est pas bien sûr qu’une forme aussi radicale de l’exclusion soit vraiment nouvelle dans l’histoire de l’humanité.

Elle n’en est pas moins regrettable, particulièrement en droit : Une chose est de considérer un acte, autre chose est d’en considérer l’auteur : Et pour le médecin, comment pourrait-il s’occuper de l’auteur d’une absence d’acte ?

 

[25] La « politique du parapluie » domine partout : On comprendra très facilement que lorsqu’un médecin s’efforce de réparer les failles symboliques d’un système mental, il soit important que ledit patient ait la possibilité de s’ouvrir à la société civile, à ses lois, ait l’opportunité de les expérimenter – fut-ce au prix d’une mise en examen réelle.

Mais au lieu de ça,

·         la préfecture dira au psychiatre que la contrainte sera levée « quand le malade sera guéri » ;

·         le tuteur dira que la tutelle sera levée « quand le malade sera guéri »,

·         un expert « de-ci de-là » dira qu’il est « prudent d’enfermer », ce qui ne l’engage que fort peu (« Dieu reconnaîtra les siens » - mais justement le soignant n’a pas les pouvoirs d’un dieu !) alors qu’avoir dit l’inverse pourrait rudement lui être reproché,

·         et il arrive même que le psychiatre (« commis ») éprouve davantage de confort à ne pas prendre le risque d’être inquiété lui-même au prétexte que « son patient » aura commis un larcin, un délit, voire un crime…

On s’abstiendra ici de relancer les débats philosophiques assez désuets sur « la dangerosité du fou », en commençant par les définitions « du dit fou ».

Que peut faire alors l’art du psychiatre lorsque toutes ces contraintes - abjectes parce que décrétées par des personnages irresponsables des conséquences de leurs actes comme on l’a vu tout au cours de cette page, et irresponsables du cours des soins - s’opposent à l’avancement du travail du médecin ?

La résultante globale du système en est bien sûr ce qui a donné le titre au travail rassemblé dans le livre produit par Philippe Bernardet et Catherine Derivery : « Enfermez-les tous ».

Le résultat d’un fonctionnement social de déresponsabilisations en chaîne est ici caricatural et pourtant bien réel.

Il est, en réalité, fort étendu et n’est ni nouveau, ni spécifique, et pour « imposer » une norme, une idée, un produit, une aventure, une oppression, ce sont souvent les stratagèmes sournois « du bien, de la protection, de la sécurité » qui sont insidieusement invoqués, comme chacun sait.

 

 

 

[27] Ayant vécu l’époque festive de la commémoration du « bicentenaire de la Révolution de 1789 », je me souviens parfaitement de la valeur symbolique accordée alors aux dates.

Elles étaient pressenties à la fois comme commémoratives et en cela conservatrices de notre « patrimoine révolutionnaire », et comme des réaffirmations « quasi-axiomatiques », au prix de modifications minimes parfois purement verbales, de nos interprétations légales des comportements d’autrui, tant en ce qui concerne « la loi sur la psychiatrie de 1990 », qu’en ce qui concerne « le nouveau code pénal » qui la suivit de peu comme pour bien l’asseoir.

Ces télescopages d’anachronismes certains, mais aussi d’une certaine causalité ressentie – qu’elle soit consciente ou non - reliant « la Révolution de 1789 », « la psychiatrie française née le 30 juin 1838 » et « les codes napoléoniens », en dit long sur les associations mentales reçues et/ou enseignées par ce qu’on pourrait appeler « l’Education Nationale ignorée », dont les conséquences sont pourtant, comme nous allons tenter de l’esquisser infra, considérables.

Ainsi, grâce à une transmission sans faille, rien ne fut perdu ni des obscurités ni des apories.

On retiendra encore de cette glorieuse époque mitterrandienne, la fameuse tautologie présidentielle « qu’il fallait donner du temps au temps », et son immortalisation sous la forme d’une « pyramide de verre » au Louvre.

Alors qu’on aurait justement pu en profiter pour mettre à jour « un formalisme » qui avait montré ses limites, on se contenta d’entériner des « modifications de contenus » (parfois appréciables comme « l’abolition de la peine de mort » en 1981 – tout en déplorant que l’on n’ait pas songé dès 1789, à faire figurer « le droit à la vie » parmi « les droits de l’homme », tout de même qu’il avait été – en principe – un précepte chrétien – ce qui eut pu éviter de nombreuses atrocités).

 

Ainsi sont maintenus :

·         Le principe de l’indépendance des pouvoirs,(mais en le transgressant dangereusement par l’inscription d’entrefilets ingénieux : transmission de dossiers).

·         Les systèmes de procédures désuets confinant parfois à l’interminable et à l’absurde, par quoi la procédure elle-même peut devenir un équivalent de peine. (A force d’abus de formes, les médecins disent avec humour que « le malade est mort guéri ! »)

·         Les sources exclusivement humaines de tout droit octroyé à toute chose en France (en totale contradiction avec ce qu’on a reconnu dans les écosystèmes, dont l’homme n’est qu’un élément)

·         Le bannissement excessif de toute expression de religiosité publique, jusqu’aux enseignements délivrés dans le secondaire et même dans les universités, privant ainsi les étudiants, au nom de la laïcité, de pans entiers de leur propre histoire et de l’histoire du monde, jusque dans l’apprentissage des langues (il est inconvenant dans les établissements publics de lire en cours les Textes Bibliques, le Coran, dans leur langue d’origine etc., même en université, alors que dans une dimension seulement culturelle, le Coran a une valeur canonique pour la langue arabe – comme l’a l’Académie française pour la langue française), ce qui ne peut évidemment pas favoriser les compréhensions entre les peuples.

·         On réaffirma le credo d’une « raison divinisée », une, immuable, universelle parce que nôtre, et intemporelle - pourtant démentie par les sciences elles-mêmes dont elle se réclame.

En gros, si ce qu’on appelle « raison » est ce qui est limité aux rayonnements visibles, aux sons audibles par l’oreille humaine, etc., elle est un peu courte. (c’est en s’opposant au « bon sens aristotélicien » que Galilée découvrit « les lois de la chute des corps ». On sait qu’il dut abjurer ses découvertes).

·         On mêla effrontément sous forme d’axiomes dysharmonieux « le verbe et la mathématique » (comme par exemple : « égalité = justice », ce qui n’a aucun sens lexical) pour en faire la source légitimée de principes qu’on en fait découler.

·         On engagea de plus en plus la justice dans « sa soumission à l’application de codes », au détriment du jugement particulier (puis viendront les ondes radars infligées systématiquement aux automobilistes - et auxquelles les « policiers à jumelles » sont les plus exposés - clic - et les condamnations mécanisées)

·         Les valorisations et les dévalorisations continuent d’être « amplifiées par les systèmes d’obédiences (sans contre pouvoir) à un Etat de plus en plus omniprésent et omnipotent » auprès des intimités de chacun (sans contre pouvoir), alors que sa place est dans les organisations des organes au sein de la nation, et dans les représentations de la nation au sein du monde.

 

Enfin, on reste toujours dans l’attente d’un Etat qui se proposerait d’être un « Etat de Justice » :

 

Mais on continue de s’incliner devant un « Etat dit de droit(s ?) », expression plus facile à prononcer qu’à écrire, ne sachant, au vrai, s’il défend le riche ou le pauvre, le pluralisme ou l’uniformité.

L’expression indéfiniment répétée confine au charivari : S’agit-il, au singulier, d’une rectitude, d’une immanence, d’un « droit ↕ divin » tronqué ?

S’il s’agit d’un pluriel, on se contentera de mentionner que les droits sont inégaux entre les citoyens, et généralement d’autant plus nombreux que ceux-ci possèdent davantage ;

Que les droits, s’ils sont nécessaires, ne sont pas une fin, et ne sont pas la justice ;

Que la justice est source de paix, alors que la paix n’est pas source de justice.

Au total, – en dépit de contestations pourtant connues, mais que l’on voulut ignorer – on essaya de réunir ce que nous-même percevons comme 2 chapes de plomb majeures, paralysantes pour notre liberté de penser, qui sont :