psychiatrie livres sacres père contre-pouvoir :

 

 

 

Livres sacrés et psychiatrie

 

 

 

Page I  attachée  9.

 

 

1.      L’usage des livres

2.      La question du père

3.      Le contexte culturel

4.      Le livre de la psychiatrie

5.      Les opérateurs

 

 

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Dans cette situation de « psychiatrisation galopante » qui se déroule sous nos propres yeux, il n’est pas rare d’avoir à déplorer les démarches multiples, de pouvoirs de toutes sortes, pour s’approprier quelque écrit de psychiatrie, tiré hors de son espace limité de valeur, interprété en fonction de l’usage escompté, le faisant valoir comme un « dernier des livres sacrés».

 

1- L’usage des livres, écrits par les grands doctrinaires

Tout auteur « scientifique » sait qu’il peut, ou doit, être réfuté voire remis en question. Aucun scientifique n’affirmerait jamais que sa parole est « parole d’Evangile ». Freud lui-même ne s’est jamais exprimé péremptoirement. Aussi peut-on mettre largement en doute la « valeur scientifique » de ceux qui entendent procéder à de véritables épurations intellectuelles « au nom de » tel ou tel, fut-ce Freud. Telle est la Science qu’elle est incertaine et non péremptoire par nature. Ce qui caractérise « la Science », par opposition au « religieux », est donc de ne pas avoir de caractère dogmatique. De surcroît, si la psychiatrie pouvait prétendre au titre de science, elle devrait du même coup renoncer à sa position figée de « procédure » et s’avouer, parmi les sciences, encore incertaine et surtout science du particulier. Comme on l’a dit en d’autres pages, la psychiatrie pourrait alors avec profit éclater en deux parts : médecine du particulier, et domaine de recherches.

Dès lors il n’est pas pensable qu’il en soit fait l’usage d’une certitude ou d’une preuve par une autorité législative judiciaire ou pénale.

En réunissant des termes antinomiques dans la même expression de « livres sacrés de la psychiatrie », nous voulons stigmatiser ceux qui utilisent la psychiatrie au titre de « une certitude dogmatique » de la même façon que les croyants de telle religion dite « révélée» [1] utilisent leur « livre » saint, mais, ici, pour un usage déclaré non-religieux, ce qui est le point important.

Ceci nous autorise à quelques remarques sur les « utilisations » de quelque livre et/ou travaux parmi les plus cités : En 420 av J.C. à Athènes, Sophocle produit une pièce de théâtre, souvent citée, traduite abusivement par « Oedipe roi ». Freud reprend cette pièce à partir de laquelle il décrit « le complexe d'Œdipe ». Nous nous limiterons à dire ceci : Certes toute traduction est une interprétation, mais le titre de la pièce en grec est « OIDIPOUS TURANNOS », c'est-à-dire « Oedipe Tyran » et c'est un vaste contresens que de traduire par « roi » là où est écrit « tyran ».
Ce retour aux grecs du « pré-christianisme » est très intéressant à la condition de le lire correctement.
Quand Sophocle, dans la pièce « Oedipe tyran » (420 avant J.C.) compare « le roi d'une cité » à un bon « père de famille », et qu'il interroge les qualités de Laïos, il introduit ici une réflexion, « de nature éthique », déjà présente dans « l'Iliade », qui n'a pas été exploitée par les psychanalystes:  un père, non seulement n'est pas toujours mauvais, mais, comme le meilleur « protecteur », un « bon père » lui apparaît indispensable.
On notera encore, à propos de cette pièce, que Jocaste, la mère d’Œdipe, est justement un repère identificatoire et non un simple « butin » que l'on peut posséder:
Si celle-ci est sa mère, Oedipe sera roi, après son père, mais il lui est interdit de l'épouser.
Si elle n'est pas sa mère, Oedipe sera tyran, mais il a le droit de l'épouser.
Lui, Oedipe, mélange les deux propositions et par là-même montre « qu’un butin n'est pas un repère ». Le butin ne sert qu'à lui porter malheur, alors que c’est d’un « repère » qu’il a besoin ! .
Sachons que les interprétations de cette pièce ont été innombrables, sur la souveraineté, la paternité, l'amour, etc., dont beaucoup sont intéressantes.
Mais il faut traduire correctement le texte, ce qui ne peut être le cas de ceux qui savent ce qu'ils veulent lui faire dire avant de l'avoir traduit !

 Pourtant l’usage d’une vision étroite et négative du « complexe d’Œdipe » sera largement reprise pour justifier socialement toutes sortes d’attaques contre une juste paternité, exactement à l’inverse de ce que prône Sophocle !
Ainsi :

 

2 - La question du père :

 

Ainsi, d’une certaine façon, Freud a fait du père une question centrale dans la psychanalyse. Lacan l’a reprise, en outre au travers de formulations comme «les noms du père », qui deviendront d’ailleurs « les non-dupes errent ». Pourtant :

 

¨      Complexe de Laïos.

Autant il n’est pas impossible que l’étendue du champ clinique du « complexe d’œdipe » mérite, pour différentes raisons de développements culturels, d’être, maintenant déjà, quelque peu réduite depuis la géniale découverte de Freud, autant il nous semblerait « très actuel » de tirer encore de cette pièce un exemplaire « complexe de Laïos ». La « fibre paternelle », en effet, qui devrait être « protectrice » à l’endroit de sa propre progéniture semble souvent devenue ténue, quand elle n’est pas, même, catégoriquement remisée, écrasée sous le poids de certains obstacles bien réels et d’autres à allure d’interdictions plus ou moins fantasmatiques. Rappelons seulement ici que pour Sophocle, un bon père doit être un « protecteur de vie », et Laïos, paradigme du mauvais père dans la légende, avait voulu supprimer la vie de son fils Œdipe, de peur d’être tué par lui. Et tout cela semble s’installer plus ou moins à l’insu d’une population frileuse, et confuse dans l’affirmation de son genre (discours du : « tout et tout le monde est équivalent… »), qui ne semble guère encore prendre conscience de la gravité d’un processus d’extinction [2], dans ces conditions, inéluctable.

 

¨      Le père est « un contre-pouvoir »

En dehors de toute théorisation, il y a cependant des faits: Il faut comprendre que le père est « un contre-pouvoir », tant au niveau du « nucleus familial » qu’à celui de la « société toute entière »:

o       Au niveau familial, il apporte à l’enfant non seulement tout ce que les psychanalystes ont cru découvrir autour des signifiants du « phallus » et du « phallo-phore », mais, plus simplement, pourrait-on dire, il apporte à l’enfant une version autre que celle de la mère. Il fonde ainsi une dialectique permettant d’éviter toute sorte de « symbiose mère-enfant » et/ou de « tyrannie d’une mère « océanique ». Le mot « tyran » vient ici justement rappeler cette pièce de théâtre dans laquelle Sophocle nous explique que Œdipe est devenu « tyran », et de là sont advenus tous les fléaux, au lieu de « roi » comme il aurait du être et comme il aurait été bon qu’il devienne.

o       Au niveau social, du fait de sa prestance aux yeux de l’enfant, « il relativise » les grandes idéologies sociales, scolaires et/ou gouvernementales, et, plus tard, pour l’adolescent, les grandes exaltations devant les nouvelles idoles et/ou les cataclysmes des désespoirs à la mesure de ces exaltations : Un langage « familial », intime, simple et immédiatement « désacralisant » de type « non universitaire » langage qui ne tient ses pouvoirs, que de l’investissement de la personnalité de « celui qui le profère » aux yeux de son descendant, peut avoir des effets rafraîchissants et irremplaçables.

o       Ce sont là les deux raisons pour lesquelles « les régimes totalitaires » au niveau social d’un côté, les « terroristes intellectuels », expression de Jean Sevilla, au niveau individuel de l’autre, souvent les mêmes d’ailleurs, se vouent avec acharnement à sa destruction.

o       Dans « une dimension du futur», ces considérations pourraient aussi nous inciter à la mesure d’une juste prudence car, de même que le père représente encore ce contre-pouvoir salutaire face à un Etat de plus en plus omniprésent, il est fort possible que nous en appelions un jour à cet Etat lui-même comme à un salutaire contre-pouvoir face à une mondialisation qui s’installe déjà triomphalement sous nos yeux dans presque toutes les branches de notre vie quotidienne…

 

¨      le rôle du père comme « défenseur de son enfant »

est de plus en plus difficile à tenir par lui, et ses pouvoirs de plus en plus limités par le Législateur. L’opinion publique, plus ou moins abusée, croirait-elle si facilement que les pères soient par nature des « abandonnateurs d’enfant » ? Or il n’en est rien. « L’instinct paternel » existe tout autant que « l’instinct maternel », et c’est pourquoi les tribunaux dits « aux affaires matrimoniales » sont confrontés à tant de drames inter parentaux.

 

¨      Mais il faut encore ajouter que la « loi de 1975-1976 sur les avortements »

sur demande de la mère fait bien peu de cas de l’avis du père, comme nous le faisons remarquer depuis lors. On considère même souvent un peu vite que, à priori, il n’y a pas de père !. Or souvent, pour ne pas dire toujours, il y en a un. Encore faudrait-il ne pas le réduire à l’inexistence. L’avortement est, par la force des choses, toujours pratiqué rapidement. Ensuite, il n’est pas rare que viennent les regrets, parfois longtemps après, quand il est trop tard. Or, il nous semble, tout simplement, qu’il n’aurait pas été bien difficile de « dire un mot » du père, et de la valeur de sa parole, dans cette loi. Il n’en est rien comme on sait. Pourtant, bien souvent, la démarche serait très facile à faire et l’ensemble des situations, individuelles, familiales, sociales et même nationale en serait à plus d’un titre et pour plus d’une raison, transformé. Le législateur lui-même aurait-il sous-estimé l’importance qu’il y aurait eu à faire vraiment mention du père dans la loi ?

Les militantes du M.L.F., à cette époque, réclamaient l’égalité des femmes et des hommes. Mais pour autant que l’égalité de ces deux droits ait ici encore un sens, puisque y est déjà introduit celui d’un troisième personnage, l’enfant, cela n’aurait pas du empêcher de réfléchir plus profondément au problème. Or, à part les cas de viol, qui bien sûr bafouent la liberté de procréation, mais qui sont loin d’être le motif le plus fréquent de la demande d’avortement, il serait au moins égalitaire que l’accord des deux géniteurs soit, dans la plus grande mesure possible requis. Il n’en est rien comme on sait. Pourtant, bien souvent, la démarche serait très facile à faire et l’ensemble des situations, individuelles, familiales, sociales et même nationale en serait à plus d’un titre et pour plus d’une raison, transformé. Le législateur lui-même aurait-il sous-estimé l’importance qu’il y aurait eu à faire vraiment mention du père dans la loi ?

En place de ceci, quelquefois, une commission sera appelée à remplir de son mieux une fonction « au nom de… », d’une valeur administrative forte, mais symbolique faible. [3]

Et, outre les dangers propres que comporte tout défi de la médecine à la nature, à court ou à long terme, que dire de la distribution un peu étroite   « des droits de l’homme » dans ce scénario qui implique en apparence, au moins un père, une mère, un fœtus et la justice, mais en réalité, est véritablement à la base de la structuration sociale  ?

Le premier devoir du père est de protéger son enfant. Mais que faire lorsque c’est la loi elle-même qui le prive « légalement » d’accomplir la tache immémoriale… En ce sens, pourrait-on dire avec humour, en rappelant la tirade d’Antigone qui évoquait les lois éternelles, face à Créon qui lui interdisait de donner une sépulture à son frère, aujourd’hui, « Antigone », c’est le père ! [4]

Pour le moins, il n’y a plus en France de politique nataliste. Penserait-on, dans une perspective purement économique, que le citoyen étant avant tout producteur et consommateur, l’importation d’un tel être « tout fait », « clé en main »,ou sa recherche par la délocalisation, sont préférables à la difficile entreprise de construction locale ? Tout montre pourtant qu’une telle vision ne peut construire aucun avenir. Remarquons ici, qu’à la différence de certains commentateurs prolixes sur une certaine priorité d’une relation au « phallus », toutes les conclusions de nos analyses, ici, n’ont rien de « sexiste » au sens de « fondé sur une supériorité anatomique », mais sont liées à cette « fonction naturelle de père », qui est, dirait-on, au minimum, « vitale » pour l’enfant, physiquement et psychiquement, c’est-à-dire « radicalement », fait encore un peu trop occulté.

 

¨      On peut finalement réunir ici les données d’un certain nombre d’analyses, apparues l’une après l’autre sur les diverses pages de ce site, pour tenter de construire la systématisation suivante :

  1. Le « système démocratique », qui est un système politique, pourrait reposer sur l’idée « du meurtre du père » par ses enfants réunis, tel qu’il est exposé dans le « mythe de la horde primitive » décrit par Freud. En accord avec cette hypothèse, mais aussi quoi qu’il en soit, on constate que les installations des systèmes démocratiques ont généralement été excessivement violentes, comme ce fut le cas de la révolution démocratique de 1789 en France, de celle de 1917 en Russie, de celle de 1979 en Iran, et aujourd’hui de son installation en Iraq [5]
  2. La médecine, elle, n’a rien à voir avec la politique, mais a besoin de morale. Ses besoins correspondent, « grosso modo », aux principes énoncés sous l’appellation des « droits de l’homme ».
  3. C’est une confusion malheureuse entre ce « système politique » et cette « morale », confusion largement répandue, qui a conduit la médecine, et d’abord celle du mental, à être subjuguée par l’emprise du système politique démocratique, et ainsi à instituer, dès 1838, ce que nous dénonçons de la « psychiatrie dogmatique et/ou administrative ». Bien au-delà de cette part psychiatrique institutionnelle, on comprendra aussi que, à la suite de cette confusion, tout le système gestionnaire dans lequel elle joue plus ou moins un « rôle spirituel » soit alors enclin et incité, pour ainsi dire « mécaniquement », à promouvoir et diffuser l’idéologie du contenu des principes de l’essence de ce système politique.

 

Ne serait-il pas tempsi d'appeler ou non du nom de « religion » ce à quoi l'on croit ou se soumet, mais bien dire : « Religion de quoi ? » [6]

 

 

3 - Le contexte culturel :

 

Dans le champ des « grandes  croyances », la  « psychiatrisation » progresse comme la « déchristianisation » et que l’on dit se vouer à  la « laïcité ».

La France semble même le « pays phare » dans l’ordre de ce phénomène.

Et l’on en vient aussi à se plaindre d’une surconsommation de « psychotropes » et de « psychanalyse ».

Il n’est donc pas interdit de s’interroger sur la mise en place tout cela.

La psychiatrie aurait ainsi usurpé une fonction que l'on appellera comme on veut : de « prêtrise laïque », ou autrement, mais l'important est de bien dire trois choses de sa fonction qui sont :

-        Qui fait ou fait faire ?

-        Quelle doctrine ?

-    Qui est la cible ? .

Par l’usage de cette conception, même la médecine « somatique », que l'on croyait être un simple dialogue singulier entre un médecin et un malade ne l'est plus: il y a désormais intervention de « ce qui rend la relation possible », et « la doctrine » de soins qui peuvent être de plus en plus souvent « imposés ».
La psychiatrie, de construction très moderne en ce sens, devient le « grand régulateur » de ces paramètres.

Il se pose aujourd’hui un problème de « cohérence » entre :

o       l’ abolition des « anciennes pratiques », dont les textes sont encore trop récents pour qu’elles soient oubliées et que les nouveaux textes soient parfaitement intégrés,

o       et « les nouvelles écritures » qui s’écrivent sous nos yeux, mais proches par certains côtés des textes abolis et engendrant alors la plus grande confusion lorsqu’elles les reproduisent plus ou moins mais dépourvus de leurs anciens fondements.

 

5 – Les opérateurs ; les « officiants » :

Nous avons parlé ailleurs des fonctions des « psychiatres », des « infirmiers », de la « justice », de la « préfecture ». Il faut dire quelques mots ici des « psychologues ». Car partout maintenant, « autour » des grandes décisions, il y a des « équipes  de psychologues » : Qui sont-ils ? A quels devoirs sont-ils soumis ? Quels sont leurs liens avec la psychiatrie?

Pourquoi, dans l'embarras, fait-on maintenant de plus en plus souvent appel à ce recours, qui constitue une sorte de « droit psychologique » en train de se constituer, sous le vocable confus de « psy-»? Aussi, si les psychologues sont maintenant devenus « ubiquitaires », comment ne seraient-ils pas présents aussi dans les hôpitaux psychiatriques ?

Mais leur présence ne va pas toujours de soi :

o       Il ne va pas de soi, pour eux de pouvoir y exercer une fonction thérapeutique car ce n ‘est pas toujours le premier dessein de l’hospitalisation.

o       Souvent s’organise une absurdité qui devient vite ingérable concrétisée par une répartition telle que: « le corps et les médicaments pour les  médecins » mais « l’esprit et la parole pour les  psychologues ». On ne peut découper ainsi un être humain.

o       De fait, il n’est  pas possible d’organiser une « psychothérapie » sous contrainte d’une part, et on ne peut sanctionner l’expression des « fantasmes » par des prescriptions de médicaments, erreur fatale et fréquente, d’autre part.

 

Historiquement,  la « psychanalyse » dérive de la « médecine » (Freud) puis s’en sépara. La « psychologie » dérive de la « psychanalyse », mais s’en sépara. Si bien que la « déontologie  (=science des « devoirs ») médicale » n’est pas applicable aux « psychologues ». Ils ne sont pas soumis aux mêmes contraintes. Ils ne prêtent pas le « serment d’Hippocrate », qui engage le médecin, etc.

Et l’on sait la polémique actuelle posée par les nouvelles propositions de « validité » des « diplômes des psychologues ».

Le problème que nous évoquons ici est lorsqu’ils ne sont pas là en tant que «  thérapeutes », mais comme « conseillers », ce qui permet de « déresponsabiliser » moralement celui qui aura la « lourde tache » de « décider » quelque chose. Ces psychologues ne sont, en général, pas « un », mais une « équipe », ce qui permet de déresponsabiliser un peu chacun de ceux qui ont pu « suggérer » quoi faire. Car en vérité, quel rôle pourrait avoir le nombre ? Nous savons qu’il ne multiplie pas les « performances ». Il n’apporte non plus ici la « variété ».

Il ne peut servir qu’à valider la « prestance d’un consensus », laquelle prestance vient justement diminuer « la responsabilité » de chacun noyée dans le nombre. Ce « culte du nombre », pourra-t-il garantir une « majorité pérenne » au service de « qui » le choisit sur une liste, et de là, la légitimité de ce « qui », ne varietur ?

Ainsi la démocratie, mal surveillée, aurait perdu la légitimité de ce qui la fonde : le choix du peuple [7].

 

Bartholomé Ben Nassar, spécialiste de l’Espagne et auteur d’un ouvrage sur « l’Inquisition espagnole » compare les agents des tribunaux de la « Suprême Inquisition » à nos « psychologues  » : ils ne cherchaient pas à savoir ce que faisaient, ou avaient fait, les suspects questionnés, mais ce qu’ils pensaient, au moyen de méthodes très variées. Telle recherche serait constitutionnellement illégale aujourd’hui en France. Autre chose est la justice d’un peuple. Certes, il y a aussi des « équipes de soutien », consolatrices, spécialisées pour apparaître après chaque grande catastrophe.

 

Mais, nous ne parlons pas ici, des véritables « thérapeutes », motivées qui malheureusement n’ont pas plus le pouvoir d’éviter les catastrophes, que les médecins « en bout de chaîne » ne sont guère écoutés lorsqu’ils parlent de « prévention ». Nous parlons ici de ceux qui sont là non pas pour « soigner », mais pour « peser » les pensées, et non pas les « actes », en vue d’en faire un usage qui ne respecte plus la vie privée. Ainsi, ce sont souvent « les plus profonds  principes » que nous même nous sommes donnés et que nous proclamons tous les jours qui sont bafoués par cette infiltration de la « vie privée » par une sorte de nouveau « droit psychologique », en train de se constituer  sous nos yeux. La question se pose aujourd’hui véritablement de savoir si « l'expertise psychologique » est « licite » au regard du droit au respect de la vie privée, et parmi celle-ci du droit au secret de la maladie, lorsqu'il y a lieu, les psychologues, en outre, n'ayant pas prêté « le serment d'Hippocrate ».

Les psychologues des « commissions », n'ont pas de soucis thérapeutiques. Les frontières de la vie privée n'existent plus guère, non plus, au cours des « visites à domicile » de plus en plus souvent commanditées par les corps constitués.

En principe, une telle « injonction » n'a pas de valeur exécutoire pour un psychiatre du service public, car celui-ci n'est pas fonctionnaire de l’Etat. Cependant elles voient le jour. Si ces visites sont faites par des personnes qui ne sont pas soumises au « serment d'Hippocrate », ou qui, malgré ce serment sont obligées à « déroger au code de déontologie médicale », ( lire question FMC N°6 :  « secret médical" ) leurs compte rendus peuvent s'inscrire alors directement dans des dossiers qui ne sont pas destinés aux soins. Pourtant nous n’avons de cesse de répéter que la confusion des genres ne profite absolument à rien ni à personne, sinon à la destruction de la cohérence même de toutes nos institutions. Certes, ces divers dossiers, même à la préfecture, n'ont aujourd’hui  aucune « valeur judiciaire ». Mais on sait que s'ils étaient transmis à la justice, celle-ci pourrait être tentée s'appuyer dessus, peut-être pour ne plus juger (ordonnance de non-lieu) !

 Jusqu’où ira-t-on dans ce domaine ?

On peut même imaginer que la situation ne devienne conflictuelle entre les « juges » et les « psychologues » : Actuellement, ce sont les juges qui prennent les décisions de non-lieu à la lumière des comptes-rendus d’experts. Mais si, dans le courant de ce que nous appelons « le nouveau droit psychologique » en train de se constituer, le « pouvoir » des psychologues se renforçait, ils pourraient bien être tentés de vouloir « obliger » les juges à suivre leurs requêtes, et pourquoi pas, suivant les tendances de chaque école, de prononcer les non-lieus.

De fait, tous les corps constitués « s'appuient » tellement sur les « enquêtes psychologiques » et les « expertises psychologiques » et « médico-psychologiques », qu'on imagine mal aujourd'hui le jugement important d'un comportement sans son cortège « psy- ». On sait d'ailleurs les scandales récents qu'ont entraînés les erreurs des psychologues.(Cf. Affaire d’Outreau)

Or la cause la plus évidente de telles catastrophes est que, dans une telle pratique, en arrive facilement à mélanger « fantasme » et « réalité ».

Pourtant, une « interprétation » n'est en rien une « preuve ».

De même qu'un fantasme n'est pas la réalité. Faut-il pourtant répéter, qu'aux yeux même de tout psychologue, un « fantasme de violence » est la chose du monde la plus banale.

Quel peut être l'usage de telles informations fait par un technicien « non-psychologue », employé d'un service tout autre, qui n'est pas sensible aux « analyses freudiennes », et qui est susceptible d'utiliser, sans en connaître leur valeur limitée aux champs d’investigations freudiennes, avec les meilleures intentions du monde, les seules informations dont il dispose, aux fins d'assurer « l'ordre public  et la sécurité des personnes », dans les conditions des instructions chimériques de cette loi du 27 juin 1990 que nous dénonçons ?

Une simple « rigueur méthodologique » éviterait beaucoup de confusions dramatiques. Malheureusement, les erreurs méthodologiques sont maintenant légalisées.

 

 

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[1] Il y a d’ailleurs à dire sur cette expression : Le judaïsme s’appuie sur la Bible, mais on sait que des chapitres entiers sont des compilations de textes mésopotamiens antérieurs et sans prétention religieuse. Le christianisme est plutôt une religion d’un « verbe », écrit tardivement. Le message de l’islam fut d’abord reçu oralement et son recueil dans le Coran ne fut pas une donnée simple.

 

[2] Plus mixte que mixte : Ceci est une allusion aux  annonces de mariages entre personnes de même sexe ! Etait-ce vraiment la peine d’instaurer « la mixité » dans les églises, dans les écoles, dans les hôpitaux et un peu partout pour en arriver là ? On pourrait ajouter, avec un peu d’humour, en contemplant l’évolution des mœurs, souvent reprises avec excès par les dirigeants pour des raisons électorales, que l’on pourrait redouter que la chose ne devienne finalement obligatoire !  Quelques nostalgiques pourraient alors regretter  l’heureux temps où il était permis aux hommes de connaître les femmes !

Pourtant, les deux mouvements, « mixité »  et  « homosexualité »  sont loin de s’opposer ici : Il y a même continuité ! Ces deux mouvements, qui correspondent ici à une apparence de libération, en levant les interdits, sinon en déniant les différences, concourent sans doute, dans l’immédiat, à apaiser certains tourments de la sexualité, en arasant les tensions, mais s’accompagnent aussi d’importantes abdications sociales, sans solution véritable, sauf à concourir au terme du cours de l’espèce. C’est là, en effet, (Abélard, déjà, l’avait bien compris !), la solution radicale. On voit alors combien, dans cette direction, le second mouvement, « plus mixte que mixte », succède au premier.

Car tout simplement, la sexualité, dont les pulsions fondamentales sont orientées justement vers la procréation, est consubstantielle à la vie et à sa reproduction.

L’homogénéisation:

Les questions sexuelles sont centrales dans l’équilibre, et la survie, de toutes les sociétés.

Après « l’homogénéisation », que restera-t-il ? La parthénogénèse ? Elle n’existe pas dans l’espèce humaine ! Le clonage narcissique? Mais le mythe montre que le narcissisme est léthal

 En fait, n’est-ce pas là, de la part des « responsables », une solution de facilité immédiate qui compromet gravement l’avenir à long terme ?  Finalement, en plus d’un cas, les  « mixités »,  les « dénégations » parfois, répondent aux mêmes impératifs, sous des « apparences » qui peuvent être inverses. Il  y a eu bien d’autres abdications, au cours du dernier demi-siècle, dans nos sociétés.

 

[3] Le discours « féministe » consistait à dire : « mon corps m’appartient ! ». Certes cela est parfaitement vrai et, même si quiconque pouvait être libre de couper « SA main », « SON bras », ou même autre chose, un embryon, un fœtus, un bébé, sont d’une autre nature : Sitôt qu’un ovule est fécondé, il comporte des gènes, de la matière, du  « sang du père ». De là parfois proviennent des incompatibilités sanguines.

Quoiqu’il en soit , « un fœtus » n’est pas « le corps de la mère ». Quant à la notion « d’appartenance », de propriété, c’est encore une autre notion. Mais, déjà, dire qu’un fœtus est le corps de la mère est un discours d’ignorant.

Cette dialectique pose la question de la « propriété » du corps (Cf. corps) :

A qui appartient le corps de l’enfant ? Les réponses en accord avec les théories des « droits de l’homme » disent  que chacun s’appartient à lui-même. Mais l’enfant a besoin de protection. Cette protection qui était dévolue au père dans notre culture est de plus en plus accaparée par l’état.

De même que le « pater familias » romain avait droit de  vie et de mort sur son enfant, de même, un état, dont les commissions sont l’émanation, qui prend de plus en plus la « place du père », pourrait être tenté de se doter des mêmes prérogatives. L’éthique des commissions devient donc un facteur décisif.

[=>Cf. : « Le président du « Comité National Consultatif d’Ethique » lance une « alerte à l’eugénisme » en France » (actualités : 3 Février 2007]

Nous retrouvons ici, comme il arrive très souvent (Cf.page IV), un conflit patent entre « politique » (démocratie) et «éthique» (« droits de l’homme »).

 

Le problème peut se poser doublement dans les mêmes termes avec les « patients sous tutelle »: La grossesse d’un jeune mère ayant été diagnostiquée tardivement, l’avortement n’a pas été pratiqué, mais un geste chirurgical stérilisant, qu’on lui a dit « être réversible », a été pratiqué, puis la garde de l’enfant lui a été retirée.

La tendance, autrefois, plus en accord avec la « trancendance de l’espèce », était plutôt de considérer que « la mère appartient à l’enfant », et le grand obstétricien Adolphe Pinard (a donné son nom à la rue de l’I.N.S.E.E. à Paris !) d’écrire « …Une femme normale bénéficie d’une grossesse normale… », puis le psychanalyste Jacques Lacan de théoriser (in : « La relation d’objet ») que le sein de la mère est une partie de l’enfant.

Quoiqu’il en soit retenons que la question de l’avortement revue à la lumière du respect des droits de l’homme, du respect de la nature, du respect du père et de la mère, de la médecine, de la psychanalyse, etc. est bien autre chose qu’un simple problème en attente de solution administrative.

 

[4] Traduction française de la pièce de Sophocle par Leconte de Lisle : - Antigone : «  …Et je n'ai pas cru que tes édits pussent l'emporter sur les lois non écrites et immuables des Dieux, puisque tu n'es qu'un mortel. Ce n'est point d'aujourd'hui, ni d'hier, qu'elles sont immuables ; mais elles sont éternellement puissantes, et nul ne sait depuis combien de temps elles sont nées. Je n'ai pas dû, par crainte des ordres d'un seul homme, mériter d'être châtiée par les Dieux.    Je savais que je dois mourir un jour, comment ne pas le savoir ? même sans ta volonté, et si je meurs avant le temps, ce me sera un bien, je pense.    Quiconque vit comme moi au milieu d'innombrables misères, celui-là n'a-t-il pas profit à mourir ? Certes, la destinée qui m'attend ne m'afflige en rien. Si j'avais laissé non enseveli le cadavre de l'enfant de ma mère, cela m'eût affligée ; mais ce que j'ai fait ne m'afflige pas. Et si je te semble avoir agi follement, peut-être suis-je accusée de folie par un insensé. »

 

[5] Les personnes en position de « père à déposer » étaient respectivement Louis XVI, le tsar Nicolas II, le shah Mohammad Reza Pahlavi, Saddam Hussein. Seul le shah, en fuite, n’a pas été exécuté . Mais surtout, les débordements des foules ont, dans tous les cas, occasionné des situations de guerre civile.

Il est ici à noter la sagesse des espagnols et du roi Juan Carlos dans la « transition démocratique » initialisée en 1975 après la mort de Francisco Franco : Le dictateur venait de mourir de lui-même. Tous craignaient alors le retour à une situation de guerre civile comparable à celle qu’ils avaient expérimentée de 1936 à 1939, et qui avait amené l’instauration de la dictature. C’est probablement cette première guerre, encore très présente dans toutes les mémoires 40 ans plus tard, qui préserva la « transition démocratique » du retour des violences.

 

[6] C'est comme la liberté: « liberté de quoi? ». Car il faut bien préciser les limites de ce dont on parle. Lorsque l’on parle de son inverse, la dictature, il faut dire la « dictature de quoi? », de l'argent, de l'écologie, etc. Tout cela n'est pas du tout pareil ! Ce ne sont pas les mots qui font les choses. Ce ne sont pas les mots qui sont dangereux en eux-mêmes ! C'est ce qu'il recouvrent, et ce qu'il recouvrent est parfois, à dessein, exprimé dans un vocabulaire de fausses promesses ou démagogique ou encore volontairement tu !

 

[7] Dans le domaine de la Science, nous préférons ici citer René Descartes: «  La pluralité des voix n’est pas une preuve qui vaille rien pour les vérités  un peu malaisées à découvrir, à cause qu’il est bien plus vraisemblable  qu’un homme seul les ait rencontrées que tout un peuple. » René Descartes : «  Discours de la Méthode », Union générale d’édition, Paris 1951, p. 44.