« Page V – a »

Plan de cette page  (liens) :

 

1.      La suprématie récente du politique =>

2.      La question de la morale =>

3.      Religion, laïcité, état =>

4.      Langage et culture =>

5.      Un nouveau système équivoque =>

6.      L’état déclaré sans foi =>

7.      Les nouvelles équations =>

8.      Différences avec d’autres systèmes =>

9.      Mettre en question  les paramètres =>

10.  Les dimensions réelles =>

Ni « politique », ni « morale », le domaine « mental » de la « psychiatrie » et la relation duelle « des soins médicaux »

Liens internes dans le site :

 

page V : « Quelques actualités … » ®

page I : « Page d’accueil du site » :

page II – a : « Plan du site » :

 

Notes de bas de page de cette page :

 

(les notes longues sont soulignées et en gras) :

1.      Tocqueville =>

2.      Bonheur =>

3.      Décret =>

4.      PO => HO =>

5.      Egalité =>

6.      Religion désapprise =>

7.      « Medicus pontifex » =>

8.      Gracchus Baboeuf =>

9.      Complexe d’Œdipe =>

10.  Politique familiale =>

11.  Contraintes et libertés =>

12.  Internements =>

13.  La question de l’avortement =>

 

14.  Propriété =>

15.  Langue française =>

16.  Partage des langues =>

17.  Nature du médicament =>

18.  Fantasme et réalisation =>

19.  « Inceste Etat – citoyen » =>

20.  Revendication identificatoire =>

21.   Normes sans cohérence =>

22.  Laïcité : fonction d’absence =>

23.  Humour sue le vocabulaire =>

24.  Rationalisme linguistique =>

25.  Per- version Trois sens pour un mot =>

26.   Sur « l’inconscient » =>

27.  Familles culturelles =>

28.  Langues et Sciences =>

 

29.  Etymologie de « voir » =>

30.  Darwin =>

31.  « Etat de justice » =>

32.  Fonctions =>

33.  « Veau d’or » =>

34.  Cohérence du système =>

35.  « Définir l’homme » =>

36.  « Anthropo – centré » =>

37.  Humus =>

38.  CO2 et CO =>

39.  Individu” =>

40.  Droit devenu arbitraire =>

41.  les « experts » =>

42.  Nature =>

Uni - vers  

 

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Citation de Tocqueville :

 

Dans « L’ancien régime et la Révolution »[1],  Alexis de Tocqueville  écrit :

« Bien avant la Révolution, les édits du roi Louis XVI parlent souvent de la « loi naturelle » et des « droits de l’homme ».

Je trouve des paysans qui, dans leur requêtes, appellent leurs voisins des « concitoyens » ; l’intendant, un « respectable magistrat » ; le curé de la paroisse, le « ministre des autels », et le Bon Dieu, « l’Être suprême », et auxquels il ne manque guère, pour devenir d’assez méchants écrivains, que de savoir l’orthographe » ...

 

«...  Les malheureux !  Ils avaient oublié jusqu’à cette maxime que leurs pères avaient ainsi exprimée, quatre cents ans auparavant, dans le français naïf et énergique de ce temps-là : « Par requierre de trop grande franchise et libertés chet-on en trop grand servaige ».

 

(Livre III – Ch. I)

 

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1.      La suprématie récente du politique

 

Résumé :

Le politique a voulu soumettre la morale. l’Etat a alors utilisé la psychiatrie pour la gestion d’une morale devenue sans définition

 

Saint Just, pour stigmatiser les nouvelles valeurs, de pouvoir dire : « Le bonheur est une idée neuve en Europe ! » (Mona Ozouf).

Et de préciser comment : Saint Just voulut faire du « bonheur » une affaire politique.

Mais qui croirait que le bonheur puisse être décrété ?  C’est que Saint Just introduit plusieurs glissements de sens. Après deux siècles, sont-il enracinés ? [2]

Les sociétés semblent toutes avoir enseigné que les secrets du bonheur n’étaient pas dans les biens matériels.

Certes, mais du quel bonheur - et du bonheur de qui ?

Car la société n’est pas l’individu : et pour chacun qu’en est-il?

Le français emploie le même mot, en changeant le genre, pour désigner un moral en chacun - changeant - et une morale commune enseignée – toujours bonne !

L’un et l’autre s’inscrivent dans un ensemble dédié au bonheur. Mais comment les accorder?

Mieux, même, comment ces choses de la matière – et dépourvues de bonheur -  peuvent ou pourraient  en apporter d’autres – immatérielles et en bonheur pourvues ?

Sans doute, aux temps d’Ancien Régime, « le politique »  ne s’était-il pas - ou pas directement - préoccupé du « bonheur ».

Pour l’Ancien Régime, conformément au christianisme, le « bonheur » était une affaire « morale », dont la suprême expression devait être gagnée par le mérite, et particulièrement grâce aux rétributions célestes.

Certes, Saint Louis fut sans doute notre dernier roi très chrétien.

Certes depuis Philippe le Bel, et surtout avec le « droit divin », et aux temps du  « gallicanisme », la monarchie a-t-elle tenté de se libérer du pouvoir pontifical.

N’empêche que la séparation des sources de la morale, chrétienne, d’une part, et du politique, d’autre part, se maintint jusqu’à la Révolution.

D’ailleurs, fidèle à la tradition évangélique qui était celle des « deux royaumes », l’Église s’était toujours appliquée à bien distinguer Dieu de César.

En réalité, l’Église et l’État étaient toujours restés distincts et séparés, mais ne s’ignoraient pas. Il n’y eut jamais fusion, ni confusion : L’Etat était maître de la politique et l’Eglise était maître de la morale.

Mais l’Homme devait remplacer Dieu, et les rétributions de la terre devaient remplacer la félicité céleste.

La nouveauté de la déclaration des « droits de l’homme et du citoyen » ne fut pas tant que l’homme ait des droits, que le fait qu’il se les proclame en son nom ![3]

Et Saint Just avait raison d’y voir, sinon une dimension nouvelle, du moins un agencement nouveau :

Ce furent plusieurs étapes d’un même mouvement :

La déclaration des « droits de l’homme et du citoyen » de 1789 instaurait ainsi « la morale » par une déclaration «  politique ».

Et la Révolution, continuant en réalité à faire du bonheur une affaire morale, s’appropriait la gestion du « moral » en la soumettant au « politique ».

Fait essentiel, le nouvel ordre, en même temps qu’il supprimait la hiérarchie entre citoyens, en imposait une autre, entre les fonctions.

La nouvelle hiérarchie proclama alors la soumission de l’Église à l’État, puis décida la disparition de l’Église pour l’État, puis inventa une nouvelle « institution soumise à l’Etat [4]».

La loi du 12 juillet 1790 sur la constitution civile du clergé aura été une étape de la construction. Le succès en fut médiocre, et la division consommée. Les « insoumis » devenaient « réfractaires », les autres « conventionnels ».

Plus tard, rejetant même le principe de la soumission, la « première séparation » de 1795 permettra d’ignorer simplement les avis de l’Eglise.

Napoléon finit par la rétablir. Ladite séparation fut renouvelée en 1905.

Ainsi, dès la Révolution, l’État devenait la suprême instance apte à définir les « fonctions morales collectives », et les voies du bonheur pour ses citoyens.

Il ne se priva pas de s’y essayer, au prix des violences que l’on sait.

Car, même si le culte est libre, il faut bien qu’une justice nationale adopte une morale commune.

L’Etat révolutionnaire fut donc mathématiquement conduit à gérer la morale, et se mit en recherche d’un catéchisme, modifiant d’année en année, dans les premiers temps, les dogmes et les devoirs « officiels »[5]

Et c’est pour mettre un terme à ces tergiversations qu’il connut bien  que Napoléon, outre l’instauration du « Concordat », s’employa à écrire le « code pénal » (Cf. passage en Egypte).

Le renversement révolutionnaire n’aura pas tant été de substituer une démocratie à une monarchie (ce qu’il n’a d’ailleurs pas essayé de faire au début) que d’avoir voulu subordonner un monde, celui qui soutenait la morale, à un autre, celui de la politique.

Par nécessité logique, pour combler le manque créé encore vif, en 1838 fut aménagé « l’aliénisme », dont naîtra la psychiatrie moderne : Le médecin du corps devenait aussi le médecin de l’âme (« psuchè-iatros » = « médecin de l’âme »).

Mais, de l’âme, on ne parlera plus guère[6]

On mesurera l’importance de la confiscation de la fonction religieuse – devenue dans ce nouvel aliénisme fonction administrative, partielle mais « dominante », à côté de la fonction médicale[7]. Et l’utilisation de cette dernière au profit de la première en renforcera d’autant le pouvoir.

L’aliénisme ne prenait ainsi rien moins que la place de l’Église auprès de l’État, mais celle d’une Église soumise, en France.

Ainsi s’explique pourquoi la « morale  de la psychiatrie » –  soumise à l’exécutif – ne peut être écrite qu’en négatif, et ne comporte aucuns idéaux propres.

Il y eut confusion, à défaut d’une possible fusion, et assujettissement, du « mental » à un « moral » régi seulement par la procédure préfectorale (« administration <=> moral => mental »), mais jamais défini sur le fond, pas même par les articles pénaux auxquels il échappait dans ce cas (« Art. 64 du Code pénal de 1810 => Art. 122-1 du nouveau code pénal »), sinon inspiré par les survivances morales, tacites et implicites, de sources proprement religieuses, plus ou moins longtemps influentes.

Ainsi, depuis 1838, la « psychiatrie médecine de soins » est assujettie à une « psychiatrie administrative » dogmatique dans sa forme, mais sans dogme dans son fond.

La chronologie des lois souligne une évolution globalement linéaire.

Ce qui est décrit ici ne prétend nullement résumer l’histoire: L’histoire est le fruit de multiples facteurs.

Mais, se conjuguant avec tous les autres, les aspects psychologiques ici présentés nous semblent aussi importants que les autres.

Qui plus est, pour ce qu’il en est d’actuel, comme toute question psychologique dès lors qu’elle est comprise, ils deviennent plus malléables – et remédiables - que nombre d’autres et dures contingences, purement matérielles.

La focalisation de toutes ces réflexions reste bien entendu notre essai d’explication de l’apparition de la psychiatrie, de ses quiproquos dès sa construction, de ses abus, et la recherche des moyens pour y remédier.

En réalité, on serait tenté de voir dans l’apparition de la Révolution française, certes d’apparence explosive et de survenue surprenante, l’aboutissement d’une longue et double évolution, dont les deux faces pourraient être dites « intérieure » et « extérieure» à notre pays.

Ces deux faces sont liées précisément au niveau de la « question du père ».

Cette évolution trouve ses origines lointaines à partir de l’adoption - initialement conflictuelle - du christianisme par l’empire romain. Le christianisme participa-t-il à sa chute ? Toujours est-il qu’il fut adopté et que lui même adopta la latinité.

Notre Moyen Age, fut le fruit de cette « alliance ».

Il fut un moment de lente et profonde évolution mentale, puis finalement dut répondre à quelque chose qui devint conflictuel de la rencontre de ces deux entités, qui de complémentaires devinrent  concurrentielles : L’apparition des « banques » en Italie, qui ouvre l’ère de la Renaissance, subsume les conflits de la morale et du pragmatisme.

Après plus d’un millénaire de christianisme, les langues et les cultures romanes étaient encore adolescentes.

Mais ni la toute-puissance, ni les idéaux résumés dans l’image autrefois sacrée du « pater familias » n’existaient plus pour elles : Le christianisme ne lui avait-il pas substitué un « pater omnipotens » céleste ?

De la sorte, « dans l’intérieur », en ce pays, les mouvements psychologiques d’un peuple frondeur (Etienne Marcel) frayaient déjà les voies vers la démocratie.

Et les mouvements populaires allaient progressivement substituer le concept horizontal de la fratrie à l’ancienne organisation pyramidale des cellules familiales.

Et c’est bien au christianisme que revient d’avoir répandu les représentations de la fraternité et les desseins de son universalisme dans une nation en laquelle peu à peu tous étaient devenus frères, frères en Jésus Christ.

On ne verra là aucun paradoxe, si l’on se souvient combien le christianisme était, dès son origine et dans le spirituel, révolutionnaire.

Mais le christianisme portait aussi les germes de son discrédit, et d’amères destructions, dès lors que le symbolisme de son message serait entendu comme un nouveau pouvoir temporel par « ceux qui ne savaient pas ».

Pourtant, c’est bien encore à un père, mais à un père céleste, que, selon Saint Luc (23,33-34), Jésus en croix devait s’adresser, parmi ses dernières paroles : « Père, pardonne -leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font ».

Tandis que précisément en raison de ce quiproquo répété mis en scène, « dans l’extérieur », dans le même temps, et avec le même rejet d’un trop « plénipotentiaire » paternalisme, papal cette fois, à partir de Philippe le Bel, et de plus en plus, le pouvoir en France allait s‘appliquer à rejeter les immiscions pontificales dans les affaires intérieures de l’État.

C’est dans cet esprit que François Ier signa en 1516  le premier «  concordat » grâce auquel il proposait les évêques à la nomination du pape et leur assurait les prébendes.

Calvin, quant à lui, rejette prêtres, évêques et Pape, messe et invocation des Saints. Durant toute sa vie, il n’eut de cesse de dédier son œuvre au roi, espérant  la voire mise en œuvre par les chemins politiques.

Ainsi encore naquirent aussi la théorie « du droit divin », par laquelle le roi tenait directement de Dieu son pouvoir, sans plus besoin d’un recours au pape, et le courant du dit « gallicanisme ».

Finalement, et paradoxalement en première apparence, mais en réalité en parfaite continuité avec l’esprit de rupture, c’est dans « l’impiété » que la révolution française allait recueillir ce lourd héritage religieux !

La recherche de la liberté par cette voie ne pouvait alors qu’aboutir au totalitarisme, comme en témoignèrent aussitôt la Terreur et la guerre de Vendée (« populicide » dixit Gracchus Babeuf[8]) :

Nous avons théorisé dans une note (Cf. Note 79 in « l’invention de la psychiatrie ») en quoi, dans cette dialectique, l’État fonctionnait comme une fonction maternelle et l’Église comme une fonction paternelle. (Cf. Aussi « le père est un « contre-pouvoir »  */page web 9).

Comme on le voit, dans toute les directions, et avec une grande cohérence même si elle était en partie inconsciente, la révolution de 1789 « institutionnalisait »,  et pour le long terme « la mort du père »[9]. Ressuscitera-t-il ?

Les conséquences en ont été considérables.

Falret, aliéniste au milieu du XIX ème siècle, occupera ainsi, selon notre analyse, une fonction de transition située à mi-chemin entre la traditionnelle « fonction paternelle » de l’Église, déjà dévolue à l’aliénisme, et le naufrage de la fonction programmé par l’État : Il louera, en l’aliénisme, une « administration dont l’essence est d'être paternelle ».

Nul ne s’aventurerait plus à s’exprimer ainsi aujourd’hui : Ni le père, ni l’essence ne justifieraient une administration.

Mais si, de la psychiatrie, le vocabulaire moral – incongru aux yeux de purs médecins - a été progressivement retiré par eux, la fonction morale, elle, continua d’occuper la place au prix d’en renouveler chaque fois un contenu    d’essence dogmatique, « religieuse-laïque », « paternelle », autoritaire - mais arbitraire car devenu sans références et sans nom (Cf. pour les noms : voir page : « Habeas Corpus et système psychiatrique français ») -  fonction morale nécessaire aux yeux de l’autorité exécutive pour asseoir un maintien de l’ordre effectivement sous son contrôle - et improviser ses décisions, urgentes et/ou traitant de cas non prévus par les codes – lorsque la justice ni le code pénal ne prévoient aucune faute : Procédure sans matière à procès, elle asservit alors la médecine qui, elle, ne peut que traiter une toute autre matière.

Au prix de bonnes volontés, décisions concertées, sur la base de connaissances, prestiges et compréhensions, le système aurait pu ne pas s’opposer toujours à quelques résultats. Mais, surtout, que de catastrophes, imputables au seul système, dont l’application à grande échelle, excluant toutes les approches personnalisées, amplifie encore les quiproquos du principe et les malentendus !

Le bonheur, une idée neuve ?

Du moins par des chemins nouveaux !

Mais que peut le politique, si le bonheur ni n’est dans l’objet ni ne se donne ?

Le prince malheureux du conte, en quête, pour remédier à son mal, suivant les conseils de son vizir avisé, de porter la « chemise d’un homme heureux », n’en trouva jamais une : Qui, en son royaume, était heureux, jamais ne possédait  de chemise !

 

 

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2.      La question de la morale

Résumé :

La « psych - iatrie », comme son nom le fait comprendre (« âme - médecine »), a identifié le domaine « moral » qui était une affaire religieuse au domaine « mental »  dont les pathologies relèvent purement de la médecine.

 

La question de la morale pourrait donc bien être au cœur d’une problématique française originale.

L’expliqueraient les héritages multiples de la France, sa longue évolution historique souvent inaugurante et révolutionnaire, et l’exprimeraient ses déclarations généreuses ambitieuses.

Moins fréquemment pourtant l’évoque-t-on sus la forme d’une sorte de « complexe psycho-administratif », assez propre à elle, plaçant en vis à vis des éléments qui nous sont tous chers, parmi lesquels :

o       La découverte de sa laïcité comme forme achevée de la tolérance et de l’acceptation de toutes les conformations spirituelles et même de toutes les rationalités, d’où ne ressortirait donc aucun système moral organisé, mais bien au contraire seulement des droits, garants des libertés,

o       en face de quoi les exigences de très hautes ambitions morales qui pourraient bien représenter en réalité un aboutissement devenu quintessence de ce qui fut longtemps notre credo chrétien. La plupart sont non écrites, car pressenties comme évidences culturelles sinon naturelles. Les plus radicales sont présentées dans le code pénal.

Mais comme celui-ci n’est pas organisé en système, il est ouvert aux changements par parties. Ainsi peut-on débattre jusqu’aux principes sociaux les plus vitaux de l’existence d’un peuple : Euthanasie, avortement, nature du couple amoureux, etc. On s’aperçoit alors facilement que s’y affrontent de plus en plus manifestement les forces de « l’Éros » et du « Thanatos » de l’économie libidinale individuelle, et qu’ici la dimension de l’intérêt commun est presque exclue des décisions, alors que toute la communauté en est affectée, l’union sexuelle étant dans toute société l’archétype de ses actes sociaux. Aucune société ne survit sans enfants[10].

Actuellement, pour la forme, l’exécutif s’exprime, en psychiatrie comme ailleurs, par les mesures d’urgences et de sécurité prises par son administration conformément aux procédures légales, et, pour le fond, l’exécutif défère habituellement à la justice, laquelle délibère en accord avec les droits et les codes, les sciences, dont la médicale, et jusqu’aux avis d’experts de l’émotion.

Un fonds de sentiments humains non écrits aussi y demeure aussi car, même si le droit nous est devenu nécessité, il n’est pas possible que quelque droit que ce soit suffise jamais à écrire tout ce qui fonde les sentiments : Aucune déontologie n’a jamais fait naître un sentiment de « charité ».

Mais sitôt qu’est invoquée la folie, la justice ne fait plus valoir que « l’irresponsabilité », ne transmettant alors, ni au fou ni à la société, aucun message d’aucune morale, ce qui est finalement contraire aux fonctions premières qui furent attribuées à la justice puis à la psychiatrie, la période post-révolutionnaire ayant été globalement celle du transfert des fonctions morales de l’une à l’autre, puis, de plus en plus, de cette façon, jusqu’à celle de leur évanescence.

Ainsi, la justice répond de moins en moins aux questions morales. Les éléments dignes de répondre à l’appellation de « moraux » y sont devenus des éléments épars seulement juxtaposés. Mais, fait essentiel, une « affaire psychiatrique » (retrait de la justice + ordonnance préfectorale + soins médicaux) est réputée « privée ».

Ainsi, on ne peut y parler de « psycho-jurisprudence ».

Le recours à la « procédure psychiatrique » apparaît de plus en plus fréquent et comme « obligé », bien que mal expliqué, peut-être assez souvent  au titre d’une fonction moralisante avec laquelle la médecine s’accommode mal[11].

Dans ces conditions, cette psychiatrie pourrait bien être de plus en plus sollicitée, par une société en mal de références, à se doter d’un « fonds moral », embarrassant pour elle. Mais ces sollicitations ne peuvent être que fort ambiguës, car, en effet, il n’y a aucune raison de demander de définir la morale ni aux médecins ni aux préfets.

Mais, si une quelconque instance « morale » séparée de la médecine était reconnue, elle pourrait avoir la fonction claire d’énoncer et de débattre d’un contenu, sans se référer toujours à la pathologie mentale.

Une telle fonction – par nature « sociabilisante » - pourrait être indépendante de toutes les autres institutions et son contenu débattu. Car, bien sûr, il ne suffit pas de préciser les rapports entre morale et politique. Encore faut-il préciser les contenus.

Les « morales » ne sont pas toutes équivalentes : On peut privilégier ou mépriser la richesse, la santé, les enfants, la sainteté etc. Toute société implique des choix solidaires.

La systématisation de grands principes choisis pourrait y apparaître, que le code pénal ne contient pas, répondant ainsi à une nécessité de cohérence.

Ses possibilités d’intervention pourraient être éducatives, informatives et de conseils, profitables à un nombre sans doute actuellement considérable, plus préventives que répressives.

Une telle instance permettrait qu’il ne soit plus nécessaire d’invoquer une pathologie pour aider, et, à l’inverse, re-centrerait par ailleurs l’activité des psychiatres uniquement sur les soins médicaux, respectant comme il se doit les demandes et les refus aux propositions de soins, et ceux-ci, reconnus véritablement de nature médicale, pourraient ainsi plus facilement passer de spécialité en spécialité. 

La distinction « moral/mental » peut paraître subtile à quiconque n’a jamais considéré de près aucun cas concret. Au contraire, il est probable que quiconque accueille et examine habituellement les patients adressés par la préfecture[12] ne puisse manquer d’en constater la pertinence.

Un cycle culturel complet aurait alors été parcouru et la reconnaissance d’un « médico-mental » d’un côté et d’un « socio-moral » de l’autre, rétablie.

La confusion du moral et du mental pourrait être dissipée.

On voit mal comment une société pourrait se passer de « morale », et une séparation claire des fonctions « libérerait » les médecins d’une tutelle inappropriée.

On comprendra ici que le principal problème des « internements préfectoraux », est en réalité la conséquence d’une confusion institutionnelle bien en amont de ceux-ci.

Mais comment reconstruire un fonds moral organisé ? Tout est ici discutable, et l’idée même d’avoir à obéir à un système moral officiel paraîtrait à certains aussi aliénante que l’énonciation d’un contenu auquel ils sont à leur insu souvent attachés, car cela peut s’appeler « religion ».

Pourtant, semblablement, bien que toutes les langues parlées soient différentes, arbitraires, inégales, on voit mal comment se passer d’au moins une qui soit partagée par les personnes réunies.

De plus, nos nouvelles dimensions européennes, plutôt que de tenter d’accorder ensemble des « psychiatries » incertaines et différentes, à partir de notions de « démence » fort hétéroclites, pourraient à la fois enrichir nos réflexions de ce qui est important et partagé, et permettre de profiter de l’occasion pour opérer convenablement de nouveaux clivages institutionnels plus cohérents d’une part entre le moral et le mental, et d’autre part entre le médical et le juridique.

Quoiqu’il en soit, en résumé, d’une part aucune théorie ni aucun remède de la médecine psychiatrique ne peut apporter une solution aux problèmes moraux de notre société[13], d’autre part toute société a besoin de principes moraux organisés et compatibles, au nom desquels seront votées les lois.

Comment choisir une morale partagée ? sans doute, plus l’individualisme progresse, plus cela devient difficile. Mais, à moins d’errer toujours, tel un « vaisseau fantôme », les références d’un « port d’attache » ont de tout temps été la condition des grands voyages.

Saint Just a tenté de réformer la morale en France. Mais le seul fait de l’avoir soumise au politique, au lieu d’en respecter le champ, en aura compromis le fruit[14].

Un vieux dicton – largement oublié - montre qu’auparavant en France, on ne confondait pas « moral » et « mental », lequel mettait en garde : « Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd la raison ». Par la distinction qu’il en fait, il pourrait trouver place dans tout bon manuel de psychiatrie.

 

 

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3.      Religion, laïcité, état.

Résumé :

Selon notre analyse, la psychanalyse associerait logiquement : « le meurtre du père », « le rejet de l’Eglise » (fonction paternelle), « l’envahissement de l’Etat » (fonction maternelle) et l’attente d’elle d’un « secours providentiel » .

 

La « laïcité française » est-elle, comme on le dit, indifférente aux religions, ou n’est-elle pas elle-même une idéologie véritablement « religieuse » - sinon adepte d’un dieu, paradoxalement adepte de son « refoulement » - ou une « pré-religion », ou une « post-religion »?

Certes les règles de la laïcité sont originales :

 

A propos de la séparation des enseignements à prétention laïque ou religieuse, on pourra lire l’intervention de Jacques Lacan : « Discours aux catholiques », prononcée les 9 et 10 Mars 1960 à Bruxelles, publiée aux éditions du Seuil, dans la collection Champ Freudien,[imprimé en France, dépôt légal : Janvier 2005, N° 79665 (82769)]

On y lit pp. 28-29 :

« Sans doute est-ce un progrès, reflété dans la tolérance, que la coexistence de deux enseignements qui se séparent, l'un d'être et l'autre de n'être pas confessionnel.

J'aurais d'autant plus de mauvaise grâce à le contester que nous- mêmes, en France, nous avons pris tout récemment semblable voie.

Il me semble pourtant que cette séparation aboutit à une sorte de mimétisme des pouvoirs qui s'y représentent, et qu'il en résulte ce que j'appellerai une curieuse neutralité, dont il me semble moins important de savoir au bénéfice de quel pouvoir elle joue que d'être sûr qu'en tout cas elle ne joue pas au détriment de tous ceux dont ces pouvoirs s'assurent.

Il s'est ainsi répandu une sorte de division étrange dans le champ de la vérité.

Je dirai quant à moi - et le moins que l'on puisse dire est que je ne professe aucune appartenance confessionnelle - qu'une épître de Saint Paul me paraît aussi importante à commenter en morale qu'une autre de Sénèque.

Mais je ne suis pas sûr que l'une et l'autre ne perdent l'essentiel de leur message à n'être pas commentées dans le même lieu.

Autrement dit, connoter un domaine d'être celui de la croyance, pour autant qu'il en soit ainsi, ne me paraît pas suffire à l'exclure de l'examen de ceux qui s'attachent au savoir.

D'ailleurs, pour ceux qui croient, c'est bien d'un savoir qu'il s'agit là.

Saint Paul s'arrête pour nous dire :

« Que dirais-je donc ? Que la Loi est péché ? Que non pas. Toutefois, je n'ai eu connaissance du péché que par la Loi. En effet, je n'aurais pas eu l'idée de la convoitise si la Loi ne m'avait dit : « Tu ne convoiteras pas ». Mais le péché, trouvant l'occasion, a produit en moi toutes sortes de convoitises grâce au précepte. Car sans la Loi, le péché est sans vie. Or moi, j'étais vivant jadis sans la Loi. Mais quand le précepte est venu, le péché a repris vie, alors que moi, j'ai trouvé la mort. Et pour moi, le précepte qui devait mener à la vie s'est trouvé mener à la mort, car le péché, trouvant l'occasion, m'a séduit grâce au précepte, et par lui m'a donné la mort. »

Il me semble qu'il n'est pas possible à quiconque, croyant ou incroyant, de ne pas se trouver sommé de répondre à ce qu'un tel texte comporte de message articulé sur un mécanisme qui est d'ailleurs parfaitement vivant … »

 

Sans chercher ici à classer la laïcité, évitant toute querelle de vocabulaire, c’est l’occasion de se remémorer certains travaux freudiens sur le religieux :

Dans « Totem et tabou », Freud établit les phases pré-religieuses que représentent le meurtre collectif du père, et le « repas totémique ».

Et il est interdit de prononcer le « mot tabou ».

Mais une chose refoulée n’en est toujours que plus incontrôlable, pour n’en être pas moins opérante.

Or que commémorent exactement, parmi nos rituels laïcs, les liesses du 14 juillet ?

Dans l’esprit populaire, la fête commémore la « prise de La Bastille », qui fut suivie du carnage que l’on sait, célébré par des chants entraînants et joyeux, davantage que la « fête de la Fédération » qui fonde théoriquement la commémoration. Il s’y associe très probablement aussi, dans une sorte de « souvenir-écran », le souvenir de la « mort de Louis XVI » qui n’eut lieu pourtant que le 21 janvier 1793.

Une telle fête évoque volontiers une cérémonie funèbre comme celle dont parle Freud.

Ici, la fête ne précède pas, mais suit, une longue période religieuse.

Mais n’en introduit-elle pas une nouvelle, au prix d’abjurations ou de conciliations ?

Il semble bien aussi que beaucoup de nos « gratifications» contemporaines devenues « de droit » correspondent assez précisément à d’anciennes récompenses promises dans l’au-delà – allocations du père - dont une réalisation limitée, descendue sur terre, serait comme une appropriation.

Un certain retour de religiosité se lit aussi dans la ritualisation des nouvelles « gratifications ».

Mais quel est le titre des récompenses s’il n’y a plus ni juge ni mérite ?

Enfin, plus surprenant peut-être, la laïcité peut s’associer à toute religion, et, se déclarant compatible avec toutes, théoriquement, ne s’opposerait en rien à des pratiques polythéistes ! .

Le propre de toute religion est de « dépasser l’individu ». Cela implique une « transcendance ».

L’abandon d’une religion pose, dans l’immédiateté, la question : Une « réalisation » peut-elle être à la hauteur de « l’idée » ?

Mais, sans dieu ni juge, la responsabilité se perd. On connaît l’extension du thème.

Quoiqu’il en soit, la signification de la liesse comporte peu de mystères, malgré le refoulement de la culpabilité collective.

Toutes ces références ont certainement forgé la « particularité française », plus tangible depuis 1789 qu’aux temps de la monarchie, même si elle en est – comme le souligne Tocqueville – le prolongement.

La révolution de 1789 devint « emblématique » de la France – de ses fiertés, comme aussi, pourrait-on dire, de ses démons.

Ni pour Tocqueville ni pour Alain Peyrefitte, il n’y eut de métamorphose, mais on feignit d’oublier le passé.

Il serait loisible de relire tout le livre d’Alain Peyrefitte « le mal français » ( Plon 1976) à la lumière de ces données simples de la psychanalyse.

Une autre caractéristique de la France est « sa langue » : Incontestablement, parmi toutes les langues romanes, issues du latin, la langue française est de loin celle qui a été le plus loin dans l’érosion phonologique des mots, au point que le « monosyllabisme » peut quelquefois nous paraître un peu court dans les phrases : Tout ce qui suivait l’accent tonique en latin a disparu du français. Pensons au mot trisyllabique latin « seculum », qui a donné en italien et en espagnol un mot dissyllabique, mais en français le mot presque monosyllabique « siècle » [15]!

Un « retour à la plénitude » est peut être ce qui explique pour nous un certain attrait pour les langues moins « détruites »[16].

Cette érosion opacifie beaucoup la transparence de la langue : Qui reconnaît dans le mot « carême », l’expression latine « quadragesimam diem » qui signifie « quarante jours » (*) ?

Et il n’est pas impossible que, dans le « « génie français », le refoulement des fantasmes que l’on vient de mentionner, d’un coté, et l’opacification de la langue d’un autre, répondent au même ensemble d’une évolution particulière et spécifique :

Laïcité, administration, psychiatrie administrative, déresponsabilisations, abus de psychotropes[17] , meurtre du roi avant l’abolition de la peine ( s’il voulait se venger ?), droits de l’homme – mais s’il est citoyen surtout  ….

Tout enfin y devient politique.

Et le politique confine aux querelles idéologiques à la mesure même de la perte du domaine religieux.

Toutes ces caractéristiques sont solidaires.

 

La psychanalyse associerait – selon notre analyse - le meurtre du père, le rejet de l’Église (fonction paternelle), l’envahissement de l’État (fonction maternelle) et son « secours providentiel » ( ?!).

Les meurtres « du roi », « du père » et « de l’Église » ne représentent pas tant la recherche de leur disparition, que d’en prendre la place.

Dans ces conditions, ce que chacun rechercherait n’est pas tant « l’abolition des privilèges », que « le privilège pour soi », ce qui revient aux « privilèges pour tous ».

Mais comment mettre en œuvre les fantasmes de tout un peuple[18] ?

Et - toujours dans la « fantasmatique » - à quoi peuvent bien mener, selon les schémas psychanalytiques, les diligences maternelles en l’absence de représentation du père, sinon à une « relation fusionnelle » (« fusion : État / citoyen »), voire à « l’inceste » (« inceste : État / citoyen[19] ») et leurs cortèges de transgressions, de culpabilités, voire de débilitations ?

Comment parvenir à la réalisation de tous ces imaginaires ?

Comme il n’est pas  possible de réaliser collectivement le fantasme qui occupe les esprits un par un, et qui ne peut se réaliser que de façon unitaire, il en résulte une rivalité[20] permanente entre les acteurs.

L’organisation hiérarchique étant impossible, une pluie de normes[21] tient lieu d’organisation.

En réalité, ce n’est pas la diversité qui est reconnue, mais toujours « l’exception » qui est constatée, et il y a tant de « normes » que plus rien n’est « normal » !

De plus en plus de situations deviennent alors soit « faute », soit « anomalie » et/ou « exception ».

Ainsi s’expliqueraient, parmi nos institutions, notre « paradoxale  laïcité » et les « quiproquos de la  psychiatrie » :

« Laïcité » et « psychiatrie »  seraient complémentaires, comme les deux extrémités d’un dipôle électrique : La « laïcité [22]» assurerait un comble de permissivité tandis que la « psychiatrie » en deviendrait la négation arbitraire.

On remarquera la simultanéité de leur naissance et de leur développement.

Enfin une compétition omniprésente pourrait procurer de prétendus « privilèges », présentés comme l’apothéose de l’épanouissement de « soi », afin d’accéder à la sélection tant rêvée.

Dernier paradoxe : Tant « d’exceptions » sont-elles bien démocratiques ?

La psychiatrie vient alors à point pour y répondre, en justifiant, par sa » législation d’exception », la « pratique de l’exception » devenue « légitime ».

 

 

 

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4.      Langage et culture.

Résumé :

… Et le vocabulaire peut être un leurre ou un voile!

 

Partout, on reste généralement impressionné par le poids que peut prendre le vocabulaire dans la présentation des systèmes et la décision de leur adoption[23].

Et beaucoup de mots de sens précis à l’origine et par leur construction sont utilisés avec une fantaisie déconcertante, dans des acceptions multiples qui dupent l’allocuté.

On n’en finirait pas de les énumérer : tels « laicité », démocratie », etc.

Ces mots abstraits pourraient pourtant conserver un sens précis avec une rigueur mathématique.

Le temps qu’on y est, pourquoi ne pas parler de « para-démocratie »,  « hyper ou hypo » ceci ou cela,  en ajoutant des préfixes grecs ou latins incohérents pour mieux voiler ce qui est dit ?

La psychiatrie nous a déjà mis à bonne école où l’on parle toujours « d’hypo-manie », de « mélan-cholie », alors que la bile noire n’a jamais existé ! etc. En psychiatrie, la théorie des quatre éléments est toujours sous jacente au vocabulaire, en dépit de la classification périodique des éléments de Dimitri Mendeleïev (1869) !

Les sens des mots de la physique, eux, sont régulièrement réactualisés en fonction des découvertes : « l’a-tome » n’est plus « in-divisible ».

En sciences sociales, le mot « homme » a un sens actuel qui n’a rien à voir avec « l’humus » qui lui a donné naissance. Actuellement, on se sert, pour le définir, des critères de fécondabilité naturelle.

Quoi qu’il en soit de tous ces contenus sémantiques, un autre sujet intéressant semble avoir été fort peu étudié : celui des causes de l’évolution des formes en soi des langues.

L’évolution de la forme est-elle liée à l’évolution des sens ?

L’évolution des formes a souvent une forme étrangement suivie, linéaire – et non chaotique – au fil des générations, et rappelle les continuités des évolutions des espèces, en réalité encore mal expliquées.

*         En France, » en linguistique », c’est toujours « la voix » du peuple qui est adoptée.

Dans le populaire, son génie peut y atteindre en beauté des sommets, particulièrement dans le lyrisme de la révolte, du soulèvement pathétique, de la révolution.

Et ce génie de longue tradition est tout entier dans l’émotion, une sorte d’empathie immédiate, l’invention rapide, les heureuse combinaisons d’assonances, la poésie – exceptionnellement dans le rationnel[24], contrairement à ce qu’on en croit.

Ce qui est étonnant, c’est que même l’académie, que l’on croirait conservatrice, a toujours entériné les évolutions populaires de la langue. Se cramponnant dans l’écrit aux rigueurs d’une orthographe savante, elle adopte toujours les mots et les sons de l’oral en  usage.

En réalité, donc,  il y a comme une « rigidité de façade », totalitaire mais toujours « évolutive et changeante ».

Ce « mi-figé  mi-ouvert » aboutit à une sorte de « claudication totalitaire » de la langue : Balayant chaque fois le passé, car ballottée au gré des temps, elle en devient boiteuse mais ne reconnaît que les règles qu’elle considère comme siennes[25] !

Paradoxe de plus, plus le parler que l’on entend  est populaire, plus il faudrait être instruit pour retrouver les sens et les mots d’origine derrière « l’érosion phonétique » – ou une volonté de  transgresser les usages !

Précisons, afin de dissiper toute interprétation aléatoire de ces lignes, que la beauté de la langue n’est nullement en question dans la présente analyse.

*         En revanche, « en politique » « la voix populaire » est seulement « alléguée » quand le peuple n’est pas aussi « citoyen » qu’on l’attendrait !

Et le « Monsieur » de déférence, du parler du simple à son « sire », transformé à l’époque révolutionnaire en « citoyen » - pour cause de trop grande déférence - est réapparu !

Pourquoi d’ailleurs, étant donné le triptyque « Liberté Égalité Fraternité », n’avoir pas songé tout simplement à appeler tout citoyen : « mon frère »  ?

Il est vrai que la coutume existait déjà chez les chrétiens !

– voire, avançant encore en modernité, inclure sous une unique titulature tout congénère, homme, dame ou demoiselle ? [qu’on nous pardonne cet humour conjecturé!].

*         Le « fonds moral », la question de la transparence - la clarté des traits à valeur discriminative de la langue – d’abord pour la réceptivité, puis pour la compréhension – c’est-à-dire finalement une certaine continuité dans la forme de la langue et dans l’esprit des locuteurs, sont fondamentaux dans l’aspect de la langue :

Pour qui prétend se vouer à la raison, la question du sens et de sa compréhension sont au centre de la question du langage : On y distingue « le code », l’outil, l’enveloppe, et « le message », le contenu, sa raison d’être, comme le justifiant.

Mais , en réalité, il peut arriver que le code importe plus que le message.

Le choix du code peut lui-même être message.

Enfin, l’origine première du langage et sa fonction d’échange peuvent donner lieu à d’infinies supputations, parmi lesquelles la question de « l’intentionnalité » et de la « volonté » de l’émetteur, mais aussi du récepteur, restent des plus énigmatiques[26].

L’ambivalence de chacun envers le résultat de « compréhension » est presque une constante, croissant avec l’importance de l’enjeu, manifestation à la fois de la curiosité, et à la fois d’une intuition que toute compréhension a ses limites, sinon qu’elle fera peur.

Comprendre pour l’un peut être aussi « s’approprier » l’autre et trouve là d’autres limites : Pour s’en protéger, on fait alors tout pour ne pas être compris – on invente toutes sortes de raccourcis, « l’argot », le « verlan »…

Peut-être cela s’explique-t-il par une réelle prégnance du jeu du « gendarme et du voleur », ou par un esprit « frondeur », de « rébellion », de « revendication », voire la simple affirmation d’un « esprit  hardi », dont certains tirent leur fierté.

Mais, dans le même temps, d’autres ou les mêmes, voudraient faire du français une grande langue claire : on la voudrait la plus belle du monde, la plus rationnelle.

Or chaque usage a ses exigences qu’il ne faut pas mélanger.  On ne peut pas tout faire avec un seul outil.

Un langage spécialisé sera forcément hermétique, alors qu’une langue de rassemblement, par exemple religieux, devra être comprise de tous les membres.

Or, fait essentiel, jusqu’au concile « Vatican II », le français n’a jamais été le véhicule d’aucune religion, puisque les langues romanes sont nées au moment et à l’endroit où s’installait le christianisme, dont la langue religieuse devint le latin. l’Eglise devint ainsi longtemps l’unique dépositaire du latin comme « langue parlée » alors que le peuple l’ignorait.

 Ce véritable « chassé-croisé », essentiel et déterminant pour l’avenir est rarement souligné comme tel[27].

Les langues romanes ont-elles été fondamentalement vouées à rester « profanes » ? La  langue française est-elle par nature porteuse de laïcité  – voire sacrée à l’endroit de notre laïcité  ?

Le phénomène est presque identique avec les sciences dites scientifiques : Descartes fut le premier à écrire un livre de philosophie sur les sciences en français en 1637 : le « Discours de la Méthode »[28].

Mais, en Angleterre, Newton publiera encore en latin les « Principia mathématica », et longtemps encore, dans toute l’Europe, les travaux scientifiques paraîtront en latin.

Puis la langue française deviendra la langue diplomatique internationale, (et celle des jeux olympiques retrouvés), tandis que la langue anglaise deviendra une grande langue de commerce et de communications internationales (souvent commerciales aussi : les « vents alizés » sont les « trade winds »).

 La langue anglaise comporte d’ailleurs 50% de mots latins, ne l’oublions pas – une grande proximité pour nous, par rapport à d’autres langues beaucoup plus asiatiques et à fort potentiel d’avenir.

La langue française semble avoir toujours été une langue « populaire », « critique »  sinon « rebelle » et « sans cesse évolutive ».

Il ne serait sans doute ni possible ni souhaitable de s’y opposer.

Mais ainsi, fait remarquable, si nos « principes républicains » font bien de la langue française notre langue nationale, notre référence est elle-même évolutive !

Ces apparents paradoxes, propres à se subsumer dans la dialectique, traduisent à coup sûr une « constante de l’esprit national » :

Si notre bien aimé dessinateur Goscini  l’a  si merveilleusement saisi, sans doute n’est-ce que pour mieux en faire ressortir les difficultés qu’il y a à vouloir : faire du petit village, une grande nation ; d’une communauté aussi variée, des citoyens pacifiés et égaux ; et –  enfin et  surtout : comment se passer des druides et de la « potion magique » ? …

Si les analyses de Peyrefitte font remonter « le mal français » à Sully et à Colbert, les points de vue de la linguistique prospectent beaucoup loin encore.

Fait marquant encore, commun aux langues romanes, combien de mots  s’y terminent en « - ment » (ou ses équivalents),  pour exprimer une forme  « mentale », par quoi se trouvent associés crûment :  « l’esprit » que l’on invoque, et le « men » du « men - songe » que l’on y soupçonne aussi.

Tous ces éléments « mentaux » façonnent une psychiatrie – longtemps hantée par les « simulateurs » - dont un risque serait de ne devenir qu’un « jeu de langue », au vu des kyrielles de symptômes linguistiques décrits - mais en réalité de valeur purement contextuelle - « schizophasie » « psittacisme », « mutismes » …  guide ou méprise,  là où il faut justement ne pas s’en tenir au « mot » ni au « sens ».

La famille, le soignant, voudraient «  comprendre », lorsque le « patient » défie le sens en se pliant aux règles : Lorsque jacques Lacan publia « Télévision », l’un d’eux me dit simplement  : « Toute vision est télé » …

Il énonçait là une importante et profonde vérité : Tant dans le sens concret que dans le sens abstrait, on ne peut rien voir sans un certain recul, ce qui reste vrai aussi bien pour regarder au microscope ou au télescope, que pour considérer une idée[29].

 

Ainsi peut-être …

Comme il en va des tabous, la prolixité d’une langue pourrait n’être qu’un voile.

Les meurtres « du père », des « principes » et du « prince » y seraient tus mais non pas oubliés : Ni les cultes rendus ni les querelles rivales n’en occulteraient le manque.

Ainsi peut-être … naquit le verbe.

Si les « fils de … » témoignent d’un père, il y eut un « avant », il y eut un « après ».

Ainsi peut être … naquit le temps..

 

*         Projetant sa vision dans une nature muette, Darwin croira découvrir « the struggle for life » et, d’une « évolution » dans laquelle il ne put retrouver la « création biblique » (« Torah »), il conclura que Dieu n’existe pas[30].

Mais ce monde n’est pas tout. D’autres présentations religieuses rapportent aussi d’autres scènes (Cf. ®)  :

*         Par la mort du fils, racheter le meurtre du père ? (La mort de Jésus rachète la « félix culpa » : véritable nature de la « faute originelle » ?)

*         Par la mort du fils, renaître semblable à son père ? (symbolique  « osirienne »)

*         Par la mort enfin, vivre auprès de celui qui était « dieu ». (« paradis »).

Sans doute, certains aspects des mondes pourraient-ils apparaître aussi nombreux que les consciences qui les conçoivent !

*         Et qui sait si la « thématique oedipienne » est aussi universelle – sinon pérenne – qu’on eut pu l’inférer depuis Freud ? Il est bien possible que les formes de certaines données, comme en ce qui va des « alliances démocratiques » aux « querelles en rivalités institutionnalisés », soient particulièrement accentuées dans les manifestions du génie européen, pour la raison  qu’elles seraient fortement rattachées aux « archétypes oedipiens » (Cf. « horde primitive ») particulièrement marqués dans les cultures européennes.

*         On retiendra aussi qu’une des proclamations les plus intangibles de l’islam est que Dieu « n’a été engendré ,  ni n’a engendré ». Il est possible que son prophète, d’être très tôt orphelin, en retirât une particulière sensibilité sur ce point.

 

 

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5.      Un nouveau système équivoque

Résumé :

 La « déclaration des doits de l’homme et du citoyen » réunit dans un texte unique une déclaration politique et une déclaration morale. L’application des droits en fut considérablement limitée.

 

On n’aurait aucun mal à retrouver dans la France  d’aujourd’hui la présence des mêmes éléments structuraux que dans l’Ancien Régime, faits de politique et de morale. Mais, décentrage, éclatements et mélanges en troublent la lecture et les rapports ont changé :

Le politique, désormais centré autour du « citoyen », est devenu de plus en plus puissant.

Le moral, désormais centré autour de « l’homme », est défini par lesdits « droits de l’homme ».

Lesdits « droits de l’homme » sont, bien sûr, assez proches des vertus chrétiennes dont ils dérivent, mais des différences restent notables :

Etant associés à citoyenneté, ils excluaient volontiers les non-citoyens. L’embryon reste sans défense.

Mais surtout un « corpus moral » limité aux dits « droits de l’homme » est excessivement réduit[31]. (Cf. « la « théorie des droits de l’homme » a du mal à jouer son rôle, non seulement au prix d’ambitions limitées, mais, « parce que » ses ambitions sont trop limitées ! » clic)

Comment la « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » a-t-elle pu rassembler l’un et l’autre en un seul énoncé ? Les nouvelles déclarations (1948, etc.) bien qu’en élargissant le champ, restent limitées à l’homme. Cf. Evolution des déclarations.

En réalité, la révolution de 1789 a délégué à la fonction politique le soin de faire appliquer la morale. Les droits de l’homme sont bel et bien énoncés, mais aucune instance indépendante et « spécifique au moral » n’a été prévue pour les protéger. Le clergé, dont la protection de la morale était justement la fonction principale, s’est vu être précisément évincé de la scène, au profit de « l’aliénisme », désormais soumis à l’exécutif.

La fonction morale, devenait ainsi ordonnée - sinon définie - par l’Etat, reposant largement sur sa conception de « l’ordre public ». La médecine en devenait, par « l’aliénisme », l’un des instruments.

Dans ces conditions, la justice, dont la fonction principale, bien au-delà du droit, a toujours été d’accorder les principes et les gens, se trouve grandement dépossédée.

Certes le passé est révolu. Mais il serait dommageable de l’oublier, et de croire qu’un avenir meilleur est aussi inéluctable que l’avance du temps. Force est de s’en préoccuper.

 

 

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6.      L’ état déclaré sans foi  (à développer)

Résumé :

L’alliance de l’Etat et du commerce serait inquiétante. Quelle que soit la valeur du commerce, il ne peut constituer un corpus de « foi ».

NB : « Foi » est ici employé en son sens traditionnel de « fidélité religieuse » ;

 

1.      Une fidélité peut-elle être autre que religieuse ? Le religieux (Cf. racines sexuelles du religieux) comme transcendance de l’attachement.

2.      Croire implique une altérité (« Autre ») : Toute croyance implique un « autre » que soi.

« L’Autre » peut être repérable d’un repère ayant forme d’un père[32], d’un dieu, d’un peuple, comme aussi d’une « chose », ou d’une idée.

Mais le repère n’est pas cet «  Autre », et tout repère ne serait pas propre à représenter toute conception de « l’Autre ».

L’allégorie biblique de «  l’adoration du veau d’or »,  qui provoqua le courroux de Moïse, se veut, de ce point de vue explicite[33].

3.      Vocabulaire de la croyance, de la louange … et de la libido ( Ces deux derniers mots ont même racine que : anglais : love  (amour) => believe  (croire) ; allemand :  liebe  (amour) => glauben  (croire) .

4.      « Dieu » était le seul à ne pas être « fou » ! (La « sagesse » était un « bien »  de Dieu  ¹  La « folie » , un « mal »  des hommes).

5.      « La Raison » nouvelle devient un nouveau « dieu » =>  Laïcité => « L’esprit sain », prendra la place de « l’esprit saint » :

 

Par exemple : L’hôpital psychiatrique de Bonneval (28800) qui est l’un des plus beaux hôpitaux psychiatriques de France, n’est autre que l’ancienne « abbaye Saint-Florentin » de Bonneval.

S’y déroula en particulier en 1950, entre Jacques Lacan et Henry Ey parmi d’autres,  les débats sur la question de la « psychogénèse ou organogénèse des maladies mentales » (actes publiés par Desclée de Brower) :

 

« … L’abbaye fut fondée durant l’Empire Carolingien … en l’an 857 par un chevalier nommé Foulques sous les auspices de Charles, roi de Provence, fils de l’empereur Lothaire, arrière petit-fils de Charlemagne

… fonder une abbaye … c’était aussi une œuvre pieuse car tous les jours les moines récitaient des prières pour les âmes des fondateurs … » 

«  … À la Révolution le monastère ne comptait plus que huit moines, il devient alors propriété de l’État le 27 avril 1791 … En 1828 c’est le Conseil Général qui prend possession de l’ancienne abbaye. Il y établit en 1845 « une colonie agricole pour enfants abandonnés » avant de laisser place en 1861 à « l’asile d’aliénés départemental d’Eure-et-Loir » … » 

« … qui deviendra « hôpital psychiatrique » en 1938 … »

« Le « Centre Hospitalier Henri Ey » vous accueille sur son site Internet :  http://www.ch-henriey.fr/# … »

 

 

6.      La mécanique comptable et rassurante de l’idéal « commercial » devient le dernier « garde fou » (prenant, de ce point de vue là, la place des traditionnels recours « à Dieu et à ses saints »).

7.      la question morale de » l’idéal commercial » serait : Quelle valeur pour une vie éphémère ? La bourse ? La vie ? (Cf. Assurances,  assurances-vie, « pretium doloris » etc. )

(Cf. clic  (annexe 1968)

 

 

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7.      Les nouvelles équations : Les droits et la raison en France (à développer)

Résumé :

Les équations gestionnaires « au nom du droit et de la raison » ne correspondent à aucun absolu. Elles sont le reflet de celui qui les façonne

 

1.      De la balance du tribunal d’Osiris (système « cœur/vérité ») à la balance de justice des droits (système « actions/droits ») : Du poids des mérites à l’égalité des droits.

 

2.      Le culte de la « raison » :

La racine indo-européenne « re - » :

 

Radical indo-européen

=> En latin

sens

=> dérivé étymologique en français

« re-« 

 « sens de répétition et/ou de renforcement »

=> « ratio »

 « calcul »

=> raison

=> « res, rei, rem »

« chose »

=> rien

Dans les langues latines et romanes : « sens de répétition et/ou de renforcement »

 

3.      Du « droit » à la  « raison » : Les fonctions extensives de « l’avocat » (droit) et du « psychiatre » (raison)

 

4.      Histoire du « » : écriture du « che » pour  « la chose » représentée. L’abstraction imaginaire de la « chose » :

 

 

Vocabulaire en arabe

Sens

Initiale du mot

« chay »

Son de l’initiale

Transcription phonétique du son « ch » au Moyen Age

En arabe

mot « chay » (inconnue de l’équation)

« chose »

lettre « chin »

(prononcer « chine »)

« ch »

(de « chine »)

 

Alphabet latin

 

Le  son « ch » s’écrit « » en espagnol

 

5.      Les équations en « x2 » et « x3 »  => « x1 » :

Des équations à la gestion des hommes :

Culturellement, on passe trop souvent des dimensions en x3 (volumes de la vie et de la biologie, poids, progression géométrique : 1, 8, 27, 64 …) – difficiles à conceptualiser ou sans intérêt commercial (on donnera la surface et non le volume d’un appartement) - aux dimensions en x2 (surfaces, images,  écrans, graphies, progression arithmétique : 1, 4, 9, 16 …).

On pourrait même tout repérer en  dimension linéaire (x1)  (1, 2, 3, 4 …) : L’exposant des dimensions n’importe plus lorsque le « juste » réside dans le signe « égal », quels que soient les contenus des membres de l’équation.

Car le « juste » découle « juridiquement » trop souvent des notions « d’égalité », voire « d’équivalence », au lieu de celles de besoins (inégaux), d’harmonie et de complémentarité (par exemple : rapports hommes/femmes, etc. et tous êtres parfaitement inégaux biologiquement).

La gestion mathématique, logicielle, par le « droit », parait plus simple, mais en réalité élude beaucoup de nécessités.

La gestion de désirs purs et parfois futiles (et de rivalités inter-individuelles ou organisationnelles) importerait alors autant celle des besoins. Cette question peut susciter plus que de l’amertume, car le droit peut alors renforcer le sentiment d’injustice[34], au lieu de la réduire, dans le même temps qu’il incline à alléger la justice qu’il conviendrait au contraire de déployer. On voit même supprimer le tribunal, au profit d’une mécanique administrative, lorsque l’affaire est réputée « aller de soi » : C’est ce qui s’appelle « faire un procès d’intention » !

Le temps échappe encore à toute considération.

 

 

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8.      Différences avec d’autres systèmes.

Résumé :

Notre « système mental officiel » est l’inverse d’une  « théocratie »

 

Mentionnons ici différentes approches des sources officielles de la morale :

La civilisation islamique conserva toujours la distinction entre les deux mondes sans jamais admettre l’autonomie des institutions politiques, qui devraient toujours être soumises au religieux, lui-même soumis à Dieu. Le système théocratique islamique est donc ici exactement l’inverse de notre système qui soumet en réalité le moral au politique.

Il est intéressant de comparer les institutions américaines aux institutions françaises : On sait que la nation américaine est « fille de la France », mais que le serment religieux fait généralement partie de l’investiture présidentielle.

Or il n’y a pas de religion officielle américaine, et qu’entend-on par serment ?

On ne pourrait comparer la place que tient le religieux aujourd’hui aux Etats Unis à celle qu’a pu tenir le christianisme en Europe aux temps anciens.

En somme, le problème fondamental que révèle notre société – sinon la partie d’un vaste monde mondialisé que la France a largement contribué à inspirer depuis la « philosophie des lumières » - apparaît, de plus en plus pouvoir être formulé ainsi :

« Connaissant d’une part la versatilité de chacun et des foules, et sachant d’autre part avec quelle fréquence les intérêts particuliers divergent entre eux et des intérêts communs, comment fonder une morale commune sur la base que « l’homme », en toute abstraction et sans aucune définition préalable[35], en soit reconnu valeur suprême? ».

Plus « l’homme » aspire à devenir mondialisé, plus pourrait bien se manifester la problématique de cette formulation.

L’approche d’elle-même faite par notre société a donc deux caractéristiques, dont l’organisation de nos institutions découle. Ces caractéristiques, énoncées un peu à la manière de postulats, méritent pourtant d’être interrogées  : 

o       Le moral y est soumis au politique.

o       La morale y est « anthropo-centrée[36] ».

(Si la morale dominait le politique, on pourrait parler « d’anthropo-cratie », mais ce n’est pas le cas, et le politique, lui, est plus centré sur la gestion globale de la cité que sur ses habitants, d’où, bien sûr, ses limites)

Mais rien ne permet d’affirmer au demeurant qu’une approche morale « anthropo-centrée » - voire « égo-centrée » - du monde, que l’on pourrait dire alors fondée sur une sorte de vision « anti-copernicienne » du monde[37], soit « la plus juste », quelque soit le sens donné au mot « juste ».

 

 

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9.      Mettre en question les paramètres.

Résumé :

Les paramètres de la gestion du monde sont  inadaptés aux priorités de la vie

 

En adoptant le point de vue d’une morale « centrée sur l’homme », la médecine, devrait pour le moins y être entendue, dans son énonciation des besoins élémentaires, qui sont de même nature pour tous le hommes, et en ses principes humanitaires, qui en sont la répartition.

Dans ce domaine, une hiérarchie des besoins pourrait énumérer les urgences : Le besoin de respirer un air propre, le besoin de boire à sa soif et de manger à sa faim, le besoin d’être au chaud etc.

Or, quelles sont en réalité les priorités retenues et quels sont les moyens mis en œuvre pour elles ? Les paramètres d’appréciation retenus - souvent comptés en monnaie pure – sont-ils vraiment appropriés, quand le premier cité des besoins, et le plus urgent, n’est pas monnayable – ou va à l’encontre du monnayable [38] ?

D’ailleurs la question de la « ploutocratie » n’a même pas été abordée ici. L’important est justement de pouvoir l’aborder à partir des points de vue différents mis en place.

Principe de stabilité dans un monde en évolution, le contenu de la morale est sans doute souvent à réécrire.

Mais, avant même le contenu, faut-il aussi choisir la place et les dimensions de son champ, en qualité comme en quantité : individu, famille, ethnie, nation, monde, inconnus, droit, justice, économie, rôle de la médecine dans ses fondements…

Dans tous les cas, l’indépendance des instances en charge de ces travaux est une condition de leur efficience.

Il y a des choses qui ne sont pas miscibles.

Et une certitude : la relation soignante ne peut être que libre.

 

 

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10. Les dimensions réelles.

Résumé :

Dans la gestion sociale, le politique gère le contingent. Le moral est transcendant. Et la nature de la médecine est différente de l’un et de l’autre : Il importe donc que la relation thérapeutique du mental – duelle entre le patient d’un côté et son soignant de l’autre - soit libre et indépendante de toute sujétion extérieure à elle.

 

D’une certaine façon, dans la démarche « politique » (=> « polis » la cité grecque pré-chrétienne), c’est un peu l’intérêt personnel et immédiat qui est recherché. Mais en votant parmi les siens, le « politès » ( = citoyen de la « polis ») ni ne prétendait au prosélytisme ni ne visait l'impérissable ou l’universel.

S’il était que chacun, non seulement se soit fait soi-même, mais aussi se soit auto-suffisant à lui-même, le politique seul y pourvoirait.

            « Le moral », au contraire, c’est un peu l’intérêt de l’autre, dans l’espace et dans le temps (« mœurs », hommage aux « parents » (dans le sens étendu de ce mot, dans la synchronie comme dans la diachronie), culte des morts, etc.). Même lorsque l’intérêt personnel est moteur, il peut être longtemps différé.

Selon une telle analyse, il conviendrait alors pour nous de restructurer, à côté de l’instance politique, une instance morale.

Certes, plus ou moins désorganisée la catégorie existe déjà. Mais pour la cohérence de ses éléments épars, la mise en évidence d’une architecture d’ensemble est indispensable.

Si, du politique comme du moral, l’unité fonctionnelle de base est « l’individu », ni sa perception ni sa fonction ne sont les mêmes dans les deux cas (voir note).

A la lumière de ces différences le politique et le moral opéreraient sur deux axes différents, le politique pour assurer une gestion synchronique, et le moral pour concevoir les principes de continuité diachronique sans lesquels aucune société ne pourrait envisager son avenir[39].

Une certaine culture religieuse qui fut longtemps la notre, voyait l’ordre de Dieu dans « un avant » de la création et dans « un après » céleste.

Puis « La Science », de Darwin au « Bing Bang » et aux « trous noirs », par exemple, reprit à nouveau, sous une autre forme, la dimension tantôt de la continuité, tantôt d’un ensemble plus vaste que la « polis ».

En regard de quoi une vision seulement politique du monde – sans doute souvent celle des moments révolutionnaires  - ressemblerait à une « coupe » instantanée. La même vision préside au pragmatisme napoléonien lorsqu’il envisage le politique comme une partie d’échec dont l’issue ne dépend que de la position des pions à un instant donné : la culpabilité existentielle du duc d’Enghien réside dans ce qu’il lui serait possible de faire …

On connaît bien des limites aux « coupes instantanées », en médecine par exemple : Si un expert administratif s’avisait d’estimer la pertinence des hospitalisations à partir d’une « coupe », en un instant donné, de la répartition des symptômes présentés par les patients dans chaque service hospitalier, il passerait à côté de tous les incidents, passés, à venir, ou à éluder qui, aux yeux du médecin, les justifient pleinement.

Le dogmatisme et les préjugés, on le sait, sont une des plus grandes entraves au progrès des connaissances – en médecine comme ailleurs. Mais la situation n’est pas la même pour « la médecine dite somatique » que pour « la médecine dite psychiatrique » ou « d’exception psychiatrique » :

*         Les dogmes qui ont influencé – plus qu’on ne le croit – « la médecine dite somatique », peuvent être énoncés, ou pourront l’être plus tard. Ainsi « saisissables », leur énonciation a pu, peut ou pourra les faire évoluer – même si c’est parfois difficile.

            Simple exemple : On développe actuellement nos connaissances dans le domaine des « huiles essentielles », promises à un bel avenir dans la « pharmacopée ». Or ces huiles sont souvent plus efficaces en « onctions cutanées » que par « voie orale ». Cela – et bien d’autres choses encore (« phéromones » etc.) -  attire l’attention sur les/et souligne l’importance des/ échanges permanents et vitaux des « individus » entre eux – et pas seulement dans le domaine de la « contagion pathogène » - et avec leur environnement direct, animal, végétal et minéral – importance d’autant plus grande qu’il y a plus grande proximité physique.

Alors, dans le domaine formulé comme étant celui de la « citoyenneté », cela souligne l’impertinence de « l’individualisme », et des « limites corporelles » décrétées – [« corpus » désigne d’ailleurs en latin plutôt le « corps inerte », car fonctionne en opposition avec « anima », et le sens de « cadavre » est le seul retenu par le mot « corpse » en anglais] - et relativise la croyance que l’on pourrait abolir les distances réelles, et les échanges de proximité, au profit d’une mondialisation commerciale ou de diverses théorisations à la mode.

Quant au domaine formulé comme étant celui des « droits de l’homme », il est clair que les progrès de nos connaissances en « génétique » – et de bien d’autres encore – rendront de plus en plus difficile une définition de « l’homme ».

*         Mais le dogmatisme que nous dénonçons « en psychiatrie » est bien différent : c’est un « dogmatisme de forme », de « contenant sans contenu », découlant d’une structure initiale hybride et asymétrique : Le protocole soumet d’emblée la « relation médicale » à un « domaine administratif arbitraire » – au nom de « l’urgence, de l’ordre, de la dangerosité, etc. et même des soins » : Ainsi il sera imposé une contrainte qui devra durer 24 heures, 15 jours, une vie, etc. : « L’inadéquation » n’est pas en rapport avec ces durées fantaisistes, quelles qu’elles soient, mais réside dans le mode d’appréhension de la chose. D’où l’immense embarras même dans le vocabulaire employé – fut-il « grécisant ». 

 

En résumé, le bon fonctionnement des institutions, complémentaires, définies, cohérentes et toutes indispensables, nécessite leur indépendance et la confiance en l’autre responsable.

Tant que le vocabulaire aura un sens, le politique ne sera jamais le moral. Mais la considération des transcendances s’évanouit par la dépossession abstraite de l’être, au profit des « représentations administratives de la personne ».

L’histoire européenne vient de loin, sans doute :  des romains, entre autres…

En schématisant, on pourrait dire qu’une longue évolution a progressivement amplifié « les fonctions de l’avocat, puis du psychiatre », qui, l’un et l’autre, parlent « au nom de l’être représenté ».

Chacune de ces deux fonctions peut alors prendre plusieurs visages, selon l’utilisation qui en est faite, c’est évident.

Or la fonction de « l’avocat » a pour objet la « représentation administrative» de la « personne », alors que la fonction du « médecin » a pour objet la « personne physique » - et la représentation de ses décisions lorsqu’elle est dans l’impossibilité de décider.

Mais quel pourrait être le domaine du « pouvoir professionnel » de la « fonction psychiatrique » si cette fonction ne se range ni du coté de la « représentation administrative » ni du cote de « l’opération physique » ?

Pour éviter tout choix, on a alors donné à cette fonction un « statut composite » absurde, qui n’a de place nulle part sinon en des « situations dites d’exceptions », ce qui permet de ne pas les définir, ni d’en définir un « ordinaire ».

Partout, en France, pour éviter les abus de pouvoir, on a doté chaque profession d’un « code de déontologie ». [Il reste qu’une « déontologie professionnelle » - donc partielle dans le « corpus social » - doit tirer ses préceptes d’un ensemble plus vaste, qui rend la société cohérente].

Mais en ce qui concerne la psychiatrie, on ne trouve partout que des « exceptions » et des « dérogations » aux « codes de déontologies ordinaires ».

Dans le domaine de la « représentation administrative de la personne », l’expression de l’avocat et du psychiatre partent de leur connaissance « d’une conscience privée », en la rendant, selon les cas, plus ou moins « publique ».

La sorte de pondération responsable « à l’endroit de l’autre » dont ils sont pressentis,  ou investis, parfois « d’office »,  est quelquefois assez conjointe[40], par exemple en vue solliciter, pour un avocat, ou de conseiller, pour un psychiatre « en position d’expert[41] », une déclaration d’irresponsabilité ou de diminution de responsabilité.

Mais, pas plus que l’avocat, le psychiatre n’a en définitive - et c’est là l’important - le pouvoir de décision  - soit en accord avec le patient, soit seul lorsque celui-ci est hors d’état de décider – et cette absence de liberté d’investissement brise radicalement la relation soignante.

Ainsi, comme on se rend compte qu’une gestion de la personne ne peut - ou ne doit - être seulement administrative, et que l’administration y rencontre ses limites, le psychiatre est-il de plus en plus sollicité. Mais il ne pourra que l’être de plus en plus en vain et sans profit, si on continue de le priver de son engagement responsable, et des conditions de travail qui lui sont requises.

Ainsi, dans notre société, la prévalence administrative est-elle devenue écrasante :

*         Si la personne n’a plus sa raison, « la psychiatrie » s’en occupera : la justice attribuera à la personne un « tuteur » pour la remplacer.

*         Si la personne a sa raison, sa fonction ne devient plus qu’une « affaire de droit » : Les avocats le feront valoir.

Une réflexion s’impose :

*         « Un internement » (par l’action du préfet), comme la « désignation d’un tuteur » (par l’action judiciaire) – sans les soins du médecin -  n’ont en eux-mêmes aucune vertu thérapeutique.

*         Et « le droit, ou les droits » – sans la pondération du juge - peuvent être extraordinairement injustes.

Il semble bien que la vie, pour être « viable », devrait rester « ancrée » au réalisme d’une dite « nature », particulièrement au sens de « natura », issue de l’idée d’engendrement[42] : Cette nature inclut la dimension du vivant, et même ses mystères.

Or cette dimension du vivant - par son extension même et l’imprévisible de tout devenir - ne peut qu’échapper à une administration nécessairement limitée, quand bien même ce serait – fait étrange - pour le servir qu’elle aurait vu le jour.

Tant que l’être existera il ne sera sans doute jamais réductible à des représentations, en particulier sous les seules formes des personnes du « droit » et de la « raison ».

Mais du fait d’attitudes idéologiques qui ont mené aux valorisations écrasantes de registres dits du droit et de la raison, les travaux dans tous les autres, même aussi éminents et fondés que ceux de la médecine, n’ont de « droit » qu’en ce que leur accorde le droit …

 

Le 7 Août 2009. (première « mise en ligne » de la page)

 

______________

 

 



[1] Alexis de Tocqueville

Ce livre est un absolu modèle d’explication pour comprendre non seulement l’explosion et la violence soudaine de la Révolution de 1789, mais aussi « l’originalité française », ses apparents paradoxes, son obsession ancestrale de « l’égalité », mais aussi son incapacité fondamentale et réitérée à « placer la tête de la Liberté sur un corps servile » ( Livre III Ch. VIII).

Presque à chaque page, il illumine opportunément le forgeage que nous découvrons ici de la face administrative de notre psychiatrie française, en livrant les éléments d’un assemblage toujours théorique et abstrait - à défaut de pouvoir s’exercer dans un champ pratique – de nos concepts et de notre tempérament.

(On y apercevrait volontiers déjà les rencontres culturelles germaniques, latines et chrétiennes que nous décrivons infra).

La perspicacité de ses analyses et son style même anticipent ceux d’Alain Peyrefitte.

Comme lui, il fait remonter bien loin la naissance d’une administration depuis longtemps totalitaire :

« ... Longtemps auparavant, Louis XIV avait enseigné publiquement dans ses édits cette théorie que toutes les terres du royaume avaient été concédées sous condition par l’État, qui devenait le seul propriétaire véritable  ...  Cette doctrine avait pris sa source dans la législation féodale  ...  C’est l’idée mère du socialisme moderne. Il est curieux de lui voir prendre d’abord racine dans le despotisme royal. » (Livre III – Ch. VI) 

(En dehors de la France, on pourrait même évoquer la « Politéia » de Platon, qui décrit là la forme la plus accomplie, à la fois monarchique, despotique et socialiste de tous les socialismes modernes)

(Puis : Livre III Ch. VII : « Comment une grande révolution administrative avait précédé la révolution politique, et des conséquences que cela eut ».

Cela montre aussi combien des recherches parties de points de départ parfaitement différents découvrent des processus constants et durables, car procédant des mêmes causes.

 

[2] Le bonheur

Et, qu’est-ce que le vieux « signifiant » du bonheur pourrait, par la magie d’une présentation nouvelle, contenir comme idée nouvelle ?

Désormais un ordre politique, appréhendé comme « culturel » et pouvant être imposé, devrait remplacer un ordre ancien, pressenti comme « naturel » et « non subjugable ».

Ainsi la lettre pourrait tout simplement être prise à la lettre, dans un mécanisme que l’on pourrait dire de « dé-symbolisation ».

Dans le même sillage, c’est le même mécanisme qui donnera crédit, en psychiatrie, à l’assertion : « le bonheur est délivrable en comprimés ».

« A contrario », dans le même domaine, une expérience relevant de la symbolisation, c’est-à–dire du mécanisme inverse, confirme le retournement « vertigineux » de la mise en scène : Dans une « extase mystique », comme peut la procurer la « communion eucharistique », le « transport » survient par la seule opération du symbole : On sait l’hostie chimiquement neutre. L’extase ne vient pas de l’hostie, mais de la disposition du communiant.

 

[3] Décret

Après tout, les décrets divins n’étaient-ils pas aussi actes de « politique céleste » ? Ainsi, ce qui  était « politique dans l’au-delà » était devenu « morale ici-bas ». La différence ne vient pourtant pas du « lieu », mais de la dimension « transcendantale » de ce qu’il représente.

 

[4] PO => HO

A Paris les « Hospitalisations sous contrainte d’office » sont décidées à « l’IPPP », ou « Infirmerie Psychiatrique près la Préfecture de Police ». Elle a succédé à l’ancienne « Infirmerie du dépôt ».

Où l’on voit la distinction entre « service d’État » et « service public » :

Les médecins sont salariés mais non fonctionnaires. Ils n’ont pas de fonction thérapeutique, mais une fonction « d’experts » auprès de la préfecture, laquelle emporte les décisions.

 

[5] Note sur « l’égalité » :

Finalement, on pourrait sans doute retenir que notre morale républicaine présente la triade « liberté égalité fraternité » comme un programme de base, retenu comme étant le plus propre à procurer le bonheur à chacun. Voire !

Normalement, chaque élément de la triade mériterait un complément : « libre, mais de faire quoi ? », « égal, mais à quoi ? », « enfants, mais de qui ? ».

Mais la véritable originalité du programme révolutionnaire, dans cette triade, tient surtout à l’apport du mot « égalité » :

En effet, « des libertés » sont depuis toujours recherchées. « La fraternité » entre tous les « enfants de Dieu » – de toutes les générations - était un précepte de l’Église.

Mais nul n’était égal à l’autre ni à rien, - sinon comme aimé d’un Dieu qui en restait seul juge.

Il a été absolument nouveau de rechercher « l’égalité » - sans doute « [des gens entre eux] ». Mais même cette précision est insuffisante, car il reste à savoir « en quoi ».

En réalité, il semble bien que ce mot « égalité » - remarquablement vague sous les apparences d’une précision mathématique qu’il n’a pas, car parfaitement indéterminé – vienne en lieu et place de ce que l’on attendrait plutôt comme désignant une « identité de nature » entre les hommes, ou mieux encore, comme « partie d’un même corps ».

Il n’est pas fortuit non plus, pour nous, de pouvoir évoquer alors ici les attributs mêmes que les théologiens attribuaient aux trois personnes de la sainte trinité, « consubstantielles » d’un monothéisme radical, personnes « homo-ousios » « en grec = de même nature ».

Et nul être du peuple ne se serait sans doute étonné, hommes et Dieu étant alors, à ce moment devenus si proches – sinon si consubstantiels - si l’homme révolutionnaire avait parlé « d’identité de nature », voire « de consubstantialité » de tous les hommes de la grande famille humaine !

Dès lors, plus nul besoin de langage mathématique pour s’émouvoir à la cause.

Mais l’homme révolutionnaire n’en a pas voulu !

Et pas le moindre signifiant « de l’Unité » ni même de « solidarité » ne figure sur le fronton de nos mairies.

Chaque mot y est riche en promesses individualistes

Remarquons d’ailleurs que, dans le langage courant, le mot « solidarité » peut facilement être un piège : Il évoque, sans doute, pour la plupart d’entre nous, d’abord un acte d’empathie envers l’autre.

Mais la réalité est que nous sommes inéluctablement – et sans doute de plus en plus – tous solidaires les uns des autres, dans le pire comme dans le meilleur. Les endettements économiques de nos voisins retentiront aussi sur la valeur de notre monnaie, etc.

Au XVIII ème siècle encore, si l’on veut chercher quelque chose qui se rapproche « philosophiquement » de l’idée de générosité entre les gens, c’est seulement dans le christianisme qu’on le trouve, mais ni dans une nature sauvage ni, bien sûr, dans la « ploutocratie » montante : Elle est absente du projet de « contrat social » de J.J.Rousseau : « ... ils deviennent tous égaux par convention et de droit,

Mais les questions de l’amour de Dieu, de l’amour du prochain sont affectives, qualitatives et non mesurables.

(cf. : « Ce que tu fais au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que tu le fais »)

Or, si, d’expérience, il semble bien en effet que les voies du bonheur – sur terre ou ailleurs – soient largement en relation avec les thèmes de « partage, d’entraide, de fraternité, etc. », il est moins évident que « l’égalité » ne soit en quoi que ce soit un facteur de bonheur, sinon pour apaiser l’envie à l’endroit de l’autre.

A l’inverse, une proclamation de devoir ou de besoin « d’égalité » est propre à attiser de nouvelles tensions lorsque deux données ne sont pas égales, ce qui est pratiquement la règle dans la nature.

Transposer le sujet dans l’abstrait, comme parler de « l’égalité des droits », ne tourne en rien la difficulté, dès lors que c’est bel est et bien « l’égalité » qui fait problème, toujours abstraite et aveugle si elle n’est pas corrigée par un contexte, et qu’une égalité peut être parfaitement injuste.

Enfin, et peut être surtout, « le partage, la cohésion, la fraternité » ne peuvent nullement s’établir « spontanément » entre deux êtres égaux : « L’égalité » n’est pas une « solidarité ».

La solidarité nécessiterait au contraire l’idéalisation « d’idéaux communs », représentés par un indispensable troisième terme, personnage ou modèle.

L’égalité des fonctions au contraire s’opposerait à toute spécialisation, à toute différenciation, voire à toute référence. A l’inverse, deux êtres parfaitement inégaux peuvent partager un même bonheur que deux rivaux égaux ne pourront pas goûter.

Seul un idéal commun peut apporter bonheur et solidarité entre les hommes.

Les inégalités n’y tiennent pas un rôle central :

Les mouvements de décolonisations encore récents, même initiés sous forme de demandes d’égalité, n’ont toujours trouvé d’apaisement qu’avec les reconnaissances identitaires.

Les mouvements intégristes actuels du Moyen Orient sont nés non pas en raison d’inégalités, mais en raison des promesses d’émancipation non tenues par les « puissances », après 1918, etc.

Et même si dans les démocraties de la Grèce ancienne les fonctions civiques étaient occupées par des citoyens ayant des fonctions interchangeables, tous les grecs n’étaient pas citoyens. De plus ce qui était fonctionnel pour une petite cité ne l’est plus pour un grand pays, qui a besoin de hiérarchies et différenciations d’autant plus organisées que les citoyens sont nombreux.

Quand à la question si importante des droits de l’homme, elle exige bien plus, pour chacun, la satisfaction de tous ses besoins, qu’elle ne songerait à définir des besoins égaux pour tous.

Ainsi une « solidarité positive » viendrait davantage de la perception d’un grand ensemble dont les membres sont complémentaires, que d’unités individuelles égales « par convention et de droit » (J.J.Rousseau).

On a déjà signalé, en d’autres pages, l’apparition, avec le christianisme, d’un individualisme très particulier, à la fois mu par l’attente d’une rédemption individuelle, et assujetti à l’oblativité.

S’interrogeant sur « nature et culture », à la recherche des fondements de « l’idée de justice », Pascal et Montesquieu, en particulier, s’étaient déjà penchés sur l’idée d’égalité dans la nature : celle des rayons, le parallélisme des droites, la notion de « justesse » plutôt que celle de « justice » ...

Ces impressions « physiques » immédiates inférées de la nature ne s’y vérifient pourtant que fort approximativement : Deux murs d’une maison ne sont plus parallèles, mais convergents, dès lors que l’on considère que chacun se dirige vers le centre de la terre, etc.

S’ajoute à cela qu’un « équilibre » ne se contente pas de l’égalité des poids.

Et la balance du tribunal d’Osiris ne comparait pas les poids des âmes, mais le contenu des cœurs aux paroles de la Vérité.

En réalité la notion de justice prend en compte de multiples facteurs : Certains sont matériels et d’autres proviennent de l’intelligence et même de l’affectivité.

Ainsi, rechercher une justice antérieure à l’apparition de l’homme inviterait aussi à rechercher ces attributs hors de l’homme, ce qui pourrait éveiller à de nouvelles réflexions sur ce qui n’est pas l’homme.

 

[6] Religion désapprise

Et la religion chrétienne, en France, sera peu à peu « dés-apprise ».

La France inaugurait ainsi une ère nouvelle, en fait pour beaucoup de politiques européennes, de « politique religieuse » fréquemment délibérément « sourde ».

Mais les religions demeureront, pour l’histoire des peuples – à côté des « ethnies », mais précisément tantôt liées à elles, et tantôt indépendantes d’elles (ce qui en différencie radicalement les structures) - un paramètre essentiel.

Encore faudrait-il ne pas confondre « contenant » ( langues et codes) et « contenu » (message) :

Combien de chrétiens non arabophones reconnaissent-ils dans l’expression « Allah Akbar » (= « Dieu est grand ») un message parfaitement chrétien ?

On trouvera d’ailleurs probablement sur inter-net l’histoire très riche de la construction du mot « Allah » (Cf. « ila » (=divinité) Cf. dans « Bab-el » et « Bab–ylone »), par lequel les chrétiens arabophones ont toujours désigné leur dieu.

Le mot français « Dieu », lui, est le devenir en français du mot grec « Zeus » : Désigne-t-il encore de quelque façon ce « Dieu de l’Olympe » ? Voilà une question intéressante qui n’est jamais posée !

Et dans la « shahada » (= témoignage) « mahométane » (= de Mahomet = Mohammed), (expression beaucoup plus juste ici que « musulmane », puisque pour le Coran, déjà « Abraham » était « musulman » (de « mou-slim » = « soumis ») – qui comprend 2 parties - la première partie « Il n’y a d’autre dieu que Dieu » - est parfaitement chrétienne ; seule la seconde partie – « Mohammed est un prophète de Dieu » - est spécifiquement mahométane, le prophète « Mohammed » n’étant d’ailleurs pas né aux temps de la naissance du christianisme : Une idée de l’islam était celle d’un retour à « une religion ancienne » qui aurait été, au fil du temps, pervertie.

Encore une remarque souvent oubliée : Les religions vivent, évoluent, s’influencent, s’interpénètrent - à l’aune de leur valeur, au sein de contingences elles aussi changeantes.

Ce n’oblige pas – bien au contraire – à tout confondre, tout mélanger et ignorer l’histoire des textes et contextes.

Et, sans être en réalité toujours immuables, nourrissant souvent un foisonnement de créativités dans un monde empli de paradoxes et contradictions, elles pourraient quelquefois être moins dogmatiques ou intolérantes que « les dogmatiques de leur ineptie ».

Une des particularités de la langue arabe est par ailleurs que l’essentiel de sa sémantique fonctionne en dehors de nos catégories temporelles.

 

[7] « Médicus « pontifex » : du « domaine religieux » au « domaine administratif étatique ».

D’autres exemples de passage du « domaine religieux » au « domaine administratif étatique » sont nombreux, souvent via les soins de la « signature médicale ».

On citera à l’évidence les « registres des actes de naissance » ( <= ex fonction des actes de « baptêmes » ), de « mariage » et de « décès ».

Les fonctions respectives des médecins et des administrateurs dans ces actes est en constant remaniement, en fonction de l’évolution des techniques et des mœurs.

L’évolution des mœurs peut apparaître comme un « moteur » primaire, mais peut aussi, insidieusement, être « conséquence » d’incitations subies – idéologiques ou même commerciales.

 

[8] Gracchus Baboeuf

Dans le livre : « Gracchus Babeuf :  La guerre de Vendée et le système de dépopulation », Éditions du Cerf, 2008, Reynald Secher voit en la guerre de Vendée, qui sévit de 1793 à 1796, l’un des premiers génocides totalitaires.

Cette guerre fut longtemps comme oubliée. Pour protéger l’avenir de nouveaux tels crimes, il propose la reconnaissance officielle d’un nouveau type de « crime contre l’humanité », celui de « crime de mémoricide » . Il écrit : « Malheureusement, ni le Tribunal international de Nuremberg, ni la Convention pour la prévention de crime de génocide de 1949, ni notre code pénal n’abordent le problème de la mémoire .…  Si nous ne faisons rien, les « assassins de la mémoire » auront le dernier mot … »

 

[9] Note sur le complexe d’Oedipe :

 a) : Rappel des mythologies :

Rappelons ici que, selon le complexe d’Œdipe freudien, la mort du père n’apporte, en elle même, aucune satisfaction, sinon l’espoir de pouvoir prendre sa place auprès de la mère : Elle n’est qu’un moyen.

Au vu de tout ce que représentent « les » légendes d’Oedipe dans les cultures européennes, quelques remarques :

On peut systématiser 3 étapes dans le développement connu du mythe.

Première étape : La première mise en forme (chants ou écriture ?) connue de la mythologie concernant « Laïos », fils de « Labdacos » et père « d'Oedipe », évoque des faits dont la réalité même, tout autant que leur véritable contexte, nous sont encore, pour l’essentiel, historiquement incertains.

Notons que « Labdacos » descendrait « d’Epaphos », lequel, enfanté par « Io », naquit au bord du « Nil », où celle-ci, poursuivie par les avances de « Zeus », avait trouvé asile, puis épousa « Memphis », fille du « Nil ».

Certains prétendent aussi qu’emporté par sa passion pour le jeune « Chrisippe », « Labdacos » aurait inventé les amours contre nature (Cf. Pierre Grimal).

Vers le VIII ème siècle avant Jésus Christ, le nom « d’Œdipe » apparaît avec les ouvrages attribués au supposé Homère :

Dans « l’Iliade », ch. 23. « Œdipe » est mort à la guerre mais n’est ni parricide, ni incestueux, ni aveugle.

Dans « l’Odyssée », ch.11, Ulysse rapporte qu’il a vu aux enfers : « la belle « Epi­caste,- Jocaste », mère d’Oedipe qui dans l’ignorance de son cœur, commit un crime épouvantable en épousant son fils. Celui-ci qui avait tué son père l’épousa. Mais aussitôt les dieux révélèrent ses actions aux hommes... et « Epicaste » descendit dans « l’Hadès » ayant attaché, saisie de douleur une corde à une haute poutre et laissant à son fils les innom­brables maux que font souffrir les Erinnyes d’une mère. »

Du fait de la généalogie égyptienne de Laïos, nous avons aperçu dans le mythe une rencontre culturelle entre la Grèce et l’Afrique, par la Crète et/ou le Moyen Orient (par le passage du « Bos-Phore » (= « passage de la vache », c’est-à-dire de « Io », laquelle « Zeus » avait transformée en « vache »), rencontre dont on sait de mieux en mieux, grâce aux décryptages archéologiques, combien elle fut essentielle dans la contribution d’apports africains à la formation de la conscience européenne.

La rencontre n’aurait alors pas eu lieu sans conflits : Hérodote le rappelle en tirant exemple de cette histoire pour dénoncer les méfaits de la tyrannie.

Seconde étape : Dans la pièce de Sophocle « Oedipe tyran », Oedipe épouse sa mère, devient tyran, puis se punit lui-même de son double crime d’avoir tué son père et épousé sa mère, en se crevant les yeux et termine misérablement sa vie, aveugle et guidé par sa fille et demi-sœur Antigone.

Troisième étape : Freud voit dans le déroulement de la pièce de Sophocle la mise en scène de désirs universels inconscients refoulés.

Rien n’empêche d’attendre une quatrième étape, peut-être prochaine, dans l’évolution du genre.

 

Note sur le complexe d’Œdipe (suite) :

 b) « Complexes de Laïos et de Jocaste» :

Rappelons ici aussi d’autres points que nous croyons pouvoir tirer de ces trois légendes et de la supposée rencontre culturelle, points que Freud n’a guère évoqués :

► Dans ce que nous avons appelé ailleurs « complexe de Laïos », Oedipe a tué Laïos non pour vouloir tuer son père, mais parce qu’il ne le connaissait pas. Il ne le connaissait pas parce que Laïos n’a pas voulu le reconnaître. Ayant eu la révélation que s’il avait un fils, celui-ci le tuerait, Laios avait exilé son fils dans l’espoir que celui-ci mourut.

On ne peut comprendre la pièce de Sophocle sans avoir à l’esprit la mythologie antérieure sus-évoquée exprimée dès l’époque homérique.

La mythologie grecque, contrairement à notre conception de l’histoire comme pure donnée de « savoir », raconte, parfois sous plusieurs formes, un destin malheureux, en invitant l’auditeur à la réflexion, en lui suggérant, d’un problème, plusieurs possibles solutions.

L’évolution des récits est, en ce sens, remarquable.

Dès l’Odyssée, est posée la question de savoir si la reconnaissance d’Oedipe par son père eut prévenu des malheurs et de la tyrannie :

Sans doute alors, la reconnaissance du fils par son père, serait-elle alors la bonne solution.

Car il est clair, en effet, que le comportement d’Oedipe découle directement de celui de son père.

► D’une manière parfaitement symétrique, au moins chez Sophocle, l’union d’Oedipe avec sa mère semble découler directement du comportement de celle-ci, c’est à dire du désir de Jocaste de son fils.

Pour Sophocle, c’est clairement, d’abord le père qui est meurtrier, puis la mère qui est incestueuse, avant l’enfant.

La lecture de la pièce de Sophocle montre combien à chaque étape des investigations d’Oedipe, menées au travers des énigmatiques réponses du devin Tirésias, Jocaste tente chaque fois de dissuader son fils de poursuivre ses investigations.

Et celui qui apparaît comme le jouet du destin est en réalité le produit de ses parents.

Puis ce dernier, par son meurtre et son inceste, qu’il ignore tous deux, perd la mesure, puis devient « tyran » , car : « hubris phuteuei turannon », « l’avidité-orgueil-démesure engendre le tyran ».

► Telles apparaissent dans les deux cas la genèse des désirs, alors que Freud parait insister surtout sur les circonstances aléatoires de l’existence, dont il cherche précisément à reconstituer les empreintes grâce à la psychanalyse.

 

Note sur le complexe d’Œdipe (suite) :

c) : La « démocratie primitive » :

Par ailleurs, Freud a décrit un complexe d’Œdipe individuel, puis sa mise en œuvre collective dans le mythe de la « horde primitive » pour des enfants de mêmes parents.

Mais si le mythe de la « horde primitive » est une somptueuse explication de l’organisation d’une société primitive, voire d’une « démocratie primitive », le passage d’un « complexe individuel » à une « réalisation dans une action collective », grâce au rassemblement des supposés enfants, est d’autant plus difficile que la population est nombreuse et variée, car le « complexe » ne se présente pas forcément de même manière chez tous.

Quoiqu’il en soit, du point de vue de sa signification symbolique dans l’économie libidinale de chacun, la mise en acte du seul meurtre - non suivi de l’appropriation exclusive de la mère - est une résolution inachevée du complexe.

Et, approcher collectivement une mère symbolique n’est pas chose aisée.

Dans la « démocratie française », la mère est « la patrie » : C’est celle-ci qui donne naissance (au propre ou au figuré) à son « demos ». et le « délimite ».

(Toute déclaration de « démocratie universelle » poserait des questions de délimitations et de libertés, antérieures, et, sur un autre plan, aussi délicates que celles de la définition du « cratos » (« le pouvoir »).

Dans l’Ancien Régime, les représentations du père étaient « la sacralisation du roi et la parole de l’Église ».

Que le meurtre symbolique en soit possible, à quoi peut-il mener ?

Dans les religions modernes, dans la religion catholique, et plus encore dans l’islam et dans le judaïsme, toute trace d’une déesse mère a disparu.

Comment, dans ces conditions, y concevoir la satisfaction d’une place prise, fut-elle celle d’un dieu, s’il siégeait seul?

Aussi est-ce là, dans la proclamation implacable d’une castration radicale, la force d’une démarche, qui soumet aux exigences d’une sublimation suprême, les voies d’un espoir ultime.

Car la résolution des conflits oedipiens – dans la sublimation aussi bien que dans les tentatives de réalisation - ne pourront jamais prendre que le visage de substitutions inachevées : A défaut de prendre une « place », les compromis du « moi » s’encombreront indéfiniment de « déplacements » et de « remplacements ».

Naîtront ainsi les luttes en vue de « prendre la place de l’autre », réelle ou imaginée.

Une élaboration infernale peut conduire chacun à anticiper la lutte, imaginant que tout autre est enclin à lui ravir sa propre place, même lorsque c’est loin d’être le cas…

Dès lors, la « course à la puissance », non seulement dans la guerre, mais aussi dans tous les aspects du « paraître » et de « l’identité », avatars les plus spectaculaires d’une résolution œdipienne inachevée, devient sans limites.

On conviendra que la quête d’énergie et de motorisation, pour des usages des plus futiles, devient une « véritable addiction », encouragée par une culture de « compétitions à tous prix », meurtrières même pour les autres (Cf. divers rallyes à moteurs).

Mais qu’est d’autre une addiction, sinon la tentative indéfiniment répétée d’une impossible symbolisation de l’objet, afin enfin d’accéder à l’apaisement de son manque ?

Et c’est dans ces fondements psychologiques qu’il faut rechercher les causes de telles addictions, plus que dans les carences d’une légifération qui en serait vaine et interminable.

 

[10] Politique familiale par les suffrages.

Il a été proposé très intelligemment que, pour un suffrage universel tourné vers l’avenir, le nombre des voix reconnu soit égal au nombre des individus, les « tuteurs naturels » d’une famille nombreuse disposant ainsi des voix de leurs enfants.

 

[11] Contraintes et libertés.

Précisons : Il y a bien des façons de parler des contraintes :

« La liberté », pas plus que « La raison », ne sont des absolus : Tous ces termes n’ont qu’une valeur préfixale, dans un syntagme, et doivent être complétés pour avoir un sens précis.

o        La contrainte est partout dans le vie : La contrainte mentale concerne « l’outillage matériel ».

o        La contrainte des préjugés revient à une conformation morale : c’est une autre contrainte.

o        « L’internement psychiatrique » en apporte une autre : Comment, et à qui appartient-il de justifier cette dernière ?

La justice peut, voire doit, examiner les deux premières.

o        Mais on voit mal comment une indication thérapeutique de la troisième pourrait être posée autrement qu’après rencontre en toute indépendance d’un médecin possiblement « traitant » et d’un possible patient.

Ce que l’on montre ici c’est combien l’origine administrative de la contrainte « au nom de la médecine mentale » la dessert, en réalité, du fait de la confusion des compétences engagées :

Elle contraint toute l’équipe soignante à des attitudes imposées, donc par essence sans réciprocité ni ajustement aux contingences particulières qui, précisément ont motivé le recours à la psychiatrie.

Elle jette la confusion chez une personne réputée aliénée, et même d’autant plus que celle-ci serait déjà confuse, à court ou à long terme.

En définitive, l’internement administratif serait d’autant moins pathogène que la personne serait préalablement saine.

De toute autre nature seraient des décisions concertées dans la mise en place d’une « relation thérapeutique ».

Une autre question ne concerne plus les soins, mais la confrontation de valeurs – question particulièrement très contemporaine en médecine : « Comment concilier l’intérêt d’un groupe avec celui d’un particulier ? ». (Voir sur ce point « Démocratie, Doits de l’homme, Écologie » Clic.).

C’est cette question, peut-être posée avant d’en avoir seulement bien cerné les termes – particulièrement celui de la « notion d’intérêt », qui avait donné le jour à « l’eugénisme », dont Alzeimer, dont il ne faudrait pas oublier certaines obscurités, fut en Allemagne au début du siècle un promoteur, et qui donna le jour aux premières éliminations de réputés « malades mentaux ».

 

[12] Internements.

Aujourd’hui, plus de 60 ans après la fin du second conflit mondial, les passions nées de l’occupation ont fait place à la réflexion. Les travaux semblent reprendre. Par contre, les témoins directs et les documents spontanés risquent de venir à manquer. Ce pourrait donc être le moment opportun pour étudier la situation de la psychiatrie française sous l’occupation :

Dans « Crimes et trafics de la gestapo française » pp : 52-53 (Printed, industria grafica sa Tuset 19 Barcelona San Vocente dels Horts 1973, Deposito legal B, 540-1973, Printed in Spain).l’auteur écrit :

«  ...... le colonel Groussard, le père du grand journaliste et romancier Serge Groussard ...... passe à la Résistance dès la fin de 1942.

...... Arrêté de nouveau, interné comme fou à l'asile d'aliénés de Privas, Il s'en évadera avec le concours d'une bonne sœur et gagnera la Suisse.......

Au niveau de la police et de l'ordre public, plusieurs services sont en cause :

o        Si l'on exclut les polices d'exception créées par Pucheu en 1941 (Police des Questions Juives : P.Q.J.; S.S.S. :Service des Sociétés Secrètes; S.P.A.C. : Service de Police Anticommuniste), il y avait notamment, parmi les quinze corps de police différents du régime de Vichy

o        d'abord la Gendarmerie nationale ......... elle évitait le pire en prévenant les victimes, en sabotant les opérations .........

o        au niveau civil, trois personnages sont essentiels:

...... En tête, X préfet de la Marne, choisi par Laval le 18 avril 1942 comme secrétaire général du ministère de l'Intérieur, et donc comme patron de la Police de l'État français ...... »

N’oublions pas que, durant cette guerre, le nombre de français engagés aux cotés de la « wermacht » allemande a été bien plus élevé que le nombre de français engagés auprès du général de Gaulle.

Et Hitler a accédé au pouvoir en s’appuyant sur sa légitimation populaire :

Après l’attentat manqué de l’opération « Walkyrie » le 20 juillet 1944, Hitler s’adresse par la radio à son peuple durant 25 minutes, pour monter qu’il est bien en vie : Il fustige l’organisateur du putsch le « colonel-comte » von Stauffenberg, soulignant ainsi tout ce qu’il déteste en tradition et en contre-pouvoir : l’armée de métier et l’aristocratie allemande.

A l’inverse, Hitler a fait l’objet d’une tentative « d’internement psychiatrique » à Berlin (« clinique de la charité »), vers 1933, qui a échoué.

Tous ces dits, non point pour prendre parti politiquement, mais au contraire, pour souligner combien l’histoire montre combien il est impérieux de se dégager de toute ingérence politique dans l’exercice d’une pratique de soins libre et saine.

Or en psychiatrie, même si le contexte apparaît différent, la législation reste pratiquement la même.

 

[13] Note sur l’avortement : La « mère » et les oubliés : « Père » « enfant » et « propriété ».

(Cf. aussi « La question du père » in : «  livres sacrés et psychiatrie ») :

Renvoyant à la célèbre tirade d’Antigone qui, face aux lois arbitraires du roi Créon, invoquait les lois non-écrites, mais supérieures aux siennes, car immémoriales et sacrées, faisant pour elle un devoir de donner une digne sépulture à son frère, nous écrivions : « Antigone, aujourd’hui, c’est le père ! ».

Issue d’une improbable union tragique, elle en transcendait le sens.

Son nom, « Anti-gone », est d’ailleurs un signifiant interrogeant la reproduction, dans lequel il est difficile de conjuguer les multiples sens du préfixe grec « anti - » signifiant « en face de », « opposé à », « devant », parfois proche du mot latin « ante ».

La question si importante de l’avortement peut illustrer ces propos : La loi ne semble aucunement avoir cherché à se prononcer dans le domaine éthique que pose généralement la question des avortements. Elle est même restée relativement discrète comparativement à l’importance de l’affaire traitée.

Elle a appréhendé la question administrativement, essentiellement à partir de la situation de la mère, pratiquement sans référence aux dimensions supra individuelles, culturelles aussi bien que naturelles, qu’implique toute maternité.

Elle a d’abord invoqué des arguments techniques médicaux, puis sociaux incomplets, puis une question de « droit ».

Mais le slogan du « M.L.F. » (« Mouvement de libération de la Femme ») alors en vogue : « mon corps m’appartient », ne tenait compte

o        ni de la vie propre de l’enfant,

o        ni de la conception paternelle,

o        ni d’un discernement de la notion de propriété.

Dans un registre purement symbolique, en suivant notre théorisation sur la « fonction maternelle » que peut symboliquement représenter l’État, théorisation qui tirait son intérêt d’être définie par rapport à la « fonction paternelle » qu’aurait représentée en ce cas l’Église, on apercevrait alors cet État dans une fonction doublement maternelle, puisque simultanément mère des deux parents de l’embryon. Cet État serait donc également en position de « belle-mère » du père dudit embryon, père éconduit de manière inattendue, mais en réalité engagé dans une banale « histoire de belle mère » ...avec l’État.

Comment le Législateur a-t-il pu négliger à ce point de prévoir la situation pourtant la plus « naturelle » d’un père qui voudrait protéger son enfant ?

A la suite de la dernière plainte d’un mari, le conseil d'État a statué le 31 octobre 1980 d’une façon définitivement dissuasive : « Si, d'après le dernier alinéa de l'article L162-4, chaque fois que cela est possible, le couple participe à la consultation et à la décision à prendre ... il ressort de ce texte ... que cette disposition, qui présente un caractère purement facultatif, n'a ni pour objet, ni pour effet de priver la femme majeure du droit d'apprécier elle-même si sa situation justifie »

Le moins que l’on puisse dire ici est que, dans les rapports entre homme et femme vis à vis du bébé commun, on est loin de « l’égalité des sexes ».

La loi Veil, promulguée le 17 janvier 1975, qui dépénalise l'avortement dans certaines conditions, complète la loi Neuwirth votée en 1967, qui légalisait la contraception, dont les premiers décrets d'application parurent à partir de 1972.

On voit que la légalisation de la contraception n’a rien à voir avec ladite révolution de 1968. (Cf. */page web 10.htm de ce site)

La loi Veil définit l’IMG et l’IVG :

o        L’Interruption médicale de grossesse (IMG) peut être pratiquée selon des conditions très particulières et bien définies :

1.      Volonté de la mère,

2.      Maladie grave et incurable dans l'étendue des connaissances actuelles de la science,

3.      Autorisation d'experts,

4.      S’il n’y a pas d'autres alternatives.

5.      l'IMG n'a pas de limites dans le temps et peut être pratiquée à tout instant de la grossesse dans le cas de malformations graves du fœtus ou encore en cas de danger vital pour la mère

o        L’interruption volontaire de grossesse (IVG), est pratiquée sous l'unique volonté d’une mère en « situation de détresse » dans un délai initialement de 12 semaines d'aménorrhées (porté ensuite à 14 semaines).

On peut très légitimement se demander si cette « loi de tolérance » devant éviter un certain nombre de pratiques clandestines et/ou très dangereuses, n’a pas été littéralement débordée par certains excès d’un « féminisme » débridé.

Et, d’un jour à l’autre, le même obstétricien qui refusait auparavant la pratique des avortements, au nom d’un « Serment d’Hippocrate » encore en accord avec la loi, s’est mis à les pratiquer sans la moindre objection : Le médecin, comme pris en otage, fut sommé de renier sa propre déontologie ...

Car le « Serment d'Hippocrate », prêté par tout médecin, interdit la pratique de l'avortement jusqu’en 1996, date à laquelle il dut pour cette raison être réformé : C’est dire le peu de cas que nombre de médecins firent de ces contradictions, négligeant leur propre code au profit d’une loi interprétée de plus en plus extensive ment ...

Aujourd’hui, il est possible que la mise sur le marché des « pilules du lendemain » – surtout si elle se dispense d’ordonnance médicale - fasse voler en éclat – de fait – la plupart de ces dispositions.

Il est remarquable que durant ce temps ni le « fonds savant » ni la législation de la psychiatrie n’avaient changé d’un millimètre.

En réalité, et c’est le point essentiel, nous pensons que la question est beaucoup plus vaste : Rien ne remplace la « responsabilisation de chacun », ses confiances, son instruction, sa conscience et sa décision.

Mais il existe aujourd’hui une sorte d’expansion d’une culture de « déresponsabilisation » des gens– de gré ou de force –, forgeant un désastreux « nouveau système culturel français », que la psychiatrie a largement contribué à façonner, depuis bien longtemps (Code Pénal de 1810) (Cf. et, à l’encontre même de ce code, l’internement arbitraire par Napoléon du général Malet dans la clinique d’aliénés du docteur Dubuisson) Cf. */page web 10.htm).

Cette « culture de la déresponsabilisation » fait le lit d’une « psychologisation » à outrance, mais non indépendante de ses nouvelle tutelles :

Les psychiatres et psychologues, experts et conseillers, qui sont maintenant partout légions, sont tous immergés dans une même législation – c’est le thème de ce site - de « quiproquo » entre leur « dire » et leurs possibilités de « faire », car leur « pouvoir » est un simple « pouvoir délégué », subjugué, comme nous l’avons écrit, par l’exécutif :

Ainsi, toute liberté n’existe plus que « sous conditions » et les conditions sont de plus en plus arbitraires, au détriment de la justice.

Au fur et à mesure que l’on proclame de nouvelles libertés, hors de tout principe général qui en guiderait le choix, on dilacère encore davantage toute possibilité d’organisation cohérente, on renforce l’arbitraire de l’exécutif, ou la naissance de lois de plus en plus contradictoires.

On pourrait multiplier les exemples d’une sorte de « marginalisation » sociale de la psychiatrie, elle dont on attendrait, mais sans lui porter de véritable crédit, ce à quoi, dans le même temps, on la sait impropre. A l’instar de l’avortement, les comportements sexuels seraient nombreux parmi ces exemples, pour la raison qu’ils sont à la fois fondamentaux aux mœurs, et fondamentalement irréductibles à « l’appréhension individuelle » aussi bien dans la causalité que dans les manifestations.

De fait, si, bien à tort, il a souvent été demandé à la psychiatrie de fonctionner « en terminal » aux fins de combattre une « immoralité pressentie », mais « mal définie », la psychiatrie n’a, en revanche, jamais défini le moindre modèle, et ce rôle ne lui est pas prévu.

Actuellement, tantôt médecine (d’un mental individuel), tantôt utilisée  - à tort - comme un appareil de l’État (de toutes façons inapte à n’avoir aucune arbitrage moral, ne serait-ce que du seul fait de sa soumission) la psychiatrie ne saurait remplacer les « repères traditionnels » abolis.

Que ces repères soient appelés « religieux » n’est ici qu’affaire de vocabulaire, l’important étant dans le caractère « libre » de la fonction que nous avons exposée. (C’est la fonction qui est « libre de tutelle », et non pas son message, qui est de « devoirs »).

Quant aux « sociologues », ils continuent pour la plupart de raisonner en termes de clichés opposant les « pays développés » (définis par eux par la démocratie, la laïcité, les droits de l’homme et l’aisance matérielle) aux « pays sous développés » (religieux, pauvres et tyranniques) !

Les évidences sont en passe de rendre rapidement inutile tout débat sur la justification de leurs appellations.

Au nom de la seule structuration médicale des gens, physique et mentale, indépendamment de toute autre considération, nous pensons que doivent être réhabilitée la place du père et de sa parole, et reconsidérée la question de « la propriété » de l’embryon et de ses droits.

Toutes choses qu’il est probablement impossible de concevoir en dehors d’un ensemble transcendant beaucoup plus vaste de ce qui est juste.

Perdus ces repères, une société désorganisée ne pourrait qu’osciller entre les aléas de plus en plus extrêmes de décisions, en cela dramatiques.

L’arbitrage des décisions d’avortement

doit-il être

o        « une affaire individuelle » concernant une mère seule, (qui tôt ou tard risque fort de se sentir désemparée, par le poids de sa propre décision),

o        ou bien au contraire l’affaire d’une « instance étatique totalitaire » ?

La régulation doit-elle être :

o        le fruit d’un « pur calcul numérique de la nation », dont les paramètres peuvent être

o        ceux de la recherche d’une « puissance économique optimalisée »,

o        d’une « puissance armée renforcée »,

o        « d’exploitations inter-humaines » de toutes sortes, dans la comptabilisation des naissances,

o        ou au contraire fonction d’un « choix qualitatif personnel » en vue de la qualité d’un « bien-être personnel » épanoui dans un hédonisme matérialiste égayé par le bonheur de quelques naissances parcimonieusement programmées ?

Les lois prévoyantes doivent-elles :

o        organiser un « timing » judicieux permettant, grâce à une « connaissance précoce de l’exacte nature de l’embryon », de prendre la décision de le garder ou de le condamner,

o        ou bien au contraire condamner formellement toute forme « d’eugénisme » ?.

Le sort de l’embryon oscillerait alors entre :

o        les seuls désirs d’une mère (ce qui peut aller du plus froid calcul, au seul « caprice de femme enceinte » (les dénis de grossesse défraient actuellement les chroniques)

o        et ceux d’un « eugénisme » planifié.

A qui (au pluriel) peut alors appartenir la planification ?

Car alors la question de l’avortement ne peut pas être envisagée sans son inverse qui est la fécondation artificielle. Celle-ci peut être libre ou non.

La télévision espagnole (24 horas) a annoncé le 25 Mars 2010 que s’est déroulé avec succès l’accouchement d’un bébé sélectionné in vitro, à partir d’un ovule sélectionné parmi plusieurs autres fécondés, tous fécondés par les deux parents légitimes du bébé.

Mais le père étant porteur d’un gène pathologique d’une myopathie, l’intervention a consisté à éliminer les ovules fertilisés par des spermatozoïdes contenant ce gène pathologique. Puis l’ovule choisi a été réimplanté « in utero ».

Ainsi, le gène pathologique de la myopathie serait absent des chromosomes du bébé et éliminé définitivement de sa possible descendance.

Dans ce cas, ce n’est donc plus la nature qui choisit « in utero », mais les deux parents qui choisissent « in vitro », avant réimplantation de l’ovule pour le temps de la grossesse, en accord avec les médecins et la législation du pays.

La télévision ajoutait qu’il s’agirait d’une première mondiale.

Ce cas est exemplaire à plus d’un titre : On y distingue bien en particulier la fonction de chaque acteur « Père, mère, bébé, société » et la « fonction des lois ».

Si la méthode se généralise – ce qui est prévisible – comment, dans ces conditions, recevoir encore la demande d’avortement d’une mère qui, ayant changé d’avis, déclarerait après une implantation : « ceci est mon corps : j’avorte parce que mon corps m’appartient » ?

On mesure bien ici en quoi l’embryon est distinct du corps de la mère.

Si la « fécondation in vitro » se généralise, quelles en seront les conséquences pour les grossesses ?

Dans ce cas, la question de la législation sur l’avortement dont nous n’avons cessé, depuis des décennies, de dénoncer les oublis, et qui s’est avérée catastrophique dans une multitude de domaines, deviendra peut-être un jour elle-même parfaitement obsolète car incorporée dans un ensemble beaucoup plus vaste « d’organisation de la reproduction » des êtres humains, qui existe déjà, mais n’est pas encore planifié :

Cet ensemble serait celui d’un « eugénisme » généralisé et interviendrait dans tout ce qui concourt aux orientations dans l’engendrement de la vie, ou dans sa privation (« euthanasie »), au niveau des préventions, comme des réalisations :

Sélections, stérilisations, fertilisations, incubations, avortements, etc.  :

Car, la reproduction – eugénique ou non – « in vitro » ou non – restera, tant que l’homme ne sera pas devenu immortel, une nécessité.

Mais sous quels auspices ?

Les protagonistes engagés resteront longtemps les mêmes :

o        Le futur enfant,

o        Le père,

o        La mère

o        et l’administration du corpus social ».

Mais quels seront la place, la fonction et les pouvoirs de chacun ?

On a déjà vu comment le partenaire masculin avait été, soit évincé, de ses attributions morales, soit seulement oublié, non pas parce que la femme s’était accaparée du rôle comme certaines militantes l’avaient espéré, ni non plus par un impossible accaparement de l’État, mais par disparition (pour combien de temps ?) de la fonction.

Qui décidera – à supposer que quelqu’un décide - « du devenir » d’une telle « société de science-fiction », si tant est qu’il puisse en exister une, modelée et issue de gamètes standardisés et/ou sélectionnés ?

Naturellement on ignore tout de la façon dont « ovules » et « spermatozoïdes » se choisissent en cas de fécondation naturelle, mais, infatués d’une inébranlable suffisance, on s’est convaincus de pouvoir faire beaucoup mieux artificiellement !

Le clonage d’ailleurs ne s’en profile pas bien loin, mais, là encore, qui en décidera ?

Notons au passage que la « fécondation dirigée in vitro » n’est pas d’inspiration très darwinienne, puisque Charles Darwin (1809 -1882), « grand « sain » moderne », fils des « Lumières », « abjurateur » et/ou « non–comprenant » (?) des saintes écritures des dénommés « monothéismes » au sujet de la création du monde, en raison de ses découvertes évolutionnistes, et père « de la sélection des races », considérait que la « Nature » ( ?) s’orientait d’elle-même vers les « meilleures » sélections, celles des « races supérieures » ...

On se gardera ici de rentrer plus avant dans l’exégèse de doctrines que – à vrai dire – personne ne comprend.

Nous n’en sommes qu’en ce début de l’ère de « l‘avortement légalisé » (environ 200.000 avortements/an en France en ce début du XXI ème siècle).

Mais chaque geste touchant à la reproduction humaine touche au cœur même de notre structuration sociale, et de là à son insertion dans le monde.

A nouveau, l’exiguïté transcendantale d’un « humanisme » livré aux seuls « droits » qu’il se serait octroyé lui même, nous interroge plus que jamais sur « l’homme » : « Pour qui et pour quoi faire ? »

Et de nous remémorer la fameuse mise en garde rabelaisienne « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ! ».

Mais « quelle conscience ? »

L’homme, se contemplant comme s’il était le « maître universel », en est presque arrivé à n’avoir conscience que de lui-même : Mais qui est-il exactement ?

Subjuguant, asservissant, voire détruisant tout ce qui n’est pas lui, il se détruit aussi lui-même, et jusqu’à ses propres sources et ressources.

Les mises en gardes séculaires, les philosophies, les fables et les mythes sont comme restés lettres mortes : « La solitude du prince », la « dialectique du maître et de l’esclave » : pour Hegel, lorsque l’esclave fait tout, le maître n’a plus de raison d’être...

Et « Narcisse », dans le mythe, à force d’admirer dans l’eau son image, se précipite et se noie.

En dehors de ces quelques lignes qui ne sont que commentaire de notre législation française, on ne peut que recommander l’approfondissement de la nature et de l’importance des objets concernés, afin d’alimenter de prudentes réflexions, car, nulle part peut-être, n’apparaît aussi visiblement incongrue la superposition de l’ordre administratif et des données de la vie :

o        Différence entre « père symbolique » (duquel nous parlons sous l’appellation de « fonction paternelle »), et « père biologique » (donneur de gamètes).

o        Différences et relations entre « avortement », « euthanasie », « eugénisme », etc., toutes notions qui s’inscrivent dans une longue continuité dans l’histoire de l’humanité.

La « société d’hygiène raciale » fut fondée en Allemagne en 1905, et rassembla d’emblée de nombreux psychiatres, dont l’éminent Alzheimer (celui de la démence qui porte son nom), Kraepelin, etc.

Le régime « national – socialiste » n’a fait que reprendre à son compte ce qui était déjà en place.

[Cf. clic : Le 24 mai 192(?)4 Grafeneck reçoit une première visite  ...]

Ainsi, c’est au nom de « l’eugénisme », et sur de supposés « malades mentaux », que furent expérimentées les premières exterminations par gaz, en Allemagne*.

o        Et sur un plan de philosophies plus naturelles, voire religieuses, les grandes différences qui existent entre « diversité », « complémentarité », « rivalités »,  etc. ...

Depuis des millénaires, on voit se dégager des ensembles : Il ne viendrait plus à l’idée de personne de s’y opposer.

Chaque génération déclare que son sort est pire ou meilleur que celui de la précédente. Cela dépend de l’appréciation. « La fin des temps est proche » mais on ne sait ce qu’est ni le temps ni la vie.

§         Que la nature soit hostile : et l’homme serait au-dessus de l’ensemble.

§         Le servage est insupportable : On avance les droits de l’homme (Tout en tuant tout autant !).

§         Le destin est de plus en plus partagé : La démocratie en serait la réponse.

§         L’homme devient égal à la femme et bientôt interchangeable : Pourtant tous différent.

Mais, à deux, comment faire une démocratie ?

Qu’il existe un observateur impartial n’y change rien :

A deux, on s’aime ou se déteste, mais on ne peut voter !

La nature avait placé mille nuances dans les attractions, l’indifférence, la répulsion, l’hostilité ... On pourrait aller jusqu’à dire que ces attractions - en apparence immédiates - (que les scientifiques de tous bords se passionnent à décrypter) - menaient à une sorte « d’eugénisme  naturel ».

Certes, les questions des consentements, de l’asymétrie, le poids de l’environnement social, ne sont en rien nouvelles, ni chez l’homme ni chez les autres espèces à reproduction sexuée. Chaque amour fait le lit de ses tragédies.

Mais comment traduire en mots la biologie ?

Et comment accorder les amours de chacun avec les exigences d’une immense société, de plus en plus subjuguée elle-même, sans attenter - quoiqu’on en dise - chaque jour davantage, à ses libertés ?

Tous ici avouent leur impuissance : L’ovule et le spermatozoïde entre les mains de « l’homme à la pipette » ne sont que la remise en scène « des jeux de l’amour et du social ».

Pour appliquer nos visées d’aujourd’hui, on fait voler en éclats la syntaxe d’hier : « Enfant de couple monoparental » ; « Le chef de famille, c’est les parents », (et c’est une directrice d’école qui parlait à la radio !).

Parler de « syntaxe » est d’ailleurs un euphémisme quand l’expression ressemble à un « cocktail » impénétrable, où se bousculent les fantasmes propres, les clichés à la mode, une autocensure opportuniste, etc.

Ces expressions elle-mêmes nous paraîtront-elles un jour archaïques ?

L’entendement, lui, depuis longtemps ne suit pas.

 [On remarquera d’ailleurs que si nos démiurges modernes tentent de passer de « l’homo parentalité » à « l’homo gamétité » - en conjuguant 2 ovules ou 2 spermatozoïdes - que l’on sache, dans l’état actuel de nos connaissances théoriques, le patrimoine sexuel de la femelle étant composé de 2 « chromosomes X », alors que celui du mâle est composé d’un « chromosome X » et d’un « chromosomes Y », le spermatozoïde gardera toute son importance dans la production de mâles, puisque 2 ovules conjugués ne pourraient donner que des femelles (« XX »), alors que 2 spermatozoïdes conjugués pourraient donner soit un mâle (« XY »), soit une femelle (« XX »), soit l’expression aberrante « YY ».]

Autrement dit, l’importance du sujet tient aussi de ce que, au-delà de toutes les questions éthiques que pose l’idée même de l’avortement à toutes les conceptions religieuses et/ou traditionnelles de la vie, sans protection et entre les mains d’un régime autoritaire, l’avortement, comme tout moyen de stérilisation aussi, pourrait devenir une grande porte d’entrée vers la sélection planifiée des êtres.

L’auteur de ces lignes a été le témoin, en France dans le milieu des années 1980, de la stérilisation chirurgicale d’une personne réputée « malade mentale ». Le geste fut pratiqué au temps d’un accouchement, mais révélé seulement après l’acte. La patiente décéda dans la décennie qui suivit.

*Le nombre des victimes de l’extermination des « aliénés » en Allemagne entre 1939 et 1945 est estimé aux environs de 260.000.

Au début, le secret des activités mystérieuses du château de Grafeneck restait entretenu par la mystification d’une certaine contagiosité des « malades » qui y entraient.

Mais les questionnaires que les médecins devaient remplir, desquels résultait le choix des victimes, étaient loin de se limiter à des questions nosographiques :

Y figuraient des renseignements concernant « race, religion, valeur au travail, sentiments hostiles envers l’Allemagne, agitation dangereuse etc. ».

Naturellement, et on l’ignore trop souvent, beaucoup de médecins rechignaient à remplir un rôle aussi contraire à leur vocation, et très souvent, à leurs convictions chrétiennes. Mais le poids de la Gestapo devenait alors considérable.

A ce point de vue, on a longtemps voulu oublier les activités de la résistance allemande :

Mais, les déchirements et les activités de résistance, sur le plan médical, de quelqu’un comme le docteur Kurt Gerstein, partagé entre sa fidélité au Reich et ses sentiments religieux qui lui dictaient des actions contraires, (arrêté une première fois par la Gestapo dès 1936) sont tout à fait comparables à ceux de Klauss von Staufenberg (instigateur du complot contre Hitler du 20 Juillet 1944) sur le plan militaire.

Cf. Yves Ternon : « Le massacre des aliénés » (Casterman éditeur) ; Philippe Aziz : « Les médecins de la mort », Édition Famot, Genève 1975.

 

[14] Droit de propriété.

Parmi les « droits » d’une politique que l’on proclame d’égalité, le « droit de propriété » permet d'amorcer l’analyse : Le droit de propriété a été donné à tous par les lois :Tous ont des « droits égaux » en cela.

Mais tous n’ont pas les mêmes besoins : Que la propriété foncière soit à usage de loisir, ou qu’elle soit le refuge élémentaire nécessaire à la vie, le droit ne fait pas la différence ! Il ne peut pas la faire.

Le droit n’est ni juste ni moral en lui-même.

Maladroit secours d’une justice difficile, il peut en devenir l’injuste guide. Proudhon avait pressenti que « la propriété c’est le vol ».

Et, ceux-là mêmes qui auront voté « le droit de propriété » pour garantir la possession de leurs propres biens ne sauront s’en satisfaire dès lors qu’ils seront mus par leur seul « désir » et que ce qu’ils désirent vraiment est « le bien de l’autre » : ils essaieront de se l’approprier jusque par le droit.

(Il n’échappera pas ici que l’expression « désirer le bien de l’autre » peut prendre plusieurs sens en fonction de ce que l’on veut dire).

Les instruments de la paix sociale sont en amont d’un droit qui ne suffit pas à la garantir.

 

[15] Note sur la langue française :

a)      Érosion phonologique :

A cela s’ajoute la disparition totale des consonnes dures en position non accentuée :

T => D => 0 (Zéro, disparition) : « Amatus (en latin) » => « amado (en espagnol) ou Amédé (prénom français) » => « aimé (en français) »

Le phénomène est d’ailleurs toujours en œuvre : Bien que l’on corrige inconsciemment, au lieu de « maintenant »,.on entend en réalité très souvent « maindenant » ou « mainnant » avec un redoublement du « n » dont le premier devient oralisé au milieu du mot, différent du dernier qui est nasalisé.

Les lieux-dits, très nombreux, « Podium » en latin ( = « lieu élevé ») => « Le Puy », « Puech », « Pouyaud », et beaucoup d’autres mots à l’orthographe très fantaisiste : Autant, pour en retrouver le schème, la ressemblance des sons n’est pas un critère fiable, autant, pourtant, « les règles » de transformation sont strictes. La place de l’accent tonique, lequel ne change pratiquement jamais de place, est l’une des règles les plus sûres; et la langue « hittite » (Anatolie) a pu être « reconstituée » avant qu’on n'en retrouve les écrits.

Par contre, les « causes » de ces évolutions ne sont pas connues : On comprend un peu « comment », mais on ne sait pas « pourquoi » : Pourquoi le mot sanscrit « Pidar » aboutira à « Père » en France et à « Father » en Angleterre ? Qu’est-ce qui préside au génie des langues ?

Le plus étrange est cette sorte de continuité « trans-générationelle » d’une évolution toujours dans le même sens, assez comparable à l’évolution des espèces – mais, bien sûr, là il ne s’agit pas de mutation des chromosomes, ni d’adaptation optimale à l’environnement, ce qui permet aussi, par analogie, de s’interroger sur la valeur des explications données par Darwin pour expliquer l’évolution des espèces.

K => G => 0 (Zéro, disparition) : (« Aqua » => « agua » (« aigue ») => « eau » (= son « o »), etc.

Il en résulte un amenuisement considérable des points d’articulation postérieure (vélaires et gutturales) dans la langue.

Les consonnes deviennent voyelles : « aqua » => « agua » (« aigue ») => « eau », prononcé « o ».

Les voyelles ont été d’abord obligées de considérablement se multiplier (a e i o :u é è ou) avec d’autres nuances, en longueur et en nasalisation : â, ô, eu, in, un, an, on, etc. pour aujourd’hui se réduire à nouveau, mais cette fois en confondant tous les sons (brun = brin, naît = n’est, etc.).

Et l’orthographe n’a plus qu’un lien très relâché avec les sons des mots.

Et le phénomène se poursuit : « hospitalem » => « hôtel »(prononcé : <otel>) et « altus » => « autel » (prononcé également <otel>) : les confusions sont devenues innombrables.

Tous ces phénomènes existent beaucoup moins dans les autres langues romanes (roumain, italien, espagnol, portugais).

C’est évidemment de l’érosion extrême de la langue et de la confusion des sons que proviennent toutes nos étrangetés orthographiques. Le même phénomène ne pouvait exister en latin, et reste mineur en italien et en espagnol. Il n’existe à aucun degré en arabe (quand du moins le texte est « vocalisé »).

Mais bien malin qui pourrait simplifier « l’orthographie » française autrement que sur des points de détails, sans ajouter à la confusion ! Car comment marquer à l’écrit une différence déjà embarrassante à l’oral – sinon propice aux jeux de mots ? Comment, avec une écriture purement phonétique, transmettre la différence entre <les eaux de la mer morte> et <les os de la mère morte> ?

C’est un nouvel « appendix Prodi » qu’il nous faut, et s’il y a une réforme à faire de la langue, ce n’est pas dans le sens de la recherche d’une « orthographie » qui se rapproche de la phonétique, mais bien au contraire, de redonner une forme syllabique à des mots devenus trop courts et homophoniques, quand ils ne sont pas informes, pour les différencier.

Si l’on écrit « j’vé yaler », comment en conjuguer logiquement les verbes ?

Il faut restructurer la langue plutôt qu’avaliser son érosion.

Pourquoi ?

Au nom de l’expérience : Quelques siècles de fréquentations intenses entre français italiens et espagnols n’ont en rien homogénéisé les idiomes – contrairement à ce que l’on aurait pu attendre. Le même phénomène s’est produit pour d’autres langues et d’autres pays : Il existe une tendance vers la divergence des parlers loco-régionaux

Au contraire, les lois de la république, et elles seules ont répandu un usage correct et unifié sur tout le territoire national et les possessions d’outre mer.

Autrement dit, pour une langue, ce qui compte, c’est la loi !

Notre problème national est un problème non pas « d’orhographie », mais de « lois » et de « sons » et de « lois des sons ».

On aurait pu s’en douter, puisque nul n’invente vraiment de langue : L’espéranto même a échoué.

Au contraire, nul ne peut oublier la beauté de la versification latine « Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi .. » lorsque Virgile évoque « Tityre couché sous le feuillage du vaste hêtre ».

S’il faut redonner à l’écriture sa fonction authentique et simple de transcription phonétique pure, c’est en la soumettant à la construction de la langue et non l’inverse !

Une restructuration des syllabes qui rapprocherait des sources latines améliorerait la compréhension.

Comment, sans retour aux sources, marquer la différence entre « chœur » et « cœur » ?

Alors l’écrivain est obligé d’avoir recours à des stratagèmes, par exemple en faisant apparaître des adjectifs comme « choral » et « cardiaque ».

En français presque tous les monosyllabiques peuvent porter à jeux de mots – mais aussi confusions – Que l’on songe à « sans, sang, cent etc. » ou « sein, ceint, sain, saint ou seing ».. Et J’allais oublier cette confidence d’une amie espagnole, enseignante, au demeurant agrégée en sa langue, qui m’avoua un jour : « Je ne suis pas française ! : voilà 20 ans que je vis à Paris, et mon oreille n’arrive toujours pas à saisir la différence que vous faites quand vous dites « sein » et saint » ! – « Moi non plus ! »

Remarquons d’ailleurs combien le vocabulaire scientifique a besoin de revenir aux vieilles racines, moins érodées, et même de plus en plus : on parlera de « l’énergie nucléaire » (plutôt que de « l’énergie noyauteuse »).

En matière de langue, il est essentiel d’être averti des codes et de faire des choix, afin de pouvoir être cohérent. (« mia » en espagnol = « la mienne », mais en grec = « une » et en arabe = « cent » etc.). Sans code on ne peut transmettre aucun message.

Même les enfants, en apprenant leur langue, et en respectant les codes, mettent en évidence les « erreurs logiques » de leurs parents !

Un écrivain reste libre d’écrire à sa façon : Alors, loin d’être inepte, ici comme ailleurs, toute connaissance n’est que gage de liberté. On peut innover, mais mieux vaut le savoir.

Finalement les outils permettant d’exprimer la pensée ne sont pas si nombreux que l’on puisse se permettre impunément de les raréfier encore. Il en va de même de la grammaire, qui devrait être riche, souple, et d’usage aussi libre que possible.

En réalité, quoi d’étonnant à ce qu’un écrit reste le support imparfait d’un message ? Sa fonction à l’origine n’est autre que celle d’un nœud sur un mouchoir de poche !

Certes, transformer de « l’audio » en « visuel » présente un très grand nombre d’avantages, et permettait de retenir la parole des absents.

Mais n’importe quel support oral est toujours bien plus fidèle qu’un écrit.

Pour finir, notons que les phénomènes phonologiques, bien connus et analysés en soi, semblent n’avoir jamais été étudiés en rapport avec un suivi du contexte psychologique global dans l’évolution de la population concernée. C’est étonnant, car si une chose est bien immédiatement perceptible dans le dialogue, c’est l’investissement du locuteur dans ce qu’il dit, au travers de la façon dont il articule ses mots !

La rencontre des mondes latin et germanique sur notre sol n’y est peut-être pas étrangère : Le français est la plus germanique des langues latines – ou la plus latine des langues germanique !

Car le français n’est plus la langue des francs – qui était germanique : Ils se sont latinisés.

Peut-être existe-t-il là des éléments qu’il serait intéressant de ré approfondir.

En remarquant d’ailleurs que les langues germaniques sont des langues sœurs du grec et du latin.

Enfin, pour Sarwat Anis el Assiouty, les mots « Galli » « Keltoi » (celtes) et « Germani » sont des prononciations diverses pour la même entité.

L’histoire parait longue et lente – à l’échelle humaine !

La « ligne de démarcation » de la « seconde guerre mondiale » se rapprochait étrangement (sans coïncider avec ) de la ligne de démarcation de la langue « d’oïl » au nord, celle des « trouvères », d’avec la langue « d’oc » au sud, celle des « troubadours », ligne immuable durant bien plus de 1000 ans.

 

Langues oïl et oc

Ligne de démarcation

 

Ligne franchissable cependant, de passages multiples, dans les deux sens, et ouverte aux influences, venues tantôt de l’Est, tantôt du Sud, puisque le « tarab », cet art arabe des « trouvailles » et de la « poésie » nous légua des deux cotés de la ligne ce mot « trouver », dont nous usâmes en remplacement du latin « inventare ».

NB :

« Taraba » : « goûter  la musique ou la poésie »

« Tarraba » (طرّب يطرّب), « produire la musique ou la poésie » (=> « moutrib » (مطرب) « chanteur ») => en espagnol « trovar » (prononcer : trobar) = « faire de la poésie ».

Comme il en va généralement des mots importés, la famille du mot est restée réduite.

De là viennent nos mots « trouvère » au nord et « troubadour » au sud : Ici, on perd une syllabe en passant du Sud au Nord, comme très souvent en passant de la « langue d’oc », restée proche de la langue savante, à la « langue d’oïl », langue de forme plus populaire, plus brève et moins scandée.

Il est inutile d’inventer une étymologie latine (« tropare* ») qui n’a jamais existé.

Comparer les couples :(applications de règle [T =>] D => 0) :

« troubadour » - « trouvère » (« trouveur »)

« salvador » - « sauveur »

« cantador » - « chanteur »

D’ailleurs « matador » - « tueur » est construit exactement de la même façon sur un verbe arabe (« mata » = « mourir », le même mot que dans « mat » aux échecs) et un suffixe-nom de métier roman (« dor » ou « dour » dans le sud => « eur » dans le Nord) , etc.

 

 

La France (mérovingienne jusqu’en 751) connut la conquête musulmane (717 – 758), arrêtée à l'ouest près de Poitiers, à Sens près de Paris, et en Italie près de Pavie. Mais rien n’avait préparé la brève incursion musulmane et aucun échange culturel n’eut lieu à cette époque. Elle n’aura laissé aucun toponyme d’origine arabe en France.

Il ne faut pas mélanger « intervention militaire » et « échanges culturels » qui surviendront plus tard, et relayés par l’Espagne.

En Espagne, en effet, selon les régions, la présence de dynasties musulmanes, du califat de Cordoue, des royaumes musulmans, et leurs apports, auront pu durer 8 siècles ou plus : 10% du vocabulaire castillan vient de l’arabe et les toponymes d’origine arabe pullulent dans toute la péninsule, mais tout cela ne constitue pas une langue :

Les apports durables furent importants, mais dans des domaines généralement étrangers à l’islam et à l’esprit de sa langue - routes, relations terrestres et maritimes, constructions, plantations, médecine, sciences – excepté quelques domaines précis qui paraissent être plus intimement lié au dit esprit : dans les arts ou les mathématiques par exemple : l’algèbre et le « x ».

Aujourd’hui en Europe « l’immigration », dans des contextes français, européen et mondial très différents, ne ressemble guère à ce passé.

Il faudrait d’ailleurs distinguer « migration des idées » et « migration des peuples », « arabismes et nationalismes » qui relèvent de délimitations identitaires, « oumma et islamisme » qui relève d’une communauté d’aspirations, etc.

Classiquement, « les 5 piliers » de l’islam sont : la profession de foi, les prières, l’aumône, le jeune du ramadan et le pèlerinage à la Mecque.

La question linguistique, elle, est aussi une question toujours importante : On retiendra l’approche originale et profonde de Louis Massignon, qui voit en l’islam une expression achevée des structures linguistiques de la langue arabe. (Textes réunis sous le nom « d’écrits mémorables », en collection Bouquins 2009).

Dans un domaine collatéral, on relève l’apparition récente de curiosités linguistiques en français : A côté « d’arabismes linguistiques », il y a aussi l’inverse, sorte de « sur-francisation » de l’arabe : Par exemple le mot « trop » n’existe pas en arabe. Et le mot « trop » français sera traduit la plupart du temps par « très, beaucoup » en arabe. Mais il devient à l’inverse sur-employé en français, dans le simple sens de « très, beaucoup » : Peut-être par simple contact, ou en recherche d’une imitation un peu affectée, le français populaire emploie maintenant de plus en plus « trop » dans le sens de « beaucoup ». Le phénomène passe presque inaperçu, tant des arabophones quand il leur est naturel, que des francophones qui emploient cette sorte de « sur-francisation du français après retraduction » - tels Monsieur Jourdain, sans le savoir - car ne connaissant que rarement l’arabe. On peut y voir aussi en même temps un défi à « la langue établie », dans la délectation d’un vocabulaire de l’excès, précisément dans un mot dont le sens lui-même est « le dépassement des bornes » (Cf. la banalisation du mot « étonné » qui, au XVII éme siècle, signifiait « frappé de tonnerre »).

A côté de ces charmants apports, rendons aussi hommage à une brillante francophonie extra-métropolitaine sans doute promise à un bel avenir et dont la qualité honore fréquement notre langue.

 

Mais comment aujourd’hui, alors que l’Espagne fait partie d’un ensemble retrouvé* – peu importe le nom qu’on lui donne – peut-on continuer à étudier séparément d’un coté les « troubadours occitans » (comme s’ils étaient des « proto-francophones », et de l’autre les « troubadours catalans », à partir d’une notion de frontières linguistiques qui, bien sûr, n’existaient pas à l’époque étudiée ?

 

*On peut l’appeler « ensemble européen », ou mieux « méditerranéen » (« [mer] au milieu des terres » !), ou mieux encore « circum-méditerranéen », le rayon de ladite circonférence se mesurant en milliers de kilomètres, pour se fondre, en périphérie, avec d’autres cultures. Le mot prend alors un peu le même sens que celui « d’Empire du milieu » pour la Chine !

Les origines lointaines de ses cultures se perdent dans la « préhistoire », car la période dite « historique » au sens strict n’a pas 10 000 ans.

Et ces civilisations anciennes sont plus facilement appréhendées à partir des langues de ces temps, qu’à partir des hommes eux-mêmes qui les parlaient, ou des contrées précises que ces hommes habitaient.

Ainsi c’est avec encore beaucoup d’inconnues que l’on parle des « indo-européens », des « sémites », des « libyens », etc.

Au regard de ces longues périodes, l’histoire de l’islam, du christianisme, la période hellénistique, les civilisations de la Perse et de la Grèce classiques, et jusqu’aux civilisations - encore peu et depuis peu explorées -  de la Vallée de l’Indus, de la Mésopotamie, du Croissant Fertile, de l’Afrique pharaonique et même de l’Afrique  jusqu’à la vallée du Niger, toutes civilisations auxquelles nous devons tant, sont des moments relativement courts.

Mais ces civilisations ont pu échanger et forger des ensembles riches et complexes, dans une aire géographique relativement restreinte, au regard d’une planète qui a vu naître d’autres foyers culturellement fort différents, dans des aires géographiques qui sont restées beaucoup plus séparées de nous. (=> Cf. « La conversion de la Grêce » : clic.)

 

« Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ! » ironisait déjà Blaise Pascal avec ses mots.

C’est toute une disposition des chercheurs qui est en cause 

A petite échelle, la frontière des Pyrénées ressemblait, pour bien des savants remplis de préjugés, à une sorte de « syndrome de Tchernobyl psychologique » - entendons par là que le nuage radioactif en avril 1986 aurait rigoureusement contourné les frontières intangibles de la France !

Une « culture » de forme hexagonale ?

L’importance des préjugés – aujourd’hui explicable par les barrières linguistiques actuelles, nouvelles et récentes – imposées par les contraintes administratives - vaut d’être soulignée car elle touche à peu près tous les domaines de la vie.

Aujourd’hui, tantôt saisis par la défense frileuse d’une francophonie étroite, privée de ses multiples rameaux, dans les temps et les espaces, tantôt trop préoccupés de regarder vers les nouveaux maîtres du monde, on en oublierait les richesses d’une Espagne médiévale alors si proche de nous, avec ses troubadours catalans, et de l’Andalousie musulmane, avec les « zejels » dès le IX ème siècle, les « muwachchahats » (de l’árabe موشحة qui signifie “collier”) (aujourd’hui repris et chantés par Fairouz au Liban), dont la stophe finale, le « jarcha » (en arabe : خرجة  kharja”, “sortie” ou “finale”) était écrite en langue mozarabe” (dialecte fait d’un mélange de dialecte latin et de dialecte arabe)

Et n’oublions pas les apports du génial Ziriab (Mossoul 789 –Cordoue 857) qui en 822 atteignit Cordoue pour se mettre sous la protection d’Abd er Rahman II, en apportant son “oud” ( el ‘oud => luth), ses rythmes, ses mélodies, sa poésie, sa versification et peut-être la rime ...

La plupart des textes sont anonymes. Cet “espagnol médiéval” était très proche du “français médiéval” – mais toutes ces apellations modernes trompeuses n’existaient pas.

 [ Phonologie : Aujourd’hui “le son “Kh” arabe moderne” est prononcé “en espagnol moderne “j” (“jota”) (même son) comme il se doit.

Mais au Moyen Age, ce son “kh” semblant rude ou imprononçable, disparaissait généralement, “le son de la “jota” n’existant pas encore.  Les espagnols (comme beaucoup de français d’aujourd’hui), étaient sans doute réticents pour prononcer un son étranger à leur patrimoine phonétique. [ En réalité ce son “kh” existe en français, par exemple dans le mot “froid”]

Par contre le “son “j” arabe, (qui n’a pas évolué) (parfois “dj””) identique au son “j” français actuel  est devenu en espagnol médiéval “ce même son “j” qui existait alors, mais n’existe plus en espagnol moderne.

Ce son “j” est devenu ensuite en Espagne “le son “ch”, depuis la fin du moyen Age  jusqu’au XVII ème siecle, ( Cf. “Don Quijotte” de Cervantès => transcrit “Don Quichotte” en français, au XVII, pour cette raison).

 Le “son “j” de la “jota” aujourd’hui est exactement le même son que “le son “kh” de l’arabe”, mais sans aucun rapport de filiation avec lui : simple évolution phonétique de la langue.

Ce chassé croisé amusant des sons fait que :

o        Le “kh” arabe médiéval n’est jamais représenté par le “son kh” moderne espagnol ( “le son j” de la “jota”). Souvent il disparait tout simplement.

o         Le “son “j” de l’arabe médiéval” (identique au “son j français actuel”, lui-même issu du ‘i’ latin en certaines positions) est devenu le “son kh” de l’espagnol moderne en transitant par “le son “ch”

o        Exemples :

o        Jebel Tariq” (“le Mont Tariq”) (devenu “Gibraltar”) fut prononcé “Chibraltar”, puis “Khibraltar” aujourd’hui.

o        “La almojada de atun”, sorte de “jambon de thon”, très prisée en Andalousie, est en réalité “el muchmma’a de atun” (“du thon cireux”)

o        Plus amusant encore, on visite, à la Alhambra de Grenade,Los jardines del généralife” qui sont en réalité : “ los jardines (= les jardins) del (= du) janna el Khalifa (jardin du calife), où le le “j arabe (de “janna el Khalifa” = “généralife”) est ici pronocé “kh” en espagnol moderne et où par contre le “kh” arabe du même mot n’est pas prononcé du tout en espagnol moderne puisqu’il avait disparu de l’espagnol médiéval.

o        Le prénom “jacques” est prononcé par un pur hispanophone moderne soit “Iaqué” , soit “Khaqué”, celui-ci ne pouvant plus prononcer le “j” (qui d’ailleurs ré-apparait bizarement en Argentine pour cette fois prononcer “ll” comme dans “Sevilla” qui est dit “Sébija” ...]

(Notons dans les “jarchas” ci-dessous l’apparition de “la rime” qui n’existait pas dans la poésie latine (basée uniquement sur les compositions des longueurs des syllabes, - principe de longueur qui existait aussi dans la langue des “mou’allaqats”, poésies arabes préislamiques (qs.) : Mais l’accent en durée a ici partout été déjà remplacé par l’accent d’intensité des langues romanes)

(Hypothèse très hasardeuse: L’étymologie du mot français “rime” (1160) est parfaitement inconnue: Toutes les origines latines et germaniques sont réfutées même par le Robert.

“Rime” se dit aujourd’hui en arabe “qafia”. Mais à l’origine, tout le vocabulaire de la poésie arabe était issu du vocabulaire concret des bédoins :“tente”,  “piliers de tente”, etc. “Ghazal” (“gazelle”) est un style. Pourquoi le mot “rime” ne viendrait-il pas tout simplement de “rim” qui est “la gazelle blanche du désert” – et qui est aussi un prénom féminin?)

(ci-dessous, en vert les mots arabes : gar <= gal <= qal <= qala)

 

« Al sabah bono, garme d’on venis

Ya l’y sé que otri amas ...

En cette belle aurore, dis moi d’où tu viens

déjà je sais qu’une autre tu aimes... »

...

« Vayse meu corachon de mib,

 Ya Rab, si me tornarad?

Tan mal meu doler li-l-habib!

 Enfermo yed, cuando sanarad

Va-t-en mon coeur de moi,

Oh Dieu, me tourneras-tu?

Si forte est ma douleur pour mon aimée!

Il est malade, quand guérira-t-il? »

 

Etc. Cf. « Jarchas » in « Anthologia de la poesia espanola » Vol. I « Lirica de tipo tradicional ».

Selection et prologue de Damaso Alonso et F. M. blecua. Ed. Gredos.

 

Note sur la langue française (suite) :

b) Échanges et différentes échelles d’échanges :

La francophonie – n’est pas née de « génération spontanée ». Elle a des origines, une fratrie, des cousinages, et besoins d’échanges pour vivre, tout comme une famille, ou encore la nature elle-même : L’homme vit avec les fougères, les lichens, la tourbe, les moisissures, les « penicillium » naturels, etc. .

Le multilinguisme est souvent l’opportunité d’ouvertures.

Bien sûr, la politesse impose de na pas froisser un présent, en parlant devant lui une langue à laquelle il n’entend rien. La mondialisation change évidement les donnes..

D’ailleurs toutes les grandes langues de communication n’auraient jamais vu le jour comme telles sans adoption du multilinguisme. C’est même uniquement cette adoption qui leur a permis d’acquérir ce statut.

Avoir une seule langue me fait un peu penser à n’avoir qu’un seul vêtement : Une anecdote amusante nous ramène à la psychiatrie : Un jeune homme avait été interné d’office durant la forte chaleur d’un été. Il avait été amené par les policiers en tenue normale pour le temps : sandales, « short » et « T-shirt ».

Puis, vêtu par l’hôpital, il réclamait sans cesse une libération administrative, qu’il finit par obtenir quelques mois plus tard, mais sans préavis et soudainement.

Il se vêtit alors aussitôt des seuls vêtements dont il disposait, ceux du moment de son entrée et – presque d’un bond – partit comme il était venu, mais ... par un froid glacial !

Vers la même époque, d’ailleurs, un peu curieusement, un collègue qui « suivait » une patiente en traitement ambulatoire, ayant très peur de la laisser « sans suivi » durant « ses vacances », demanda pour elle un « internement volontaire », « pour être tranquille » durant la période !

Ah la gestion du temps ! ...

 

Note sur la langue française (suite) :

c) L’évolution du français a été un phénomène lent, linéaire et proprement interne à la langue :

Toutes les langues européennes, ont une même origine.

Elles ont suivi un courant nord (=> allemand et anglais) et un courant sud (=> grec et latin => langues romanes : français, espagnol, portugais, italien, roumain …).

Qui plus est, les correspondances entre langues du nord et du sud obéissent à des lois strictes, connues et qui perdurent.

(Travaux de Franz Bopp, Grammaire comparée des langues indo-européennes , traduction de Michel Bréal de l'École pratique des hautes études et du Collège de France (de 1866 à 1905), membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, quatre tomes in-quarto, Paris, Imprimerie impériale et Imprimerie nationale, 1866-1874)

« Père et mère » se disent « pater et mater » en latin, « pédar et madar » en iranien, « father et mother » en anglais …

Il y a une correspondance précise entre le français « peuple » et l’allemand « volk », car comme on vient de le voir le son « p » des langues du sud correspond au son « » des langues du nord.

Bien plus le grec est resté une langue vivante, et le grec parlé aujourd’hui est encore le même que celui parlé au temps d’Homère il y a 3000 ans. (Cf. docteur Thomas Efthymiou clic)

La « re-construction» de l’Europe apparaîtrait certainement beaucoup plus facile si l’on re-découvrait ces fondements facilement perceptibles sitôt qu’on en connaît les règles, et qui apportent souvent une grande transparence à des choses beaucoup plus « palpables » que les aléas de la valeur d’une monnaie.

N’oublions pas que cette Europe a existé, avant d’en connaître le nom.

Puis elle s’ouvrit au monde, et se couvrit d’églises pour invoquer l’amour.

En cavalier, Erasme pouvait voyager de Rotterdam à Paris, ou de Rome à Bâle ou à Londres, tout en cultivant son grec et son latin.

Donnant, recevant, estimée, rejetée, mais bientôt divisée, l’Europe aura finalement plus souffert de ses « révolutions » et des guerres qu’elle s’infligea elle-même, que de tout autre conflit. L‘Europe doit se réconcilier avec son passé.

Mais partout, faire connaître les langues anciennes favoriserait l ‘entente et la compréhension des peuples.

A l’heure de la mondialisation, il est indispensable de repenser les grands ensembles.

Encore faut-il commencer par le commencement.

 

Répartition des langues indo-européennes vers 500 avant Jésus Christ.

·         Les colonisations romaines du pourtour méditerranéen seront plus tardives.

Ne figurent pas sur la carte les comptoirs existants :

·         Grecs à Antibes, Marseille (fondée en 600 avant Jésus Christ), etc.

·         Phéniciens à Gades (Cadix) (fondée en 2000 avant Jésus Christ), Malakka (Malaga), etc.

 

Malgré les indéniables nécessités du quotidien, ni l’orthographie correcte, ni la lecture du journal, ne sont peut-être pas les points les plus important dans l’immense question de notre « alphabétisation ».

Après tout n’échange-t-on pas souvent oralement avec ses contemporains ?

Le plus important nous semble bien davantage se situer au niveau de la compréhension de nos racines, de notre propre évolution, des continuités, de l’autre ...

On a aussi besoin de comprendre l’écrit, dans le temps et dans l’espace, dès lors que nous voulons entrer en relation avec les textes anciens, le courrier de nos grands parents, là où l’échange oral est impossible.

On peut aussi vouloir se relire, pour prendre un certain recul sur soi-même, sa famille, sa culture, son monde.

Mais se focaliser sur les règles de l’orthographe n’est certainement pas la meilleure façon de se pénétrer de la valeur des mots. Comme pour tout classement, il faut bien des règles d’étiquetage, mais l’important est de  pouvoir retrouver ce que l’on cherche.

Dans toute langue l’oral précède l’écrit, et demeure : Cela ne condamne en rien l’écrit.

L’oral, il est vrai, recule devant ce «  monde du silence » que créent les publicités écrites, en ce « sabir » qui se constitue peu à peu.

En réalité, il existe désormais de nombreuses sortes d’écritures - parfois simultanément que l’on ne peut pas mélanger :

Leur code sont différents même si les alphabets sont les mêmes. il y a en réalité de plus en plus de sens différents au mot « écriture », et même au mot « langue ».

Quelle est la langue d’un mot comme « web-master » ?

Mais l’apparition d’internet n’a pas fait disparaître les livres.

Et il est des « étrangers », natifs ou devenus francophone, pour préserver la pureté de notre langue comme pour la vivifier de l’apport de leur diversité.

Cela ne s’oppose pas, pour nous, à nous pourvoir de mémoire autant que d’ouvertures :

Il n’en reste que la particularité de la langue française a été l’érosion extrême de ses sources – pas seulement latines - par ses locuteurs eux-mêmes.

Il est remarquable que le phénomène est venu des locuteurs eux mêmes, et non d’un « extérieur » qui l’aurait « écorchée » :

Les effets en ont été doubles : d’un côté destructeurs, appauvrissant et préjudiciables à la compréhension et, de l’autre, potentiellement créateurs, et ouverts aux emprunts et échanges, profitables dans la mesure où l’on sait les utiliser.

L’érosion a été phonétique et grammaticale :

Et les questions orthographiques ne sont qu’une conséquence de l’érosion phonétique, avec laquelle il faut se débrouiller : écrire « toi » ou « toa » ? Le plus important sans doute est de bien comprendre les codes, - et de s’appliquer !

Car le plus grave de « la question des fautes d’orthographe » est que cela n’a pas grand chose à voir avec l’orthographe !

Or pour y remédier - cédant à une facilité apparente, mais qui ne ferait qu’amplifier les dégâts à la longue - il a été proposé d’en arriver à une écriture phonologique : Cette possibilité, acceptable pour l’italien ou l’espagnol, langues restées globalement poly-syllabiques, ne l’est plus en français, langue déjà trop détruite :

Car alors comment distinguer « paire » « père », « pair » (la substitution aurait plu aux révolutionnaires !); « repaire » et « repère » ; « mer »,  « mère », « maire » ?

On ne comprendrait plus le mot « vimaire » (comme c’est déjà le cas de certains auteurs de livres et d’autres de journaux (qui les recopient), et qui - sans savoir ce que veulent dire les mots qu’ils emploient - ne craignent pas de l’écrire « vimer », pensant sans doute que « vimaire » ne concerne que leurs inondations maritimes, corrigeant ainsi nos vieux auteurs, lorsque eux l’écrivaient correctement, car « vi-maire = vis maior = force majeure ») ; etc.

Mais nous connaissons déjà une langue qui avait une écriture phonétique : le latin !

Davantage de latin permettrait aux enfants de comprendre davantage le français, plus facilement les langues romanes, d’autres non-romanes ou même non européennes, et une infinité d’autre choses.

Il est donc – à tous points de vue - de plus en plus nécessaire d’apprendre très tôt aux enfants le latin – et dès que possible de leur faire comprendre - via les anciennes langues romanes encore proches entre elles, l’ancien français et le moyen français – l’évolution, la cohérence, la continuité et l’unité de ces langues.

Cela est leur patrimoine et on les en prive – en même temps que l’on se repaît de vaines paroles sur les « droits des enfants ».

Et l’effort demandé ne serait certainement pas plus grand ; peut-être moindre.

Cela est d’autant plus vrai que la culture originelle de l’apprenant est éloignée du monde de la latinité.

Tout cela ne pourrait que contribuer aux rapprochement des peuples européens du Nord et du Sud, des peuples circum méditerranéens, des peuples continentaux et outre marins, et finalement des peuples du monde.

N’oublions pas aussi que si la moitié du vocabulaire anglais est d’origine latine, l’autre moitié en est très proche parente.

Cette forme d’ouverture à l’autre, qui n’est pas faite d’abandons et de ruptures – pour opposée qu’elle puisse paraître à celles qui sont actuellement volontiers prônées – immédiates, commerciales et oisives - n’est pas paradoxale : Elle est le chemin évident.

De plus, les accès devenus faciles, à une innombrable quantité de sources, le rendent d’autant plus aisé.

Mais là encore – comme en bien des points en France, c’est l’idéologie, imposée en dogme, qui prime et qui est destructrice.

La méthode dite globale de la lecture :

Il s’agit de « regarder des images » au lieu de « lire du texte », puis d’établir et de reproduire une correspondance convenue entre ce que l’on voit et ce qu’exprime l’image.

C’est grosso modo le principe des « hiéroglyphes », lesquels nécessitaient de la part des scribes un travail de mémoire considérable, une grande lourdeur du texte, et aboutissait à une grande laxité dans l’interprétation.

On sait combien il est délicat d’interpréter une image; et combien il deviendra difficile de la reproduire, au moment de passer à l’écriture, si elle n’a pas été finement analysée et mémorisée.

Il est difficile d’en percevoir l’avantage, alors qu’on a la chance de disposer d’un alphabet simple de moins de 30 lettres, qui permet – outre une vision photographique des mots toujours possible – d’en mémoriser l’effet sonore, réel ou même virtuel grâce à la décomposition des mots en syllabes, d’en analyser la structure, etc.

Elle arrête la lecture à l’effet visuel, au détriment de l’analyse sonore et de l’analyse logique.

Elle introduit au monde des « logos » (lire : le pluriel du mot récent en français « logo », en tant «qu’ image », et non le mot grec « logos ») et « du regard en silence », mais elle prive l’apprenant de l’utilisation d’une grande part des « éléments grammaticaux » qui ont produit la subtilité des langues indo-européennes et sémitiques, pour ne citer que celles-là :

·         genres : masculin, féminin et neutre,

·         déclinaisons : 9 cas pour le sanscrit, 5 ou 6 pour le latin, 3 pour le français médiéval, 3 pour l’arabe,

·         les conjugaisons des verbes : temps, modes ou aspects, personnes : 6 personnes pour le français, beaucoup plus pour l’arabe avec duels et genres, et les formes dérivées des verbes.

Collatéralement, alors que, pour le français qui est « génétiquement » une langue syllabique, on a imposé la méthode globale, et qu’on se plaint de l'affaiblissement du niveau dans les classes, on reste confondu en constatant combien – en lieux appropriés - la rigueur d’un enseignement resté  « syllabique » - pour la langue arabe et le Coran par exemple – de l’apprentissage d’une articulation stricte selon les consonnes, les voyelles et autres éléments combinés qui forment des syllabes, de l’usage et de la position de la langue et de chaque organe phonatoire, etc. est parfaitement acceptée avec succès, et même en développement.

On sait d’ailleurs combien, pour la langue arabe, le Coran a une valeur linguistique incontournable.

Chien « savant » : J’ai vu à la télévision une émission montrant combien les animaux étaient intelligents. Qui en eut douté ?

Mais les mises en scène des expériences montraient plutôt les limitations mentales des expérimentateurs !:

Par exemple, on y a montré « un chien savant qui savait lire » !

Le chien avait été dressé - manifestement selon la « méthode dite globale » - à associer « des sons » à « des jouets en caoutchouc » (« Mickey », etc.) sur lesquels était écrit « le mot » du nom du jouet :  L’expérimentateur disait au chien : « apporte Mickey » et le chien apportait « Mickey » etc. : le chien lisait réellement le mot.

Mais quand parmi les jouets l’expérimentateur a ajouté un jouet nouveau sur lequel était écrit un mot jamais entendu ni associé, le chien restait perplexe, avant de réussir finalement en procédant par élimination, ce qui l’obligeait à repasser plusieurs fois en revue tous les autres jouets !

Il n’y avait d’ailleurs qu’un seul jouet « étranger » dont la lecture du nom n’avait pas été apprise.

En revanche, si on avait appris au chien à associer les sons entendus selon la « méthode syllabique » avec des syllabes écrites, le chien aurait pu apporter un « Ca-si-mir » en caoutchouc jamais vu auparavant, rien qu’en en entendant et lisant les 3 syllabes entendues, même sans avoir appris à associer un dictionnaire de mots avec un dictionnaire d’images – toujours en nombre limité d’ailleurs.

Le « Rap » est-il une musique ?

Musique vient de « Muse » : Il n’y a pas de « musique profane ».

« Mousa » [= « Muse » (les 9 filles de Zeus, de Dieu) ; art, chant] ; Mais à côté « Musos » [= « paroles abominable, impures »].

On ne sort du sacré qu’en sacralisant le profane.

Mais double sens de « sacer » en latin [= « pur, sacré » et « impur, souillé »]

Comment le pays de Montaigne et de Descartes en est-il arrivé à l’aversion qu’il semble avoir actuellement pour « la méthode » ?

L’histoire en est connue, mais les causes, sans doute multiples, de sa genèse restent à mieux comprendre.

En résumé, chez nos enfants, c’est – d’abord - l’esprit qu’il faut sauvegarder.

Et c’est se connaître soi-même, qui permet de se soustraire à soi-même, et de s’ouvrir à l’autre.

Le parler intime part et prend tout son sens du parler partagé.

Or aussi quelques prétentieux dans les campagnes, et dans les médias à l’heure où ils se targuent de « folklore régional », prennent quelquefois prétexte de supposées « langues régionales », corollaires de la « régionalisation », et/ou de l’exploitation touristique des « patois locaux », pour entretenir les confusions, avec beaucoup plus de fatuité que ne le faisaient, jadis, des « locaux » illettrés, mais qui « savaient » l’être avec humilité

Le problème est général partout où l’on pense – bien à tort – que la faute sera sans conséquence :

Or la qualité ne s’improvise pas, et les dégâts engendrés pour l’autre n’atteindront guère celui – quand il y a quelqu’un – par qui ils sont advenus :

Réplique habituelle : « on ne peut pas refaire le monde », proférée en général, pour se disculper, précisément par celui qui construit « hic et nunc » ledit monde !

On pense là à des effets pervers de :

o        la perfection des machines et de l’informatique,

o        les abandons qui en résultent :déficits en mémoire et en application, etc. ,

o        Dans le travail, la perte des relations directes, donc de l’estimation du besoin de l’autre et de sa confiance,

o        la réduction des valeurs à l’argent, la croyance stupide en ses possibilités de dédommagements,

o        le culte des prix bas, conjugué à une multiplicité parfaitement inutile.

Tout cela s’enchaîne et se potentialise.

Plus conséquentes ont été d’immenses disparitions grammaticales : Des genres (masculin, féminin, neutre), des déclinaisons (cas nominatif, accusatif, génitif, etc.), des conjugaisons (modes et temps) : Par exemple, les futurs ont disparu à tous les modes au profit de nouvelles combinaisons :(« amabo » est devenu (« j’ai à aimer ») soit « [j’]aimer-ai »).

S’il est clair que le locuteur français ne dit pas du tout la même chose que ses ancêtres latins, celtes ou germaniques, les études manquent des recherches d’explications des évolutions particulières de chaque langue.

Un retour à une complétude, qui a globalement échoué à la Renaissance, serait-il à ré-envisager ?

Mais, on peut deviner l’aversion à quelque idée de retour, qui plus est de retour à une langue savante, et qui plus est à une langue qui fut celle de l’Église, (– on oublie  souvent qu’elle fut aussi celle de Newton!), que développerait un peuple dont la dynamique a précisément toujours été guidée par un irrépressible mouvement inverse.

Chaque langue a son génie ! Mais d’où vient-il ?

Exactement comme on s’interroge sur l’évolution des espèces, comment expliquer les longues continuités dans les orientations de l’évolution des langues ?

Héritage et création, mais aussi constantes trans-générationnelles, « géo-linguistiques », « psycho-linguistiques » ?

Histoire, institutions, psychologie et langue entretiennent des rapports très intimes sur lesquels il reste certainement d’intéressantes études à faire.

 

Note sur la langue française :

d) « Nature /oubli » - « patrimoine/élocution » :

Sous couvert de parler surtout « d’orthographie », on se plaint globalement de ce que notre langue, chaque jour, s’aliène s’altère ou s’appauvrit ?

Parmi les causes, évoquer la perte du patrimoine religieux est devenu comme un « tabou » lequel peut-être s’étend à l’ensemble de la langue latine : Ne nous étonnons donc pas que sa place en soit peu à peu remplacée.

Traditionnellement, à l’alternative « faut-il comprendre pour savoir » ou « savoir pour comprendre », on répondait : « les deux ! ».

Il serait long d’expliquer ici pourquoi.

Mais depuis J.J. Rousseau, lequel écrivait « Plus les enfants apprennent et moins ils savent !... », on voudrait que l’enseignement de la langue fut « naturel », alors que dans le même temps, on rend de plus en plus rares et artificielles nos activités motrices, en épargnant les usages de nos bras et nos jambes, sinon selon un « ‘timing » sportif « performant » soigneusement planifié !  .

C’est exactement le contraire qu’il faudrait faire, car le mouvement est spontané, mais le langage ne l’est pas !

On sait aujourd’hui qu’il n’existe aucune langue spontanée ou naturelle !

Enseigne t on, à la maternelle, notre patrimoine et l’art de l’élocution, à partir de « textes ou « dits » traditionnels » ?

On se passionne maintenant de l’interprétation de dessins, que l’on estime révélateurs de la personnalité – voire de l’histoire même - de l’enfant !

Le « procès d’Outreau » ne témoigna t il pas pourtant - dramatiquement - combien l’interprétation des dessins ne permettait de jurer de rien ?.

On passe un temps considérable à faire des interprétations de dessins multicolores, qui ne révèlent bien souvent que les affects de l’éducateur.

Mais au moindre « soupçon », on parle de « dysfonctionnement de quelque chose ... » et on oriente l’enfant vers les spécialistes, orthophonistes, psychologues, psycho-motriciens, psycho ... !

Sachant que l’origine de notre langue est le latin pourquoi ne l’apprend-on plus ? Pourquoi, au contraire, ne l’enseignerait-on pas dès les premières années ?

A quoi servirait une école qui ne ferait –en moins bien – que ce que l’on attendrait d’un apprentissage à la maison ou en famille ?

Faut-il attendre le niveau terminal pour que l’école trouve enfin matière à dispenser un enseignement autre que celui qui eut du être d’essence familiale ?

Car c’est bien depuis les premières années de l’enfant qu’il faut considérer les problèmes de notre langue et de son enseignement

Faire un constat ne suffit pas. Or il semble que la question du pourquoi ne soit jamais vraiment posée.

 

Note sur la langue française (suite) :

e) Religion et langage : De « l’orphelinat volontaire ».

Pourquoi « les nouvelles passions françaises » pour « les dessins et les psy »  devraient-elles nous faire oublier l’histoire de notre peuple ?

On ne dira jamais assez combien coûta à la France d’imprudentes ruptures : La bataille de « Trafalgar » a été perdue par 37 vaisseaux contre 22 … Les conséquences ne cessent d’en demeurer considérables.

Mais la cause n’en est sans doute pas à rechercher parmi les contingences du 21 Octobre 1805, mais beaucoup plus tôt, dans la « décapitation » de l’amirauté française durant la Révolution depuis 1789 (Cf. les déclarations du ministre de la Marine, conte de La Luzerne lors de sa démission en 1791).

Un « patricide » peut-il ne pas être rendu orphelin par son geste ?

Vers 4 ans généralement, un enfant le comprend déjà, ce qui lui permet d’accéder au contrôle de ses pulsions, jusqu’à les inverser.

Au niveau des faits, La Boétie, ami de Montaigne, s’étonnait déjà de découvrir chez les hommes la recherche de  « servitude volontaire ».

Tout de même, pourrait-on s’étonner de retrouver - particulièrement « réalisée » dans la « mise en acte » d’un certain « génie français » - et de longue date - une recherche « d’orphelinat volontaire », bien au delà des occasionnelles acceptations.

Au delà des apparences, de substitutions en substitutions, c’est évidemment une conséquence du « meurtre du père » (érigé en « désir-écran » en place de la possession de la mère), meurtre que l’on pourrait aussi lire en filigrane dans un culte exclusif de  « fraternité », car il y a bien des façons de parler de « fraternité ».

Dans ces questions, qui nous évoquent les familières conceptions freudiennes du « complexe d’Œdipe » et de « la horde primitive », on rappellera aussi que Freud avouera lui-même n’avoir jamais pu expliquer « le masochisme ».

Quoi qu’il en soit, c’est alors une carence de symbolisation qu’il faudrait invoquer, celle du « père mort » -  que nos anciennes religions avaient relégué, depuis la mort d’Osiris – dans l’univers des justices célestes, et glorifiés sous la forme des « heureux défunts », des « osiris », et des « saints ».

(Cf. aussi notre analyse du mécanisme de la « toxicomanie » (en note */page web 1.htm) qui relève du même champ et des mêmes éléments).

 

En résumé :

Tant d’éclatements, d’explosions, dans l’histoire de notre langue, en devient comme un trait permanent, presque une caractéristique.

Certains fait majeurs  permettent d’étayer notre compréhension, et – qui sait – une inventivité future :

Il y a quelques millénaires se produisit la séparation entre la branche indienne et la branche iranienne d’une langue dite « indo-européenne ».

Il est probable que les langues dites « sémitiques », « proto-arabes », « l’akkadien », partageaient avec elle quelques proximités.

Des langues comme le latin et l’arabe partagent en réalité beaucoup plus de grammaire, de syntaxe, et même de phonèmes et vocables, que beaucoup de gens ne le pensent, déconcertés par les consonnes arabes qui n’existent pas en français et une écriture différente. Le grec ancien aussi avait déjà perdu beaucoup de ses anciens phonèmes.

Mais le « » latin se prononçait « », exactement comme le « waou » arabe.

De la branche européenne occidentale sont issues les langues de l’Europe du nord, anglo-germaniques, et celles de l’Europe du Sud, gréco-latines.

Nul doute que les grecs de l’époque classique apprenaient leur langue en chantant les vers de l’Iliade et de l’Odyssée, comme toute les traditions des aèdes nous le rapporte.

Il en fut sans doute à peu près de même, mais un peu plus tard, en Italie des plus beaux vers latins.

Ces langues ont pu avoir une valeur « religieuse » dans son sens le plus large, unificateur.

Puis survint une commotion culturelle :

C’est contre la domination romaine que s’est constitué le syncrétisme religieux – immense révolution – qui allait devenir le christianisme, même si c’est désormais dans le spirituel qu’il portait à la fois le souvenir d’une « pharaonité vaincue » et les espérances des populations soumises, égyptiennes, grecques et juives principalement, et principalement sans doute à Alexandrie.

Du fait de cette identité nouvelle, une à une, les épopées ancestrales furent alors, sinon perdues, du moins relégués au rang de vieilles production profanes.

Même les hiéroglyphes devinrent peu à peu hermétiques, sinon que les coptes portèrent la mémoire de leur langue grâce aux récitations de textes devenus chrétiens, et écrits à l’aide d’une écriture grécisée.

Puis, lorsque la religion des vaincus gagna enfin le vainqueur, c’est en latin que se célébra le christianisme dans l’Empire. Le renversement aura été total.

La suite, le grand schisme, parfait la séparation entre la Rome latine et la Byzance restée grecque, mais, partout, du fait de l’immense religion nouvelle dans toute l’Europe, la récitation des textes fondateurs, devenue paganisme, était délaissée dans sa fonction de fondement culturel.

Une sorte d’étrange permanence d’incessants rejets nous amena jusqu’à la révolution française, aussi prévisible que l’est l’explosion d’un volcan, c’est-à-dire aussi assurée qu’imprévisible - tout comme dans toute l’Europe occidentale, on rejetait peu à peu le latin, qui était pourtant devenue langue de culture et de religion, même si elle était désormais vouée plutôt à Marie la Vierge Sainte qu’à Didon.

Il en alla différemment dans l’Europe orientale qui conserva le grec, mais, la place de la célébration de ses mythes avait été définitivement perdue.

Tel nous semble être un aspect du génie de nos langues en Europe.

 

Note sur la langue française (suite) :

f) Sur l’histoire des mots :

 « Zeus » (en grec : « Zeus, Dios,  Dia »)  est le mot qui a donné notre mot « dieu ».

« Zeus-père » (« Ju-piter ») est celui qui tient entre ses mains le destin des hommes,  et ce destin ne se joue que sur terre ( clic.)

De même origine est « Dies » qui a évolué vers le français « jour ».

C’est avec le  même mot, mais d’un contenu différent, que les chrétiens « Gréco puis latino-phones » invoquèrent leur « Dieu ». Les chrétiens anglophones usèrent du mot « God »  et les chrétiens arabophones  « d’Allah » .

Je ne sais si un rapprochement étymologique a jamais été recherché entre les noms de(s ?) Jésus et de Zeus (cf. clic). Collusions grecque, biblique et égyptienne ?

Comment surtout expliquer notre étonnante ignorance sur l’introduction et les usages de mots - apparus bien après l’écriture - auxquels on attribue tant d’importance ?.

Ce sont là affaires de vocabulaire.

Une religion pourtant n’est ni un mot ni un dieu.

Et quoiqu’il en soit, la révolution française bannit de « Dieu » ce qu’elle l’en croyait contenir en signifiance de paternité.

Et la révolution laïque fut un phénomène religieux sans cesse à la recherche d’un nom ( clic.)

 

Or dans le temps même où nous faisons le constat de l’obsolescence du verbal en querelles, des technologies nouvelles de l’accès au savoir pourraient frayer les voies d’une réconciliation du passé et nous-mêmes, autant que de nouvelles et fertiles rencontres :

C’est la connaissance qui permet l’entente – ou pour le moins, les choix.

Et comme le rappelle Henry Laurens, quand on évoque le « choc des cultures », il s’agit, en réalité, du « choc des barbaries », car comment des « cultures » dignes de ce nom pourraient-elles se choquer ?.

N’oublions pas que l’étude d’une langue, morte ou vivante, s’accompagne toujours de son cortège d’histoire, de littérature, de pensées, etc.

Mais, en France, la laïcité semble se sentir « menacée » par les « connaissances » sitôt qu’elles ont connotation religieuse. Or bien peu en sont exemptes. Il se pourrait que la tendance en soit très ancienne : (Cf. supra : Descartes contre Newton)

 

C’est peut-être, plus ou moins directement, ce qui explique que dans les établissements publics, il n’est possible d’apprendre le latin que bien tard, et au fur et à mesure que le niveau scolaire ou universitaire s’élève.

Et même des travaux, reconnus de niveau universitaire, concernant les écritures des moines au Moyen Age, suscitent des polémiques déplacées d’ordre purement idéologique (Cf.:« Aristote au mont Saint-Michel : Les racines grecques de l'Europe chrétienne » de Sylvain Gouguenheim  en 2009).

Dans le champ purement linguistique, la langue du Coran est incontournable pour qui veut apprendre la langue arabe, puisqu’elle a valeur « académique » en arabe : mais sa seule lecture semble « déconseillée », au nom de la laïcité, jusque dans les universités.

Pourtant, au « temps de la chrétienté », l'abbé de Cluny Pierre le Vénérable (1092-1156) avait attendu beaucoup des premières traductions latines du Coran, pour apaiser les cœurs, réconcilier les religions et mettre un frein aux « croisades ».

Il n’existait auparavant – comme traduction – qu’une traduction grecque de 16 sourates, traduites vers 830 Ap. J.C.

Il échoua.

Mais, la langue de l’islam est l’arabe.

Inversement, le vocabulaire du Coran fournit à tout arabophone, quelle que soit sa confession, les bases d’un sémantisme simple, mais important, du vocabulaire moral.

Dans le champ religieux, les colloques ne manquent jamais de s’attarder aux dogmes : Les points de dogme qui séparent « l’islam » du « christianisme » sont régulièrement reconnus autour de « la Sainte Trinité » du christianisme, « les hypo-stases divines », trois « sub-stances » d’un seul Dieu, ce qui est inacceptable pour un musulman qui énonce « Dieu est un ».

Ce n’est pourtant qu’une formulation « rationelle » permettant d’expliquer « l’incarnation du Verbe », soulignons-le, ce que ni le judaïsme ni l’islam n’admettent non plus, et qui nous semble en continuité avec la conception pharaonique de la divinité, plus qu’avec celle de « la création du monde en 6 jours ».

Cf à ce propos, notre analyse du mot « logos », « Le Verbe » chez Saint Jean, en note de bas de page in : « La conversion de la Grèce » clic.

·         D’ailleurs il nous semble, pour la compréhension, dommageable de réunir sous la même et unique appellation de « Bible » (= « Le Livre ») :

·         d’une part « la Torah » (= « Ancien Testament »), texte canonique pour le judaïsme, souvent dérivée de re-traductions de « la Septante », texte établi à Alexandrie vers 270  Av. J.C.

·         et d’autre part le « Nouveau testament », recueil de textes propres au christianisme, contenant les « Evangiles reconnus par l’ Eglise » et quelques autres textes également reconnus par elle, mais, bien entendu, non reconnus par le judaïsme.

·         On remarquera, à ce propos que le recueil du « Coran », pour lequel Abraham était « musulman », ne contient cependant pas la « Torah », et énonce même quelques divergences avec elle, de même que, reconnaissant la virginité de Marie, il ne reconnaît pas l’incarnation de la divinité en Jésus fils de Marie.

Mais l’affaire peut paraître bien subtile à beaucoup, et les dogmes, « les faits savants » ne sont pas tout.

Un autre point nous semble tout aussi prégnant car la pratique de tous les jours est aussi importante :

Il réside dans « l’étrangéïté » de l’arabe pour un non arabophone.

Comment demander à quelqu’un, même s’il est parfaitement disposé à l’égard de ce qu’on lui enseigne, de s’exprimer, de partager, de prier dans une langue qu’il ne comprend pas, ni ne peut lire, ni ne peut en prononcer les sons ?

A défaut de les résoudre, on comprendrait infiniment mieux la nature des problèmes posés en parlant de ce sujet.

En privé, la question fait l’objet de mille attentions.

Dans les colloques, on n’en parle jamais.

« L’arabe est la langue de l’islam » : Telle a toujours été le point de vue des savants musulmans.

La question mérite un développement : Au moment de la naissance de l’islam, la question ne se posait pas : La religion est née dans un groupe arabophone, et la révélation de la parole de Dieu a été dictée en arabe au prophète. Le Coran est la parole de Dieu. Il est réputé « intraduisible ». La religion ne s’est pas appelée « islam » dès le premier jour. Le mot « Islam », dérivé de la racine « Salam », « la paix », signifie « pacifié, apaisé, soumis [à Dieu] ». Le Coran prône un retour à la pureté de la religion originelle : Dans le Coran, Abraham est « mouslim », « musulman », c’est à dire « islamisé ».

L’ancien mot français « mahométan », plus précis pour nous, désignait les seuls « musulmans » disciples du prophète « Mahomet ».

Un autre point enfin est souvent mal énoncé : On dit que l’islam ne sépare pas le temporel du spirituel.

En réalité, l’islam fait parfaitement la différence : La question ne réside même pas dans le fait de savoir s’il recommande de mettre le temporel au service du spirituel : c’est le cas pour tout fait religieux et/ou de toute transcendance, mais dans quelle mesure et comment le faire au sein d’une collectivité ?

La « laicité » devait permettre toutes les allégeances religieuses :

Mais au nom d’une  « égalité » n’admettant pas les différences, on interdit de les manifester ...

Et comment les connaître si on ne les montre, ni ne les enseigne ?

Est-ce  là « connaissances » sans lesquelles il n’y a pas de «  libertés » ?

Et comme il n’y a pas « d’esprit dans les droits »,  chacun ayant l’impression qu’à chaque loi s’en oppose au moins une, comment oser  exprimer quelque choix, quel qu’il soit ?

Il ne resterait plus à chacun qu’à taire ou à cacher ce qui lui importe le plus, ou, guidé par sa conscience, invoquer un fameux  «  devoir de désobéissance » ...

Mais comment le justifier ? Retour à la question...

Il est d’autant plus coutumier d’opposer le christianisme à l’islam que l’on les connaît moins, en oubliant, de chacun, les apports en son temps, et plus encore, ce en quoi il y eut partage des sources et des enseignements (Cf.  sait-on « qu’allah » est le nom sous lequel les chrétiens arabophones ont toujours  invoqué « dieu » ? etc.).

Puisse le monde ne plus connaître les divagations meurtrières de l’obscurantisme.

Comment ne pas conter ici l’histoire de ces deux amants, l’un chrétien et l’autre musulman, qui, la vie les ayant séparés et chacun n’espérant plus qu’être, en l’autre monde, à l’autre réuni, craignant que son paradis ne fut pas celui de l’autre, se convertirent chacun en la religion de l’autre ... ?

 

[16] Partage des langues :

1) Répartition :

Pour toutes ces raisons d’ailleurs, « le castillan » ou langue espagnole commune, en raison aussi de sa diffusion mondiale qui ne date pas d’hier, devenue langue de 21 pays de l’ONU, en raison de son potentiel démographiques, en raison aussi de sa proximité de bien d’autres langues latines ou semi-latines, de sa richesse culturelle et de sa beauté enfin, mériterait certainement, autant que l’anglais, voire du français – en dépit de contingences économiques actuellement moins opulentes - de postuler à la fonction de langue européenne partagée.

 

Répartition des langues indo-européennes dans le monde :

     Majorité de locuteurs d'une langue indo-européennes.

     Minorité de locuteurs d'une langue indo-européennes ayant un statut officiel.

    Minorité significative de locuteurs d'une langue indo-européennes sans statut officiel.

 

Actuellement, on en arrive à ce paradoxe qu’un français et un espagnol, pour se comprendre, alors qu’ils partagent, de par leur origine, des langues sœurs, vont devoir tenter de manier avec les plus grandes peines du monde un anglais rudimentaire qu’ils maîtrisent souvent mal.

Dans une conception de politique méditerranéenne de l’Europe, elle paraîtrait déjà familière ou proche à la plupart des locuteurs de la côte Nord de la Méditerranée, et pour une bonne part aussi, de ceux de la côte Sud.

La chaîne de télévision « TVE internationale » vient de recevoir le prix de la meilleure chaîne internationale d’information.

 

Partage des langues (suite)

2) La mer :

Enfin, une citation - qui pourrait paraître ici erratique tant « le public français» est souvent dés-informé des affaires de son pays - nous paraît si importante que nous éprouvons le besoin d’en citer l’extrait : Il s’agit de l’engagement d’Eric Tabarly auprès du gouvernement de jacques Chirac pour le maintien du « Musée de la Marine » place du Trocadéro à Paris.

Eric Tabarly, homme simple mais « gloire nationale » (1931 – 1998) écrit dansMémoires du large », Editions de Fallois, Paris, 1997 :

« … Je monte à Paris le moins possible, … comme dernièrement, quand il a fallu que je me démène pour la sauvegarde du Musée de la Marine. L'annonce par la commission Friedmann de l'expulsion du Musée de la Marine de son emplacement au Palais de Chaillot pour mettre à la place le nouveau Musée des Arts premiers m'a scandalisé.

II était prévu de mettre les collections en caisses, de les entreposer on ne sait où, pendant plusieurs années, en attendant de les installer dans un lieu excentré, trop petit et complètement inadapté : le Musée des Arts africains et océaniens lorsqu'il serait libre. Bref, c'était presque l'arrêt de mort de ce que je crois être le plus beau musée maritime du monde. Ce traitement révoltant n'est malheureusement que le reflet de la désinvolture avec laquelle sont traitées, en France, les questions maritimes.

Le peuple français garde une mentalité trop terrienne. Il a découvert la mer par le côté loisir et il se passionne pour les courses océaniques mais, bien que sentimentalement attaché à la Marine, il reste dans l'ignorance de l'importance stratégique et économique des océans. Il ne faut pas lui en vouloir, personne ne le lui enseigne. Cette éducation devrait commencer dès l'école. Mais aucun manuel scolaire ne souligne que des conflits qui peuvent paraître continentaux ont été gagnés sur mer.            

Si à Trafalgar les Français avaient gagné, il n'y aurait pas eu Waterloo. Si les Alliés n'avaient pas gagné la bataille de l'Atlantique, l'URSS n'aurait pas pu être ravitaillée, les débarquements en France n'auraient pu avoir lieu et les Allemands auraient gagné la guerre.

Nos gouvernements, qui ne sont que le reflet des gouvernés, ont toujours sous-estimé l'importance de la mer.

La Marine nationale est, comme toujours, le parent pauvre des armées et notre Marine marchande, tuée par des syndicats irresponsables et des gouvernements qui ont laissé faire, a pratiquement disparu des océans. Pourtant, un petit pays comme la Norvège possède une des premières flottes marchandes du monde. Il en tire de larges profits et prouve qu'il n'est pas nécessaire d'être asiatique pour faire naviguer des cargos.

Les Français ont donc terriblement besoin d'une éducation maritime. Or ce magnifique Musée de la Marine est un des rares instruments pédagogiques que nous ayons et voilà qu'il allait être pratiquement détruit. »

Comment peut-on, en effet, négliger à ce point notre propre patrimoine, alors qu’il est pour nous comme un véritable « don du ciel » ?

 

[17] Nature du « médicament) :

Pour ce qui est des psychotropes, on retiendra le passage du « pharmacos » (être humain bouc-émissaire pour la guérison collective)  au « pharmacon » (produit-remède pour la guérison individuelle).

Dans le christianisme, « l’hostie eucharistique » réalise une double incorporation symbolique : La présence divine du « Rédempteur des pêchés du monde » est incorporée dans « l’hostie eucharistique » pour être transmise individuellement à chaque croyant, lors d’une communion rituelle du croyant avec Dieu, canoniquement en présence des croyants assemblés.

Puis à l’époque moderne, la préférence, en matière de médicament, tend à privilégier l’action chimique, au détriment du symbole, ce qui n’empêche nullement l’absorption du médicament d’être possiblement rituelle aussi, comme celle de toute substance non médicamenteuse, surtout si elle a un tropisme psychique.

Et, comme il en va de toute chose, toute drogue, à visée médicinale ou non, a ses limites : Si, parmi les divers stupéfiants connus, un quelconque avait pu remplacer l’émotion musicale, il y a bien longtemps qu’il n’y aurait plus de musiciens ...

 

[18] Fantasme et réalisation :

Un fantasme est un fantasme ! Sa formation use de procédés variés. Mais « la réalisation », « toute réalisation » est autre chose, qui use d’autres procédés.

Il est bien évident que le fait de reconnaître des droits et des devoirs à une seule ou quelques personnes, ou à des millions de personnes, change jusqu’à la nature d’une situation.

L’ingérable de la réalisation des désirs peut atteindre les sommets du ridicule et/ou de l’absurde.

Le dramaturge jean Cocteau avait saisi l’absurdité du complexe d’œdipe et de l’inceste.

Réécrivant à sa façon «l’ Œdipe roi », dans une pièce de théâtre qu’il appelle « La machine infernale », il met en scène le dialogue d’œdipe avec la « sphinge » : Œdipe lui confie qu’il cherche à éviter la réalisation de l’oracle funeste en évitant d’épouser sa mère, qu’il ne pourrait pas reconnaître.

Mais la « sphinge » - peut-être un peu jalouse - ne comprend pas vraiment l’attirance d’œdipe pour une vielle femme comme sa mère. Elle lui donne alors une solution bien simple : « Tu n’as qu’à épouser une femme plus jeune que toi ! »

 

[19] « Inceste Etat – citoyen » : Si tant est que l’on considère comme masculine la citoyenneté, ou que l’on outrepasse toute sexualisation et/ou  spécifications d’un complexe d’Oedipe qui a aussi évolué

Car l’apparente « féminisation » de toutes les professions, déjà devenue en médecine « parité dépassée » (hormis la « chirurgie debout »), serait en réalité plutôt une « citoyenneté indifférenciée », plus commodément soumise à une « Providence abusive ».

 

[20] Revendication identificatoire : Nature et culture.

On sait que ces rivalités, de même que la plupart des meurtres individuels, ou même combats organisés, n’ont la plupart du temps aucune motivation alimentaire. L’enjeu est presque toujours « identificatoire ».

Il est quelquefois associé à la recherche de partenaire sexuel, qui souvent n’aboutira à aucune reproduction, mais, là encore, est souvent en rapport avec la thématique oedipienne.

Il serait à ce propos intéressant de chercher s’il y a un lien entre le « complexe d’œdipe » freudien, « réputé  culturel », et la recherche de domination d’un male dans un groupe animal vivant en société organisée, « réputée naturelle ».

Le propos semble riche en développements possibles intéressants.

 

[21] Trop de normes sans cohérence. 

La multiplication des normes est à la mesure des contradictions qu’elles essaient de gérer : Par exemple on déclare que « les libertés démocratiques sont utilisées contre la démocratie » ! etc. 

Caméras et voiles : On se tromperait grossièrement en pensant que notre société est devenue une société « sans tabous » : L’un des plus conséquents est celui de « ne montrer ni les caméras ni les assistants dans le reportage ».

Tels des anges invisibles agitant leurs palmes autour de la divinité, ils arrangent les éclairages, orchestrent les mises en scènes et les passages de studios en laboratoires, aux fins d’étayer les fondements de nos nouvelles croyances.

D‘antennes en satellites, et sur les écrans de chaque maison, les émissions rythment le temps et les fêtes, comme autrefois, au rythme des saisons, de clochers en clochers, l’annonce des célébrations rituelles propageait les anciennes « croyances solidaires ».

Les « media » sont nouveaux, l’électronique y tient de plus en plus de place, les repères ont changés, la sexualité n’est plus la même, ses représentations sont autres, mais un « voile » –comme « arrêt », « écran », « support » de la projection du fantasme - garde sa fonction mobile, entre ce « qu’ici » « l’on ne saurait voir », et « là », ce qu’il faut montrer, pour être « reconnu ».

Mais, comme dans tous les cultes, l’image n’est que l’appel : C’est le texte qui doit guider la pensée. Quand le texte n’est pas dit ou lu, c’est qu’il est supposé appris et connu : « images - no comment ».

Quand les vêtements suscitent le malaise – rien de nouveau en ce que le vêtement soit symbole - comment ne pas comprendre que les véritables questions - de type religieux - se situent bien en amont ?

Et ne conviendrait-il pas, d’abord, de dire la « nature du sujet » ?

On ne voudrait pas que la question fût – en désespoir de cause – versée au crédit des débats – ou absence de débats – des choses « déclarées psychiatriques », car la matière tient plus du moral que du mental : Cela se voit dans son rapport avec la collectivité.

Elle ne gagnerait pas non plus à être subjuguée par le politique.

Il a été entendu dire que le port du « burqa », « البرقع » - ce mot est masculin en arabe - relevait d’une perversion de nature « psychiatrique » ... et d’évoquer le « voyeurisme » ...

Nous entendîmes, il y a un temps, stigmatiser de même façon « les brûleurs de voitures » (naturellement, personne ne songe à se demander « pourquoi » ils font ça !), un prétendu « sida mental » etc.

Le mélange du mental et du moral défie dans ces cas toutes les limitations d’une possible « nosographie ».

La recherche des signes : On se tromperait lourdement en établissant qu’il y ait des « croyances » ou des « comportements » « pathognomoniques » de « maladie mentale ».

Pour la raison que nos 5 sens sont ici insuffisants ou trompeurs, la médecine a depuis longtemps établi la distinction – d’ailleurs devenue trop élémentaire elle aussi - entre « phénotype », « apparence » et « génotype », « racine d’une constitution qui peut ne pas être exprimée et rester voilée ».

On remarquera ici que l’expression des « caractères récéssifs » resterait insensible aux « décrets ».

Plus circonspect était le prudent parlementaire qui, en 1838, craignant pour lui-même de ses propres habitudes agricoles, mettait en garde contre ceux qui appelleraient hâtivement « incendiaires » tous ceux qui mettraient occasionnellement le feu à un champ ...

En définitive, d’ailleurs, le secret de la véritable « liberté citoyenne » ( « politique » et « citoyen » peuvent avoir ici exactement le même sens, un mot étant grec et l’autre latin, et « polis » = « cité »), comme celui de la véritable « liberté morale », l’une et l’autre étant toujours limitées, ne tient-il pas, là encore, dans la distinction, la délimitation, la séparation, l’indépendance de leurs champs respectifs, plus que dans une notion imprécise de liberté dont il faudrait dire quand elle est morale – dans la question des droits de l’homme par exemple, et quand elle est politique, dans les questions dites « citoyennes » ?

La confusion de l’un et de l’autre domaines relève peut-être parfois de duplicité, mais aussi, souvent, de malentendus.

Il faut choisir ! mais, fait important dans le domaine de la morale, on ne peut jamais tout dire avec les mots.

Et chaque mot prend un sens chez celui qui le dit, un autre chez celui qui l’entend, et un autre dans le dictionnaire … aucun de ces champs sémantiques ne coïncident.

Au delà des mots, sur quoi peut se fonder une morale collective ? L’appréhension d’une nature partagée ? un père ? un dieu ? l’homme ? une idéologie ? une révélation ? des aspirations ? des nécessités ?

L’amour?

Enfin, sachons ici que «  la beauté d’une femme » est « dans les yeux de celui qui la voit … ».

 

[22] Note sur la laïcité : Différentes perceptions du mot : une fonction d’absence.

Le « laïc » est à l’origine celui qui n’est pas clerc. De ce point de vue, la permissivité est donc pour lui limitée par sa religion.

Mais, c’est « la laïcité » qui est permissive.

Le mot « laïc » a pris aussi un certain sens de « sans religion ».

Ainsi, un religieux peut s’épanouir dans « la laïcité », sans être lui-même « laïc ».

En fait, on a autant de mal à définir le sens nouveau que le mot « laïc » a pris, que de trouver des différences entre ce que désignent les mots « religion », « secte » etc. dès lors que la règle est de ne privilégier aucune doctrine « officiellement ».

Quoi qu’il en soit, l’acception du terme au sens de « sans religion » pose la question de savoir quels sont les paramètres restant autres que légaux et pénaux permettant au « laïc » de définir sa « solidarité sociale » dans le groupe.

Dans la réalité, la pratique est très différente de la théorie : La théorie laisse chacun libre de ses engagements.

Mais comment se décident-ils ?

Donner à un être humain qui vient au jour la liberté de choisir l’engagement de ses croyances serait aussi irréaliste que lui laisser le choix de ses parents.

On aperçoit ici une nouvelle fois combien l’une et l’autre de ces deux questions sont liées.

Si l’éducation parentale n’est pas, de ce point de vue, efficiente, la place du « corpus religieux » pourra bien rester longtemps « vacante » chez un enfant laissé « libre ».

L’enfant alors « orphelin en religion », comme on peut l’être de père, et, comme le « pupille en religion » d’une nation qui ne l’engagera jamais vers aucune, deviendrait alors mathématiquement « laïc – au sens de - sans religion », « libre », mais presque « ignorant » des choses religieuses, surtout « affectivement », n’étaient-ce les contingences de ses rencontres.

Les parents s’en remettent à la nation, qui dans le même temps s’en remet aux parents …

Telle est la question de la forme – ou de son absence - dans laquelle se déroule celle du fond.

Dans ces conditions d’ailleurs, au temps où, bien au delà des nations, chacun s’interroge sur les limites d’une Europe difficilement réductible à un vocabulaire étroitement géographique, ne serait-il pas plus naturel, pour se définir, de recourir à un ensemble culturel tout aussi décisif, plus vaste et fort ancien, fondé sur des principes moraux - plus souvent partagés qu’il n’est souvent cru – sans être, en vérité, jamais oubliés, et, de fait, plus souvent négligés que combattus.

Pas plus que la langue, les morales ne sont innées, ni équivalentes. Mais une sorte de « mémoire morale », se maintient longtemps chez les peuples.

Les apparences peuvent égarer: Les rites ne font pas la substance, quand, au contraire, en langages différents, on découvre le partage de même valeurs transmises depuis la nuit des temps.

La morale est comme un organisme : Le phénotype en est le visible, mais c’est le génotype qui le conditionne et lui-même et son genre.

Alors, quels rapports décisifs entre ce politique et cette morale, dont nous avons tenté, pour un meilleur éclairage, de théoriser la place de leurs fonctions respectives eu égard à la paternelle et à la maternelle ?

Le choix de chacun est l’acte par lequel il emplit de responsabilité l’engagement qui le construit.

 

[23] Un peu d’humour sur le vocabulaire :

Après la meurtrière « guerre de Vendée », le chef-lieu du département devint « Napoléon-ville », avant de redevenir plus modestement « La Roche sur Yon ».

Les départements de « Seine inférieure, Loire inférieure, Charente inférieure » devinrent « maritimes » pour des raisons psychologiques, dit-on.

Mais on désigne maintenant savamment comme « Afrique sub-saharienne » ce que l’on appelait autrefois « Afrique noire », peut-être sans s’être encore rendu compte de ce que ce « sub » pourrait reproduire comme même situation ... 

Un objectif plus franchement géographique – car ici présent seulement sur un papier « Nord en haut » - aurait du l’appeler « Afrique sud-saharienne », d’autant qu’on ne parle pas « d’Afrique sur-saharienne » ...

Quant au mot « nègre », banni, Cheikh Anta Diop se faisait une fierté de la reprendre à son compte.

Quant à la diversité, maintenant à bon droit recouvrée, pourquoi ne la mentionner que comme venue du dehors ? Car il devrait aussi exister « l’interne », l’intrinsèque, entre tous les gens !

 

[24] « Rationalismes ».

Il s’agit ici du « rationalisme » en linguistique, c’est à dire en matière de vocabulaire, de syllabisme, d’écriture, de grammaire, conjugaisons, de sémantismes, etc.

Toute autre est la disposition « rationnelle » de l’esprit, eu égard aux constructions mentales, par exemple dites scientifiques ou non scientifiques, etc.

 

[25] Chacun doit connaître 3 sens pour les mots qu’il emploie .

Ici encore, conjuguons nos aphorismes :

Dans tous les cas, chacun doit connaître au moins 3 sens pour les mots qu’il emploie :

le sens du dictionnaire,

le sien propre

et celui de son interlocuteur. »

« un bon port d’attache est la condition des grands voyages – et des bons retours ! »

Dans ces conditions, la multiplicité et les variétés linguistiques sont la meilleure des choses, du moment que l’on sait ce que l’on fait et dit, et pourquoi on le dit : On peut bien avoir une – ou plusieurs – langues savantes ; une ou plusieurs langues familières, ou professionnelles, ou pittoresques : A chacun ses besoins et plaisirs dans les langues. Les charmes d’une langue ne sont pas dans l’univoque !

Ici, le totalitarisme linguistique est un frein pour l’esprit : Il n’est pas possible d’avoir une seule langue, bonne à tout faire, savante et populaire à la fois, à l’écrit comme à l’oral.

Il faudrait que chacun puisse « assumer » ce qu’il dit et la façon dont il le dit à chaque moment, sans crainte, et comme il l’entend, afin de parler au plus près de ce qu’il veut dire, compte tenu de ce qu’il suppose de ce qui peut, de lui, être entendu !

En définitive,

Les « langues officielles », connues, partagées, claires, ancestrales, au plus près de toutes leurs sources, même multiples, sans de soi-disant simplifications qui sont en réalité des brouilles, sont en réalité comme des « ports d’attache », rendant possibles les libertés, les découvertes, les productions, et les créations.

Elle sont ce qui permet de s’autoriser à parler librement même si c’est autrement : Dans l’idéal, « proser » n’interdit pas de « versifier », et « rapper » n’empêche pas de lire Cicéron.

Il faut écrire ce que l’on veut dire, comme on veut le dire 

Tout autres sont les problèmes d’alphabet ou de calligraphie : ils peuvent changer les codes sans ne changer rien aux messages, n’ayant rien à voir avec l’élocution, ni orale ni écrite. 

Comment une nation aussi éprise de liberté que la nôtre pourrait-elle sombrer dans un terrorisme linguistique, aux références totalitaires même si elles sont prétendument simplifiées ?

Mêmes conclusions dans tous les domaines : Assimilations aveugles, négations des différences, confusion des fonctions mène toujours au totalitarisme dont l’expression ultime ne peut être qu’une destruction généralisée quitte à réaliser l’inverse des motivations initiales.

La vie se nourrit de diversité, non de rivalités.

 

[26] L’inconscient :

C’est pour répondre à ces préoccupations que Freud mit en forme le concept de « Das Unterbewusstsein », « L’inconscient ».

Freud alla même jusqu’à se poser la question de l’engagement de la « responsabilité du rêveur » dans ce qu’il rêve.

Puis Jacques Lacan de préciser « L’inconscient est structuré comme un langage ».

Et d’ajouter : « C’est parce que tout ce qui est connu ne peut être connu qu’en paroles que l’inconscient est structuré comme un langage ».

La théorisation lacanienne bouleversa maints psychanalystes, et c’est ainsi que naquit ledit « quatrième groupe » qui manifestait ainsi son désaccord profond avec cette position lacanienne.

Et Lacan, citant Saint Jean : « Au commencement était le verbe ... », interrogeait avec humour : « Mais qu’y avait-il avant le commencement ? ».

 

[27] Langues et familles culturelles.

Il est intéressant de comparer le phénomène au devenir de la langue arabe grâce à l’islam (« arabe qoraïchite »).

A partir de situations très comparables entre l’islam et le christianisme au Moyen Age, l’évolution a suivi des modalités de plus en plus différentes.

Le mode d’installation de l’islam premier a été très comparable à celui du christianisme premier.

Mais dans les pays sous occupation byzantine conquis précocement par l’islam (« foutouhat »), et devenus aujourd’hui « nations arabes », les parlers populaires issus de l’arabe sont toujours restés à l’état de « dialectes arabes » et n’ont jamais acquis aucun statut académique.

Le « chassé croisé » n’a pas eu lieu.

Ainsi l’arabe « classique » a-t-il toujours conservé le statut de « langue vivante » et est devenu « langue nationale » de ces nations, en restant apte à re-unifier à nouveaux les parlers nationaux, lors des échanges culturels ou politiques, de plus en plus fréquents, grâce aux médias contemporains.

Le pèlerinage annuel à la Mecque a toujours joué un rôle important dans ces échanges.

On remarquera que les mêmes populations, qui ont été successivement chrétiennes puis musulmanes se sont comportées différemment aux deux moments.

L’évolution des régions du Proche Orient méditerranéen et de l’Afrique du Nord est significative : Ces régions longtemps chrétiennes, héllénisées et/ou latinisées, n’ont jamais adopté de dialecte roman.

Presque indépendamment de toute « donnée géopolitique », les données institutionnelles, culturelles et-religieuses semblent être la seule cause de cet état de choses.

Une seconde fois, lors de la période coloniale, plusieurs langues européennes ont été largement imposées mais ne sont jamais devenues ensuite langues nationales d’aucun pays musulman, et n’y ont jamais fait reculer le sentiment religieux

Il en va au contraire différemment avec les pays antérieurement linguistiquement étrangers au monde gréco-romain, devenus musulmans : Perse (chrétiens nestoriens et mazdéens), Khorasan, Indonésie … qui ne sont pas devenus arabophones.

Les conquêtes ottomanes s’opérèrent, à l’inverse, sans apport religieux : « L’osmanli » ne s ‘est nulle part maintenu. (Cf. « … aucun écolier d’aujourd’hui ne peut comprendre un texte de Mustafa Kemal … » in : « De l’osmanli au turc de Turquie »,  Nicolas Vatin, page 82).

La péninsule ibérique, sans faire exception à la règle, représente un cas passionnant : Très fortement latinisée, trois siècles avant la Gaule, et christianisée, elle bénéficia ensuite, durant huit siècles, du véhicule scientifico-culturel arabophone (comme la Perse d’Avicenne ou de Farabi), sans au contraire ne jamais devenir profondément musulmane ni arabophone, hormis l’actuelle Andalousie, laquelle conserve encore un important fonds linguistique arabe.

Car, il n’est jusques aux grands voyages, part importante de l’économie mondiale aujourd’hui, de n’être affectés par toutes ces remarques :

Bien plus, beaucoup de ces voyages, laborieux ou oisifs, ne sont souvent motivés que par la recherche lointaine de quelque valeur que l’on ne possède soi-même pas … ou plus !

Ces remarques pourraient intéresser tout défenseur de la « francophonie », mais dans un sens qui risque de le surprendre :

Car l’essentiel de la dynamique réside d’abord dans les valeurs véhiculées sous-jacentes à la langue : « sciences religieuses » et « sciences scientifiques », beaucoup plus liées entre elles, d’ailleurs, qu’on ne veut bien l’admettre.

Langues et cultures sont inséparables.

Pour ne rappeler alors seulement ici que : l’Angleterre fut fille de Rome, puis de la France en 1066 ; les USA, doublement - ou bien davantage ; que grâce nous en a été rendue ; que d’autre part l’islam doit beaucoup au christianisme ; aux valeurs d’un Maghreb qui n’a pas toujours porté ce nom ; et que même la langue arabe n’est pas si éloignée de la nôtre.

Dans ces conditions, un ensemble homogène de « valeurs rassemblées comme occidentales » - en réalité, il n’y a « ni Orient ni Occident géographique », mais il y a « un axe de rotation Nord - Sud » - devrait chercher à éviter sa propre implosion.

Ce n’est certainement pas dans une lutte stérile entre valeurs sœurs que l’on conservera au mieux la langue française, nos valeurs, et jusqu’à notre alphabet !

Et nos échanges si prometteurs avec un « prétendu Orient » seront d’autant plus profitables à tous qu’il ne se feront pas en ordre confus.

 

[28] Langue et Science :

Descartes voulait fuir les écritures scolastiques. Mais une langue parlée, vernaculaire ou non, française, latine ou anglaise, n’est pas un langage mathématique.

Les langages mathématiques tiennent leur valeur intrinsèque de leur système propre, que la communication soit absente ou internationale.

Pourquoi ce langage traduit-il si bien les représentations de la nature ?

Quoiqu’il en soit la passage du latin au français ne confère à ce dernier aucun caractère scientifique supplémentaire.

 

[29] Cf. Étymologie unique des mots :

Sanscrit : « Véda »

grec « eidô » (« voir ») et « eidos » (« aspect « et/ou « idée » )

latin « video » (« voir)

français => = « voir » et « idée »

 

[30]  Darwin :

Mais la parole de Darwin n’aura pas été davantage « parole d’Évangile » !

En 1871, dans « The descent of man », Darwin, s’appuyant sur ce qu’il croyait être l’évolution historique, prédisait, pour l’avenir, l’envahissement de la race blanche en raison de sa supériorité. Cf. . :

o        André Pichot : « La société pure de Darwin à Hitler » ; Flammarion ; Paris 2001

o        Jacques Henry : « Darwin méconnu : De l'intuition à l'aveuglement, des sciences naturelles au totalitarisme raciste » ; Éditeur : François-Xavier de Guibert ; Paris 2009

En réalité, on pourra toujours émettre autant d’hypothèses que l’on veut sur « l’histoire du monde » ; tant qu’on ne pourra pas le refaire en laboratoire, il sera bien difficile de vérifier des hypothèses autres que partielles et d’effets limités, quel qu’en soit par ailleurs leur intérêt.

Darwin a pu constater que les fermiers sélectionnaient les races de leurs animaux de ferme, en favorisant certains accouplements choisis.

Ici beaucoup de paramètres contextuels ont leur importance, mais un plus que d’autres - que Darwin semble négliger dans ladite nature - au profit d’une lutte de domination entre les espèces - dont rien ne prouve qu’elle n’a jamais existé : C’est « l’intention de l’éleveur » !

Et s’il y avait une « sélection naturelle » à l’instar de la « sélection artificielle », pourquoi dénier, par principe et par postulat, ce qui y apparaissait comme essentiel, c’est à dire « l’intentionnalité », quelle qu’elle soit, dans une « nature dite sauvage » ?

On ne saurait pourtant éliminer « a priori » que la nature soit prospective, si tant est que l’on en comprenne la dimension dite du « temps ».

Xénophane de Colophon, au VIème siècle avant Jésus-Christ, disait : « si les taureaux avaient un dieu, celui-ci aurait pour eux une apparence de taureau ».

Cette phrase ne pourrait-elle pas s’appliquer aussi à Darwin, jusque même dans la dénégation  darwinienne ?

Car en réalité dans une ferme, derrière le taureau de Xénophane,  il y a un « éleveur ».

Mais Darwin n’en veut pas dans la nature.

Ce qui le conduit à imaginer « une nature » en place de ce qui aurait été un « dieu pour lui-même ».

Mais comme pris au piège de sa propre « croyance  - négationniste », il se croit obligé de réfuter toute « intentionnalité » dans la nature.

Il doit donc conjuguer la « production aléatoire » à la « sélection des créatures les plus adaptées à  la création ».

Dans ces conditions comment expliquer alors le maintien de la « diversité » à coté d’un « évolutionnisme » orienté vers la sélection des meilleurs et, qui plus est, suivi dans la longue durée ?

Réfutant tout « avant prévisionnel », il ne peut tout expliquer dans « l’après ».

Ses principaux attributs de la nature apparaissent donc contradictoires, sans doute parce que grevés de lourdes projections mentales « anthropo-morphiques »– sinon « darwino-morphiques».

En vérité, si personne aujourd’hui n’est capable de fournir une hypothèse cohérente de l’évolution,  le darwinisme pas davantage et « la sélection » pourrait bien être le dernier des soucis d’une nature qui – contrairement à bien souvent l’homme – n’entretient pas tant de rapports de rivalités et d’éliminations.

Au contraire même, l’élargissement de nos perspectives géographiques et animalières ne plaide que fort peu en faveur d’un développement naturel belliciste conforme à de telles projections.

Cf. aussi « Séminaire : Les Ecrits techniques de Freud » de Jacques Lacan séance du 24 Février 1954 : « … M. DARWIN l'a forgé [le concept de compétition pour l’évolution], comme ça, parce qu'il faisait partie d'une nation de corsaires, pour qui le racisme était l'industrie fondamentale.

Cette notion de la lutte pour la vie, vous savez combien sur le plan politique elle est discutable, car la survivance soi-disant des espèces les plus fortes, tout va contre.

C'est absolument le contraire de l'évidence. C'est là une sorte de mythe qui va au contraire des choses.

Tout ce qu'on arrive à fonder sur les zones et les aires d'expansion des différentes formes prouve au contraire qu'il y a des espèces, des points de constance et d'équilibre propres à chaque espèce, et qui ne sont même pas concevables sans la connaissance des mêmes points et aires d'équilibre de l'extension d'autres espèces avec lesquelles les premières vivent, dans une sorte de coordination, même, de mangeurs à mangés.

Mais ça ne va jamais à cette espèce de radicalisme destructeur, pour une simple raison que ça aboutirait tout simplement à l'anéantissement de l'espèce mangeuse, qui n'aurait plus rien à manger.

Au contraire, sur le plan de la vie, il y a une étroite intercoaptation, tout à fait ailleurs que sur le plan de la lutte, c'est tout à fait évident.

Sur le plan humain, il est extrêmement important, parce que nous le faisons, nous, impliquant dans la notion de l'agressivité telle que nous la manions brutalement, sans l'approfondir, la notion qu'il s'agit de quelque chose de cet ordre là, que l'agressivité, c'est l'agression.

Cela n'a absolument rien à faire avec ça. C'est virtuellement à la limite que ça se résout dans une agression, mais dans une agression qui n'a précisément rien à faire avec la réalité vitale, qui est une agression existentielle, liée à un rapport imaginaire.

C'est une vérité absolument essentielle, et qui est une clef qui permet de repenser dans un registre complètement ifférent toutes sortes de problèmes, et pas seulement les nôtres.

Etc … »

Mais nos émissions télévisées animalières violentes et « bê-bêtes » sont en général des traductions de séries nord-américaines (les images cruelles font probablement monter « l’audimat »).

Notons que l’étude de Darwin a récemment été supprimée des programmes scolaires en Corée du Sud.

A propos de ces dites traductions, je ne peux résister à en citer une, dont je n’ai deviné l’explication qu’en réécoutant une seconde fois le commentaire, qui était à peu près celui-ci : «  L’Amérique a été découverte ( !?) grâce à la caravelle et l’invention du gouvernail à l’avant. Etc. » : De quoi faire sursauter n’importe quel marin !

A l’évidence le speeker n’écoutant pas le texte qu’il lisait, avait supprimé la pause après « gouvernail » et avait placé un point après « à l’avant ».

Le gouvernail du navire est bien sûr toujours resté à l’arrière du navire ...

 

 

[31] « Etat de devoir, Etat et justice » :

La qualité ne va pas toujours avec la paucité et, en ce qui concerne les cosmogonies traditionnelles, il n’y avait pas de fracture entre l’ici bas et un au delà plus vaste.

Surtout, pour la religion pharaonique, pour le christianisme, pour l’islam, tous les mondes appartiennent au même seigneur, créateur des mondes.

C’est sans doute là un sens à donner au mot « monothéisme », plus fondamental que les questions des hypostases divines ou du peuplement des cieux.

Ainsi, du fait de la continuité des mondes, le Bien serait d’autant mieux partagé sur terre qu’il se porte bien au ciel.

Que représentent donc tous ces mots ? Avec les embarras de tout langage, ils s’efforcent d’approcher, avec étendue, la dialectique éternelle du « ici, moi-même » / « non moi, ailleurs ».

Les énigmes du verbe n’y sont pas la moindre difficulté.

Mais les nouvelles représentations du monde ont engendré de nouvelles catégories. Les plus spectaculaires métamorphoses concernent certainement les catégories dites « scientifiques » – qui déjouent de plus en plus le « bon sens » traditionnel, à coté desquelles celles de la « morale » et de la « justice » deviennent au contraire héritiers pauvres de la modernité.

Dans le vocabulaire désormais retenu, que trouve-t-on ? On se voue à « l’État de droit(s ?) ».

Grammaticalement, l’expression supporterait plusieurs compréhensions différentes : L’État est-il un droit ? Le droit fonde-t-il l’État ? L’État est-il garant des droits ? …

Mais surtout, bien souvent les droits sont utilisés à l’encontre de ce qui devait les fonder, et que chacun pressent encore comme justice… feue une justice chrétienne.

Et maintenant que l’homme s’octroie l’appropriation du tout, est-ce parce qu’il se sait si incertain, qu’il ne nomme son État « État de devoirs », ou plus idéalement « État de justice » ?

 

[32] Paternel et maternel désignent ici la fonction :

Comme tout au long de ce texte (qui analyse les institutions d’une façon structuraliste), le repère saisit avant tout la « fonction ».

Ici le père indique la « fonction paternelle », laquelle peut être saisie particulièrement au moment du « mécanisme de la symbolisation » de l’objet par l’enfant.

Lire à ce sujet le séminaire de Jacques Lacan ayant pour titre « La relation d’objet ».

 

[33] Ici le « veau d’or » représente « les biens matériels ».

Il ne faut pas moins de toute la colère de Moïse pour faire mesurer la distance qui sépare un « dieu » d’une « chose ». Elle ne va pas d’évidence.

Yahvé est Celui – la puissance - qui doit procurer - quand il le veut – « les biens matériels ».

(NB : Du latin au français, « causa » => « chose » et « cause » (voire « causer, accuser, excuser »), alors que « res, rem, rei» qui signifie « chose » devient en français « rien »).

 

[34] Par rapport à une mise en conformité des décisions en rapport avec la cohérence du système,  responsable de la cohésion sociale (Cf. développement en une autre page).

 

[35] Définir « l’homme » ?:

« L’homme » en tant qu’espèce biologique est défini par les possibilités d’interfécondité naturelle. Elles sont déjà biologiquement dépassées. De plus il est difficile de se limiter aux possibilités naturelles dans une déclaration qui vise à redresser les inégalités naturelles !

Mais, juridiquement, la vie de l’homme a toujours été mal définie : Comment appliquera-t-on les droits fondamentaux aux embryons, aux enfants, aux défunts, etc.

 

[36] « Anthropocentré » :

Qu’on nous pardonne ce barbarisme : Le mot « Anthropos » est grec et le mot « centré » vient du latin. Mais on aurait du mal à dire « centré » en grec,.et le mot « homo » du latin (= « homme ») pourrait évoquer le mot grec « homo » (= «semblable, identique »).

 

[37] Humus :

« Homo » c’est « humus » et « humus » c’est « la terre » - comme « Adam » d’ailleurs.

 

[38] Le CO2 n’est pas le CO :

On parle beaucoup – avec raison - du CO2 (di-oxyde de carbone) pour le réchauffement de la Terre. Les enjeux économiques sont considérables. Mais qui parle de l’air respiré ? Respirer étant nécessaire à la vie, sous peine de mort dans les trois minutes, le sujet mériterait plus d’attention.

Certes, au niveau de nos métabolismes respiratoires, non seulement le CO2 n’est pas un poison, mais, à dose mesurée, il nous est indispensable.

En revanche, le tabac, poison redoutable, est l’objet de mobilisations bien insuffisantes.

Rappel : La nicotine vide les vésicules synaptiques des synapses des nerfs, normalement remplies des neuromédiateurs chargés de la transmission de l’influx nerveux. Cela explique les effets bi-phasiques de la nicotine, connus depuis fort longtemps : excitation d’abord, puis paralysie ensuite, en fait lorsque les vésicules sont vides. Les vésicules sont maintenant visibles au microscope électronique. Expérimentalement les animaux meurent de paralysie respiratoire.

La nicotine est de la même famille que la cicutine, alcaloïde actif de la ciguë, poison responsable de la mort de Socrate, dont la lente agonie a été minutieusement relatée par Platon.

Les goudrons, eux, sont cancérigènes. Il est bien possible aussi que la perte de l’odorat qu’ils engendrent diminue la perception d’autres pollutions.

Le CO (mono-oxyde de carbone), en revanche, inodore insidieux et toxique, se combine irréversiblement avec l’hémoglobine, et l’empêche de jouer son rôle de transporteur d’oxygène.

Les rapports de l’homme avec le feu – et la puissance qu’il en tire – lui sont bien particuliers : Si l’on peut regretter que « le feu » ne soit quelque peu « le propre de l’homme », le « réchauffement planétaire » est dommageable aussi au sens figuré.

Le Coran conte que si « Adam » fut créé d’argile, « Iblis » s’enorgueillit d’avoir été créé de feu.

 

[39] Définitions de l’individu :

On pourrait trouver aussi des correspondances avec les pulsions freudiennes de « l’Éros », qui vise la durée, et du « Thanatos », qui vise l’abolition du temps. On voit surtout combien dans tous les cas, y compris des points de vue de la médecine, de la psychiatrie, de la psychanalyse, il n’y a pas d’individu sans contexte : Le vocabulaire ici est un piège : L’individu n’est indivis que par rapport à lui-même. Sous tous les autres rapports, il n’est qu’une partition.

 

[40] Le droit devenu arbitraire :

Le droit et la raison peuvent aussi, bien sûr, se restreindre l’un l’autre, la psychiatrie arbitrant alors un droit mécanique : « La personne est-elle apte mentalement à avoir le droit ? … » etc.

 

[41] Les « experts » :

Quand le sont-ils ? Certes aux temps d’une expertise, mais, selon d’autres, en permanence, du fait d’une sorte de fonction administrative tacite, ou « socio-administrative » assez ambiguë, liée à leur profession, mal conciliable avec leur fonction thérapeutique, lorsque celle-ci est présente.

 

[42] La Nature

 La racine dite « indo-européenne » « Gen - » donne  => Les mots ayant un rapport avec une fonction « génétique », et verbe latin « (g)nasci, qui signifie : « naître ».

Il est curieux de constater que ce verbe n’existe que sous une forme passive.

Mais le cas n’est pas isolé en latin (comme : « loquor » = « parler », etc.).

Le participe passé en est (g)natus » = « né ».

 « Natura » (pour « (g)natura ») a la forme du participe futur latin en « - urus, a , um » (= « ce qui naîtra »).

Cette forme en « - ura » peut être aussi bien être prise pour celle d’un pluriel neutre, que d’un féminin singulier, seule forme retenue en français. (Le participe futur n’existe pas en grammaire française). On en a fait un substantif.

« Nature » rime avec « futur » (« futurus, a, um » est le « participe futur » du verbe « esse » = « être »).

Ce n’est pas un hasard, mais une construction.

Mais, cela n’est pas une définition : Chaque mot peut être appréhendé à partir de son sens (qui diffère selon « le locuteur », « l’allocuté » ou « le dictionnaire »), à partir de son histoire (vraies et fausses « étymologies »), de ses « emplois », ou même d’un « projet » destiné à orienter les esprits, etc.

La médecine est un point de rencontre entre une dite « nature » mystérieuse non définie et des « conceptions humaines énoncées » que l’on essaie de mettre sous une forme recevable et utile. C’est pourquoi l’on dit qu’elle est « art et science »

Mais « la nature », elle, est-elle « surhumaine », « intérieure » ou « extérieure » à l’homme ?

Et existe-t-il du « surnaturel » ? de l’autre que « l’universel ?

Et s’il est vrai qu’il « y a de l’un ! » (Jacques Lacan), peut-être est-il aussi vrai qu’il « y a du moins un ! », tout comme à la « matière » correspond « l’anti-matière ».

On notera que, sans y prendre garde, quelque supposé athée remarquera que « la nature a bien fait les choses », là où un croyant, observant le même phénomène s’exclamera « la nature est bien faite ! ».

Or ce n’est pas du tout la même chose de dire que « l’homme est fait comme et avec la nature », mais par autre qu’elle ou que lui-même, ou bien que « c’est la nature – dont il fait partie - qui a fait l’homme », voire qu’il s’est fait lui-même.

Ainsi la question de l’engendrement, plus facilement déterminante que déterminée, figure toujours, en sciences comme en religion, parmi les premières : Ce qui naît pourrait-il naître de soi ?

 

Uni-vers :

On ajoutera ici, puisque c’est un peu l’occasion de le faire, que le sens du mot « universel » est « tourné vers le un » (en latin : « uni versus »).

Ce n’est pas celui de conquérir le monde.

Le « un - » invite ici à une compréhension beaucoup plus fine, comme l’envers de ce qui est « dis - ».

Le simple fait d’envisager ces aspects du sens pourrait apporter un certain apaisement à de vains affrontements.

 

Per-version :

On pourrait terminer cette note et même cette page web, en évoquant une autre « version », (au sens premier de « tourner vers »), qui rentre dans notre sujet à plus d’un titre : La « perversion », cette fois.

Comme chacun sait, « per-version » a le sens commun péjoratif de « mal version », mais par un jeu de mots à sa façon, non anodin, Jacques Lacan l’appelait la « père-version », « version paternelle », « tournée vers le père », en soulignant par là une quête sous-jacente, essentielle.

La question de cette acception ressortit bien à un problème actuel. (au risque d’être – à tort - un sujet qui fâche.)

La psychiatrie, on l’a écrit en d’autres pages, (celle de 1838, « dogmatique et/ou administrative », non pas la « psychiatrie-médecine de soins ») avait commencé par là : Il est très instructif de relire les dossiers d’époque.

On y retrouve le diagnostic « perversion morale » donné comme pur et simple diagnostic « médical », y justifiant la motivation préfectorale de « l’internement ». (Rappelons qu’il n’existait aucune autre forme de « placement » que PV et PO en 1838).

Cet énoncé – comme d’autres - contenait souvent une certaine intuition – et même bien davantage. Mais, la procédure même, de la prise en charge, condamnait dans ce cas pratiquement toute « réinsertion » à l’échec ; d’où précisément la réputation d’incurabilité de la maladie, réputation qui renforçait les découragements, et ainsi de suite, en cercle vicieux.

Mais l’interprétation lacanienne de la formule montre combien le sujet reste encore central.

La « version paternelle » est impliquée dans les intimités de chacun (Cf. le lapsus auditif entendu : « noms du cœur »  pour « noms du père»).

Dès que l’on comprend la fonction de la « fonction paternelle » dans notre culture - et son introduction par la fonction maternelle - on comprend immédiatement comment elle est corrélée à la « fluidité » de nos rencontres humaines – du fait des fonctions des pères et des noms - et combien, précisément, sa construction intime et privée en chacun ne peut justement pas rentrer dans les attributions administratives de l’État.

Nous avons écrit : « le père est un contre-pouvoir », ce qui ne résume pas la fonction – ni physique ni symbolique – mais fait partie du rôle « protecteur » du père.

On n’attend pas de l’État qu’il règle les intimités privées de chacun, comme on n’attend pas du médecin particulier qu’il règle les affaires de l’État.

La confusion de l’un avec l’autre ne peut que mener à la disparition de l’un, de l’autre ou des deux.