« Droits, hommes, nature, psychiatrie » 

 

« A priori » (s)  et  réflexions,  pour la cohérence dans une pratique de soins.

 

« Page IV»

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o       Tableaux accompagnant le texte et « documents des déclarations »:

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Résumés 

Vocabulaire 

Préambule 

Systématisation 

Développements 

  1° Démocratie / « droits de l’homme »

  2° Droits de l’Homme / droits des hommes

  3°.Religions : « jugement dernier » / « laïcité »

  4° L’homme dans la nature et le droit naturel

  5° Aires de justice / aires de psychiatrie

Conclusion 

Schéma 

Bibliographie 

 

 

 

 

1.      Haut de page   Résumés de cette page web :

 

Par conclusions :

        Pas plus que toute autre « médecine », la « psychiatrie-médecine de soins », n’a à voir avec la « démocratie », ni du point de vue de la « Science », ni du point de vue de la « relation soignant-soigné ». Par contre, la démocratie, en tant qu’exercice politique, socialement, gère « l’accès aux soins » :

        Mais la chambre des députés inventa les procédures de la « psychiatrie-administrative » moderne en 1838. La démocratie entretient aujourd’hui avec celle-ci une aire de « non-justice ».

        Le respect des « droits de l’homme », lui, est toujours une nécessité des pratiques médicales de soins, afin de permettre l’écoute authentique d’une « plainte » exprimée librement.

        Ces droits et ces soins s’inscrivent et se déroulent eux-mêmes dans une dimension beaucoup plus vaste, aujourd’hui mise en danger, pour laquelle nous développons le concept de « droits de la nature[1] »

 

Par thèmes et développements :

        Les déclarations dites « des droits de l’homme » sont dans le droit fil des « grands textes religieux traditionnels », pour certains à visée « universaliste », de l’Afrique et du proche Orient (Textes des pyramides, Textes des sarcophages, Livres des morts, Torah, Evangiles, Coran[2]).

Certes, sans négliger l’ensemble de la création, au sein de ces religions, les représentations de « l’homme » n’avaient cessé d’affirmer la valorisation de sa supériorité, l’homme étant même le seul à posséder une « âme », dès le christianisme.

Les représentations des animaux, très présentes dans les religions les plus anciennes, s’étaient aussi considérablement estompées dans les religions « modernes ».

Mais, à partir de la fin du Moyen Age, les nouvelles doctrines reçoivent de plus en plus l’empreinte « humaniste » et « anthropocentriste », jusqu’à la proclamation de la laïcité dans la France d’aujourd’hui. (Magna charta libertatum 1215, « Habeas corpus ad subjiciendum... » 1679, Bill of rights 1688, Déclaration des droits de l’homme et du citoyen 1789, Déclaration universelle des droits de l’homme 1948).

 

Aussi, ces doctrines négligeant de plus en plus certaines « pièces » de la nature:

*   d’une part leur « champ d’application » en est-il plus étroit, ,

*   d’autre part le « risque d’accaparement » peut-il en être non-négligeable.

 

Ce mouvement continu aboutit, à partir de « La Renaissance européenne », à la proclamation d’un retour à la culture « gréco-latine pré-chrétienne », et entrera même en conflit avec le christianisme. Dès lors les nouvelles déclarations « à caractère simili- religieux » auront comme caractéristiques nouvelles :

*   L’homme s’étant attribué d’être le centre de la nature, ce mouvement est appelé « Humanisme ».

*   L’homme étant réputé avoir l’exclusivité de « la raison », ce mouvement est appelé « Rationalisme ».

*   L’Europe ayant entrepris de conquérir le monde, sa pensée est réputée avoir une valeur « universelle »

 

Ces doctrines comportent les risque de :

* Oublier que l’homme « fait seulement partie » du monde,  est en échanges permanents  avec les autres éléments de ce monde. Il ne peut le  négliger sans courir à sa propre perte.

* Imposer des valeurs « exportées » qui ne sont pas exportables.

* Privilégier un discours qui fait apparaître les droits avant « les devoirs » ce qui  revient à « construire le toit avant la maison ».

                         * Oublier qu’il est inégal de donner à tous les mêmes droits si  seuls « certains » ont « les moyens » de les exercer.

 

La « classe dirigeante du monde » s’est attribué le soin de rédiger des textes à valeur universelle. Dès lors, ses règles deviennent « La raison universelle » et permettent d’en « exclure » , plus ou moins selon les cas,  ceux qui sont déclarés « inaccessibles » à cette raison ». Peu après la déclaration de 1789, en 1838, la France a conçu un statut de « placement » pour les personnes « dé-judiciarisées » qu’elles a appelées « aliénées ». De ce fait, celles-ci ont été soustraites à « l’égalité en droit » proclamée par lesdits  « droits de l’homme ». La situation pratiquement inchangée depuis, s’étend.  Par un mélange des données qui permet l’inversion des genres, c’est  l’ordre policier qui ordonne ou  répertorie  « les hospitalisations sous contraintes » , et on demande au médecin d’être garant de l’ordre public.

 

Conclusion

                Usage du « rationalisme » 

        Usage de la « psychiatrie »

 

 

 

 


 

 

2.     Haut de page   Vocabulaire utilisé dans ce texte :

 

        La démocratie est une affaire « politique ». Le politique légifère dans le domaine du « législatif ».

        Les droits de l’homme sont une affaire « éthique », « morale », et dont la cible est « l’individu ».

La reconnaissance de la « personne morale » du patient, est nécessaire à l’exercice de la médecine, à fortiori de celle qui est dite « psychiatrique ». Dans ce sens, qui est celui du parler courant, il serait plus correct et concret de parler des « droits des hommes », « de chaque homme ».

        Droits des hommes et de la nature : Il n’en reste pas moins que les droits octroyés à l’homme, par l’homme, conçus dans l’abstraction d’un « Contrat Social » hors de tout repère temporel sont rendus par ce fait presque inopérants et éventuellement dangereux. Il faudrait concevoir « un droit  des hommes et de la nature » décentré de quelque repérage humain, la nature devant être présente à part entière, et conçue autrement qu’un simple « environnement » dont chaque locuteur se vit volontiers comme en étant le centre. Même l’humanité toute entière ne peut prétendre être le centre de la nature. On pourrait alors concevoir une « nature de droit ». La simple évocation d’une telle représentation pourrait apporter des apaisements considérables. (Voir « note de bas de page 1 »).

        La médecine est la science de la santé. On peut y voir, bien que ces divisions ne soient jamais purement séparables, un «versant somatique», et « un versant psychique ».

        La police est l’exécutif chargé d’assurer « l’ordre public » conformément aux lois et aux décisions de justice.

        La justice, le judiciaire est saisissable dans deux directions :

        Le droit, qui est représenté par les lois, est la somme des institutions écrites et orales. Les racines du droit sont donc multiples. Il est évolutif. Nous pensons qu’il est intéressant de regrouper, parmi les racines du droit, au moins deux types de racines dans:

1.       « Le politique »,

2.       et « L’éthique ».

        Le Juste n’est pas le droit. Il n’est pas obligatoirement l’application des lois. Il requiert le « jugement » de celui qui juge ou porte un jugement. Ainsi naît la « jurisprudence ». (Cf. Michel Villey : « Philosophie du droit .»)

En France,  par « le principe de la séparation des pouvoirs » , « exécutif », « législatif » et «  judiciaire » sont en principe séparés.

En ce qui concerne les « droits de l’homme » en France, autant il existe d’indéniables « préoccupations » individuelles ou associatives, autant il n’existe guère, à l’instar des organismes précédents, «d’institution officielle spécialisée », ou de ministère, sinon en sous-division, ayant pour charge précise d’indiquer, de construire, ou de faire appliquer « les droits de l’homme ».

A l’O.N.U., Il a existé la « Commission des Droits de l’Homme », qui vient de clore sa 62ème et dernière session, laissant ainsi la place depuis mai 2006 au tout nouveau « Conseil des Droits de l’Homme » qui nourrit de nouveaux espoirs, et tient sa première session à Genève depuis le 19 juin 2006.

L’O.N.U. remplace depuis 1946 la Société des Nations qui avait été crée en 1920.

La Cour internationale de justice qui siège à La Haye a ainsi succédé à La Cour permanente de justice internationale de la S.d.N.

Enfin, est-ce seulement nécessaire de préciser que les mots changent profondément de sens suivant l’usage et la diachronie du langage :

Par exemple, dans l’usage courant, en dépit de ses sens originaires, « raison » a remplacé « jugement » et le « matérialisme » ne fera, en général, pas tant référence à « la matière », ni aux forêts ni aux rochers, qu’aux « constitutions et productions humaines », et très souvent, à leurs prédilections…

Le vocabulaire est habituellement structuré dans un système oppositionnel binaire. Mais il arrive qu’un même mot pris dans plusieurs sens différents puisse alors avoir différents opposés : Ainsi « raison/tort » et « raison/déraison ». Dans  les thèmes évoqués ici, les mots n’ont généralement que peu d’importance en eux-même.

Tentons tout de même d’en faire le meilleur usage …

 

 

 

 


 

3.      Haut de page   Préambule

 

Les « droits de l’homme » sont un sujet qui, bien que « collatéral » à la psychiatrie, importe cependant pour les soins.

Nous montrons ici et ailleurs que « la médecine » et plus particulièrement encore la « psychiatrie-médecine de soins » ne peut prodiguer ses soins que dans un contexte moral de respect de l’individu, en accord avec la demande de soins, cela en accord avec le principe « des droits de l’homme », même si, comme on le verra aussi,  la médecine devrait certainement aller beaucoup plus loin dans le sens de sa soumission aux principes de respect, et nous voulons parler ici d’un respect beaucoup plus général qui est le « respect de la nature » dans laquelle l’homme n’est qu’un partie en échanges permanents[3] avec l’ensemble, - est-il besoin de le rappeler ?

Rien dans tout cela n’est nouveau d’ailleurs. Pourtant, si pour l’une ou autre cause, méconnaissance, oubli ou négligence, les conditions qui rendraient un  acte de « soin » possible ne sont pas réunies, les meilleures volontés pourraient s’y épuiser.  

Dans ce contexte, qu’est-ce que la Justice, qu’est-ce que le droit ?

Traditionnellement, ,la Justice est réputée avoir une fonction morale pour la collectivité. Dans ces conditions, le droit n’est alors qu’un droit particulier. Mais, progressivement, le concept de « droit » prend le sens d’une fonction de référence de plus en plus étendue, et grâce à un rattachement à Dieu, devient susceptible aussi d’avoir une fonction morale à prétention universelle : « Dieu est mon Droit » dit la devise britannique. La France, elle, conçoit « le Droit Divin ». Mais bientôt, et après 1789 en France, Dieu ne figurera plus dans les références[4]. Dès lors, quel peuvent être la signification et le fondement moral d’un droit ?Pour éviter les pièges du particulier, on a voulu  généraliser l’application du droit en concevant un concept nouveau : celui  « des doits de l’homme ». Mais l’homme peut-t-il être  élevé au niveau d’une valeur à la fois universelle et immuable ? Car enfin, l’homme « éternel » n’existe pas ! L’espèce est en permanente évolution, physique et morale. Il n’y a pas « d’homme-présent-passé-et-futur ». D’ailleurs un tel concept ne pourrait que condamner par avance tout progrès. 

Par ailleurs, il est essentiel de ne pas confondre le concept des « droits de l’homme » et de celui de « démocratie »  (Cf. Notes du texte (note 11)), confusion qu’il est fréquemment donné d’entendre. C’est, au premier chef, la question des droits de l’homme qui nous importe directement ici.

Si l’on confond « la morale » avec « le politique », en effet, les choses deviennent confuses et incompréhensibles.

Or la démocratie est une affaire politique et les droits de l’homme sont une affaire morale. De fait, il n’est pas du tout équivalent de dire :

*   que « chaque citoyen » peut également exercer une fonction politique, comme dans le cas du système politique « démocratique »,  duquel il résultera que « le politique » décidera, par la majorité démocratique, de l’organisation de « tel ou tel système de soins », qui peut être sélectif, que la minorité peut réprouver,

*   ou de dire que « chacun sans exception » mérite un respect total de sa vie et de ses croyances, du fait du système moral des « droits de l’homme », et, partant, a droit à l’accès libre aux soins, comme de ne pas être privé de liberté sans être jugé.  Or, un grand nombre de personnes  « hospitalisées sous contrainte », actuellement, en France,  n’ont ni l’un ni l’autre de ces deux droits.

Enfin, bien qu’il s’agisse de domaines différents, il peut exister des zones de rencontre et des zones de conflit[5], du fait d’élaborations complémentaires mais aussi d’élaborations franchement incompatibles. Pour le comprendre et faire des choix, il importe donc d’analyser avec précision les faits et leurs sens, dont la compréhension est souvent facilitée par l’étude des sources.

Comme la justice est l’émanation, au-dessus de toute autre valeur, d’une conception éthique du monde, celle qui prévaut actuellement étant celle des «  droits de l’homme », mais que l’état, lui, est l’émanation du politique, actuellement représenté en France par « la démocratie », la confusion des domaines mènerait inévitablement à l’accaparement de l’éthique par le politique.

Ce préambule peut être résumé dans le tableau ci-dessous :

 

 

système

Pour qui ?

Quel  moyen   ?

Quel But ?

Quel Résultat ?

Le système politique  « démocratique »

« chaque citoyen »

fonction politique exercée de chaque citoyen

ce qui convient à la majorité démocratique

- l’organisation de « tel système de soins »

Le système moral des « droits de l’homme »

« chacun sans exception »

respect de la vie et des croyances  différentes  de chacun

Doit convenir à chacun, sans exception

- l’accès libre aux soins

- droit de ne pas être privé de liberté sans être jugé

 

Ainsi :

*   La démocratie est un système de nature politique. Et un système politique, quel qu’il soit, n’a que peu à voir avec  « l’acte soignant individuel ». il en va un peu différemment avec «des soins collectifs ».

 

*   Les droits de l’homme sont de nature morale. Aucun système politique n’en a jamais eu l’exclusivité[6]. Leur respect est une condition nécessaire  aux  « soins psychiatriques ». Ils n’y pas d’autres soins psychiatriques qu’individuels.

 

*   La confusion ou le mélange des droits de l’homme avec la démocratie porte le danger de laisser bâillonner ceux-là par celle-ci. (Cf. la conclusion )

 

*    Dans les deux cas l’unité fonctionnelle de base est « l’individu », fait qui impose, en lui-même, un certain nombre de conséquences et de limitations. Mais ni l’individu défini, ni sa fonction ne sont les mêmes dans les deux cas[7].

 

 

 

 


 

 

4.      Haut de page   Systématisation de l’apparition des éléments concernés dans cette étude

 

Aucune société n’a pu faire l’économie d’essayer de répondre aux problèmes essentiels de la vie collective : Qu’est-ce que le temps ? qu’est-ce que la vie ? qu’est-ce que la vie dans le temps ? qu’est-ce que le bien, qu’est-ce que le mal ?

Dans le christianisme, l’instance régulatrice suprême de la société humaine était le Seigneur de l’au-delà. Le système de la justice divine reposait sur les catégories « du Paradis et de l’Enfer », en assurant ainsi le contrôle de l’éternité. La justice terrestre n’était que « déléguée » par « le ciel » (Après être monté de la terre vers le ciel : Cf. Maât).

 

Schéma 1 :

 

Ciel = Enfer et Paradis

Justice divine céleste

 

Terre = pensées et actions

Justice sociale

↓↑ Justice terrestre ( divine terrestre et humaine d’essence divine) :

Cohésion-solidarité sociale (Maât)

L’ennemi n’est pas la mort, mais la faute

 

Des lois, coutumières, écrites ou orales, déterminaient ici-bas les conduites selon le principe de la séparation du Bien et du Mal. Toute difficulté, comme toute rectification « en appel », serait traitée par le Seigneur du ciel.

Depuis la déchristianisation, la justice céleste a disparu du système de régulation officiel. La justice terrestre n’est plus déléguée, mais « autonome ». Elle repose toujours sur le principe de la séparation du bien et du mal, mais, la « topographie » de « l’ici-bas et de l’au-delà » a été remplacée par la dialectique arbitraire de la « raison et de la déraison ». L’au-delà n’a plus d’existence « rationnelle ». La catégorie dite « de la raison » n’en est pourtant pas pour autant définie.

 

Schéma 2 :

 

Ciel non reconnu

= assimilé à l’irrationnel

 

Terre =

pensées et actions

Raison :

Justice humaine terrestre autonome :

↑↓

Déraison

Justice

↓↑ Etat

↑↓ Médecine  

↑↓

Psychiatrie

↑↓Bien

↑↓Mal

Ennemi public =

 

Maladie

Mort

 

La vie terrestre (et/ou, peut-être un jour, aussi extra-terrestre, mais « non - surnaturelle ») subsume tout ce qui est vie dans « le rationnel », assimilé à l’absolu. En place de « la faute », «l’ennemi  public numéro un» est devenu « la maladie et la mort ». 

« Le céleste » est assimilé au domaine de l’irrationnel. Dès que la catégorie pose un problème, elle est, de ce fait, appréhendée péjorativement, et associé à la « catégorie du morbide ».

Dans ces conditions, le domaine des juges, sur terre, devient limité, au champ prédéfini « de la raison ».

Tout ce qui est « autre », assimilé au domaine de « la déraison », appelé aussi « aliénation » parce que « autre »[8], occupant l’ancienne place de « l’au-delà », subsumant de ce fait « à la fois le Paradis et l’Enfer », s’est vu être confié à la toute récente psychiatrie, avec toutes les ambiguïtés que peut comporter la volonté de « se substituer au punir et au récompenser », ici, sans justice définie.

En psychiatrie d’abord, ailleurs dans les conceptions sociales ensuite, la catégorie dite de la « maladie mentale » a alors remplacé la catégorie de la « faute ».

Le thème de « l’incurabilité » dans l’appréhension de ladite « maladie mentale » a même, durant longtemps, volontiers repris en écho la dimension de « l’éternité[9] » qui était celle de la « damnation ».

Pourtant, « L’invention du « Purgatoire[10] », au XIII ème siècle, qui en avait tempéré la durée, en révolutionnant déjà la « conception céleste », non sans conséquences terrestres (Cf. page web 10 : 15ème note environ ), aura aussi porté quelques fruits, puisque le « Purgatoire » a introduit la notion de « récupération », volonté affirmée dans les prérogatives dite « soignantes » de la psychiatrie. A plus d’un titre d’ailleurs, l’invention de ce « Purgatoire » (inconnu de l’islam) peut être vu comme une « tête de pont » dans cette « conquête » ou « reconquête » du système céleste.

Ainsi, alors que le « premier système » était perçu comme un « ensemble » complet composé de deux parts, l’une « terrestre » et l’autre « céleste », ce système entier a été scindé par l’opposition de « l’humain » au «  divin ». Puis chacune des parties a été transformée :

*   par la suppression de « l’au-delà » en tout ce qui concerne un « humain » redéfini par « la raison »,

*   et par « l’appropriation » par et pour « l’ici-bas » de toutes les catégories du ciel.

 

On aura alors compris en raison de quelle filiation la psychiatrie n’a pas été ralliée sous l’égide protectrice commune proclamée sous le nom de « droits de l’homme » (Cf. « L’invention de la psychiatrie » ). Autrement dit, la suppression de l’au-delà a entraîné une révision de l’ici-bas. La catégorie de l’humain d’autrefois a été scindé en deux parts :

*   d’un côté le territoire « de l’humain rationnel » pourvu de « droits de l’homme »,

*   et de l’autre celui de « l’humain irrationnel », relevant de la « psychiatrie », dépourvu de ces droits.

*   Les droits du « non-humain » ont été oubliés.

 

La poursuite de l’évolution pourrait reconsidérer la traditionnelle séparation de la Justice et de l’Etat par l’utilisation d’un « couloir médical »dont la psychiatrie fait déjà « le lit »[11]. Comme l’Etat n’est pas autorisé à intervenir directement sur le cours de la justice, la position occupée par la médecine pourrait alors l’exposer à être utilisée dans une ingérence indirecte (Cf. article 122-1 du code pénal : ) :

 

Schéma 3 :

 

 

 Irrationnel => aucuns droits

 

Terre =

pensées et actions

Raison :

=> droits de l’homme

↑↓

Déraison

 

Justice

 

Etat

 

Médecine

↑↓

↑↓

Psychiatrie

 

↑↓ Bien  Mal

Maladie

 

 

Comme la justice est l’émanation, au-dessus de toute autre valeur, d’une conception éthique des mondes, celle qui prévaut actuellement étant celle des «  droits de l’homme », mais que l’état, lui, est l’émanation du politique, actuellement représenté en France par « la démocratie », une appropriation de la justice par l’état reviendrait à la mise sous tutelle des « droits de l’homme » par la « démocratie ». C’est ce même risque que la confusion des domaines occulterait.

 

N’aurait-on pas simplement recréé, d’un côté avec les « droits de l’homme », un Paradis, et, de l’autre, avec la psychiatrie, un Enfer ?

Que non ! la mécanique est plus complexe !  D’abord la psychiatrie est venue plus tard. Ensuite, en changeant de monde, les choses changent aussi de nature :

En réalité, c’est l’ensemble de la « Providence divine » qui s’est trouvée abolie par les hommes, et « l’Homme » a du désormais devoir assumer lui-même pour lui-même les anciennes attributions de justice de la Providence.

Mais ce « Dieu-Homme », nouveau, c’est quoi exactement ? Il a bien fallu tenter de le définir. Or, toute cette dialectique était celle de la raison humaine. « L’Homme-Dieu » en est venu à se définir lui-même comme « celui qui possède la raison ». Et, en effet, nul n’aurait songé à mettre « un fou » sur un trône, ici celui de l’ancien Dieu !

Car, à peine le trône était-il vide, que « l’on[12] » a voulu s’y installer !

La réalité est que l’ « on - homme » a dit qu’il ne voulait plus « de trône », mais c’est de « Dieu » qu’il ne voulait pas.

Car c’est sa place qu’il convoitait.

Il y a un parallélisme complet entre les rapports « du Tiers-état au roi » et ceux « de l’homme à Dieu ». La transformation des conceptions morales, parallèlement aux transformations politiques causées en réalité par la modification d’un rapport de force, permettait de renverser la « causologie » et de présenter la caution d’une moralité acceptable pour le peuple :

 

Réalité des faits =>

Transformation du rapport de force en faveur du Tiers-état  =>

Modifications politiques  =>

Transformation des références morales  en faveur de l’homme

Réalité énoncée =>

Transformation des références morales en faveur de l’homme =>

Modifications politiques  =>

Transformation du pouvoir en faveur du Tiers-état

 

Ainsi, tout ce qui n’était pas considéré comme « raisonnable » est resté  « oublié », non mentionné : êtres pensés comme dénués de raison, animaux, plantes, roches...

Ici, point d’Enfer, mais regrettable oubli !

L’homme « raisonnable » en arrive alors à considérer comme peu ou prou « surnuméraires », tous les appendices étrangers à l’exercice de sa raison.

Dans la pensée de nos directives modernes, le concert de la nature, en entier, est mis au service du seul «homme dit raisonnable».

On comprend comment christianisme ou islam reconnaissent d’autres ensembles : Non seulement, avec la laïcité, « la raison » est devenue une «référence » en place de « l’âme », avec un champ d’extension différent, mais, le sacré change de sens :

Curieusement alors, se conjuguent désormais  « rationalisme » et « matérialisme », comme étant, finalement, de la « même eau », celle du prétendu « quantifiable ». Mais celui-ci n’a rien d’immuable.

 

Tout se passe alors comme si depuis la Révolution de 1789, « les droits de l’homme » étaient devenus « la clé de l’accès au droit », et la folie, un grand embarras[13].

Mais le Code Pénal de 1810, « tranchant » à cet égard, viendra mettre fin, d’une façon mal comprise, puis mal reprise, à l’embarras.

Dès la première déclaration dite « Des droits de l’homme et du citoyen », en 1789, la redondance approximative dans la désignation de la cible témoigne d’une incertitude. Mais les révolutionnaires ont pourtant « relâché » les « fous ».

 

L’erreur serait d’attribuer l’apparition d’un « Etat de droit rationnel » au retour déclaré vers l’antiquité gréco-romaine, à partir de la Renaissance européenne, puis surtout des Lumières et de la Révolution de 1789.

C’est le christianisme qui a construit les « Etats de droit » européens modernes. Mais ce « droit » était  « chrétien » ou « divin », transmis d’abord par l’Eglise, puis inspiré directement au roi. La France de Louis XIV était un « Etat de droit », mais de « droit divin ».

A la Révolution, le « rationnel » a pris la place du « divin » et le « droit rationnel » est venu remplacer un « droit divin ».

Quant au « droit » romain, réintroduit en France par « les légistes » de Philippe le Bel, il est particulier par sa « forme » et ses « procédures ». Mais il ne devait rien au rationnel, catégorie qui, d’ailleurs n’avait jamais été définie comme telle, ni comme droit, ni encore moins comme  pensée monolithique.

Si le « matérialisme », lui, a existé, depuis Démocrite, le « rationalisme » n’est venu que beaucoup plus tard et s‘est constitué en « opposition » à la « révélation ».

Avec la « philosophie » les grecs avaient cultivé « la sagesse » et avec le « logos », « l’éloquence[14]»,  non la « raison ».

La Modernité n’est pas le retour de l’Antiquité. L’évolution est linéaire, et l’héritage est double.

 

Aujourd’hui, les écologistes s’étant aperçus de certains oublis, concernant seulement, de la nature, ce en quoi elle est « un besoin pour l’homme », n’ont pas encore fait entrer dans leurs « programmes de santé » la « révolution copernicienne » qui permettrait de décentrer les regards, fascinés par lesdites lumières de ladite « raison », et d’en dé-confisquer les termes : Encore centrés autour de « l’homme dit raisonnable », ils n’envisagent donc rien quant aux abrogations ni du 122-1 du Code Pénal ni de la loi de 1990 régissant la psychiatrie.

 

Telles, du moins, furent les volontés des hommes !

Mais le « monde irrationnel » n’a pas été « enclos » par les décrets des hommes : La psychiatrie[15] ne l’a pas contenu !

Il est possible que change le vocabulaire. Les mots « cieux », « dieux », « inconscient », « irrationnel », pourront bien vieillir. Les énigmes de l’inexplicable, pourtant, semblent aussi infinies que les mirages de nos explications !

Certes, la psychiatrie est devenue le champ de tous les espoirs, de toutes les sollicitudes, mais aussi de toutes les tyrannies, car son existence-même défie ce « en opposition » de quoi on l’avait, bien à tort, instaurée: le monde de la justice, et ce qu’il a fonction de pourvoir ou d’instaurer.

Plus exactement, de par sa fonction de procédure sans procès, de reconnaissance en catégories peut-être illusoires, sans repère aucun, sinon les ordres de directives exécutives pures, son débordement en cette opération était inévitable. Pire, cette fonction a fait obstacle à une fonction de médecine normale et soignante.

Mais, au fond, pourquoi vouloir enclore « un monde » dont nul n’a su dire encore de quoi il était fait ?

Qu’ils soient d’essence naturelle, ou surnaturelle peut-être, les mondes irrationnels sont comme cette immensité constellée…

Et, peut-on enclore les vastes océans, ou les espaces infinis, qui les portent, et que l’on ne comprend pas?

Enfin, pourquoi faudrait-il « enclore et opposer », ce que l’on ne comprend pas[16] ?

 

 

 

 


 

5.       Haut de page   Développements (Voir le plan en fin de page web)

 

Introduction : (droits des hommes / nature)

 

La formulation des « droits de l’homme », aujourd’hui entièrement emprunte d’universalisme et d’apparente oblativité, ne peut nous apparaître, à nous qui nous considérons « homme à part entière », au premier regard, que comme un véritable cadeau providentiel.

Certes, la première formulation en 1789 n’était pas encore destinée à tous les hommes.

Mais, par la suite cependant, après moult moutures, les textes s’enrichirent et devraient légiférer aujourd’hui, sur une « civilisation » que l’on voudrait pouvoir croire élevée à un degré historique d’amène sociabilité.

Pourtant, à côté de l’habituelle et séduisante présentation, et à côté des élogieuses déclarations de l’histoire, il peut encore exister aussi une façon inacceptable de comprendre et de « mes-user » des « droits de l’homme ».

Car, il peuvent devenir un redoutable outils de domination et de destruction, sur l’étendue d’une nature qui, jadis pour les hommes était, en tant que « contexte naturellement évident », le lieu implicite de leur champ de validité.

Ce contexte naturel ancien, qui abreuvait en ressources de toutes sortes les fruits de nos acquisitions culturelles ancestrales et de notre patrimoine, existait encore, presque inaltéré, sans même que l’on n’y prît garde, aux temps de ces conceptions.

C’était, pour les philosophes et physiocrates du XVIII ème siècle, le contexte d’une représentation complète d’un ensemble dit « de nature ». Ce contexte est resté longtemps encore après la première déclaration, peu changé et allant plus ou moins de soi, mais devient de plus en plus, sous nos yeux, mis à mal, au point que progressivement son existence même s’évanouit.

Il y a plus : Une approche soigneuse montre un rapport évident entre la perte des anciennes références au licite, et même à la sacralisation, au profit des nouvelles proclamations, et les effets, plus ou moins retardés, du nouvel ordre[17], sur un ensemble d’êtres, de choses et de créatures devenus sans protection, parfois livrés « de pleins droits » à un véritable pillage de la part des mêmes qui sont par ailleurs parfaitement respectueux de réglementations pleinement en accord avec ces « droits de l’homme » déclarés.

Et, plus encore, lorsque quiconque méprise ou dédaigne, par habitude, tel élément de la nature, le mépris, le dédain se développent aussi facilement à l’adresse de ses propres frères humains, car, dans l’attitude de ce qui va de soi vers « l’autre », soit mépris soit reconnaissance il n’y a guère de demi-mesure.

C’est pourquoi, dans ces conditions, la « théorie des droits de l’homme » a bien du mal à jouer son rôle, non seulement « même au prix d’ambitions très limitées », mais, bien plus, « parce que » ses ambitions sont trop limitées !

On ne perçoit la présence d’un bruit familier négligé que lorsqu’il est devenu silence.

De même, jusqu’à il y a peu, nul ne s’était aperçu, de la fragilité des choses de la terre, ni, pour ses humbles hôtes que nous sommes, de la précarité des approvisionnements en nos besoins primordiaux, comme de ceux en airs[18] et en eaux .

Désormais pourtant, la situation ne cesse de se montrer de plus en plus préoccupante.

Ainsi, de la théorie « des droits de l’homme », nous apercevons maintenant aussi bien la nécessité, que l’insuffisance.

En dépit d’une apparente distance, nous étudierons comment tous ces points interviennent d’une façon décisive dans la conception de la psychiatrie.

 

On n’évite jamais trop les confusions, et toutes les questions linguistiques sont importantes, mais, ici, au premier chef, il importera de « re-définir » et « re-saisir » les termes-clés que nous utiliserons. C’est souvent en opposition à un autre concept, dans un couple parfois « amalgamé » à tort, que l’on en concevra le mieux le sens.

 

 

 

 

Haut de page   Démocratie / « droits de l’homme ».

 

 

Vocabulaire : droits des hommes et démocratie.

 

Il est inévitable de cerner l’inférence de la « démocratie » dans notre organisation médico-sociale, pour seulement « rendre à César ce qui est à César ».

Le langage « populaire », par manque d’information historique, et/ou manque d’information politique, mélange souvent « démocratie » et « droits de l’homme ». Mais ces deux concepts n’ont aucun rapport « obligé » entre eux :

 

*   Il est important de retenir que les droits de l’homme impliquent la reconnaissance de la valeur humaine de « chaque individu ». Ce concept est donc important en médecine « humaine », et tout particulièrement en psychiatrie.

 

*  Toute différente, la démocratie, est un mode de gouvernement « politique ». Historiquement antérieure au christianisme, le mot est apparu à Athènes au Vème siècle avant l’ère chrétienne. La démocratie, comme son nom l'indique est « Le pouvoir du peuple » (en grec : « demos = peuple et cratos = pouvoir »). Loin en amont de cette apparition, le prototype élémentaire pourrait en être retrouvé dans le fantasme dit de « la horde primitive », terme par lequel Freud désigne la première organisation égalitaire des premiers fils[19].

     

      La place de « l’individuel » et du « collectif » méritent un développement qui met en évidence quelques résultats surprenants ou paradoxaux :

            Dans un système social, on peut considérer qu’il y a une « unité fonctionnelle » opérante, le moteur du système, et une « finalité » annoncée comme état final attendu ou espéré. Il n’est cependant pas possible de dire que pour « chacun », « la finalité » soit préférable au premier moment vécu. Car, d’une part, il peut arriver que « le voyage » soit préféré à « l’arrivée », et d’autre part, « l’état final » nécessite une projection dans un avenir imaginé que l’on peut tout simplement se refuser à vouloir concevoir.

            Quoiqu’il en soit, l’individu peut apparaître différemment à chacune de ces deux étapes.

            Les mécanismes moteurs opérationnels varient. Il resterait à pouvoir dire si l’altruisme est toujours une « sublimation » de l’égoïsme, ou si l’altruisme peut être premier, voire d’autres possibilités encore de liens ou de rapports. Il resterait aussi à définir ou préciser ce qu’est « l’ego », de même que « l’autre » de « l’altruisme », car cet « autre » n’est pas nécessairement n’importe quel « autre » que « soi-même », ni « tout ce qui est autre ».

            Une appréhension simple montrerait cependant que :

 

            *           Dans la démocratie, l’individu est l’unité fonctionnelle de base. Cet individu est sollicité afin de contribuer à l’instauration du gouvernement du peuplement de « son groupe ». Mais il doit s’effacer devant les intérêts de « la collectivité ». Ainsi, « l’unité fonctionnelle-individu » agit « égoïstement » en votant en fonction de ce qu’il estime bon pour lui, c’est du moins, tacitement, ce qui est attendu de lui, mais le mécanisme démocratique lui impose « l’altruisme dans la finalité », dans la mesure où il doit se soumettre à la décision de « son groupe ».

            *           Au contraire, dans le christianisme, l’individu, en tant qu’unité fonctionnelle de base, doit être d’emblée charitable, donc altruiste, mais comme ce comportement doit lui assurer le paradis pour lui-même, la finalité « paraît » au contraire « égoïste ».

            *           De même, dans le système des « droits de l’homme », en tant qu’unité fonctionnelle, l’individu, reconnaissant ces principes, doit se montrer généreux, donc altruiste. La finalité est conçue comme un altruisme généralisé, quoique limité à l’espèce humaine.

On peut facilement comparer ces données dans un tableau :

 

Système

Etres concernés, par rapport à l’ensemble en jeu retenu

Idée motrice énoncée

Niveau de l’unité fonctionnelle

Priorités finales énoncées

Rapport individu/groupe

Mécanisme apparent

 Rapport individu/groupe

Mécanisme apparent

Démocratie

Le citoyen/unité de peuplement

Droits, honneurs, et jusqu’à la vertu du sacrifice de soi

Choix de chaque individu

Egoïsme

Intérêt de « l’ensemble » du groupe gouverné avant les intérêts particuliers

Altruisme

Christianisme

Le croyant/toute la création

Autre monde : Récompenses et punitions

L’individu agit pour un autre individu et/ou pour le groupe ou la création

Altruisme

Bonheur de l’individu auprès de dieu et des justes

Egoïsme[20]

Droits de l’homme

L’homme/humanité

 

Le groupe protège chaque l’individu

Altruisme

Intérêt et bonheur de chacun parmi l’humanité

Altruisme

 

 

Principes :

La démocratie est dans son principe le « pouvoir du peuple », et de ce fait, dans son expression concrète, le « pouvoir de la majorité de l’instant», déterminant, et qui peut devenir opprimant pour « les minorités », voire pour « l’individu », qui est la forme ultime d’une minorité.

Ce n'est pas le pouvoir « de chacun », sinon le pouvoir, en masse, « de tous ». Les voix des minorités ne sont en général entendues que par « leur représentation », issue (habituellement) de voix de vote, ce qui pose évidemment les problèmes trop bien connus des stratagèmes électoraux incessants, et des représentations. En vérité, l’individu n’est nullement valorisé « en tant que tel », mais seulement en fonction d’un pourcentage numérique, et sa valeur est laissée à l’appréciation du pouvoir de la formation dominante en  nombre. Le nombre est le garant de la légitimité.

Une analyse du système démocratique, ici, nous semble nécessaire:

Autant, en effet, la démocratie est notre quotidien, présente dans toutes les causes de notre vie de tous les jours, et se dépeindrait volontiers, elle-même, dans le monde occidental, comme « le régime politique supérieur », par évidence, à tous les autres, autant les connaissances que l’on en a sont pourtant en réalité souvent rudimentaires, et les analyses et les critiques rares[21].

Cette sorte « d’unanimité qui irait de soi » ne révélerait-elle pas, au fond, un paradoxal désintérêt pour une analyse dont on a le présupposé sentiment qu’elle ne pourrait rien changer, comme il en va, en politique encore, de ces surprenantes victoires électorales sans partage, témoins, en fait, de ce que le candidat était unique ?

Parmi les « problèmes » de la démocratie, il faut relever ici que le principe du « numérique anonyme pur », qui donne la décision à une majorité, massive ou faible, sur quelque sujet que ce soit, est totalement en contradiction avec le « principe des compétences », reconnues par un « diplôme nominal », par ailleurs très prisé chez nous.

Ici, il nous semble que « l’anonymat » ajoute encore en difficultés au problème « numérique », lui-même déjà problématique[22].

Mais en plus de la puissance du nombre, « chacun » a entre les mains, avec son bulletin de vote, une « fonction politique », ce qui implique que « le système démocratique » exige des citoyens un niveau élevé de culture « socio-politique » et si possible, de « dévotion communautaire » qui seule est capable de projeter une société dans la dimension de l’avenir.

Pour être compris, en ce sens, on pourrait dire que, paradoxalement, la démocratie est une « conception élitiste » du peuple !

Si ce n’était pas le cas, les citoyens se « duperaient » mutuellement, même involontairement, et le système sombrerait dans la démagogie, antichambre de la dictature.

 

Fondamentalement, le principe démocratique est un principe « d’alliances entre êtres humains », dans le but de mener à bien une entreprise[23] : Quelle que soit l’ardeur de notre « désir de démocratie », elle est un moyen et non une fin. Ce désir de démocratie est un désir de pouvoir, qui peut-être « légitimé », chez ceux qui la désirent, par la mise à bas d’un « mauvais » régime. Cette attitude est une attitude d’opposition. Elle n’est pas par essence positive. Son  « but immédiat » est de « faire valoir » contre quelque obstacle. Mais la démocratie ne peut pas être en elle-même « un but ultime ». « La démocratie » est par essence « un moyen », pragmatique, autant que « le religieux » est « une éthique », transcendantale . L’alliance démocratique a pour seul horizon « l’intérêt » de celui et ceux qui s’unissent. Il n’y a là aucune oblativité. Il en est de même dans les processus électoraux. Chacun vote dans son propre intérêt à lui-même. A-t-on déjà vu quelqu’un voter contre son intérêt ? Tel est « la règle ». Il en est de même des ministres. Chacun agit dans l’intérêt de son parti, et s’il ne s’y reconnaît pas, il en crée un nouveau. Nul n’agit avec humilité ou désintéressement. Si l’on devait trouver une éthique dans la démocratie, ce serait celle de l’égoïsme le plus farouche, lequel n’a jamais eu aucun avenir collectif lointain. Aussi est-il bien préférable de n’accorder à la démocratie aucune fonction éthique où morale, qu’elle n’a jamais eu pour fonction de concevoir.

Mais l’union ne fait pas toujours la force, et d’autre part, ces alliances ne sont jamais éternelles. C’est pourquoi, de fait, la démocratie contient une « essence révolutionnaire » de transformation incessante[24], qui explique en partie sa grande instabilité.

« Les despotismes », de ce point de vue, par l’absence ou la paucité d’alliances, réalisent l’inverse.

« Les monarchies religieuses » reposent sur une alliance entre Dieu et les hommes. Leurs remises en question ne peuvent alors venir que des hommes, dans une profonde remise en question de cette alliance scellée par la religion.

 

L’important  en tout cela n’est pas seulement le « nom du régime », ni ses références, mais aussi ce qu’il en  est fait, c’est à dire comment il est utilisé. En réalité, les différences entre tous ces régimes sont loin d’être radicales :

Dans la majorité des cas, il y a une allégeance d’un peuple, plus ou moins averti, soit massive, soit organisée. Le champ de la personne élue serait plus restreint dans les oligarchies, mais le jeu des manipulations, et de ses sélections, peut rendre les apparences trompeuses dans tous les cas.

Les passages d’un régime à un autre ont souvent été réguliers et même séquentiels, pour ne pas dire cycliques. On pourrait se risquer à une comparaison avec l’ordre du « vivant » : La démocratie pourrait alors apparaître comme un « système naissant » riche en potentialités multiples. Les oligo - monarchies correspondraient à une « organisation adulte », plus différenciée, moins labile. Comme l’enfant, la démocratie serait condamnée à évoluer ou disparaître. Une oligo - monarchie pourrait en être l’adulte, lui aussi condamné à se transformer ou disparaître, mais, normalement, sauf accident, à durer en vieillissant lentement, jusqu’à son renouvellement.  De même encore, les évolutions vers les formes moins flexibles de la maturité sont habituellement progressives, alors que les naissances sont habituellement d’apparitions soudaines, voire brutales ou violentes. On a d’ailleurs souligné, à ce point de vue, la réussite exceptionnelle du déroulement pacifique de la  « transition démocratique » espagnole, en 1975.

Mais cette construction n’est que conceptuelle. En réalité, même « l’enfance durable », ou « l’éternelle jeunesse », ne répondraient-elles pas, peut-être aussi, à certaines aspirations ?

Quoiqu’il en soit les expériences de « démocratie durable » restent encore fort limitées (la plus durable à ce jour demeure celle des U.S.A.), et l’on n’a guère encore observé de « vieilles démocraties ».

Mais, sans doute, le passé ne se re-produisant jamais, prévoir l’avenir d’un régime, quelle qu’en soit la forme, serait toujours fort hasardeux.

 

Au moment de leur définition, qui n’est pas toujours celui de la naissance, ces régimes se différencient par l’énonciation de leur nature constituée, qui peut être purement humaine, et alors toujours synonyme d’instabilité, ou un complexe d’humanité et de déité, laquelle déité, par son immuabilité dogmatique quand c’est le cas, est alors un certain gage de stabilité.

 

De fait, les structures politiques appliquées réelles, en vérité innombrables, sont généralement mêlées. Ces classifications théoriques ont étés développées par Montesquieu, mais il nous est possible aujourd’hui de souligner davantage l’importance fonctionnelle des développements religieux ,laquelle apparaît d’autant mieux quand ils disparaissent, ce dont, évidemment, Montesquieu n’a pas été pleinement témoin.

 

Dans les démocraties actuelles, parmi les facteurs qui peuvent être décisifs d’un changement de majorité, citons :

*   le système de représentation qui n’est pas directement fonction du nombre des bulletins de la base.

*   les évolution des ensembles ou des apports démographiques.

Il en résulte :

*   un certain culte des stratégies politiques permettant éventuellement à une minorité d’accéder au pouvoir.

*   Que les représentants d’un groupe numériquement majoritaire seront plus volontiers enclins à être démocrates que les représentants d’un groupe minoritaire. (à moins d’appeler « démocratie » ce qui est « droits de l’homme », confusion commune.).

*   un même groupe peut préconiser successivement différents systèmes politiques pour seulement assumer une rivalité concurrentielle.

*   Que les grands ensembles de population deviendront automatiquement des grands ensembles politiques, même à leur corps défendant.

*   Que le système est particulièrement exposé aux concurrences des ensembles homogènes de population les uns par rapport aux autres, le nombre étant au final le meilleur atout de prévalence.

*   Pour cet ensemble de raisons, tel démocrate d’aujourd’hui peut ne plus l’être demain. Ce ne serait là rien d’autre qu’un simple choix de « nature politique » destiné, par exemple, à tenter de préserver au mieux les valeurs de son groupe.

 

Dans la démocratie athénienne, petite, simple, et directe, la question des flux de populations ne se posait pas. Et, pour Aristote, porte-parole de la démocratie athénienne, la démocratie « n’est pas faite pour tout le monde ». Elle n’est surtout pas faite pour les grands empires. Enfin, à Athènes même, les immigrés, « métèques » ( « meta–oikos » de « oikos »= « la maison », terme non péjoratif ) n’étaient pas citoyens[25]de cette démocratie, pas plus que les femmes ou les esclaves. Que peut-on en conclure, sinon que cette démocratie s’adressait, de fait, à une élite, selon une échelle de valeurs exclusivement locale, bien sûr ?

On comprend, finalement, que c’est dans l’homogénéité du peuple d’une « cité », que résidait l’intérêt de la démocratie pour lui. Et chaque cité pouvait alors avoir ou non sa démocratie. Tel a été le visage de l’Attique.

 

Dans le monde de la « mondialisation », les principes demeurent, mais les données ne sont plus du tout les mêmes :

Doit-on alors faire coexister des systèmes divers, ou des démocratie multiples ? Devrait-on construire une seule grande démocratie mondiale, seulement concevable avec une seule grande population homogène ?

 

A Athènes, les citoyens indésirables étaient neutralisés par le principe de « l’ostracisme » : Chaque année les athéniens votaient pour établir la liste des individus indésirables qui étaient alors exilés en général pour 10 ans. « Ostracisé », l’homme alors déchu n’a plus aucun droit. Il n’est plus rien[26]

 

A l’inverse, à Rome, la qualité de « citoyen » a connu une longue évolution et incarné d’autres valeurs.

Finalement, en 212, l'empereur Caracalla déclare « citoyen » tout « homme libre » qui habite l'Empire, si bien que, en 244 après Jésus Christ, Philippe l’arabe a pu devenir empereur romain. Mais Rome n’a jamais connu la démocratie.

Ce « citoyen romain » de l’Empire, encore à l’exclusion des esclaves, mais considéré pour ce qu’il est, indépendamment de son poids politique, représenterait donc une certaine transition entre les valeurs, dans deux domaines différents il est vrai, de la démocratie et des droits de l’homme.

Les historiens expliquent la réalité de cette évolution par les besoins en impôts et les contingences économiques de l’Empire. Il n’est pourtant pas impensable que les idéaux chrétiens aient déjà à cette date pu influencer les institutions de l’empire.

 

*   Démocratie/démocratico-manie

Que peuvent bien signifier encore au XXIéme siècle des principes d’alliances probablement aussi vieux que l’humanité? Certes, beaucoup de choses ont évoluées, sur terre et au premier chef la démographie humaine.

Ce qui est certain, c’est que, si le mot a pour nous 2500 ans, si les principes en ont toujours été connus et certains souvent adoptés et respectés par la Nation française, un simple placage des institutions antiques n’a jamais été durablement envisagé par celle-ci.

Or, à l’inverse, le principe fait partie de la constitution américaine, et n’a été popularisé en France qu’après 1789.

A ce titre, et du fait de l’influence grandissante des Etats Unis en France et dans le monde, surtout au XX éme siècle, le mot démocratie nous est revenu associé, plus récemment encore, à certaines conceptions culturelles séduisantes ou imposées précises, devenues aujourd’hui : libéralisme économique, capitalisme, économie de marché, individualisme, etc…

Le mot impliquerait alors les idées d’une « masse » du peuple et de sa gestion, d’un vaste marché, de distributions « standardisées » à grande échelle etc. Dans ce cas, pourtant, en l’absence d’échanges réciproques entre le distributeur et le consommateur, ces acceptions entreraient rapidement en contradiction avec les principes démocratiques.

Finalement, en raison de toutes ces associations tacites, de « rapports de causalité » implicites, même s’ils restent « non démontrés », le mot a subi une « subduction » sémantique considérable, et son emploi ubiquitaire n’a plus grand rapport avec une référence à sa structure originelle, lorsqu’on assimile « citoyen » à « consommateur » !

On utilise alors le mot « démocratie », avec autant de subduction qu’il y en a dans le mot « faire » lorsque l’on dit « L’été dernier, nous avons « fait » toute la Thaïlande… »

Toute la difficulté d’expression, qui confine parfois à la manipulation perverse, vient alors de ce que le mot possède, simultanément, tantôt encore une pleine signification précise, tantôt n’est qu’une simple évocation « démagogique » de libertés tout à fait étrangères au système.

Finalement, par ce qui est devenu « tradition », il est toujours demandé au peuple, investi de fonction politique, de « voter » pour orienter « la politique de l’Etat ». Mais le pragmatisme décisif qui configure notre nouveau visage social dans la « nouvelle donne » répond à des directives « d’inspiration économique », prises sans la moindre consultation populaire, dont toute possibilité de contrôle échapperait complètement à l’Etat. Le système n’a plus alors de « démocratique » que le nom. Ce type de gestion a guidé considérablement la « transformation de notre système médical » depuis une trentaine d’années.

 

*   Quelques absurdités de la démocratie :

Il est possible que tout vaste système de gestion communautaire suivi « à la lettre » conduise à quelques absurdités. Dans notre « système démocratique », (mais est-ce bien encore de « démocratie = pouvoir de chacun, dont la somme, en masse, constitue le pouvoir du peuple » qu’il s’agit ?), on peut relever :

 

*   Le fait de « vouloir égaliser à tout prix des droits » de chacun, conduirait, par le fait même, obligatoirement, à les additionner, ce qui, à l’échelle de toute la population nationale, deviendrait totalement irréaliste.

La seule alternative devient alors « l’égalisation des interdictions » pour tous, ce qui, nécessairement, alors, entraîne une restriction de certaines libertés qui paraissaient, antérieurement, banales. Ces types d’interdictions imposées peuvent alors être sources de fortes tensions sociales.

(Remarquons ici, à nouveau, combien nous allons avoir à différencier ce qui est démocratie, système politique, de ce qui est « droits de l’homme », système moral !)

Dans ces conditions, il est tout à fait inéluctable que les libertés diminuent sans cesse, et soient même un corollaire de la diversité engendrée par le progrès, qui lui ne se peut arrêter. Cette diminution des libertés devient alors, tout aussi inévitablement la cause de révolutions espérant les rétablir.

Imaginons que les droits de l’enfant soient les mêmes que les droits du vieillard : Cela conduirait à adapter les droits du vieillard à l’inexpérience de l’enfant et à réduire les droits de l’enfant à l’invalidité du vieillard. Finalement il ne resterait plus grand choses. Ceci est une boutade, mais à un moindre degré, c’est tout à fait ce qui se passe, en fonction de l’égalité des droits, et aussi des interdictions pour les personnes âgées de 18  à 77ans. De telles règles peuvent conduire à des résultats stupéfiants.

 

Hommes et femmes

Lorsque Freud avait formulé dans le mythe de la « horde primitive » l’hypothèse du meurtre du père par les fils solidairement unis pour posséder la mère, il n’y avait pas fait figurer les filles.

Peut-être est-ce parce que les filles n’auraient pas voulu participer au meurtre du père.

Peut-être est-ce pour d’autres ou plusieurs raisons.

Toujours est-il que si la pulsion du meurtre du père était le moteur de ce qui sera « sublimé » en pulsion démocratique, ou plutôt « tronqué », puisque seul le mouvement de meurtre en est retenu ,   la démocratie laisse alors de coté 50% de l’humanité.

Pourrait-on alors imaginer une autre version de la horde primitive, mettant en jeu les filles unies dans le meurtre de la mère pour posséder le père ?

On découvre alors une moitié de l’humanité désireuse de faire disparaître ce que convoite l’autre moitié, et inversement !

Dès lors comment l’égalité des droits peut elle être pensée ?

Encore n’est ce là qu’un pensée d’un état de désir, d’attente. Elle ne peut jamais dépasser ce stade.

*       Dans la version masculine du mythe, le meurtre du père est possible. Le partage de la mère ne l’est pas.

*       Dans la version mixte du mythe, plus rien n’est possible, sinon dans un vague travestissement qui nécessite deux falsifications :

*  Réduire l’identification du père ou celle de la mère à celle de parent, en en faisant un pb générationnel, c’est a dire mettant en vant les différences d’age,

*Assimiler les sexes des procréateurs, c’est a dire en les cobnsidérant asexués.

 

Les modèles identificatoires deviennent :

Celui d’un vieillard asexué pour l’objet désiré

Celui d’un enfant asexué pour l’ayant droit au désir

 

La confusion des rôles, aperçue à partir du seul désir, revient à en stériliser tout résultat :

Finalement que l’objet du désir soit ou non détruit, peu importe.

Des lors que le meurtre fantasmatique générationnel est perpètre, que deviennent les droits des enfants ?

Comment donner les mêmes droits aux deux sexes ? Car comment donner des droits sans en prévoir l’exercice ?

On s’attarde quelquefois sur la disparité physique la plus visible, en taille etc.…

Mais la disparité sexuelle la plus profonde est bien sexuelle et fonctionnelle :

Une femme peut donner naissance à un enfant par an

Un homme peut féconder une femme par jour !

 Comment des lors envisager l’égalité des droits pour les deux sexes autrement que stérilisés ?

 

*   Cette remarque peut concerner, entre autres, des pratiques des rites religieux: En respectant également les droits à la pratique de « toutes  les religions » ( pour ce qu’il en serait des « croyances », il y aurait peut-être autant de croyances différentes que d’individus !), on en arriverait à « chômer » un nombre de jours considérable dans l’année.

 

*   A l’inverse, en supprimant ces droits, on en arriverait, à confiner les pratiques dans la « vie privée individuelle », ce qui est justement le contraire du sens de toute pratique religieuse…

C’est donc une affaire impossible ! Mais n’est-ce pas là quelquefois la véritable problématique?

Qu’ont en commun certaines célébrations, sinon d’être fériées?.

Chaque religion a ses obligations : Un chrétien doit aller à l’église le dimanche, un musulman à la mosquée le vendredi, un juif à la synagogue le samedi, etc. Mais un athée a-t-il le droit de prétexter « une absence d’obligations » pour chômer le dimanche, et/ou pourquoi pas aussi le vendredi et le samedi, etc.

Il en va de même pour toutes les fêtes religieuses, et, peut-être bientôt, d’autres fêtes pensées comme « non-religieuses », mais qui sont en réalité, dans un certain sens, tribut à d’autres religions non encore nommées (fêtes laïques, commémoratives, idéologiques, commerciales, etc.).

Ces droits perdent, ici, sinon tout sens, du moins celui de leur fondement.

 

*   L’homogénéisation des individus, peut-être en voie de « clônage mental », comme il est parfois dit, bien avant que le clonage génétique, peut-être rêvé par quelques uns, ne soit encore rendu possible, peut conduire à des confusions :

L’égalité des droits – qui bien sûr ne peut pas être appliquée à la lettre – est quelquefois perçue comme une équivalence des personnes !

Un tri nouveau s’opère alors, et, parmi les plus manifestes des classifications nouvelles, pour des raisons multiples, lesquelles vont du commercial au psychologique, il apparaît ce tri en fonction des « tranches d’âge ». Il se résume alors souvent à des « considérations « d’à priori statistiques » très artificielles », chiffrables, mais en chiffres dont le sens est souvent sujet à débat, et non plus en fonction de données plus traditionnelles et naturelles comme le sexe, ou plus variables comme la langue, ou plus diverses comme la culture. Il y a maintenant pour chaque « tranche d’age », des standards, des schèmes, des risques, des profits à faire, etc.

Mais la transmission de « l’expérience » et de « la réflexion acquise » en souffre.

Il en résulte que, bien souvent, cette démocratie qui devait « réunir » tout le monde, rassemble autant des gens qui ne désirent rien partager en commun, qu’elle peut en écarter d’autres, comme l’adolescent de ses parents, ceux-ci des plus âgés qu’eux-mêmes, etc., confinant finalement chacun plus ou moins dans la solitude, parfois devant une télévision…, n’étaient-ce les nouveaux médias comme « internet », mais les associations qu’ils engendrent formeraient difficilement « une société ».

 Paradoxalement, en raison de recherches identitaires nécessaires et inévitables, se trouvent alors renforcés  divers autres types de regroupements, en clivages communautaires, en sectes, etc. auxquels la démocratie est incapable de se substituer.

 

*   Il nous paraît « à propos » de rapporter, « anecdotiquement », en passant, pour y réfléchir, un fait qu’il serait sans doute imprudent de rapporter à une situation générale: Lorsque « la mixité sexuelle » fut introduite dans les pavillons de psychiatrie, j’ai vu apparaître, la séparation des toilettes « personnel soignant » / « malades », là même où n’était plus assurée la séparation des toilettes « hommes » / « femmes », plus « naturelle » cependant !.Mais ne s’agit-il pas alors, plutôt que de « mixité », de véritable « confusion » ?

La généralisation d’un tel esprit de confusion, quel qu’en soit le dessein des premières initiatives, n’est peut-être pas totalement étranger aux nombreuses réactions distinctives dont nous somme maintenant pleinement témoins.

 

*   La question de la « responsabilité du peuple » semble être une question que personne ne traite jamais.

 

 

La démocratie athénienne jugea  Socrate au moyen de 6000 juges, et vota sa mort prétextant l’« impiété », car à Athènes, « le fondement de la justice » était d’abord dans une « représentativité numérique  issue du nombre et du hasard », du nombre, car un vote valait une voix égale pour chaque juge, et du hasard, car tout citoyen devenait juge à tour de rôle, au cours de sa vie. On peut penser qu’ensuite l’arbitrage de chaque juge, en lui même, n’était plus opération ni du nombre ni du hasard, mais aucun principe transcendantal ne le contraignait.

La révolution française a repris un temps cette idée de la représentativité électorale des juges qui ont été alors élus.

La démocratie athénienne n’éprouvait pas la moindre gène face aux inégalités : Aristote, démocrate convaincu, écrit : « l’esclave est une machine vivante. »

Il faut aussi retenir qu’Aristote n’estimait pas la démocratie comme un régime applicable à tous les peuples : Ce qui est valable pour une « polis » grecque (= « cité ») peuplée de citoyens peu nombreux et homogènes ne l’est pas pour les immenses empires orientaux de populations considérables et hétérogènes.

Ce fait semble évident que si tout citoyen peut avoir un poids et un rôle politique équivalent, un niveau équivalent d’aptitude doit être requis.

Et il important de ne pas mélanger avec les « droits de l’homme », dont l’esprit est d’être applicables à chacun,  quelle que soit la « valeur politique » de chacun, cela applicable à tous les hommes, dans leur immense variété.

Un siècle après sa proclamation, cette démocratie provoqua la chute d’Athènes et sa fin.

Pour nous, français du XXIème siècle, dont la problématique est souvent d’avoir hérité, conflictuelle ment,  de deux cultures, l’une, que nous appelons  « païenne »,  bien qu’il y eut des dieux à Athènes, l’autre chrétienne, il est important de ne pas mélanger les termes : La démocratie ne peut apporter ce qui lui est, pour le moins, totalement étranger.

Les réflexions de cette page, autour d’une mise en place de la possibilité des soins en psychiatrie, ne dégagent en rien aucune position politique. Mais la délimitation claire des domaines impliqués s’impose à la compréhension. Il arrive que l’on entende quiconque vouloir « imposer la démocratie » à la planète entière comme si elle pouvait être un « remède » universel. Le moindre respect d’autrui comme le moindre esprit « démocratique » justement seraient dans le respect de la liberté d’analyses et de choix différents.

 

En conclusion :

*   La démocratie est une fonction politique dont la valeur doit se discuter dans le cadre qui est le sien.

Son plus grand danger est sans doute dans une utilisation inconsidérée du concept à n’importe quel propos.

Le vrai danger résulte de la confusion.

Il faut remarquer que la démocratie n’a pas beaucoup de place dans la grande « société de la nature » : Un loup n’est pas un mouton. Les oiseaux ne chantent pas aux poissons. Dans le même sens, qui est fréquent, lorsque les relations humaines font usage de la force brutale et violente, lorsqu’il y a des agresseurs et des agressés, le principe démocratique serait totalement hors de propos, voire dangereux. Dès lors, ce n’est pas la démocratie qui peut apporter la paix, mais seulement la paix qui peut permettre la démocratie.

*   La relation soignante est asymétrique :

Les notions mathématiques de comptage, sur la base du poids du nombre, avec une représentation égale et une valorisation égale de chaque voix, qui représentent les principes fondamentaux de la démocratie n’ont pas grand chose à voir avec les problèmes rencontrés par la médecine[27], et particulièrement par la psychiatrie, pratiques qui sont confrontées à la grande variété, et souvent à l’unicité, des désirs, des demandes et des besoins de chaque patient.

La « relation soignante », médicale, fondée sur l’espoir et la confiance, toujours asymétrique, ne doit rien à quelque principe « d’interchangeabilité des rôles » qui soit.

*   La science n’est pas politique :

L’instruction populaire est une nécessité urgente, quand des progrès immenses restent à accomplir dans le domaine des connaissances en matière de santé. Ceci, pour le moins permettrait l’accès à un langage partagé dans la relation soignante. On reste souvent horrifié quand on constate le degré d’ignorance des fonctions de base du corps humain, puis de ses relations avec la nature et aussi de sa parenté avec elle.

*   La santé a besoin d’une gestion stable à long terme.

Enfin, par principe, la démocratie doit permettre des changements incessants. Ces changements ne sont que de gestion. Mais dans leur acception biologique, les personnes, elles, demeurent. Aussi, la médecine en accord avec la durée de la vie humaine, et même de ses générations, dans un domaine qui n’est en rien politique, privilégie la stabilité. Les soins prodigués à l’enfant, aujourd’hui dès avant sa naissance, engagent un avenir qui peut durer 100ans.

Le problème de la durée est crucial,

*   aussi bien au niveau du « recul expérimental » devant garantir l’absence de toxicité d’une pratique ou d’un médicament,

*   que de « la durée des effets bénéfiques » d’un traitement.

Ces deux points peuvent entrer en conflit avec les logiques économiques de profit immédiat.

 

Il en va très différemment avec le « principe des droits de l’homme ». Qu’en est-il donc exactement ?

 

 

 

Haut de page   Droits de l’Homme / droits des hommes.

 

*   Définitions.

L’objet du concept est « l’homme en tant qu’individu ».

Cela s’explique par ses filiations et son élaboration.

L’expression formulée en 1789 apparaît dans le contexte d’une déchristianisation et de remise en question de la place de Dieu dans le fondement des institutions. C’est tout simplement « l’Homme » qui aspire désormais à prendre la place de Dieu.

L’expression formulée en 1789 est celle « des droits de l’homme et du citoyen ».

Il est clair dans cette expression complète que l’homme y figure dans son existence comme entité générale, voire abstraite, à la place que Dieu occupait antérieurement, et que c’est en tant que « citoyen » que l’homme est représenté dans sa dimension individuelle.

Ainsi, les droits dits humains n’existent pas encore pour les non-citoyens.

1.      En somme, les « droits de l’homme » correspondent alors, autant que faire se peut, aux anciennes promesses de subvention du christianisme désormais descendues sur terre,

2.      tandis que les « droits du citoyen » réintroduisent la répartition des valorisations individuelles propres au monde gréco-romain.

Mais est-il possible de tout s’approprier aussi facilement, même au simple niveau d’une déclaration, aussi bien dans le profane que dans le sacré ?

1.      Dans le profane, la question de la citoyenneté s’oppose à l’universalisme. Elle disparaîtra.

2.      Mais dans le sacré, la question est plus délicate encore :

Nul n’avait jamais imaginé le Bien sans le Mal, Dieu sans le Diable, un Paradis sans Enfer, et, désormais, qui allait assumer la représentation de cette part maléfique dans le sacré,?

Car sans cette part, comment le concevoir ?

Dans le langage ordinaire, comment définir le « chaud » sans le « froid » ?

Certes, la question n’est pas nouvelle ? Platon avait déjà excellé dans les réponses. Mais Platon, peut-être à cause de sa très élitiste « Politéia », n’a su inspirer nos héros

Or, bien sûr, le concept promu à soutenir « le nouvel Ordre », celui de « l’Homme abstrait idéalisé comme un Dieu », ne pouvait naître souillé.

Car la moindre « suspicion » d’imperfection entraînerait la désobéissance, la débandade, l’écroulement du système : Le mythe doit rester pur.

La recherche d’un adversaire, d’un « Ennemi du Bien », d’un « Ennemi de l’Homme », même, s’est alors inscrite comme une nécessité permanente.

L’ennemi sera stigmatisé, autant que traqué, sous toutes ses formes.

Nous avons déjà indiqué dans quelles directions il a été recherché, à l’intérieur, comme à l’extérieur :

A l’intérieur, « l’homme déclaré sans raison » devient un gêneur dérangeant, ou, même, inversement.

A l’extérieur, c’est le sauvage : C’est la naissance du devoir de « Civilisation ». Il n’est pas éteint.

Rousseau défendra toutefois le bon sauvage, et se plaindra de l’Ecole : « Plus on apprend à l’enfant, moins il sait !»..

Mais « l’enfant sauvage » est retrouvé sans langage, blotti, apeuré et bardé de cicatrices. Alors c’est en l’éduquant qu’Itard s’efforcera de valoriser Victor de l’Aveyron. Mais l’entreprise, artificielle, échouera.

 

*   Vocabulaire.

De toutes façons, la « déclaration des droits de l’homme » a très rapidement été remaniée, dans plusieurs directions, et, cela, dès le cours de la Révolution elle-même.

Finalement, elle réapparaît en 1948, plus courte, sans la notion ségrégative de citoyenneté, et « mal dénommée », puisqu’elle reprend, dans la formulation de son expression, l’homme dans son abstraction, mais pour désigner, en fait, l’individu concret, et vise à l’extension universelle de son application.

En français, l’expression devient malheureuse, car elle ne correspond plus du tout à son objet. En anglais (« human rights »), comme en espagnol (« derechos humanos »), l’expression est plus nuancée, sans pour autant correspondre exactement à l’objet de son contenu, qui vise tous les individus pris un par un, quelles que soient toutes les difficultés qui résultent de leurs confrontations sur un mode juridiquement égalitaire.

 

 

*   L’homme libre devenu esclave de lui-même ?

Les deux déclarations les plus fameuses, celle de 1789 en France, et celle de 1948 à l’O.N.U. sont dans la continuité d’une évolution.

Ces deux déclarations sont, pour la première, une « déclaration de droits et de devoirs », et pour la seconde, une « déclaration de droits seuls ».

La première est proclamée sous les auspices de « l’Être Suprême », la seconde sou les auspices de « la foi »en « l’homme » (Cf. les préambules annotés sur la page web « tableaux »).

Ces droits sont, dans la réalité, des droits acquis. Mais il est intéressant de remarquer, ici, que dans le principe, la distinction entre « droits conquis » et « droits octroyés » s’estompe, puisque ces droits sont le fruit d’une « dialectique » ou d’un « dialogue » voire d’une simple « consultation » de l’homme par lui-même !

*   Qui donne à qui ?

*   C’est « l’Homme » élevé en valeur transcendantale qui donne à « chacun des hommes ».

*   Mais qui est cet Homme élevé en valeur transcendantale ? Sont-ce « tous les hommes » ?

*   L’homme parle « au nom de l’homme »…

Finalement, une sorte « d’essence principiale de l’homme » (tout aussi indicible que celle de « l’Etre Suprême » l’était), rédige une sorte de Constitution à usage universel, appelée « droits de l’homme », qui élève une sorte d’immense concept démocratique à un niveau transcendantal.

Mais nous avons appelé plus haut la démocratie « moyen pragmatique », en montrant qu’elle n’avait pas de transcendance, à moins de ne vouloir « qu’administrer pour administrer », comme on fait de « l’art pour l’art ».

Nous avons montré que, sitôt sorti du champ limité qui est le sien, l’extension abusive du concept conduit à en dénaturer tout le sens en lui donnant volontiers un visage opprimant .

On remarquera déjà combien le ton de la Charte de 1948 est catégorique : Elle parle de « foi », énonce des dogmes, et ne laisse aucune place a une autre conception du monde pour « tout homme » des peuples des Nation unies. La « Déclaration Universelle des Droits de l'Homme » devient « comme l'idéal commun à atteindre… ».

L’homme est bien le maître de l’homme.

La raison en est encore une fois dans la différence entre « la politique d’un peuple » et « les libertés d’un individu » :

*   En politique, un peuple est « représenté » par des représentants qui parlent en son nom.

*   Mais, si les droits de l’homme sont pour chacun des droits aux « libertés d'opinion, d'expression, de pensée, de conscience et de religion », comme l’indiquent les art 18 et 19 de 1948, qui peut dès lors parler à sa place sur ces engagements :

 

 

Préambule :…Considérant que dans la Charte les peuples des Nations Unies ont proclamé à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité des droits des hommes et des femmes, et qu'ils se sont déclarés résolus à favoriser le progrès social et à instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande….

 

…proclame la présente Déclaration Universelle des Droits de l'Homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations

 

Article 18. Toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion

Article 19. Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression…

 

On prend aujourd’hui de plus en plus mesure des risques de certains nivellements par le bas, au nom de nivellements égalitaires.

Dans ces conditions, ne serait-il pas à craindre aussi que l’heureuse abolition de l’esclavage ne s’accompagnât toutefois d’un autre joug, plus généralisé, celui des idéaux d’un groupe humain dominant, comme il en va, à tour de rôle, en démocratie ?

Sachant enfin qu’en maintes occasions le plus grand ennemi de l’homme, pour l’homme, a été l’homme, comment pourrait-on se satisfaire d’une constitution destinée à l’homme, écrite par l’homme, sous l’égide de l’homme ? Même si l’auteur de la constitution tombe sous les propres coups de ce qu’il écrit, sachant que l’homme, ne serait-ce que par bêtise ou ignorance peut être son propre ennemi, qu’est-ce qui pourrait en garantir le bien-fondé pour tous, lorsque le nombre n’est pas une garantie ?

On comprendra aisément que d’aucuns puissent trouver insuffisantes ici les garanties, et eussent préféré une autre égide, de plus vaste acception.

On aurait voulu espérer d’un « système moral » qu’il puisse nous protéger des absolutisme d’un système politique, mais est-ce possible si l’on conçoit l’un comme la transcendance de l’autre ?

Pour nous qui avons adopté le principe de la séparation l’Eglise et de l’Etat, en 1795, puis de nouveau en 1905, au titre que l’une est l’émanation d’une transcendance, et l’autre l’émanation d’une gestion politique, il est simple de comprendre que la séparation des « droits de l’homme » et de la « démocratie » devrait être aussi du même ordre. Est-ce possible ? Et plus encore, est-ce suffisant ?

 

 

*   Conséquences.

La disparition de « l’homme abstraction suprême », aux prérogatives divines d’organisateur prévoyant, engendre de nombreuses conséquences :

La notion d’espèce disparaît, au profit de celle d’individu.

La conservation de l’espèce n’est plus une préoccupation.

La nature ne reçoit aucune protection.

L’harmonie entre l’homme et la nature est totalement oubliée.

 

*   Au total, la notion s’applique uniquement « aux relations des hommes entre eux » et aux limitations aux traitements qu’ils sont susceptibles de s’infliger entre eux dans leurs rivalités.

Les « droits de l’homme » sont devenus « les droits des hommes », sans qu’aucune « transcendance » au-dessus d’eux ne soit prévue, voire, tout simplement, ne soit possible, pour garantir la justesse de leurs définitions.

Enfin, nous le reverrons la question ainsi aboutie des « droits de l’homme , entendue comme valorisation de chaque « individu un par un », dans une grande mesure, s’oppose en cela à la démocratie qui, elle, vise à la sélection « d’une majorité  définie par sa masse »

 

Le principe issu de la  croyance religieuse en un  {jugement individuel}dans l’au-delà, pour chaque homme, dont l’âme est faite par Dieu à son image en transférant le problème des rétributions et des peines dans un ailleurs permettait d’en faire l’économie ici-bas. La question de l’oppression de l’individu s’en trouvait, à tort ou à raison, soulagée de deux façons :

*   d’une part car la vie terrestre n’était qu’une petite étape de la vie humaine :

*   La terre n’était pas le terrain naturel des préoccupation individuelles.

*   Le sentiment de « cohésion sociale » s’y trouvait donc renforcé.

*   Dans la monarchie de droit divin, le droit français était un droit « délégué » par Dieu au roi.

*   d’autre part la certitude d’une « justice  parfaite » dans la vie future et éternelle permettait : 

- de favoriser l’accomplissement  sincère du devoir dans le comportement intime de l’individu,

- de souffrir les « injustices » humaines dans l’attente d’une réparation, 

- et donc sur terre d’éviter un certain nombre de manifestations quérulentes.

*   Comme le salut de chacun est dans le bien fait à l’autre, chaque fois que la pulsion égoïste s’accroît, elle se transforme en préoccupation altruiste[28].

Ce genre de mécanisme, celui d’un « transformateur de l’égoïsme en altruisme », en fait, est probablement indispensable à toute famille et à toute société, et à la base même de toute possibilité de vie sociale. Toute la question est de savoir comment le reconnaître et le fonder pour l’expliquer aux enfants  et qu’il fonctionne longtemps. Le christianisme est une façon de le faire. 

 

 

 

3°. Haut de page   Religions : « jugement dernier » / « laïcité ».

 

*   Christianisme.

Historiquement, le christianisme premier, opposé à l’esclavage, fut porteur du message de la « valeur sacrée » de chaque être humain, message réitéré ensuite dans les déclarations des « droits de l’homme », mais aussi de la « valeur sacrée de toute créature », et de « toute création de la nature », en tant qu’œuvre de Dieu, messages non repris par les déclarations des « droits de l’homme », mais repris par « les mouvements écologistes », depuis Jean-Jacques Rousseau au moins.

De fait, le christianisme a été un mouvement de lutte contre les oppressions sociales et les ségrégations de classes sociales, message repris par le communisme avec Karl Marx, ancien séminariste. Il est vrai que le communisme doit d’abord beaucoup à Platon (Cf. « La Politéia »), mais on notera que d’une part Platon fut pour la Grèce  « un éminent transmetteur » de la civilisation de l’Egypte ancienne, à laquelle le christianisme doit tant, qu’il  prêchait l’immortalité de l’âme, point non repris par Marx, que, enfin le christianisme lui-même doit à Platon peut-être plus qu’il n’est habituellement reconnu (Cf. {« la passion de Socrate » : 3°-2} dans laquelle on pourrait déjà pressentir « la passion du Christ »).

Il est à noter aussi, ce qui est fort important eu égard « aux droits de l’homme », que l’église a toujours été hostile à l’esclavage, et l’on pourrait citer ici, au XIXème siècle, l’apostolat des « missionnaire » et l’engagement du pape Léon XIII particulièrement.

La valorisation chrétienne de « l’humilité »  fut entendu longtemps, puisque 1000 ans après la naissance du christianisme, selon le chroniqueur Joinville, le roi Saint Louis, par humilité,  lavait lui-même les pieds des pauvres. Certes, à certaines époques, il fut dénaturé par ceux qui ont voulu utiliser le christianisme à  des fins personnelles, de même que « les droits de l’homme » ou l’islam  pourraient être dénaturés, par une utilisation intempestive à des fins personnelles.

Les grands « principes » de la morale du christianisme, se trouveront présents aussi {dans l’islam (Cf. : note 39)}, dès sa naissance, naissance qui  fut d’ailleurs une véritable « révolution sociale » dans le monde arabe, soudaine et ample, comme l’histoire nous en gratifie quelquefois. Cependant en ce sens, le christianisme a pu préparer le terrain à « l’entrée en scène » de l’islam, favorisée encore par les controverses nestoriennes et surtout monophysites, au sein du christianisme.

Aujourd’hui de même, en certaines régions, un affaiblissement de la « christianisation » pourrait favoriser aussi l’extension de « l’islamisation », peut-être, contrairement à ce que beaucoup croient, plus en raison des ressemblances (sus et ci-dessous dites) que des différences et selon les contingences nouvelles et variées auxquelles sont soumises les attentes plus ou moins constantes de ces populations[29].

L’islam rencontre alors aujourd’hui, directement, l’opposition des mouvements qui furent à l’origine de l’affaiblissement du christianisme.

 

On entend actuellement des débats fort mal posés sur « les origines chrétiennes de l’Europe . En réalité, il serait plus pertinent de parler des « origines européennes du christianisme ». l’Europe était, en effet, avant que le christianisme n’existât. Puis, l’Europe a apporté au christianisme, sans être le lieu de son origine, encore que l’Est méditerranéen fut déjà un carrefour euro-afro-asiatique-, et multiethnique. Enfin, une religion ne se résume pas à sa révélation.

Plutôt que de répéter « l’inutile » de l’histoire, il vient alors à l’esprit de se demander quelles sont ces aspirations dont les peuples manifestent tant le besoin.

 

La réalité est que, historiquement, le christianisme n’est pas plus devenue la religion des européens, que l’islam n’est restée celle des arabes, auxquels le saint Coran fut révélé « en langue arabe » au VIIème siècle après J.C., mettant fin ainsi à une longue « jahilia » (« méconnaissance de l’islam »).

 « La tradition » veut que le berceau originel des religion  « dites monothéistes » soit  ce carrefour tricontinental. C’est dans la vallée du Nil que Moïse fut sauvé des eaux,  avant de fuir et de recevoir les tables de la loi sur le Sinaï. Sigmund Freud, dans « Moïse et le monothéisme », fait même de Moïse « un égyptien authentique » , lequel a peut-être été précédé, dans le monothéisme, par « Akénaton », et d’autres encore.

 

 

*   Islam.

De tous temps, les peuples ont voyagé, les cultures et les langues plus encore, et peut-être les religions davantage et plus vite.

Entre le christianisme et l’islam, d’importantes similitudes, sur des points essentiels des dogmes, (« au-delà », « jugement», « rétribution ou condamnation »), et dans le domaine social, n’excluent pas des différences, doctrinales et rituelles, entre les deux « religions », comme aussi il en existe au sein même du christianisme et au sein même de l’islam.

L’islam reconnaît sa lignée dans l’histoire : Pour le Coran  « Ibrahim » était  « hanif mouslim »  et  «‘Issa ibn  Maryam »  un prophète[30].

Les progrès apportés par l’apparition de l’islam aux conditions antérieures des femmes, des veuves, des orphelins (le prophète lui-même était orphelin), des esclaves sont certains, même si on peut les juger insuffisants aujourd’hui. Nombreux parmi les premiers disciples de Mohammed, étaient pauvres, esclaves, faibles ou opprimés.

 

On connaît peu ou prou la suite, caractérisée par une grande mobilité, pour le christianisme comme pour l’islam, en mentionnant ici que l’histoire n’a jamais qu’un seul visage.   

En résumé  « le fond dogmatique » de la  « reconnaissance de la valeur du plus humble des homme s », se trouve dans une continuité, depuis l’Egypte pharaonique au moins, laquelle n’a pas connu l’esclavage comme la Grèce, jusqu’aux déclarations modernes des droits de l’homme, dans une certaine partie du monde, ce qui ne va pas sans conflits, bien sûr,  avec les atteintes humaines admises et perpétrées dans le cadre d’autres cultures, totalement étrangères à ces valeurs, en d’autres parties du monde.

 

*   Science/religion.

La Science n’est pas la propriété exclusive de « l’athéisme ».

L’enseigne de la science moderne a même pu s’approprier une nouvelle résonance religieuse.

On ne perdra pas de vue que Science et religion n’avaient d’ailleurs jamais été opposées, sinon « philosophie et religion », avant que le mot « science » n’ait exprimé, dans un sens moderne récent, précisément l’idée qu’elle s’en différenciait.

Quelle qu’en soit la valeur qu’on lui accorde, en réalité, toute religion, même quand elle avoue aussi une part dite de « révélation », se réclame d’une science et même de recherche scientifique et ses connaissances peuvent ainsi être évolutives: Durant le Haut Moyen Age, aussi bien en islam qu’en chrétienté, science signifie avant tout science religieuse.

Plus même, on peut dire que la religion de l’Egypte pharaonique était « recherche » et « science rationnelle », aussi rationnelle que la théorie des quatre éléments d’Hippocrate. On y relèvera le rôle très particulier dans ces deux cas du chiffre quatre, au sens de deux fois deux, qui permet à l’esprit une très grande variété de réflexions à partir de couples d’opposés simples.

Et chacune, avec plus ou moins de tolérance pour l’incroyant, témoigne toujours de sa vérité.

Avec des jeux d’oppositions encore binaires, aujourd’hui devenus électrons et protons, trous noirs, matière et antimatière, « big bang » et « crush bang », les fracas de notre nouvelle cosmogonie ont remplacé les combats de Seth et Osiris.

 

Enfin, comme toute religion, la science moderne, alarmée par l’étendue des puissances désormais retenues entre les mains des hommes, ne néglige pas la recherche d’une éthique, même si quelques uns désespèrent. En témoignent les écrits et les engagements de nombre des grandes figures contemporaines, depuis les Curie et les Perrin, en passant par Einstein et bien d’autres.

 

*   Les mêmes dangers

Ainsi, les droits de l’homme sont repérables dans la continuité d’un message religieux dans une partie du monde, c’est-à-dire dans l’espace et le temps.

Surtout, situer les « droits de l’homme » dans leur champ propre, celui de la morale, permet aussi d’être plus attentif aux manipulations mal intentionnées dont ils pourraient être l’enjeux, aux fins d’une propagande trompeuse, de nature politique.

On sait que, de tous temps peut-être, diverses « religions » ont été détournées de leur sens originel pour légitimer des violences  fanatiques de nature politique. Etant d’une nature très semblable, comme nous l’avons montré, il est bien évident que les « droits de l’homme » encourent eux aussi les mêmes risques de manipulation, en prétextant des « devoirs d’ingérences »,  appelées alors abusivement « humanitaires », par exemple, dont on sait qu’il y a eu certaines utilisations abusives, sans pour autant, bien sûr, rejeter les engagements désintéressés.

Aussi, les possibilités d’extensions abusives « de ces concepts », imposent un très grande vigilance.

Quoiqu’il en soit « la nature du registre » des « droits de l’homme » et des « religions », dans leurs aspects « de morale », est bien la même:

Le parallélisme peut se poursuivre dans les bienfaits civilisateurs, comme dans les usages pervertis, au service d’ambitions conquérantes.

 

En résumé et en guise de systématisation:

 

*   Un système théologique comme le christianisme  place l’essentiel de l’individualisme et les rétributions individuelles dans « l’au-delà », après un jugement dernier. Sur terre sont glorifiées toutes les créations divines, soit l’ensemble de la nature, et parmi celles-ci, l’homme, lequel figure surtout en tant qu’espèce, dans son passé et dans son futur, sans aucune rivalité entre les êtres.

*   Un système idéologique comme celui de droits de l’homme est indifférent à « l’au-delà ». Il protège autant que faire se peut l’individu et ses mérite sur terre, et au présent. Son énonciation néglige totalement, toute allusion à la dimension de l’espèce dans son ensemble, néglige les dimensions du passé et du futur, néglige pareillement les préoccupations concernant la nature, et en conséquence omet la dimension de l’harmonie toujours nécessaire entre l’homme et son milieu naturel.

*   Le système idéologique des droits de l’homme, qui ne prétend d’ailleurs que mettre en place une protection minimale de l’individu, serait donc fondamentalement incomplet, pour inspirer, voire simplement orienter, une organisation sociale, dans deux directions importantes, celle des « devoirs », et celle de la « nature » :

1.      pour prétendre à la sauvegarde de la vie des gens, comme de tout ce qui vit sur terre. Un système de sauvegarde de la nature doit le compléter. l’insuffisance de l’énoncé est ici tellement flagrante que si l’on ne saurait s’en contenter.

2.      l’idée des droit de l’homme ne peut se passer, d’un  « contexte de devoirs », traditionnels en fait, et fort étendus, sans quoi elle serait parfaitement inepte. Car ces droits, qui aura « le devoir » de les satisfaire ?

3.      Peut-on raisonnablement envisager que, au prix d’un « dédouanement » facile qui consisterait seulement à nourrir et à couvrir les plus démunis, durant ce temps, quelques illuminés seraient autorisés à ravager la planète définitivement et sans entraves ? Il y a là nécessité « de devoirs » envers le monde.

4.      une société juste, celle vers laquelle nous devons tendre, exige à la fois une justice qui transcende « l’Homme », et des devoirs  limitant « les prétentions démiurgiques » des hommes.

 

*   Le sacré « dans le religieux » / « dans le laïque après la révolution de 1789 ».

 

Née du besoin de cohérence et de cohésion sociale, ( Cf. « interdiction de l’inceste » ), permettant à « l’éphémèrité » de l’homme d’être articulé au passé et au futur, la justice crée le « sacré » sur lequel repose le « religieux ». (Cf. « Mâat » in : «l’invention de la psychiatrie »)

Dit autrement, avant de juger « du bien et du mal », en inscrivant le mot dans la matière, la justice fonde l’authenticité de « l’acte » qui structure existentiellement « le temps »[31] de l’histoire.

Aujourd’hui, « l’Homme-Dieu » laïc en est venu à se définir lui-même comme « celui qui possède la raison ». Et, en effet, nul n’aurait songé à mettre « un fou » sur un trône, ici celui de l’ancien Dieu !

Autrement dit, tout ce qui n’était pas considéré comme « raisonnable » est resté  « oublié », non mentionné : êtres pensés comme dénués de raison, animaux, plantes, roches... regrettable oubli !

 L’homme « raisonnable » lui-même, en arrive à considérer peu ou prou comme secondaires ou superflus, tous les appendices inutiles à l’exercice de sa raison, de ses besoins ou de ses décisions : Aux propres tréfonds des cellules constitutionnelles de son corps serait  bientôt préféré un  « meilleur » artifice.

On comprend comment christianisme ou islam, entre autres, reconnaissent d’autres ensembles :

Non seulement, avec la laïcité, la référence à la catégorie de « la raison » a pris la place de celle de « l’âme », alors que son champ n’est plus le même,  mais, « le caractère sacré » traditionnel, attribué à l’ensemble de la création par les théocraties change de sens.

Précisons : A l’opposé de la sacralisation figée du « religieux spirituel », intouchable, insondable, et immuable, les mouvements du « rationalisme » et du « matérialisme », se conjuguent comme étant, finalement, curieusement, deux aspects de la « même  eau », le « domaine du « quantifiable».

D’ailleurs, ne parle-t-on pas fort justement de « la raison mathématique » ? Car le « ratio » est précisément le « quantifiable[32] ».

 

 

*    L’Universalisme depuis 1789.

 

Oublier les devoirs conduirait non seulement à un grave contresens, mais aussi aux déconvenues de déceptions à la mesure de l’espoir des fausses promesses.

Il serait grave enfin que la curieuse formulation « des droits de l’homme », à laquelle nous sommes maintenant habitués, mais par laquelle ses proclamant ont  crée la surprise en son temps, en « redistribuant » et s’appropriant  des droits « pour, et, au nom du  genre humain », après avoir aboli ledit « droit divin », nous conduise à en oublier les  autres hôtes de la terre, la terre elle-même, et bien au-delà, cet environnement même auquel nous devons d’exister !

Et qu’en est-il pour ceux qui n’en voudraient pas?

Nommer « Vendémiaire » dans le calendrier dit « universel », n’a pas apporté la saison des vendanges à l’hémisphère sud où les saisons sont inversées par rapport aux nôtres!

On voit par là combien un droit dit « universel » est différent d’un « droit de l’univers- nature ».

Quel est le degré de légitimité de ce droit octroyé ?

Quelle est la nature des droits de l’homme ?

Est-ce une affaire juridique ? Et, si c’est une affaire juridique, de quelle juridiction ?

Il semble bien, de fait, qu’elle soit une juridiction particulière par son ambition « d’absolu », de « droit intangible », et finalement donc, elle s’inscrirait, par-là, dans « l’intangible », « le non-négociable » !

Elle  voudrait être une sorte « de référence d’un absolu de justice », et, finalement, nous semble-t-il, comme un certain souvenir « d’un au-delà de la justice humaine », comme c’était le cas de la religion au temps du christianisme, à l’inverse des multiples juridictions, seigneuriales, laïques, ecclésiastiques, royales, etc. qui ont pullulé selon les époques.  Ce serait alors cet absolu de la justice céleste que l’on voudrait  faire descendre sur terre.

En effet, comme au temps de « la justification dans le christianisme », la juridiction des droits de l’homme revendique les deux directions suivantes :

*   D’être une juridiction universelle, 

*   D’être « un droit » individuel,

Mais qu’est-ce à dire, d’abord, et est-ce possible, ensuite?

Car on pourrait se souvenir ici de la langue appelée « espéranto », artificielle et dérivée en grande partie du latin, qui n’a jamais obtenu le statut universel escompté par ses créateurs !

 

 

*    « Des devoirs / des droits » dans la morale laïque après 1789.

 

                           Privilégier un discours qui fait apparaître les droits avant les devoirs reviendrait à « construire le toit avant la maison ».  Mais ces deux mots ne recouvrent jusqu’ici encore que des concepts d’une analyse morale précise. Rien n’empêche de retrouver aussi « les mêmes mots » dans un vocabulaire soit politique, soit recouvrant des idées morales toutes différentes.

On conjugue bien sûr en pratique les deux domaines simultanément, car, comme il a été répété : « il n’y a pas de bonne politique sans bonne religion » ( Bonaparte), ou mieux, « sans bonne morale ( Cf. ) ».etc.

Il n’en reste pas moins essentiel, pour les raisons de clarté que nous voudrions faire apparaître dans cette page, de parfaitement délimiter dans l’esprit ces deux fonctionnalités.

C’est de l’esprit et de la nature des choses que nous voulons parler, et non pas du vocabulaire employé. Ainsi, par exemple, Jules Ferry, est homme de gauche politiquement, partisan de l’école laïque comme valeur que nous pouvons estimer morale, partisan de l’aventure coloniale comme engagement politique, et c’est à ce titre qu’il manie les termes de « droits et des devoirs » des peuples, et non des individus, dans un sens qui est différent de celui des « droits de l’homme ». Ainsi en 1885 déclare-t-il :

 « Les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures.

 Je dis qu’il y a un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ».

 (Cité par Henry Laurens in « Le royaume impossible » Armand Colin 1990. page 142).

De même, si l’on suit l’analyse de Montesquieu, « démocratie » n’est pas « garantie des libertés ». Pour lui, c’est le contre-pouvoir aristocratique, tant qu’il put rester fort, qui empêcha la monarchie française d’être despotique.

A l’inverse, « les sociétés de masse, comme les sociétés orientales, sont dépourvue d’aristocratie ; elles sont donc égalitaires et démocratiques. Mais cette démocratie est   synonyme de despotisme… » etc. (Ibid., p.147).

Lorsque le Comité de salut public sollicitait l’alliance de l’Empire ottoman pour faire face à l’Autriche et à la Russie, il justifiait sa démarche par la raison que cet empire était démocratique, c’est à dire égalitaire, bien que despotique, puisque ne comportant pas d’aristocratie héréditaire. (Henry Laurens in: "Orientales I" p.70 CNRS Paris 2004.).

On signalera d’ailleurs ici la pratique ottomane du « mechveret » qui est la « choura » des musulmans, c’est à dire « la consultation ». Celle-ci est un principe fondamental dans l’islam, pratiqué déjà par le prophète lui-même et les premiers califes. Elle est d’autant plus vivante est nécessaire que l’islam, sauf dans un certaine mesure chez les « chiites », n’a pas de clergé comme le christianisme. Ce fait est toujours mis en avant, avec raison, par ceux qui veulent démontrer la nature « démocratique » de l’islam, mot qui, galvaudé, prendrait parfois des allures aussi magiques que le « sesame ouvre toi » de la caverne aux trésors d’Ali Baba.

Quant aux droits de l’homme dans l’islam, ils sont saisis, comme dans le christianisme, dans la conception plus totalisante de la bienveillance divine, ayant donné lieu aux mêmes discussions sur « le libre arbitre » ou « la prédestination », en la forme des partisans « jabarites » ou  « qadarites ».

 

*   Justice / droit.

 

Dépouillée de toute référence « au surnaturel », justice ne peut qu’être amenée à accorder une importance croissante au « droit ». Mais le droit est toujours l’expression d’une force.

« Le Droit », ni « les droits » ne sont « la justice », nous ne pourrons cesser d’être confrontés à cette question.

.La justice devient ainsi le champ d’une estimation de l’adaptation de l’individu au droit. Ainsi, la qualité de la justice reposera, en outre, sur la qualité de l’énonciation du droit et de sa cohérence interne.

Mais, s’il est question « d’être juste », pourquoi faudrait-il que tout le monde ait les mêmes droits et devoirs fondamentaux?

La déclaration de 1948 reprend les bases de celle de 1789 qui énonçait : « les hommes naissent égaux en droits…. » :

Pourtant, à l’évidence, les hommes ne naissent pas non plus « naturellement » égaux « en droit », pas plus qu’en « chair ».

S’agit-il donc « d’une loi »  ou d’un « simple  vœux », voire d’une « prière » ?

Il est entendu que l’on ne peut pas soumettre la nature avec des lois, telles  « qu’il fera beau demain ! ».

Les droits de l’homme ne sont donc en rien un droit « naturel », ni issus de données de la nature, ni destinés à contrôler la nature.

S’il s’agit d’autre chose que d’un simple vœux, s’il s’agit d’une loi, elle concerne non pas « le naturel », mais « un ensemble social recréé » : Elle « est » parmi « les liens sociaux ». C’est en cela qu’elle est inter-individuelle et individuelle.

Les droits de l’homme ne sont pas « un bien » matériel, tel un document ou un titre de propriété, figés: Ils ne sont pas non plus une « valeur individuelle » (tel qu’un bulletin de vote, on l’a vu) : Ne pouvant dire « tel homme vaut telle femme, celui-ci vaut celui-là, etc. », ni en besoins ni en possibilités, on dit seulement qu’il y a « égalité en droit », mais la valeur est dans « une interactivité ».

Mais ce droit est moins un « droit d’avoir »  qu’un « droit défensif », une sorte de droit à la « possibilité de se défendre » contre les « prédateurs ». ( l’égalité n’est pas « un objet matériel » que l’on possède ).

Il concerne avant tout l’opprimé, le sans-pouvoir, et ne peut en réalité s’adresser donc, qu’à ceux qui ont un pouvoir sur les opprimés, sous forme de devoir.

Ces droits de l’homme sont donc en réalité des devoirs : « le devoir de ne pas opprimer ».

 

*   « le Code pénal de 1810 ».

La question des devoirs, mise pour ainsi dire, seulement entre parenthèses, en 1789, revient, sous une forme particulière, avec le Code pénal, dès 1810 et les lois particulières ensuite.

Nous avons largement souligné ailleurs (Entre justice divine et médecine d’Etat : l’invention de la psychiatrie) en quoi « l’article 64 du code pénal de 1810 du à Napoléon » aura le rôle fondateur de la psychiatrie administrative, et, de là de la psychiatrie culturelle :

 

Elle pose le principe de la « non poursuite », soit  l’absence de jugement en cas de « non responsabilité ».

Nous avons montré, dans l’article cité ci-dessus, combien cet article 64, dans la continuité historique de la création du droit, devait, et aurait du, apporter en limitation du nombre des « cas » concernés, par ce qu’il exigeait en conditions, alors qu’à l’inverse, c’est une lecture extensive qui en a été faite, jusqu’à aujourd’hui, prolongée par le 122-1 du nouveau code pénal, plus extensive encore dans les « déresponsabilisations » de l’individu, et sa remise aux soins de la prise en charge par l’Etat, comme corollaire.

(Napoléon lui-même ne l’a d’ailleurs pas appliqué avec le général Mallet, qu’il fit interner en clinique, puis exécuter !).

 

Pour être compris, disons, en raccourci, que, fonctionnellement Napoléon est « le grand père », de la psychiatrie administrative :

-Il créa les « préfets de département » pour  remplacer « les feus  intendants de Généralités », mais sans leur fonction judiciaire.

-Il fit largement de la justice « une affaire d’état ». Il rétablit et s’octroya le droit de grâce.

-Il  « donna le la » en utilisant « l’internement administratif » en maisons de Santé à l’encontre de ses opposants.

-Par l’article 64 du code pénal de 1810, il rendit possible la déjudiciarisation de n’importe quel acte « de supposée démence ».etc.

-Tous les éléments de la future loi du 30 juin 1838 sont donc présents, l’esprit aussi, et il suffira  en 1838 de concrétiser la réunion, dans une même main, de « la police » et de « l’aliénisme » pour la rendre opérationnelle et donner ainsi naissance à « la psychiatrie-dogmatique » :

On mettra en avant « l’ordre public » et, pour soigner, « la théorie de l’isolement ». Ce sont là, certes, des valeurs respectables, mais le mélange ne sera pas bon, et il va donner la « fonction médicale » à la préfecture et la «  fonction policière »  au médecin. En 1837 et 1838, le projet  de loi ( « internement administratif» et « interdiction judiciaire » ), très polémique, sera débattu, article par article , amendement par amendement, durant presque un an avant d’être adopté.  Il en résultera « les asiles d’aliénés départementaux », avec  aussi « leurs quartiers d’agités » en bordure et parfois assez loin des villes.

 Une telle « résidence » qui, aujourd’hui, est souvent un véritable luxe, s’apparentait quelquefois à une véritable « mise à l’écart » (Cf. plus haut « ostracisme »).

 

Dès lors, cela n’a plus rien à voir avec « des devoirs universels », comme ils étaient conçus par le christianisme par exemple. Le code pénal remplacera  le catéchisme: Il apportera beaucoup « d’opportunités » nouvelles,  beaucoup d’administration, beaucoup d’exceptions:  ainsi, en cas de guerre peut devenir obligatoire ce qui serait odieux en temps de paix, et prohibé en toutes circonstances auparavant ( tuer son prochain) etc.

Certes, après l’effacement des anciens principes, il faudra attendre longtemps, jusqu’à aujourd’hui, avant de constater la disparition et le remplacement des rites, lents mais inéluctables. Car d’autres principes s’inscrivent, d’autres croyances et d’autres rites se forgent. De nouveaux théoriciens professent.

Ce qui deviendra la psychiatrie livresque,  fondée sur le culte de LA dite  « Raison », est une pratique engendrée par ces nouveautés.

Mais cela n’exclut pas les contradictions qui s’inscrivent petit à petit, progressivement davantage, dans cette sorte de chassé-croisé que nous sommes en train de décrire.

On pourrait s’alarmer des perte de libertés publiques et individuelles en citant Fr. Olivier-Martin[33]:

 

En 1605 un archevêque demande « …à parler au roi avec la liberté française… »

En 1641, le prince évêque de Grenoble réclame « …la liberté de l’église de Dieu dans  « la plus libre monarchie du monde …la liberté est un bien sacré… »

Sous Louis XV, l’abbé de Véri constate : « …les armes … n’ont commis ni injustice, ni oppressions…les villes et les routes sont sûres… ».  Rien ne vaut « la sécurité domestique », « ..sachons en jouir et en rendre grâces à Dieu… »

Même dans « les cahiers de doléances » de 1789, l’idée d’injustice n’est pas dominante: Les arrestations par « lettre de cachet » le sont en général pour une durée de 15 jours. Les aliénés sont rares.

 

*   Dévalorisation des responsabilités des personnes et des juges.

Ajoutons que les « déclarations » d’aujourd’hui contiennent des droits tellement basiques et  éloignés des grands idéaux des « philosophes des lumières », dont les pensées avaient  inspiré « le mouvement de « 1789 » en ses débuts, qu’on ne pourrait se borner à en faire un idéal.

Avec le coup d’état du 18 brumaire, Bonaparte donne un coup d’arrêt à la révolution.

Les « pensées dirigeantes » changent avec Napoléon, dont parmi le legs achevé, auront finalement été en particulier les Codes et une justice soumise. La révolution avait crée des juges faibles et libres. Napoléon en fera des juges forts mais soumis. Napoléon traita les libertés de la façon que l’on sait, en multipliant les internements administratifs.

Aujourd’hui, notre justice n’est plus la justice napoléonienne.

Par contre, il subsiste encore beaucoup des codes, et parmi ce legs, l’article 64 du code pénal, qui a toujours été beaucoup commenté, avec ses deux lectures possibles, restrictive ou extensive. Or, il semble bien que ce soit plutôt cette lecture extensive, « déresponsabilisante » et « déjudiciarisante », qui inspira au Législateur l’art. 122-1 du nouveau code pénal.

Il en résulte une extension chaque fois plus grande de l’exécutif, auquel la justice remet désormais ses dossier concernant une partie de « la psychiatrie » que nous appelons « psychiatrie-administrative », puisqu’elle précède toute démarche thérapeutique, et souvent la compromet. La communication de dossier a été souvent officieuse. Elle est désormais officielle depuis la loi du 27 juin 1990.

En exil, Napoléon écrira : « les français me donnaient toujours davantage de pouvoirs que je n’en demandais  ». Ce qui, bien sûr, n’aurait en rien justifié de les prendre, à l’instar d’untel qui nous demandait de lui couper la tête…

La politique très souvent « paradoxale » de Napoléon, disposé à conquérir les peuples pour leur apporter la liberté, a généralement apporté beaucoup de perplexité aux commentateurs.

«Georges Clemenceau », pourtant homme d’une pondération remarquable, lui est franchement hostile. Il ignorait sans doute l’importance en devenir d’un certain « psychiatrisme » construit sur des bases fondamentalement napoléoniennes lorsqu’il écrivait, confiant, après avoir fustigé « les militarismes » - et pas seulement celui de « Bismarck » -  :  « Nous avons eu notre Napoléon. La monnaie en est heureusement dispersée[34]. ».

 

*   Besoin et Recherche perpétuelle de valeurs morales

Quoiqu’il en soit, «Honni soit l’oppresseur ! »: car, de fait, le fond de la question est que, davantage que « d’un droit de l’homme » de subsistance, il s’agit d’un « devoir de ne pas opprimer » !

Dans ces conditions, depuis les textes des Pyramides, il y a 5000 ans, les textes des Sarcophages, les livres des Morts, les tables de la loi, les Evangiles, le Coran, la liste des devoirs de l’homme, et l’image morale qu’elle fonde, restent, pour l’essentiel, inchangées, dans cette partie du monde qui a reconnu cette image.

D’ailleurs, le remplacement, dans un sorte de continuité, de ces textes par « un plus moderne » de leur nouvelle « religion », une sorte de culte de « LA Raison », en pleine élaboration, qui ne sera pas, plus tard, sans influer quelque peu  la « légitimation » de la psychiatrie,  était à l’évidence le projet-même des révolutionnaires.

Dans tous les cas, qu’apparaisse austère ou séduisante la formulation du propos, il s’agit donc davantage de devoirs que de droits.

Certes, il peut-être apaisant pour un opprimé de penser qu’il a des droits, bien sûr, mais il n’en est pas du tout maître. Celui qui en est le maître est celui qui a des pouvoirs, des choix, des devoirs, et le devoir de ne pas opprimer !

 

 

 

 

Haut de page   L’homme dans la nature et le droit naturel.

 

*   Qu’est-ce que la nature ?

Aujourd’hui, quand on parle de la « nature », beaucoup pensent « environnement ».

Cette réduction de sens est récente et parfaitement regrettable. Non seulement l’image devient alors plus ou moins « statique » - à l’image d’une construction urbaine - mais surtout, elle devient inopportunément « centrée ».

Qui dit « environ » dit « centre ». L’expression désigne alors un confus mélange d’êtres et d’objets, dont le seul dénominateur commun est bien évidemment que le centre de cet environnement, en est « l’homme ». Ce qui ne profite pas à l’homme est alors négligé, ou pire, dévasté. Pourtant tout montre que l’homme ne profite « pas vraiment », comme on dit, de cette sorte de ciblage, qui évoque fort ce que l’on attend en comportement pour un cheval, de l’utilisation des œillères.

Sans doute, pour l’homme, comme pour tout être vivant, la notion d’environnement, matériel, animal et humain a-t-elle heureusement toujours existé ! Mais elle n’était pas pour autant confondue avec celle de « nature ».

Que ne se réfère-t-on, pourtant, aux splendides découvertes astronomiques de Copernic ou de tous ceux qui, avant lui ou après lui, nous ont montré que le centre du monde n’était « ni moi, ni ma maison, ni mon village, ni la terre, ni même le soleil, ni même notre galaxie… » ?

Il faut savoir que « naturus », en latin est le participe futur du mot « nascere » = « naître ». On comprend alors ce que ce mot, pour nos parents, contenait encore de « vivant », opposé à « statique », et de « prometteur ».

Ce mot latin « naturus » traduisait le mot grec « phusis », qui a donné en français « physique », mais qui en réalité vient du verbe « phuteuein » qui signifie « pousser, croître ». « Phusis » était utilisé dans le même sens que le mot latin « naturus ».

Il n’est pas nécessaire ici d’en dire davantage pour comprendre l’évolution du sens des mots, du vocabulaire, des représentations mentales et même des « appropriations…

 

Au XIII ème siècle, soumis encore, l’anglais Roger Bacon (1214 - 1294), théologien, n’écrivait-il pas : « Homo naturae non nisi parendo imperat » = « L’homme ne commande à la nature qu’en lui obéissant » ?

 

Mais pourquoi faudrait-il, aujourd’hui, que sitôt que l’on « découvre », ou, mieux dit, que l’on « prenne conscience », de l’existence d’une terre, d’une étoile, ou d’une molécule, on tente de les asservir, et bientôt peut-être de les détruire, comme si l’on devait en vivre mieux ?

 

Quelle est cette attirance vers ce que nous appelons « matière », à laquelle l’homme serait si enclin à se réduire lui-même aujourd’hui, et à la ressasser pour en jouir, sous toutes ses formes, d’autant plus avidement peut-être qu’il aurait la conviction de n’en être partie que pour un éphémère instant ?

 

La nature est bien autre chose aussi. Manne, mystère, miracle, car aucun mot encore n’en pourra rendre compte.

Il existe en français un étrange proverbe : « La nature a horreur du vide !». C’est évidemment tout le contraire ! On s’aperçoit aujourd’hui que « notre monde », intérieur comme extérieur, vers l’infiniment petit aussi bien que vers l’infiniment grand, est fait essentiellement de vide. Ce n’est d’ailleurs, fait important, qu’un mode de formulation discutable, car auprès de la physique actuelle le concept n’a peut-être plus ici de place.

Mais c’est l’homme qui ne laisse point de vide, du fait même de ses appétits, de son avidité, du fait qu’il est « avide », et de son angoisse-même devant le vide, comme l’exprime et le transcende si bien Fray Luis de Léon dans « la nuit sereine ».

Quand on dit « la nature a horreur du vide », le mécanisme est aussi simpliste que celui que nous décrit Xénophane de Colophon lorsqu’il déclare : « Si les taureaux avaient un dieu, ce dieu aurait une apparence de taureau, etc. ».

Cette découverte du vide dans la nature par Pascal, lorsqu’il monte en haut de la tour Saint Jacques, montre le « poids » de la pression atmosphérique et constate le vide qui se produit entre le niveau haut de l’eau et l’extrémité fermée du tube, a marqué l’essor de ses réflexions philosophiques : Dès lors que le vide n’est pas impossible dans la nature, que peut être une nature faite de vide ?

On connaît la suite, les considérations sur

*   « l’infini »,

*   d’où « l’impossible » défini comme la fraction « 1/ » (« un sur l’infini »),

*   d’où « les probabilités »,

*   et de là « le pari » sur « l’existence de Dieu », qui reprend d’ailleurs, - par quel cheminement ? - mot pour mot ceux de Abû el ‘alâ el Ma’arî (973-1057).

L’ultime limite à cette représentation de la nature pourrait se trouver alors dans son concept-même, qu’il délie dans cette « contrariété » au demeurant fort peu citée, mais extrêmement pénétrante :

 

125-92 « Que sont nos principes naturels sinon nos principes accoutumés...
Et chez les enfants ceux qu'ils ont reçus de la coutume de leurs pères,
comme il en est de la chasse chez les animaux?
Une différente coutume donnera d'autres principes naturels.
Cela se voit par expérience.
Et, s'il y en a d'ineffaçables par la coutume, il y en a aussi de la coutume, contre la nature,
ineffaçables par la nature, et par une seconde coutume.
Cela dépend de la disposition.
125-93 Les pères craignent que l'amour naturel des enfants ne s'efface.
Quelle est donc cette nature sujette à être effacée?
La coutume est une seconde nature qui détruit la première. Mais qu'est-ce que la nature?
Pourquoi la coutume n'est-elle pas naturelle?
J'ai grand peur que cette nature ne soit elle-même qu'une première coutume, comme la coutume est une seconde nature. »


                                Blaise Pascal, Pensées, (textes recueillis par madame Perrier, sa sœur) section I papiers classés, chapitre VII des contrariétés

*   L’homme / la nature.

Il n’est en rien plus facile de définir l’homme que la nature.

« Homo, hominis », est un corollaire de « humus », la terre.

Cette terminologie laisserait supposer, pour le moins q’une relation existe. L’essence en est-elle la même ? Sommes-nous de la même eau ? Ce qui est « l’un », et ce qui est « Autre » pour lui, ont-ils une même consistance ?

Quoiqu’il en soit, au total, du fait de la continuité des temps, si « temps » il y a, et de l’existant, si « existant » il y a, de la « parenté » de la nature avec l’homme, et de son besoin d’elle pour lui, la dimension de la nature est « beaucoup plus étendue que celle du genre humain », qui n’en occupe qu’une partie.

Finalement, si « l’homme » est la partie d’un « ensemble », et à fortiori si « notre matière en est la même », comme le montre désormais la science moderne, si notre vie est autre que « virtuelle » « dans un monde qui ne le serait pas », l’évidence devient que les « droits de l’homme », ne sont pas concevables sans « droits de l’environnement », ou « droits de la nature ».

Car dès lors qu’on l’a compris, le contraire reviendrait à « se découper en morceaux soi-même » !

Ces « droits de la nature » sont souvent mal défendus par les mouvements écologistes :

*   Alors que les écologistes devraient promouvoir ce qui manque aux « droits de l’homme », afin de les « accorder aux lois de la nature ».

*   Certains limitent leur vue en apercevant seulement en elle un environnement destiné à être asservi par l’homme.

*   Et d’autres, allant plus loin encore dans leur perception fatale, font la promotion des « comportements contre nature » modélisés en schéma pseudo-familial.

 

Laissons-nous alors plutôt guider par la voix du poète. :

 

« Escoute, bûcheron, arreste un peu le bras ;
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force
Des nymphes qui vivoient dessous la dure écorce  »

Pierre de Ronsard

 

En définitive, peu ou prou, chacun aurait quelque devoir eu égard à ce qui est « autre » pour lui, ce qui serait l'expression inverse de la lecture individualiste de la charte des « droits de l’homme » que beaucoup de gens croient pouvoir faire.

 

De plus, les devoirs ( de « la conscience de l’être au monde ») « proviennent » de l’individu unitaire ( à chacun d’y mettre sa peine ), et trouvent leur champ d’application dans « toute la création », c’est-à-dire toute la nature,  alors que les droits ne se situent que dans ce que un individu unitaire réclame à d’autres individus.

En ce sens, « droit » n’est pas « l’envers » de « devoir ». Ils ne se situent pas dans le même plan. Certes, on a envie de les voir l’un et l’autre sur le plan juridique, influencés que nous sommes par « les tables de la loi », et autres énoncés traditionnels, dits à la fois « lois » et à la fois « d’essence divine ». Mais ce n’est pas du tout le même plan que le plan des droits de l’homme qui ne concerne que la dimension « inter-humaine ».

Le champ des devoirs est plus près de la nature, semble-t-il, et, en somme, beaucoup plus étendu.

Dans ce sens d’ailleurs, il y a eu tous les essais de définir « le droit naturel », mais on n’en trouve nulle trace aux origines. Il eut été plus productif de parler du « devoir naturel », me semble-t-il.

Car les devoirs apparaissent « immédiatement », et c’est pratiquement le sens du mot « sujet ». Et, en définitive, lorsque l’homme devient « civilisé »,  c’est d’abord la notion « de sujet » qui se compose, se « complexise », sous des appellations comme « sujet de Dieu », « sujet du roi », « sujet de la République »… Et c’est après seulement, qu’apparaissent les droits.

Chacun peut avoir ses préférences, selon ses inclinations, mais avec une marge  de choix presque toujours très faible, bien que les résultats de ces différentes « sujétions » soient différents, comme le montre l’Histoire.

Ainsi, bien sûr, la notion de « droit » est plus moderne. Mais elle n’est pas l’envers de celle des devoirs. La notion de devoir est plus originelle, et plus proche de la nature que celle de droit qui est purement sociale, et évolue avec la société.

N’oublions pas cependant que la nature aussi évolue, mais moins vite qu’une société, et qu’un « contrat passé avec la nature » n’est ni valable en tous lieux, ni éternel.

Certes, comme « un plant », l’homme est apparu là où la terre lui était bonne.

Ce n’est pas seulement « le mythe de l’âge d’or », c’est une nécessité biologique.

Il en est ainsi de toutes les espèces. La question du « bonheur » est autre chose. Nous ne pouvons rien en dire.

Mais par la suite, tout a changé. La nature n’est plus la même et l’homme n’est plus ni le même ni au même lieu. Et les évolutions ne sont pas du tout synchrones.

Dans ces conditions, « le contrat passé entre l’homme et la nature » a vieilli…

Mais, surtout, aussi, par « nature »,  les hommes n’ont pas tous les mêmes besoins.

De même, ils n’ont pas tous les mêmes possibilités.

Ils ne peuvent donc pas avoir tous les mêmes devoirs, hormis, justement un certain nombre de devoirs fondamentaux, (plus que des droits) progressivement repérés.

 

Finalement que « l’homme soit dans la nature ou que la nature soit dans l’homme », quoiqu’il en soit, on ne saurait parler « de droits de l’homme » sans parler des « droits de la nature ». Ne considérer que la part de l’homme au détriment de la nature serait aussi inepte que de « couper la branche sur laquelle on est assis ». Et nous ne voulons surtout pas parler ici dans le sens du concept  dit « de droit naturel » de « l’époque des lumières », s’il tendait à prétendre pour  l’homme d’avoir reçu de la nature droit et  mission d’en être le maître, ce qui est une illusoire absurdité. Il n’y a qu’échanges nécessaires, rudes ou tendres, mais échanges permanents et bilatéraux, plutôt à la manière d’un saint François d’Assise qui, selon les récits, dialoguait avec les oiseaux comme avec des semblables à lui-même. De même, l’écologie ne doit pas être conçue comme une mise sous contrôle  des forces de la nature au service de l’homme, mais bien comme prise de conscience de l’existence de nos incessants échanges élémentaires et « vitaux ».

Au total les « droits de l’homme » ne sont  en fait rien d’autre que « le devoir de l’autre de respecter son prochain » dans l’acception la plus générale de ce voisinage, la nature même devant être considérée comme partie de ce voisinage, et l’opérateur ne peut en être que « la justice », là encore, très proche de ce que Montesquieu repérait comme étant déjà « l’idée de justesse » qu’il voyait présente dans la nature, l’important étant plus exactement, « les effets de cette justice ».

 

*   Droits « dans » « par » « pour » la nature.

Il est « sans objet » de donner à quelqu’un le droit de faire quelque chose qu’il ne peut pas faire, ou dont « on le prive » de moyens de le faire.

Car qu’est-ce « avoir tous les droits » sans avoir les moyens de faire quoi que ce soit. Cette remarque reçoit même maintenant des termes plus juridiques, car bien entendu, elle n’a pas échappé aux juristes eux-mêmes. On parle de « droit positif », de « droit négatif »  dans ce sens là, etc. C’est aussi la question toute actuelle des « médias » par rapport « au droit d’expression ». Que peut valoir le droit de tout dire pour quelqu’un qui n’a pas accès aux moyens de diffusion, que ce soient les moyens « papier, son, image ou informatique » ? Il y a la des moyens de censure d’une ampleur extraordinaire, capables de déjouer le sens des plus belles déclarations, tout en « en respectant la lettre ».

 

*   Et il serait ridicule de refuser à quelqu’un le droit de faire quelque chose pour la seule raison qu’un autre ne pourrait pas le faire.

Et, très souvent, il arrive qu’il serait gènant qu’un grand nombre de personnes fissent quelque chose, mais utile qu’un petit nombre seulement le fissent.

Il est donc ridicule de s’entendre dire, comme il arrive souvent : « si je faisais çà pour vous, je devrais le faire pour tout le monde etc. »…

Car, heureusement,  tout le monde ne demande pas du tout la même chose … !

Tout le monde n’a pas les mêmes besoins, les mêmes désirs, les mêmes demandes.

 

*   La nature est variée. La vie est création de variété.

Cette variété n’est d’ailleurs pas du tout « incohérence » : Il y a une sorte de cohérence dans la nature, régulée, selon Darwin, par « the struggle for life », « loi de la jungle », mais enfin, il n’y a pas que çà et il n’y a pas du tout que des rivalités !

Il y a des sortes de complémentarité, d’harmonie, d’associations, de « contrat », entre fleurs et abeilles, etc. Lorsque rien ne va plus, la régulation devient  « la sélection naturelle ».

Bien plus, « le devoir naturel », si l’on peut dire du  « vivant » qui serait de « vivre », conserver et surtout transmettre « la vie », (on ne sait pas trop ce que c’est !) est souvent une force qui « crée » de la différenciation [35]: du nouveau, de la différence, de l’opposition. Ainsi tout notre squelette comporte une architecture de travées osseuses afin de pouvoir résister aux forces auxquelles il est soumis. Les travées fémorales ( du fémur) ressemblent à une ogive de cathédrale, afin de s’opposer à la pesanteur, etc.. La montée verticale de la tige de la plante s’oppose aussi à la pesanteur.

Beaucoup de questions relatives à l’explication de tous ces phénomènes, qui paraissent  « intentionnels » voire « prévisionnels » n’ont jamais reçu la moindre réponse.

Bien d’autres mystères, concernant les phénomènes les plus simples, observables dans la vie de tous les jours, déploient sous nos yeux leur infatigable déroulement. On s’interroge rarement sur ce que l’on a sous les yeux, mais cela en vaudraient pourtant la peine.

            Qu’est-ce que la symétrie dans la nature ? Aucune étude la-dessus ! Pourtant des observations de tous les jours montrent qu’elle est l’un des fondements des principes du règne animal. Elle n’est jamais parfaite. Elle n’apparaît que très tard. Elle est un corollaire de la « mobilité ». On peut aller encore beaucoup plus loin dans l’observation, et dire, ne serait-ce qu’avec humour que l’homme, décrit comme un bipède, est un faux bipède dans la mesure ou ses pieds, contrairement à ceux des quadrupèdes ont chacun deux appuis, l’un antérieur et l’autre postérieur. Sinon, l’équilibre de la station debout serait intenable !

            Certes, la différenciation « droite/gauche » se retrouve dès l’état cristallin, et même moléculaire.

Beaucoup d’idées peuvent en être tirées sur la notion de « justesse » dans la naure.

 

Finalement tout l’Univers, et la biologie au premier chef, sont en perpétuelle transformation. « Rien ne se perd, rien ne se crée »…. Sauf la vie ! Mais qu’est-ce que la vie ?

 

 

*   La vie : « Corps / esprit » :

Depuis le « mythe de la création » mettant en scène « Adam et Eve », on a l’habitude de séparer une immortalité d’avant « la faute » et la mortalité d’après la faute. Qu’est-ce à dire ?

        L’Adam des origines, ignorant, - « inconscient »-, était immortel. C’est en acquérant le « savoir » qu’il fut affligé de «  mortalité », au titre de châtiment. Autrement dit, selon ce mythe, le corps biologique, dans sa « pureté biologique » possède une certaine immortalité, mais le mental est « la souillure » qui le fait « mortel».

        Une autre façon symbolique d’interpréter ce mythe, selon la même conception d’un « au-delà »  inexistant ou inaccessible, consisterait à dire  que la « véritable connaissance » est « impossible » : l’impossible étant alors assimilé au « néant », le néant étant ici symbolisé par la « mort », « le réel » étant assimilé à la « vie », devenant alors synonyme « d’ignorance ».

        Dans la même direction que ce mythe, le vocabulaire moderne, en effet, ne démentira pas que l’on peut appréhender le « biologique » comme ce qui est sans cesse « recyclé », ou reproduit, et de ce fait indifférent aux notions de vie et de mort. L’être meurt, mais la vie continue.

En regard de ceci, on est accoutumé à toujours rapporter l’existence du « mental » à un « individu », terme qui signifie aussi « in-sécable », ce qui est la forme latine du mot grec « atomique ». Ainsi le « mental » serait créé avec l’individu, consubstantiel à lui, et ne survivrait pas à son évanouissement dans le « recyclage » naturel : Le mental, lui, ne se reproduit pas. Selon le vocabulaire scientifique moderne, ce serait donc le « corps » qui est immortel, et « l’esprit » qui est mortel.

Mais qu’est-ce que l’être ? Fait important ici, l’appréhension de la notion « d’individu » dans cet ordre biologique est celle de l’observateur humain.

 

Et rien n’empêche de considérer les choses autrement qu’au travers du mythe d’Adam et Eve, et, avec lui, de la tradition « mésopotamienne » {Cf. : } et de la science moderne.

Les traditions africaines sont tout autres : Dans la conception égyptienne, la « vraie vie » ne commence qu’après la mort.

Le christianisme suit la croyance égyptienne dans la survie de l’âme, et affirme la « résurrection des corps »: C’est ici le « corps » qui est mortel, et « l’esprit » qui est immortel.

La coutume chrétienne est maintenant d’appeler d’un seul mot, « Bible », les deux parties que sont « l’Ancien Testament » (« Torah »°) et le « Nouveau Testament ». Mais, entre l’un et l’autre, le renversement des conceptions de la mort est total.

 

Qu’est-ce donc que la vie ?

Cette question n’a jamais cessé d’être posée, et le « mot » semble ici insuffisant pour concevoir « la chose ». En français le mot est de la même étymologie que le mot « âge ». mais l’étymologie ici n’explique pas tout.

Peut-être est-il important de dire que la vie est quelque chose « qui répare » son propre organisme, qui « se répare », qui « s’auto-programme » (Cf. travaux du docteur Jean-paul Moulin). Elle peut défier le temps par sa durée, ou par sa transmission, ou par sa résurrection.

Que l’on privilégie le corps ou l’esprit le mot est ce qui désigne un certain nombre de propriétés de cet ordre :

 

*   « Conservatisme / évolution» :

 

Les forces de progression et d’évolution ne sont pas les seules ! Toute la biologie est évolutive, et pourtant, toute la reproduction sexuée semble être un moyen très sûr de conservation, à cela près que cette conservation est celle de l’espèce et non de l’individu. Mais là, la sélection est très sévère. Le mélange est interdit. La nature exerce ici une sorte de xénophobie. Ni les raisons de l’évolution, ni même ses modalités ne sont en réalité connues. Darwin pensait que les animaux se transformaient pour s’adapter à la nature. Mais on peut aussi soutenir le contraire, car d’une part beaucoup d’animaux transforment leur environnement immédiat, et d’autre part, l’évolution est très souvent indépendante de modifications environnementales.

On peut donc observer d’une part des forces qui poussent vers l’évolution et d’autre part des forces qui poussent vers la conservation. La sexualité réunit à la fois les deux puissants courants.

Quant à  la vie elle-même, elle est sans cesse conjonction de ces deux principes.

 

On peut encore noter que, contrairement à ce que l’on pourrait croire, « l’homme » apparaît dans la nature, et face aux autres règnes, animaux et végétaux, volontiers, « comme particulièrement conservateur » : Et mettant leurs puissants moyens, au service de désirs narcissiques de suprématie, beaucoup n’ont de cesse de détruire l’environnement en prétendant que ce monde est leur. Dans ce cas, toute la technique ne serait alors qu’un moyen au service d’un conservatisme statique.

Même une consommation effrénée peut être statique, si elle est destinée à assurer l’entretien de la permanence. L’évolution au contraire nécessite l’esprit de détachement, cela va sans dire.

L’harmonie, comme l’indique son étymologie grecque «‘αρμονια » = « tension » a ici tout son sens de délicat équilibre.

 

*   La vie souvent « s’oppose »…,

voire « remonte le courant ». C’est seulement le poisson mort qui flotte à la surface de l’eau et dérive au gré des vents et des courants :

La vie est, à un degré étonnement poussé, une série de différenciations, discriminations, sélections de cellules et de molécules dans le moindre détail, interdiction des mélanges, par une série de barrières, physiques, chimiques, biologiques, psychologiques… d’où toutes ces incompatibilités entre les espèces différentes, bien sûr, mais aussi , au sein de l’espèce, entre les groupe sanguins, etc.

Il est étrange de constater à quel point tout ceci diffère radicalement de la plupart des tendances prépondérantes de  nos institutions actuelles !

Ceci conforte l’idée que la médecine, dans ce qu’elle a de naturel, et c’est la moindre des choses qu’elle en ait quelque chose, n’a pas grand chose à voir avec les directives de plus en plus impérieuses de « son .administration ».

Les questions « financières » sont à des années-lumières de la biologie !

Quand quelqu’un meurt de soif, un verre d’eau vaut plus qu’un lingot d’or !

Dans la nature, la disparition de quelques unes des formes de protection, est en général grave .

C’est ce qui se passe lorsque sont perdues les défenses immunitaires, comme dans le SIDA ou le Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise.

Mais si l’on connaît la déficience immunitaire, saisissable « au niveau biologique », n’est-on pas aussi en passe d’instaurer quantité d’autres affaiblissement de nos « protections traditionnelles », et/ou d’instaurer un niveau d’agression qui défie toute possibilité de protection, dans quantité d’autres domaines qui ne sont pas biologiques ?

(Hormis, certes, « l’immunité psychiatrique », pour rappeler le mot de notre ami infirmier, qui, est peut-être la seule « immunité » -« refuge » à avoir progressé depuis quelques cent cinquante ans, comme nous l’avons dit ailleurs.)

Les défenses, les rejets, les refus, sont certainement en biologie, un phénomène de sauvegarde essentiel pour le salut. C’est « l’ancre de miséricorde » des navires en perdition rejetés à la côte.

L’évitement de l’empoisonnement par un toxique, ou une surdose, ou un gavage, par le rejet est aussi important que l’absorption de nourriture. C’est un mécanisme de secours immédiat, alors que l’absorption de nourriture n’est jamais une urgence. Dans une société de consommation en effervescence, il est bon de le rappeler, au nom de la médecine.

A ce propos, le médecin de la marine nationale Xavier Maniguet a étudié de près le naufrage du navire « La Méduse », dont le radeau a été rendu célèbre par la peinture de Géricault. Il montre de la manière la plus évidente que les scènes de cannibalisme ont été motivées, non pas par le besoin, mais par la peur d’avoir faim ! {l’histoire}.

A la suite de ces scènes atroces, les survivants ont étés repêchés rapidement, mais trop tard pour empêcher ces drames stupides !

Un animal, dans la mesure où en est capable son organisme, sera très sélectif dans le choix de ses aliments et des eaux qu’il boit.

Le philosophe Alain, déclarait : « Penser, c’est dire non ! ». « L’intelligence[36] » est choix.

L’homme en évolution, depuis toujours agit, avec plus ou moins de bonheur, sur les manipulations génétiques, en commençant par celles de sa propre lignée. Il l’a toujours fait, d’une façon spontanée, sans doute, autrefois, par le choix de l’épouse ou de l’époux. Il le fait aujourd’hui éclairé par « sa science », pour lui même et ses élevages.

Mais plus les moyens d’agir sont important plus se posent les questions morales, mais aussi, de la simple viabilité des productions.

Il est souhaitable et important de ne pas tout mélanger.

Si, dans ces domaines de remaniement, et de redistribution, les accents de la recherche étaient plus ouverts sur les devoirs, alors qu’ils le sont souvent « en priorité » sur les droits, on comprendrait mieux que l’homme a aussi des devoirs envers les animaux, les végétaux et les minéraux, que la vie est « échanges permanents », et l’on ne saurait impunément désagréger le monde.

Finalement, sous couvert de « garantie de progrès », « la déclaration des droits de l’homme » n’exclurait pas, en fait, à certain point de vue, « un recul », si elle autorisait désormais l’abandon de certains devoirs considérés auparavant comme « sacrés », tels le respect de cet ensemble dit « l’œuvre du Créateur ».

De fait, dans une « organisation » qui fonctionne, chacun y a sa place et ses droits. Les droits de chacun y sont alors différents.

 

 

*   Naissance de la médecine.

 

Parmi les droits fondamentaux dont nul ne devrait être privé, comme la nourriture, le travail[37], le logement, etc., le droit à la vie, une fois reconnue l’exclusion des mauvais traitements dans les relations inter-humaines, n’est pas cité au répertoire des droits dans des déclarations.

Les mauvais traitements, « radicaux » en ce qui concerne la vie, sont cependant importants et souvent tranchés en fonction d’options surtout politiques : parmi les sujets difficiles, qui sont loin d’emporter les unanimités, évoquons seulement « la peine de mort » et « les avortements ».

Voyons pourquoi :

Cela vient de ce que la vie, elle, est toujours reprise par la nature. Or, l’homme ne peut pas grand chose vis à vis de la nature, hormis certaines destructions qui nous sont malheureusement devenues familières.

Même les bienfaits de la médecine, considérés une fois passée l’émotion des espoirs et des désespoirs, apparaissent, sinon importants à l’échelle de la souffrance individuelle, bien modestes au regard des mouvements de la nature.

Il nous semble même apercevoir, au travers du cours de l’histoire, les origines de la médecine davantage dans une attitude émotionnelle de l’homme face à la maladie et à la mort d’un être cher, quand il lui paraîtrait  inacceptable « de ne rien tenter », surtout s’il n’attend rien de bon après la mort, et plus encore, sans doute, face à la souffrance insupportable, dans tous les cas, plutôt que dans une attitude rationnelle qui vient généralement seconde[38], sachant de plus qu’une « raison » peut venir en remplacer une autre. (Cf. « la théorie des 4 éléments » qui a gouverné la médecine durant plus de 2000 ans.)

Ici, différentes cultures, cultivant différentes échelles de valeurs, engendrent différentes attitudes.

Et, en fait, les déclarations des droits de l’homme ne peuvent proposer des garanties que dans la marge étroite de ce que la nature se permet tantôt d’octroyer, pour une durée toujours limitée, et tantôt de reprendre, car il existe disettes et maladies de raisons naturelles !

Ainsi, quoi que fasse l’homme, malgré ses présomptions, la nature, elle, traite lesdits droits de l’homme selon ses fantaisies.

Cependant, les possibilités médicales, s’accroissent, bien que encore modestes par rapport aux productions spontanées de la nature. Mais déjà la médecine semble pouvoir ralentir le cours des épidémies. Bien sûr, l’ignorance domine sur ce que sera « le long terme », ou même souvent les incidences dite « secondaires », immédiates. Mais la médecine s’inscrit désormais dans une dimension sociale.

Cependant la médecine n’est pas « d’essence politique ». Elle est d’abord le produit d’une relation affective entre un petit nombre d’individus, dans laquelle chacun apporte ce qu’il croit être son petit savoir, et son attention dévouée. Mais la société primitive s’organise. Le médecin liés primitivement aux prêtres, savants, sorciers, détient une puissante fonction sociale qu’il peut utiliser ou qui peut être manipulée. Ainsi entendue, autant qu’une aide à l’organisation, cette fonction politique peut faire figure, de handicap, de poids, de travers, pour les soins. Cependant, le politique peut être tenté de s’approprier la direction de la fonction médicale, aussi bien dans sa dimension physique, du fait du pouvoir du médecin de guérir l’individu et/ou d’influer, plus ou moins, sur les épidémies, que dans sa dimension psychologique, essentiellement « de prestige » et donc de pouvoir potentiel.

Dans le monde moderne, du fait de la démultiplication des moyens d’actions et de communications, et des liens politiques qui s’introduisent aux fins d’en contrôler le cours, ces développements ont pris, en médecine, une ampleur si considérable, que par instant, on peut se demander si ils ne vont pas tout simplement en  écraser la fragile authenticité.

Une sorte de « droits de l’homme » est à l’origine du geste thérapeutique, reste une nécessité pour les soins et s’inscrit directement dans la relation soignante.

Une organisation sociale politique peut permettre, interdire ou sélectionner la répartition des soins, mais ne fait en rien partie de la relation soignante.

 

En conclusion il ne faut pas perdre de vue :

*   Qu’entre le moment de la naissance de la médecine et aujourd’hui, la dimension quantitative de la quantité de population soignée a considérablement augmenté,

tout comme la dimension quantitative des soins distribués pour chacun, et tout comme aussi la puissance d’action des substances employées.

*   Il en résulte que comme souvent en d’autres domaines, une très forte variation quantitative transforme aussi la dimension qualitative.

*   Il en résulte encore que ce qui était vrai, ou dans d’autres cas, ce qui est vrai aujourd’hui, à l’échelle individuelle, celle de la naissance de la médecine, n’est plus du tout obligatoirement vrai à l’échelle mondiale. Cet aspect du facteur numérique, qui peut aller jusqu’à inverser les résultats d’un comportement est remarquable dans de nombreux domaines, en particulier écologiques, mais il est particulièrement déroutant en médecine, parce que le médecin s’est toujours trouvé au chevet du particulier.

      Un raisonnement à l’échelle de l’humanité entière s’appelle désormais « sanitaire » et non plus « médical » : Ainsi des directives de l’Organisation Mondiale de la Santé, en matière d’épidémies, de vaccins, de prévention, etc.

      Mais là encore la gestion des risques n’est pas simple : Par exemple, l’usage répandu de certains antibiotiques a entraîné aussi de nombreuses résistances microbiennes, et par là, des décès. Il serait très facile de multiplier les exemples, dans tous les domaines : « Une » automobile peut être salvatrice alors que « des millions » d’automobiles identiques à la première peuvent constituer un ensemble destructeur.

*   Il en résulte finalement que tout geste devrait être envisagé à la fois dans ses conséquences individuelle et dans ses conséquences collectives, les une pouvant être opposées aux autres. La question est aussi importante que difficile à résoudre. Les deux aspects conjuguent à la fois l’émotion et la raison.

Par la force des choses, c’est-à-dire par l’absence de médecine, la nature privilégiait toujours la conservation de l’espèce, au détriment de l’individu. C’est même une des options fondamentales de la reproduction sexuée, en y ajoutant la possibilité d’évolution. La nature ne fait pas grand cas des « droits de l’homme » ! L’instinct de la conservation de l’espèce s’affirmait au sein d’autres espèces, en évitant les mélanges. Mais elle n’en négligeait pas pour autant « l’évolution » de ladite espèce, par des mécanismes d’ailleurs essentiellement encore de connaissance incertaine.

Lorsque l’homme « était un animal », pour ainsi dire, « l’espèce humaine » fonctionnait sans doute d’abord « en tant qu’espèce ». Au temps où les hommes étaient encore peu nombreux, la solidarité devaient être une règle nécessaire, devant des ennemis communs faciles à désigner, fait de grands prédateurs et de cataclysmes.

Les moyens belliqueux encore limités ne pouvaient produire de grandes guerres dévastatrices.

Il ne nous reste pas grand chose aujourd’hui de cet instinct « d’espèce » non seulement parce que l’homme semble avoir une certaine aversion à se considérer comme « animal », mais aussi parce que, dans les faits, il est de plus en plus en passe de devenir « le seul et ultime  animal » sur terre, après qu’il aura peut-être petit à petit exterminé tous les autres.

Il se sera en même temps multiplié sur le globe et aura totalement refaçonné  ce globe.

Il deviendra alors son propre et unique prédateur, mais dans un cadre nouveau qui aura changé la donne : celui de sa propre organisation sociale, celle qu’il aura choisi, en fait.

Mais ce « il », qui est-ce ? : Dans le langage traditionnel, c’est Dieu et c’est l’homme réunis en une seule et même main : « l’homme devenu Dieu ». Mais la problématique demeure pourtant, et même devient de plus en plus aiguë, du saut qui va de l’espèce au particulier : Car « L’Homme » est une abstraction, qui ne peut pas prendre corps ! Il n’y a en réalité que « des hommes ».

Cette problématique « de l’un » et « de tous » est peut-être devenue la plus insoluble pour l’homme. Et elle découle directement de la place qu’il s’assigne lui-même en ce monde : une place unique, centrale, dirigeante, voire rêvée comme éternelle, pour des êtres en réalité multiples et de ce fait devenus rivaux. 

*   Notre pouvoir nouveau, considérant peut-être abusivement que la nature humaine aurait atteint un état qui serait de « perfection », s’attachant alors, quoiqu’on en dise, au moins dans le domaine physique, à perpétrer en l’homme par tous les moyens, les canons de valeurs figées, pour être progressiste dans la fabrication de ses machines, n’en serait-il pas moins, pour autant, pour le moins, fort « réactionnaire », dès qu’il s’agit des standards que l’on est de plus en plus à-même d’imposer ? Et qu’en est-il aussi dans le domaine dit mental pour ceux qui le tiennent pour domaine séparé ?

*   Qui doit en décider ?

Actuellement la dimension individuelle est prétendue être assurée par le médecin personnel « au chevet du patient », mais elle est de plus en plus « télé-influencée » par des directives administratives autoritaires. Et, celles-ci, qui va les orienter ?

Quant à la dimension collective, elle échappe maintenant en totalité au traditionnel « médecin de famille », devenu de ce point de vue là « une fonction antique », dans la réalité des faits, sinon dans celle des mots qui le parent même, non sans générer de graves conflits, dans une fonction imposée d’orientation

Comme nous l’analysons sur d’autres pages de ce site, cette autorité de l’administration sur la médecine, s’étend par ailleurs continûment, suivant en cela, le schème toujours en vigueur de la psychiatrie, si préjudiciable aux soins, psychiatrie prise alors comme fleuron de la médecine, contrairement à ce qui se croit bien souvent.

 

 

 

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*   Différentes « références de justice ».

 

Mais, dès lors et surtout, comment concevoir tel système sans la justice qui a toujours été la clé de voûte de toute morale ?

Les références habituelles dans les systèmes de justice connus sont :

Le ou les dieux dans les justices célestes.

Le divin ou l’humain dans les justices terrestres.

Ainsi, outre la forme du texte, due au repérage du point de vue, c’est surtout la personne supposée de l’énonciateur qui varie, des religions traditionnelles aux droits de l’homme, censée être tantôt Dieu, tantôt l’homme, selon la croyance, la présomption, l’infatuation, même, ce qui n’est d’ailleurs pas sans conséquences, mais le fonds est le même.

Il est certain que l’offre apparente et apparemment nouvelle de « droits » a paru plus attractive que le rappel réitéré des « devoirs ».

Mais il convient de considérer les idées et les faits, et pas seulement un vocabulaire parfois trompeur.

Après celui d’humanisme, le concept fallacieux de « l’homo omnipotens », a malheureusement poussé à certains débordements, et l’on sait quel carnage humain paradoxal accompagna les déclarations de 1789. Les têtes empiquées portées en procession sous les fenêtres de Paris, comme le raconte Chateaubriand, ne méritent aucune célébration festive.

En ce qui concerne d’autres « types d’universalisme », parfois confondus, comme celui du « suffrage universel », ou d’autres encore, il y a beaucoup de personnes, censées, qui, à raison, peuvent s’estimer elles-mêmes incompétentes à émettre un avis. D’autres encore revendiquent un « droit de vote » sans être informé des données, ni être par conséquent aptes à s’exprimer valablement.  Mais ce genre de situation, de vote en l’occurrence, n’est pas du tout « un droit de l’homme », c’est une « affaire politique », comme il en est de la démocratie. Il ne faut pas tout mélanger. Dans les  démocraties contemporaines, nous le savons bien, les préoccupations électorales sont devenues des contraintes permanentes.

Précisons que si lesdits « droits de l’homme », sont une affaire « morale », « éthique », dont l’opérateur est « la justice ». Il est indispensable que la justice ne soit pas contrôlée par le politique, que le régime soit ou non appelé démocratie, oligarchie, etc. .

 

*   Au total,

 à partir de « la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 », puis dans les textes suivants, aura voulu :

 

*   Mouler les hommes dans des institutions plus ou moins nouvelles, pas si nouvelles que çà,  comme le démontre Alexis de Tocqueville, mais ce sont les institutions qui doivent être appropriées aux  hommes existants. Quant aux hommes à venir, ce seront leurs enfants, leurs descendants.  Bien sûr, il y a toujours des interactions réciproques entre ce qu’est l’homme et son institution, mais seul « le créateur » peut décréter dans l’azur, « ex nihilo », sans tenir compte d’une nature et d’une société préexistante.

*   « Recréer » un monde de justice, mais la difficulté réside toujours dans la dimension du temps: On ne peut « justifier » personne à priori, mais seulement après ses actes. Car, curieuse justice qu’une justice qui ne donnerait que des droits ! Le point de départ doit alors être dans les devoirs et non dans les droits, étant, de plus, « raisonnable » d’admettre que ce qui n’est pas interdit est autorisé. Dans ce cas, les droits potentiels de chacun se situent à la mesure de chacun.

 

Mais,

*   Les « mérites » ne s’apprécient pas à la naissance, mais après l’acte ou l’action. C’est ce qu’ont compris les religions qui comportent un « jugement dernier » (cas des égyptiens de l’époque pharaonique, du christianisme et de l’islam…), et c’est aussi le sens de « l’habeas corpus » du droit anglo-saxon, lequel donne à toute personne accusée et privée de liberté le droit de comparaître en jugement. (Cf. notre travail :  {« habeas corpus et système psychiatrique français »}.).

 

*   Le véritable « droit de l’homme », serait alors le « droit et le devoir que chacun soit justifié peut-être en permanence».… ! Au mieux, concrètement, il est donc, en fait, « le devoir de la société » de permettre une « justice accessible à tous et toujours vigilante à l’égard de tous ».

 

 

*   Une telle ambition est-elle fondée, et est-elle réalisable ? Se posent alors toute une série de questions nouvelles :

 

1.       Comme le fait que, si « la notion de justesse  existe dans la nature », comme disait Montesquieu,  la justice, elle, peut-elle être perçue différemment par différentes cultures? : un même évènement pourrait-il être juste ici, injuste là?

2.       Comment atteindre à l’universalisme, pour le bien de qui, à la demande de qui ? …Cette question est tout à fait essentielle. Elle concerne aussi ce que d’aucuns ont appelé « le devoir d’ingérence », devoir discutable si « l’aide » concerne une personne qui n’en veut pas…. 

3.       Si les aspirations « universalistes » des révolutionnaires sont un jour rendues possibles, ce ne sera sans doute qu’en tenant compte de ces notions qui nous semblent préliminaires, du respect des différences, de la dimension temporelle du déroulement « des actions » que l’on ne saurait négliger, et de l’à postériori de toute justification.

4.       Il faut que le droit soit juste pour que l’état de droit soit un état de justice

 

Quoiqu’il en soit de toutes ces remarques, de « l’origine » et « des limitations » dans « l’étendue de l’idée » des « droits de l’homme », l’existence remarquable de sa diffusion sur la planète représente sinon une avancée, par rapport à de multiples autres constructions antérieures qu’il n’est de toutes façons possible ni de juger ni de faire partager, du moins comme une « grande espérance », pour ne pas dire « un grand secours », dans un monde désormais devenu « universel par nature » :

 

5.      La mondialisation, si elle n’est pas in phénomène nouveau dans l’histoire, a du moins subi une accélération telle que la terre nous apparaît  - à certains égards aujourd’hui -  presque comme un village…

6.      Après la première guerre mondiale, et grâce, en grande partie, au président Wilson est née la « Société des Nations », afin de « prévenir » de nouvelles guerres .

7.      Après la seconde guerre mondiale est née « l’Organisation des Nations Unies » dans le même but.

8.      Même si les résultats sont loin d’être satisfaisants, ils représentent incontestablement « un commencement », qui nécessiterait d’être complété par un élargissement aux éléments non humains du monde qui exigent un égal respect, des constructions techniques et idéologiques, recueillant un accord unanime, en accord avec les besoins de tous…

9.      Il est bien évident que « l’universalisme culturel » qui fonderait la reconnaissance morale du nouvel ordre en représente la difficulté majeure…Contentons nous pour l’heure de dire ce qu’il en est pour la psychiatrie en France.

 

 

*   La psychiatrie.

 

Les errements de cette problématique « de l’universalisme » et « des droits de l’homme », se retrouvent dans une psychiatrie qui est fondamentalement soustraite à ces deux reconnaissances :

*   celle de la « semblable nature » (contraire de « l’aliénation ») {=> « aliéné »}[39],

*   et celle des « droits », puisqu’elle :

*   est soustraite aux crimes et délits du code pénal,

*   mais en revanche sujette aux procès avant l’action, aux procès de la pensée, etc.

C’est dire que les droits fondamentaux n’y sont pas appliqués. Une confusion des devoirs et des droits aura eu pour conséquence que pour soulager des devoirs on aura supprimé les droits. Ainsi, répétons le :

 

Alors que, « normalement », dans notre société la maladie n’est, heureusement, pas considérée comme l’expression d’une faute, mais que la faute doit être reconnue, dans notre système psychiatrique actuel, c’est linverse puisque c’est la supposée maladie qui est sanctionnée, et la faute qui reste sans poursuite {=> « asile »}[40].

 

La mise sous contrainte des « psychiatrisés » fait penser au statut de « colonisé », du moins dans le sens de la « privation de ses droits civiques fondamentaux » lorsque celui-ci n’est pas « citoyen » :

Même conception de la « tutelle » en vue et au nom des « bienfaits protecteurs », même démarche déclarée de type « humanitaire »[41].

Mais, quels que furent, en effet, les fruits bienfaisants des meilleures colonisations, qu’il est peut-être parfois donné de recueillir à l’histoire du monde, tels certains apports de la médecine somatique, en particulier dans le cas des « vaccinations » comme on le répète volontiers, avec la psychiatrie, la comparaison des apports s’arrête, car en psychiatrie le principe des soins est autre :

 

 Sans le désir ni la demande de soins, c’est du plus puissant ressort de la guérison que l’on se prive ! 

 

Une organisation sociale et politique est une chose. L’installation de la relation soignante en est une autre.

Ici, si « le politique » peut « permettre » ou « s’opposer » aux soins, il ne peut jamais les « imposer ». Les soins se différencient fondamentalement d’une vision politique de l’homme.

De même, si la contrainte peut appartenir aux méthodes de « l’éducation », la « psychiatrie-médecine de soins » n’est pas du tout du ressort de « l’éducation » comme nous le montrons ailleurs (Cf. « le champ de la demande et le lit du traitement »). Une telle confusion serait grave.

Une autre remarque, encore, limitera le rapprochement que nous venons d’opérer quant aux droits : Les « patients psychiatriques » ne forment en rien un « groupe homogène » et l’enjeu n’est pas dans leur indépendance, puisque ces personnes ne sont pas étrangères.

Enfin, pour des raisons qui relèvent des possibilités physiques, et/ou mentales, s’il y a maladie, de la pudeur, et du droit à la discrétion au sujet de celle-ci, du rejet parfois, on comprendra que les patients de la psychiatrie ne se manifestent guère « en tant que tels ». Aussi, les « associations de malades mentaux » existent, mais ne sont guère entendues. Et comment faire valoir la récupération de ces droits, lorsque la parole est dévalorisée, la demande irrecevable ? Pour ce, certains préfèrent souvent entendre les familles. Le patient, pourtant, n’est pas « remplaçable ».

 

Ces réflexions. n’ont fait que suivre notre premier travail, qui concernait « les conditions préalables aux soins en psychiatrie ». Il nous est maintenant apparu opportun, pour ces raisons, d’opérer une distinction radicale entre la « psychiatrie médecine de soins » et la « psychiatrie dogmatique et/ou administrative ».

Le cours de ces réflexions nous a enseigné aussi combien la justice est indispensable à fois la régulation sociale et à celle des comportements de chacun. Mais elle permet aussi la structuration de nos esprits.

Et puis ce droit à la justice n’est pas seulement un « droit individuel » . C’est une sorte de droit qui appartient à « la collectivité ». En ce sens, la justice est un facteur de cohésion sociale qui s’oppose à l’individualisme. Elle doit être saisissable à partir de deux quêtes :

*   Celle d’une personne, « qui peut être agresseur », mais arrêtée arbitrairement : C’est « l’habeas corpus … »

*   Celle d’une personne « victime », ou son représentant, qui demande réparation.

Ainsi, il n’y a pas de cohésion d’une société possible sans justice.

Or « la psychiatrie administrative », ségrégative, divise et exclut la justice, de même qu’une juste « justice » ne peut que bannir la « psychiatrie administrative ».

Aussi convient-il de choisir entre l’une et l’autre.

Et combien plus vraie encore nous semble cette assertion quand ces deux domaines sont portés à la dimension d’une mondialisation dans laquelle on tente d’instaurer  :

 

*   « Une psychiatrie administrative » de plus en plus internationale, d’un côté,

*   et « Une juridiction internationale » dont la bases des devoirs fondamentaux serait ce que l’on appelle « les droits de l’homme », de l’autre !

 

Or la co-existence de ces deux concepts est incompatible.

 

*   « Droits des patients »/ droits « de l’autre pour lui ».

 

Après ce que nous venons de dire, notre message tient en quelques lignes seulement :

è    Enonçons d’abord quatre propositions imaginaires recueillies dans une « réunion de service » d’un service de psychiatrie supposé : La vérité est dans la seule proposition  « 4. évidente » de ces dialogues caricaturaux imaginaires ci-dessous, dialogues sans patient, car trop souvent les patients en personne ne sont pas invités à s’exprimer sur le thème. Chacun y reconnaîtra sa propre position :

 

1.      hautaine : -  « droits des patients ? Que voulez vous-dire ?? Qu’ouie-je ? Que comprend-je ? Donner des droits à des fous ? Mais vous n’y pensez pas !  ».

2.      modérée :  -  « Mais bien sûr, tous mes malades ont le droit de téléphoner à leur famille tous les deux jours… sauf s’ils délirent,  etc. etc. ».

3.       extrême : un brave homme me racontant le naufrage d’un navire, en se remémorant ses vieux souvenirs : -   « il y eut sept rescapés, dont un qui est tombé fou : il a fallu l’abattre… ». sa mémoire a sans doute cédé à la simplification, avec quelque rudesse…

4.      évidente : - « Pour vous qui parlez des droits de l’homme, les patients sont-ils  des hommes ? Si c’est le cas, tout patient doit avoir les mêmes droits que toute personne d’être jugé  pour ce qu’on lui  reproche, et le droit à la défense. On n’a pas le droit d’enfermer ni de priver quelqu’un de ses droits arbitrairement, s’il n’a pas commis de faute. Pour un patient « hospitalisé »  contre son gré, les autres droits ne sont qu’un bruit de fond. »

 

è    Les « droits des patients » relèvent en fait d’abord d’un ensemble « existentiel » beaucoup plus vaste :

1.      Il n’en reste pas moins, en effet, qu’à côté de tous ces  « droits normaux » refusés, « par un autre tour de folie », comme dirait Blaise Pascal, mais venant cette fois de la justice, « le fou » est un individu qui, paradoxalement, a « tous les droits », même s’il les refuse, du moment qu’il est reconnu « fou », et, possiblement, mais non nécessairement, enfermé comme tel.

2.      Est-il bien utile, in fine, de seulement mentionner encore « le droit de vivre », parfois objet d’allégations qui dépassent toute réfutation, dès lors que l’on a déjà entendu des expressions comme « pourquoi on ne les tue pas tous ? », mais que ce « tous », bien sûr, n’a jamais reçu l’ombre d’une définition !

 

è    Plus subtiles  seraient les questions des « profits », comme réponses possibles à ce genre de questions radicales, multiples, allant des économies commerciales aux problèmes identitaires, auxquels les théorisations des « psychothérapies familiales » peuvent volontiers introduire, mais dans un questionnement social beaucoup plus élargi :

        « Qui a intérêt à faire dire cela à un « fou » ? »

        « Qui a intérêt à faire croire qu’il est ainsi, qu’il pense cela ? ».

        « Qui a intérêt à faire croire que telle idée est folle ? ».

        etc.

 

La réponse à ces dernières questions est peut-être quelques fois dans  les traditionnelles et souvent grinçantes « histoires de fou », grâces auxquelles on exorcise ses propres démons en les projetant  dans l’histoire  d’ un « autre imaginaire » appelé « fou » en lequel on refuserait de s’avouer ou de se reconnaître de même nature…bien sûr ! …

A quel moment la « distanciation » d’avec soi-même devient-elle si tranchante qu’elle ne peut plus que blesser autrui ?

        On fait alors dire par « l’autre », « l’aliéné », ce que l’on n’ose pas dire soi-même !

        Mais,  n’en est-il pas aussi de même dans certaines « histoires vraies » dites de « fou » ? [42] 

 

Aussi, pour toutes ces raisons, et pour tout « imaginaires » qu’en soient nombres de ses fondements, le « marché de la folie » se porte bien.

 

 

 

 


 

6°.Haut de page    En conclusion 

 

Tout se passe comme si l’homme, pour vivre, dans une dimension toujours sociale, car personne « ne vient » jamais seul, avait besoin ou était avide « d’ordre » et « d’idéaux », ce qui se traduit, dans le groupe, en termes de « politique » et de « morale ».

Certaines « théocraties », anciennes ou traditionnelles ont assumé, ou assument, ouvertement, avec des termes issus d’un vocabulaire religieux l’ensemble de ces fonctions.

L’évolution particulière de la France, pour toute « rationnelle » qu’on la dise, n’aura pas évité certains paradoxes :

Après la « Renaissance », revalorisation de l’antiquité gréco-latine et de son « humanisme », puis l’abolition de « l’Ancien Régime », de son système politique monarchique et de ses valeurs morales fondées sur les principes du christianisme, il a fallu « nommer » d’autres valeurs, même si les nouvelles ne pouvaient pas toujours être radicalement en opposition avec les anciennes, et pouvaient même en être la continuité, comme le souligne Tocqueville.

Ces nouvelles valeurs ont été nommées « démocratie » en politique, et « droits de l’homme » en morale.

- Nouvelles ? 

- Sans doute, mais les premiers rois de France étaient « élus » démocratiquement et les droits de l’homme sont issus du christianisme !

Aussi, de même que la monarchie tirait sa légitimité du christianisme, on a voulu tirer la légitimité de la démocratie des droits de l’homme[43].

 

La « rationalisation » n’en est pourtant pas plus aisée. Mais c’est dans ce sens que l’on a voulu fabriquer et utiliser  le tout naissant concept de « psychiatrie » dont le mot fait référence « à l’âme » et « au médecin », dans lequel « l’aliéniste » sera désormais voué au « culte de la Raison » (Cf. « L’invention de la psychiatrie »)

Le système a fonctionné comme un « instrument de transfert de légitimités » - de Dieu à l’homme, et du roi au peuple ( démos ) -, dans le sillage de ce qui ressemble à un changement de « rapport de force ».

Pour faire valoir les valeurs nouvelles, fondées sur « un rationalisme officiel », et dans un sens redevenu, pour ainsi dire « quasi-théocratique », la « psychiatrie » est ainsi venue à point, et à tel point que son « nom » en est arrivé maintenant à être décliné à chaque instant, pour justifier très abusivement les nouveaux standards, tant pour un politique dit « démocratique » que pour une morale dite des « droit de l’homme»[44].

 

Un « prêtre-médecin »[45] garant de la moralité publique ? Après le temps de la séparation des pouvoirs et que la médecine se fut vidée de son contenu surnaturel ?  Comment un tel concept pourra-t-il acquérir  une dimension nationale, et, bientôt, internationale, bien différente de la plus modeste dimension de la simple relation « médecin-malade » ?

 

Les mots  « psychiatre », renvoyant à une sorte de « prêtrise laïque », et « psychiatrie », à une sorte de « prêtrise de la laïcité[46] », apparus dans les années 1800 témoignent parfaitement de cette volonté d’appropriation de puissances dites jadis divines et incontrôlables.

Véritable « miracle du ciel » en effet, qu’un tel système, qui, grâce à la bienveillante « caution médicale », dont les décisions « cliniques » sont en réalité largement dirigées par le « pouvoir exécutif », permet, tel un « joker de la démocratie », de « soustraire à la justice », et à la justice de se soustraire, des tourments de tout ce qui sera relégué alors au rang trivial « d’inconcevable absurdité ». Puis le franchissement d’un pas supplémentaire justifiera l’intervention et la contrainte « soignante », où la gestion de ses « droits de l’homme » devenus inutiles au « malade » seront confiés à ses protecteurs ( hospitaliers et éventuellement tutelle).

C’est pourquoi, du fait du mélange voulu des genres, il existe maintenant deux psychiatries bien différentes, profondément amalgamées mais généralement incompatibles[47] : la « psychiatrie-dogmatique-administrative » et la « psychiatrie-médecine de soins ». Or les créances aux « bonnes raisons » de la première ne devraient s’appuyer que sur « les succès » de la seconde, qu’elle-même pourtant écrase ou paralyse de ses « certitudes à priori »[48]. Aussi ne s’affirme-t-elle essentiellement que d’un crédit fondé dans des dimensions « d’espoirs ou de condamnations ».

Mais qui n’aperçoit que le cercle est d’emblée vicieux?

Car, « morale » et « politique » répondent à des règles de fonctionnement différentes. On tente plus ou moins habilement de les concilier, par exemple, dans les expéditions « d’ingérence humanitaire », depuis cette première et fameuse expédition libanaise de Napoléon III en 1860, mais les règles de l’un et l’autre, souvent, se contrarient. Le rapprochement ici n’est pas gratuit, puisque dans les deux cas, « ingérence humanitaire » et « psychiatrie », c’est au nom d’un proclamé « devoir d’ingérence » que l’on justifie l’intervention.

Mais lorsqu’il y a mélange des genres, faut-il le rappeler, c’est toujours « la morale », par exemple celle des « droits de l’homme », qui est tributaire des allégations du « politique », et jamais l’inverse.

Ainsi, comme le camp du « malade » est celui du faible, même s’il est celui des « droits de l’homme », ce qui est la règle, naturellement s’il dérange, et si les gestions sont mélangées, l’autre camp, celui du « politique » aura tôt fait de le réduire au silence.

Pour cette raison, il n’est pas possible de gérer la maladie à l’aulne d’une conjoncture policière ou politique.

Les soins et l’ordre public ne peuvent pas faire l’objet d’une même et unique opération. On ne peut utiliser pour l’un et pour l’autre les mêmes vocabulaires, les mêmes registres, les mêmes références.

 

Mais était-il sûr que la mort de « Dieu » assurât du même coup celle du « Diable » ?

Car, l’antique et démoniaque « hubris », cet orgueil sans mesure de l’être humain, resurgirait désormais dans ce paradoxe qu’un certain « rationalisme », après avoir été « déicide », fît élection d’un nouveau culte, « une psychiatrie pour célébrer sa gloire », laquelle, à son tour, le défierait lui-même[49] …,  car tel apparaît en effet le mauvais génie de la « psychiatrie-dogmatique administrative » ,  censée s’autoriser de « la raison » qu’elle même défie[50], dès l’abord, par des institutions arbitraires

 

                        Certes, mais l’autre forme de « psychiatrie », la « psychiatrie-médecine de soins », modeste, individuelle, limitée, devrait, enfin,  être libérée des « oppressions dogmatiques et administratives »  pour redevenir une « médecine pleine et libre », de maladies qui sont mentales au même titre que d’autres sont physiques, voire les deux à la fois, pour pouvoir adopter, au fur et à mesure de leurs avancées, les vraies données des sciences, et les intégrer dans le cours d’une véritable pratique – encore imparfaite -- , mais déjà plusieurs fois millénaire[51], et, surtout, qui respecte aujourd’hui « le droit des gens à disposer d’eux-mêmes en ce qui concerne la demande de soins », condition  première à « des soins réussis ».

 

                        Par le fait même, « la psychiatrie – actuellement - dogmatique » serait libérée de ses préoccupations « administratives », et, soustraite enfin aux contraintes infernales de l’exécution des procédures de procès sans cause, pourrait se consacrer à la recherches et à la spéculation, comme il en va de toute science fondamentale normale.

 

Haut de page

 

Voir aussi: Demain

Fin du texte

 


6.   Haut de page   Plans :

*    Plan de la page web :

 

1.       Résumés du texte

2.       Vocabulaire

3.        Préambule

4.        Systématisation

5.        Développements

6.       Plans

7.       Schéma de l’Inconscient

8.       Bibliographie

 


*   Plan des développements :

 

 1° Démocratie / « droits de l’homme ».

Vocabulaire : droits des hommes et démocratie.

Le système de représentation,  Quelques absurdités de la démocratie, Internements psychiatriques/ostracisme.

 

2° Droits de l’Homme / droits des hommes.

 

3°.Religions : « jugement dernier » / « laïcité :

Christianisme,  Islam,  Le sacré, dans le religieux / dans le laïque après la révolution de 1789,  L’Universalisme depuis 1789,  Des devoirs / des droits, dans la morale laïque après 1789,  Justice / droit,  Le Code pénal de 1810,  Dévalorisation des responsabilités des personnes et des juges, Besoin et Recherche perpétuels de valeurs morales.

 

4° L’homme dans la nature et le droit naturel :

Qu’est-ce que la nature ?, Droits « dans » « par » « pour » la nature., La vie : « Corps / esprit »,  Conservatisme / évolution, La vie souvent « s’oppose », Naissance de la médecine.

 

5° Aires de justice / aires de psychiatrie :

Différentes « références de justice »,  La psychiatrie,  « Droits de patients ».

 

6°. En conclusion 


 

 

 


 

7.       Haut de page   Schéma accompagnant la note 2 (non insérable dans les notes de bas de page) : Selon Freud, tout ce qui va de la Conscience au monde extérieur, et inversement, traverse l’inconscient.

 

Schéma du principe de la communication :

et des transformations de l’objet par la barrière entre la conscience et l’inconscient.

Elle fonctionne comme un  filtre qui fabrique le refoulement

Ainsi, ce qui arrive en C2 n’est plus du tout ce qui est sorti de C1 ( s’accompagne de suppression et d’ajout de données issues directement de IC1, etc.)

 Naturellement on envisagera de la même manière la réponse de 2 à 1, la relation analyste-analysant, etc.

(D’après Freud, avec adaptation[52] .)

voir plus de détails.

Message M1

 
Ellipse: Inconscient 1

M2 est devenu M3

 

M1 est devenu M2

 
Ellipse: Conscience 2

Ellipse: Conscience 1 

Ellipse: Inconscient 2

 

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7 Bis.  A partir du schéma précédent, exemple de dialogue :

 

Exemple de dialogue analyste analysant : Ici l’analyste est le N°2 et l’analysant le N°1.

Un message M1 est envoyé par le N°1.

Ce N°1 recevra la réponse R3.

 Etc.

Dans cet exemple est montré un exemple de « prise de conscience » grâce au trajet qui permettrait à l’objet  a1  de l’inconscient Ic1 de parvenir à la conscience C1.

On observe  les nombreux obstacles successifs : Chaque passage au travers d’un « Ic » laisse une trace et prend une marque inconscientes et donc non contrôlées.

Du fait de ces déformations, C1 voit N°2 à sa manière, comme s’il était un N°2bis, et C2 voit N°1 comme s’il était un N°1bis.

On constate par ailleurs que l’inconscient serait le « général », et la conscience la « rareté ».

 

Relation directe de Ic1 à Ic2 : M1 est devenu M2, incluant maintenant a1

 

 

a1.

 
Ellipse: Inconscient 1

 

 

 

 

 
Ellipse: Inconscient 2

 

Départ de C1 d’un message M1

 
 

Ellipse: Conscience 1 

 

Réponse consciente R1 à M3, incluant a1

 

 

Réception de R2  devenu R3

 

a1.

 

 

R1 déformé par Ic2 devient R2. Relation directe de Ic2 à Ic1, incluant a1

 

 

Arrivé du message M2 déformé => M3

 
Ellipse: Conscience 2
a1

 

Légende : 

 

Trace inconsciente laissée à chaque passage

 

a1

Objets inconscient :  Ici, le but de la psychanalyse est de collecter et regrouper les objets inconscients {a1 + a2 + a3 etc.} afin de les faire parvenir, par l’art et le chemin détourné de l’analyste à la conscience de l’analysant.

 

 

 

Le processus sera répété autant de fois que nécessaire.

Le but final se résume à la figure ci-contre :

 

Mais lorsque la « barrière  C-Ic » est infranchissable, un long détour est nécessaire. Telle est la théorie freudienne.

 

 

a1 en C

 

a1en Ic

 

 

7 ter.       Transfert et contre transfert

 

La partie inconsciente qui se joint à M1 pour  former M2 se nomme « transfert » (en rouge).

Ellipse: Conscience 1 

La partie inconsciente qui réagit à M2 pour former M3 et les réponses R1 et R2 qui en découlent se nomme « contre-transfert » (en vert).Ellipse:                                                                                                          Inconscient 1

Ellipse: Inconscient 2

Transfert, incluant maintenant a1

 

 

a1.

 

R2 incluant a1, accompagné du contre-transfert

 

 

a1.

 
Ellipse: Conscience 2

 

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8.      Bibliographie  (en construction)

Cf. aussi la bibliographie  associée au texte  « Entre justice divine et médecine d’état : l’invention de la psychiatrie ».
Nous privilégions les oeuvres que nous supposons peu connues

1)Egypte ancienne et éthique :  (Voir détails)
-    Paul Barguet, "Le livre des morts des anciens égyptiens"

-    Ian Assman, " Maât, l'Egypte Pharaonique et l'idée de justice sociale
-    Sarwat Anis el Assiouty, " Recherches comparées sur le christianisme primitif et l'islam premier
-    Sarwat Anis el Assiouty, "Civilisations de répression et forgeurs de livres sacrés »
-    Christiane Desroches Noblecourt, "Le fabuleux héritage de l'Egypte
2) Christianisme et éthique :
3) Islam et éthique :
-    Ali Abd er-raziq : « L’islam et les fondements du pouvoir » Editions la découverte/cedj/textes à l’appui/islam et société. Paris 1994. [Ouvrage essentiel sur la question de la     séparation du spirituel et du temporel. L’auteur avait 36 ans et était « cheikh » de « l’université Al Azhar » au Caire lorsqu’il écrivit cet ouvrage paru en 1925, peu après  l’effondrement du califat en Turquie.]
-    Joseph Schacht  : « Introduction au droit musulman ». Edition Maisonneuve et Larose, 75005 Paris 1999. [Ouvrage de référence paru en anglais en 1964]
4) Droits de l’homme et devoirs de l’homme :
5) Ecologie ou protection de la nature ou droits de la nature :
6) Psychiatrie et éthique, ou psychiatrie et droits de l’homme :
7) Psychiatrie et politique, ou psychiatrie et démocratie :
8) points particuliers :

-    Henry Laurens : « Le royaume impossible » Armand Colin 1990 . [ sur la France et L’empire ottoman ]
-    Sigmund Freud : « L’interprétation des rêves (Tramdeutung) » P.U.F. Paris

 

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[1] La « nature », n’est pas « l’environnement ». L’environnement se définit toujours à partir d’un centre, qui est en général le « locuteur ». Là est la définition même de « l’égocentrisme ». Défendre son environnement est ce que tout être qui vit a toujours fait sur terre, dans une perspective plus ou moins ample, plus ou moins conquérante en fonction de ses humeurs, de ses croyances ou de son éthique, et un résultat variablement dévastateur, parfois pour le voisin. Défendre l’environnement de « l’Homme », ou mieux, « des hommes », relève de la même perspective. C’est justement à un « décentrage » qu’il conviendrait de s’ouvrir.

Défendre un « environnement »  - sous-entendu : « de l’homme » -  est donc, dans cette perspective, seulement un corollaire des « droits de l’homme », car il a bien fallu que l’on s’aperçoive que les « droits de l’homme » ne sont pas les « droits d’un homme », mais les « droits de tous les hommes », et que, dans cette perspective, il fallait bien gérer une étendue qui avait été un peu oubliée ! Mais cette vision est encore insuffisante.

De plus, le mot  « environnement », dont on se sert tant, ces temps-ci, semble désigner de moins en moins « l’environnement humain de proximité » :  Il est devenu « l’environnemain humain lointain », alors que c’est de l’environnement humain immédiat que viennent tous les problèmes nouveaux .

L’homme a certaine tendance à toujours se projeter là où il n’est pas ! Cela ne serait pas dommageable s’il n’en tirait pretexte pour négliger de prendre soin de lui-même et  de « là où il est ».

Mais il reste que cet « environnement »  n’est mesuré qu’à l’aulne de « l’étalon-homme » !

Finalement, « nature » et « environnement » sont deux choses très différentes :

*   L’environnement reste centré autour du locuteur. « L’environnement », préoccupation toute traditionnelle, peut être proche où lointain, mais il reste ici qu’il faut d’abord « balayer devant sa porte ».

*   La nature, elle, même si elle reste en général mystérieuse ou inexpliquée, est, pour l’homme, « autre » que lui-même : La nature peut aussi être quelque chose où l’homme ne se projetterait pas.

Cette sémantique n’est  ni vaine ni anodine car, quoiqu’il en soit :

Le droit est là pour simplifier les opérations de justice, mais n’est pas la justice.

Les droits sont seulement des « guides ».

Les « droits de l’homme » sont un guide pour une justice exclusive entre les hommes.

Les « droits de Dieu » allaient nettement au-delà : Que l’on se remémore qu’il a existé, en France, des jugements  de tribunaux pour des animaux, loups ou autres, lorsque, par exemple un prédateur avait dévasté un élevage.

Un concept de « droits de la nature » conduirait ainsi, à partir d’un guide plus ouvert, à mettre une justice en accord avec des objectifs plus amples que ceux des « droits de l’homme », dont, à l’évidence, les limitations sont un danger même pour l’homme.

[2] Une énumération aussi abrupte a pour intention de montrer comment les grandes sociétés occidentales dont nous sommes redevables, ont eu recours à la sélection de « valeurs morales humaines », en les opposant ici aux « préoccupations politiques » : Aucune société n’a pu se contenter d’une pure et simple organisation politique. La sorte de « passion politique » qui envahit nos revues de presse ne saurait donner le change.

Voilà pourquoi aussi la Grèce et la civilisation hellénistique se sont converties au christianisme, et même, pour une part, lui ont donné naissance. (Cf. : « La conversion de la Grèce »). Il en fut de même de Rome trois siècles plus tard. Voilà aussi  pourquoi, à la lumière du passé, il est permis d’espérer !
Dans le détail, au contraire, il est intéressant et utile à la compréhension de reconnaître les « filiations » autant que les « scissions », comme de faire la différence entre ce qui est « enseigné » et la « vérité historique »  :

« L’épopée mosaïque » est en scission avec l’ordre pharaonique, alors que le christianisme est dans son prolongement .

On comprendra ainsi mieux pourquoi « Les dix commandements » reçus par Moïse sur le mont Sinaï n’invoquent aucune existence de jugement céleste après la mort, ni de sanctions ni de récompenses en découlant. Le champ défini de la réglementation y est au contraire purement pragmatique et terrestre : C’est  un « droit de la famille », un «droit de la propriété », etc., un code des « valeurs de la bourgeoisie »  sous la tente, dirait-on sans peur de l’anachronisme !

C’est en quoi aussi la loi mosaïque est si proche de la première « déclaration des droits de l’homme et du citoyen » de 1789, qui, elle aussi, voulait souligner une rupture, par certains côtés assez proche, d’avec le christianisme, cette fois.

Quant au Coran, il révère « Abraham » qui était « hanif, mouslim » (« monothéiste, musulman »), « Isaac », »Jacob », « Jésus fils de Marie », etc., annonce le jugement et la résurrection après la mort, et fustige « Pharaon » : Cf. in Coran, II, 49, 51, 53 : « Nous vous avons délivré des gens de Pharaon », « Nous avons fait un pacte avec Moïse » , « Nous avons donné à Moïse le Livre et la Loi », etc.  Refusant toute « association » avec d’autres divinités, l’islam est monothéiste. Sa conception radicale de l’unicité de Dieu, qui « n’a pas engendré et n’a pas été engendré », est proche de celle du judaïsme. Sa croyance en un au-delà lieu de justice, avec enfer et paradis, est proche de celle du christianisme.

[3] D’ailleurs, dans cette société où tout devient « absorption à marche forcée », on se trouve confronté à ce problème qu’il est au moins aussi important, et salutaire, de refuser le trop, et de « rejeter », que « d’absorber ».

Mais, les profits commerciaux ne sont pas les mêmes dans les deux cas. Et ce qui n’est pas d’un enjeu lucratif, comme la « simple » consommation d’air pur, est facilement délaissé, même quand cela est vital, au physique comme au mental.

Comme chacun sait aussi, la consommation est souvent orientée par des slogans mêlant volontairement les pulsions de « compétition » avec celles de la « consommation ». A la limite, c’est la seule « pulsion de compétition » qui est valorisée, artificiellement conjuguée avec un produit de consommation, mais « le concours de sobriété » fait beaucoup moins recette !

L’esclavage pour dette étant portant aboli, le commerce, qu’il soit dit affaire « privée » ou « publique » subjugue de plus en plus tous les aspects de la vie :

*   Le commerce taxe « l’existence » : cela se voit dans le commerce de tous les produits et toutes les énergies, alors que l’eau ruissellerait du ciel, que le soleil apporterait lumière et chaleur, le vent, une énergie colossale, que l’énergie est partout dans la matière, qu’une maison devrait, non pas consommer, mais bien produire de l’énergie en abondance, comme on le re-découvre plus ou moins par nécessité, tel un moulin à vent, ou à eau, ou même un végétal qui opère de façon naturelle la photosynthèse, etc…

*   Le commerce taxe aussi pour ainsi dire « l’essence » de l’être, presque même avant qu’il n’ait vu le jour, par un système d’imposition presque anticipé destiné à payer une dette publique antérieure à lui…et une administration omniprésente et exclusive, presque prête, peut-être, qui sait, à s’arroger un jour le droit exclusif de décider pour chacun du chaud et du froid…

*   L’un et l’autre peuvent se conjuguer : l’administration peut imposer une consommation, même si l’usager la réprouve : « consommation obligatoire » dont nous ne connaissons que trop bien le paradigme, autant que les méfaits.

 

[4] Certes, la personne divine avait toujours échappé à toute définition « totalisante ». Cependant on avait pu, auparavant, débattre et s’accorder occasionnellement, non sans divergences, sur quelques « attributs divins », permettant d’en « dire quelques mots »…

Après 1789 toute cette dialectique s’est trouvée violemment balayée et un certain vocabulaire faisant allusion à Dieu est devenu plus ou moins  « banni » en  nombres de circonstances. Mais les questions de resurgir et les réponses de prendre la forme de nouvelles croyances, souvent issues des précédentes, bien que généralement formulées autrement, ou tout simplement non formulées.

On aurait pourtant pu essayer d’affiner les mots, autant que les idées, et c’est peut-être surtout le mot « croire » qui a ici toujours été le plus important. Il n’a en rien disparu, projeté sur d’autres objets.

Peut-on ne croire en rien?

 Un poète comme  jacques Prévert a ironisé : « Il y a ceux qui croient, ceux qui croient croire, et ceux qui « Croa croa »… » (Onomatopée sans doute en allusion aux prêtres appelés à une certaine époque « les corbeaux », en raison de leur soutane noire).

On pourrait même tout aussi bien ironiser une boutade en inversant la nègation des négateurs : -   « Croyez-vous donc en Dieu ? »  -«  En beaucoup plus ! ».

 

[5]1. La démocratie malgré le droits de l’homme : « l’exécution de l’ex-président iraquien Saddam Hussein » :

Les commentaires sur l’exécution de l’ex-président iraquien Saddam Hussein le 30 décembre 2006 concrétisent typiquement ce type de conflits entre démocratie et doits de l’homme :

Ø       Démocratie : « A Washington, l'exécution de Saddam Hussein, est :« une étape importante sur la route de l'Irak vers une démocratie qui peut se gouverner, être autosuffisante et se défendre, et être un allié dans la guerre contre la terreur », a déclaré le président George W. Bush dans un communiqué. » (In journal « Le Monde » Samedi 30 décembre 2006).

Ø        Droits de l’homme : L'Union européenne a fait de l'abolition de la peine de mort une obligation pour ceux qui souhaitent la rejoindre. Le traité de Maastricht précise que l'Union « respecte les droits fondamentaux, tels qu'ils sont garantis par la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, signée, à Rome, le 4 novembre 1950, et tels qu'ils résultent des traditions constitutionnelles communes aux Etats membres, en tant que principes généraux du droit communautaire ». Depuis l'adoption du protocole n° 6 en 1983, la « Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme » proclame : « La peine de mort est abolie. Nul ne peut être condamné à une telle peine ni exécuté. » La Charte des droits fondamentaux de l'Union, adoptée en 2000, affirme que « toute personne a droit à la vie » et que « nul ne peut être condamné à la peine de mort ni exécuté ».

Ø        Psychiatrie : Est-il encore de propos – mais il importe – de remarquer que nul ne semble avoir proposé de condamner l’ex-président à une contrainte psychiatrique ou psychothérapique ?

2.       Les droits de l’homme malgré la démocratie : « L’abolition de la peine de mort en France » : 

Peut-on dire que l’abolition de la peine de mort en France, par le Parlement en 1981, ait suivi un processus démocratique quand tout le monde savait que 70% de la population était favorable à cette peine et que pour cette raison les partisans de la peine de mort réclamaient un référendum? Mais ce fut une victoire « des droits de l’homme », et tout à fait exactement de « l’interdiction de tuer », lequel était aussi un « commandement » chrétien traditionnel. Il pourrait apparaître « étonnant » que la reconnaissance d’un « droit de l’homme » ait été refusé par le peuple, et ait eu besoin d’être décrétée par un procédé non-démocratique. Ce serait pourtant ignorer la lecture du « traité de la servitude volontaire » (Michel de la Boétie).

3.       Ces deux exemples montrent suffisament combien « droits de l’homme » et « démocratie » répondent à deux logiques différentes.

 

[6]Certes, parmi les interférences entre politique et morale, il arrive toujours un moment, surtout dans la durée, où l’on est bien obligé de définir les « objectifs moraux » de la politique, plus que l’inverse. Surtout dans la durée, car dans le cas d’une alliance ponctuelle, l’objectif est déjà défini par l’alliance

Il se trouve aussi que la durée est un problème particulier pour certains régimes comme la démocratie ou le despotisme, plus que pour d’autres comme les monarchies religieuses.

Mais quel que soit le régime politique, les problèmes de l’échelle des valeurs, des priorités, des objectifs, demeure. Il faudrait à ce propos se défier du vocabulaire tout fait qui ne veut rien dire : Par exemple le mot « aristocratie » tout seul est vide de sens: « aristocratie » signifie littéralement «le gouvernement par le pouvoir des meilleurs », ( qui voudrait s’y opposer ? ), mais il ne dit nullement « les meilleurs en quoi ? », ce qui reste à dire, etc…De fait, une aristocratie est amenée à en remplacer une autre: aristocratie par la chevalerie, le dévouement à la Cour, à l’Empire, à la Finance, etc…

pourrait On dire approximativement que la politique est un moyen et la morale une fin.

 

[7] On peut développer ces deux points succinctement. Historiquement, chacun de ces deux concepts a été conçu petit à petit, ayant des dimensions très modestes au départ, au sein d’ensembles plus vastes. Ces dimensions sont devenues mondiales, mais l’étude des origines aide à en comprendre la signification : Tout système politique privilégie la valeur de « l’ensemble géré » à celle de « l’unité fonctionnelle ». Au besoin, l’ensemble aura recours au sacrifice d’une ou plusieurs de ses unités fonctionnelles pour sauver le groupe. Ainsi s’explique la lutte pour le pouvoir qui répartit les parts. Dans la démocratie, l’ensemble est le « peuple » et l’unité fonctionnelle est le « citoyen ». Le reste n’a pas de valeur structurale. Au contraire, les systèmes religieux ayant conçus « des droits de l’homme après le jugement dernier », promettent le salut à l’individu qui aura accompli ses devoirs moraux, même au prix d’être honni ou banni par le groupe. Du point de vue du couple oppositionnel « groupe/individu », dans la démocratie le sacrifice est « altruiste », et. dans les droits de l’homme, le salut est « égoïste » (le « justifié » ne peut rien pour l’autre). Au départ, le premier système était opérationnel ici-bas, et le second dans l’au-delà. On cherche aujourd’hui à faire cohabiter l’un et l’autre ici-bas.

Notre médecine moderne, depuis le « serment d’Hippocrate » avoue répondre à des visées plus « égoïstes » que « sacrificielles », mais il est certain aussi qu’elle recueille des sollicitations contraires à son éthique.

Il est remarquable que d’autres systèmes politiques ou d’autres systèmes moraux ont conçu d’autres « unités fonctionnelles ».

 

[8] Cf. : La théorisation du «  grand Autre »de Jacques Lacan : « Le lieu de l'Autre n'est pas à prendre ailleurs que dans le corps » (1967).

 

[9] De là les très longs séjours « asilaires », parfois « à vie ».

 

[10] Cf. Le livre qui porte ce titre de l’historien « médiéviste » Jacques Legoff.

 

[11] La lecture selon une dimension temporelle de ce schéma ferait apparaître un étrange phénomène :

On pourrait considérer « la société » ou « l’état » qui la représente comme le moteur d’une horloge.

L’aiguille en serait le « bras médical », chargé ou déchargé dans le temps de toutes ces mystérieuses fonctions, successives ou simultanées, que sont celles de « prêtre-magicien-faiseur de pluie-savant » : Mais le rôle de la médecine peut aussi s’avérer, comme acteur ou comme « moyen », d’importance bien autre que celle d’un simple témoin.

Le cadran représenterait alors :

1.       l’ascension de la fonction de la « cohésion sociale – vérité justice »,

2.       puis son élaboration céleste,

3.       puis sa re-descente entre les bras d’un « clergé de psychiatres-prêtres-médecins »,

4.       puis son cheminement « terrestre » pour rejoindre à nouveau un « enjeu de justice »,  désormais ou à nouveau désacralisé, fragile et désarmé, sans repères et sans appui, comme il en était peut-être à l’aube des temps historiques.

Dans ces conditions, quelle heure serait-il ?

A quelle étape, simple ou complexe, serions-nous de ce cheminement dans l’accomplissement d’une « sacralisation », puis, dans un environnement nouveau, d’une inverse « désacralisation » de la fonction judiciaire, selon des conceptions « élaborées » puis « dés-élaborées », dans un mouvement de simple tour complet de cadran ?

 

Ciel et dieux 2

 

 

Terre

1

Prêtres Juges

 

Société-Etat

 

 

Bras médical

3

Prêtres Psychiatres

 

4 Recherches Sciences Consciences*

 

* …toujours entreprises par les « non-malades », les « ex-malades », les « familles de malades », etc. afin de conserver « intact » un clivage administratif « raison/déraison » (Cf. ) dans lequel ce qui domine est en réalité le « standard ». Mais ce vocabulaire « raison/déraison » n’a pas de place administrative reconnue, et il  ne s’immisce que par des voies détournées, mais puissantes. Une administration devrait seulement parler en terme de « recevable/non-recevable ».

Il est clair que dans un état dit « de droit » comme le nôtre, l’usage du vocabulaire sur le thème de la folie relève d’un vocabulaire « privé ». Il n’y a aucune raison d’exclure quiconque à ce titre. Il suffirait pourtant de comprendre que la classification « raison/déraison » possède divers degrés de pertinence selon la spécialité à laquelle on se réfère, mais ne possède pas de pertinence « universelle ».

La théorisation des rapports « signifiant/signifié » est, à ce propos, éclairante : Un « signifiant » peut avoir une pertinence « signifiante » dans une langue, mais une autre pertinence, ou aucune pertinence, dans une autre langue : Ainsi « mia » signifie « mienne » en espagnol, « une » en grec, « cent » en arabe, etc…

 

 

 

[12]Rappel : « On », en langue française, c’est « l’Homme ».

La présence de cet « homme abstrait et/ou indéterminé » dans la langue est sans doute un trait de l’esprit de la langue, témoignant de sa tendance à l’abstraction, ou au vocabulaire universaliste selon le cas, et une préfiguration de l’usage du mot « homme » dans l’expression « droits de l’homme » de la déclaration de 1789 (lire plus loin dans cette page).

Etymologie : En latin, « homo-hominis » = « homme ». Comme la langue courante a généralement conservé préférentiellement les formes des mots à l’accusatif pour des raisons grammaticales, c’est « hominem » qui donne => « homme » pour toutes les positions grammaticales.

Mais le cas sujet, le nominatif, ici n’a pas été perdu, et, ainsi « homo » => « om » au Moyen Age, et => « on » en français moderne. Ainsi s’explique un maniement grammatical original du pronom « on » qui défie souvent les traductions en langue étrangère, car ce pronom « on » toujours utilisé en position de cas sujet, n’existe dans aucune autre langue.

Autrement dit, un peuple se construit avec son vécu, sa culture, ses idées, sa langue, ses mots !

 

[13] En réalité, comme on le lira plus loin, on comprend mieux les fondements du droit en lui accordant deux racines : Une racine éthique, anciennement entièrement soumise à la morale du christianisme, qui rattache le droit « au juste », et une racine politique, entièrement inscrite dans « le temporel », actuellement sous le signe de la démocratie. Ces deux courants n’aboutissent pas toujours aux mêmes propositions.

 

[14] Nous profitons ici du fait que le grec et le latin sont des langues sœurs pour traduire par un correspondant étymologique : « Logos » est de la famille de « loquor- loqui » = « parler » => « Locuteur, éloquence »

 

[15]Comme la psychiatrie, et, pour celle-ci la santé mentale, ont été, à ce moment, définis à partir de critères destinés à l’origine à des préoccupations d’ordre exécutif, subsumant « l’ordre public », en l’absence de référence à « l’ordre judiciaire », tels « un degré d’intégration, aux cultures et aux coutumes sélectionnées, satisfaisant pour l’ordre public », cette séparation entre « le rationnel » et « l’irrationnel » n’a pas résisté longtemps au « bon sens » des premiers « aliénistes » après 1838 et n’est pas apparue nécessaire aux classifications :

La façon de voir et nommer la chose comme « symptôme » d’une « maladie » transposait son importance dans les « certificats à la préfecture ». Et les comportements observés étaient souvent outrés et dénaturés par les séjours asilaires des patients. Pour un excès de « rationalisation » est apparu le verbe « ratiociner ». L’excès de logique est devenu « paranoia » (mot à mot = « à coté de l’esprit »).

*   Pas plus aux « psychiatres d’aujourd’hui » qu’aux « premiers aliénistes » n’a échappé la dimension « bio-logique » du comportement. On reprit alors les travaux des médecins depuis l’Antiquité gréco-latine ( transmis à l’Europe par les grecs de Byzance jusqu’en 1453), les travaux du Moyen Age, en arabe (Cf. Ibn Hazm) comme en latin, enfin, ceux de la Renaissance et des Temps modernes. Mais cette dimension biologique est difficilement traduisible « en mots », et plus encore en langage à usage exécutif. Cette difficulté transparaît partout, depuis les « procès-verbaux » initiaux de police.

*   Ainsi prit naissance cette « chimère » que nous pouvons appeler « psychiatrie bicéphale ». Elle est « chimère » car elle mélange le poids des désignations avec celui de la science biologique. Elle est « bicéphale » parce qu’elle mélange les soins médicaux et l’ordre public.

Pour cette raison, les premiers vocabulaires n’ont cessé de changer de sens selon les locuteurs et les pays. Issus de cultures locales, ils s’intégraient difficilement à la mondialisation. C’est pourquoi les nouveaux critères sont maintenant réactualisés régulièrement par les dirigeants du monde.

 

[16] Peut-être, le monde dit « rationnel » n’est-il qu’un cas particulier de l’infinité des mondes, et que, comme le dit Ibn Khaldoun :

  لا نهاية من العالمين لكن الواحد ليس موجودا =   «  Il y a une infinité de mondes, et c’est l’unique qui n’existe pas  ».

 

[17] En ce sens, le soi-disant « nouvel ordre mondial » d’aujourd’hui, même s’il est décrété par les U.S.A. s’inscrit dans le prolongement des idéaux de 1789.

Tout cela ne tient que « dans un mouchoir de poche », puisque les U.S.A.sont enfants de Louis XVI, et que la révolution de 1789 suit de très près leur indépendance. Si la révolution ne s’était faite « contre Louis XVI », sans doute se serait-elle faite « avec Louis XVI » !

 

[18]Certes, depuis toujours on sait que les mouvements du thorax et de l’air sont synonymes de vie.

Mais la nature des échanges est restée longtemps mystérieuse et était volontiers considérée comme une fonction spirituelle.

Le nerf « phrénique » qui commande le « diaphragme ». doit son nom à ce que en grec « phrenè » = « esprit ».

Pour les médecins du Moyen Age et Ibn Khaldoun encore, l’utilité de l’air est de rafraîchir le corps.

Il a fallu attendre Ibn Nafis et Michel Servet pour décrire « la petite circulation » qui conditionne l’oxygénation du sang, et Lavoisier, contemporain de la révolution de 1789, pour découvrir  « l’oxygène ».

 

[19] Elle était, selon Freud, destinée en ce temps mythique, à abattre le père primitif pour partager les faveurs de la mère primitive.

 

[20] Le christianisme a tout de même développé, à l’instar des anciens égyptiens l’intercession des vivants pour les morts. Ainsi les prières (« Fête de la Toussaint ») et la question des indulgences  (vénales), que l’on a évoqué dans une note sur le purgatoire.

L’islam, qui a aussi beaucoup simplifié la théogonie, est plus radical sur ce point : personne ne peut rien pour l’autre ( Coran : nombreux passages) .

[21] Faudrait-il, pour retrouver, dans le « parler », cette « liberté française », reculer de quelques siècles, pour écouter Montaigne ou ici La Boétie dans le « Traité de la servitude volontaire » : « …Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l'élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. Ceux qui ont acquis le pouvoir par le droit de la guerre s'y comportent - on le sait et le dit fort justement comme en pays conquis. Ceux qui naissent rois, en général, ne sont guère meilleurs. Nés et nourris au sein de la tyrannie, ils sucent avec le lait le naturel du tyran et ils regardent les peuples qui leur sont soumis comme leurs serfs héréditaires. Selon leur penchant dominant - avares ou prodigues -, ils usent du royaume comme de leur héritage. Quant à celui qui tient son pouvoir du peuple, il semble qu'il devrait être plus supportable; il le serait, je crois, si dès qu'il se voit élevé au-dessus de tous les autres, flatté par je ne sais quoi qu'on appelle grandeur, il ne décidait de n'en plus bouger :  I1 considère presque toujours la puissance que le peuple lui a léguée comme devant être transmise à ses enfants. Or dès que ceux-ci ont adapté cette opinion, il est étrange de voir combien ils surpassent en toutes sortes de vices, et même en cruautés, tous les autres tyrans…. »

 

[22]Un usage du mot « démocratie » sur le web: Il est intéressant de lire sur le site de « Google », à la page : http://www.google.fr/intl/fr/why_use.html  un usage que cet instrument de recherche informatique fait du mot « démocratie ». Le mot est même accompagné ici de l’esprit de compétition pour quelque chose qui est présenté sans préalable comme un ordre louable. La démocratie serait alors représentée par des « liens » qui ont valeur de voix de votes, pour l’élection d’un site. Mais les voix sont de poids inégal, ce qui constituerait, pourtant, une contradiction au terme « démocratie ». Citons « Google » (souligné par nous):        « PageRank est un champion de la démocratie : il profite des innombrables liens du Web pour évaluer le contenu des pages Web -et leur pertinence vis-à-vis des requêtes exprimées. Le principe de PageRank est simple : tout lien pointant de la page A à la page B est considéré comme un vote de la page A en faveur de la page B. Toutefois, Google ne limite pas son évaluation au nombre de « votes » (liens) reçus par la page ; il procède également à une analyse de la page qui contient le lien. Les liens présents dans des pages jugées importantes par Google ont plus de « poids », et contribuent ainsi à « élire » d'autres pages. Les sites qui se distinguent par leur qualité sont affectés d'une valeur PageRank plus élevée, et Google en tient compte lors de chaque recherche. »  C’est ce qui s’appellerait  alors «une démocratie arbitrée», car le principe du nombre ne suffit pas à Google.  Mais la définition de la démocratie ne dit-elle pas justement que le peuple est lui-même son propre arbitre et que le nombre représente la base de l’ordre démocratique ?

 

[23] Cf . « Note 11 » de la « /page web 14 » de ce site, sur la démocratie et le fantasme exposé par Freud de « la horde primitive » composée de fils qui s’unissent pour tuer leur père, afin de partager les faveurs de la mère. Les questions des rivalités ne sont éludées pourtant que provisoirement. Elles resurgissent, en particulier au moment de la reproduction.

Il faut alors accepter les divisions.

Les combats pour la démocratie sont comme cette « temporisation » que permet « le meurtre du père » dans le mythe : car, simple moyen, elle n’apporte pas de solution aux questions sur la finalité.

Répondre à une situation d’urgence s’appelle le « pragmatisme », c’est à dire « l’action d’abord » : Un inconnu saigne : « il faut soigner la blessure. On verra ce qu’on fait de lui après ! ».

Mais lorsque arrive cet « après », s’il arrive, le pragmatisme ne suffit plus pour édicter la conduite .

L’après du « pragmatisme » est « la finalité ».

Parmi les réponses possibles, il y a l’évitement. Il s’agit alors de repousser toujours plus loin le moment d’apprécier les finalités :

On peut ainsi, décreter qu’il faut chasser l’ennemi d’abord, et pour cela, au besoin, l’inventer. Mais chasser l’ennemi implique de le désigner et « justifier » la désignation n’est pas toujours aisé.

Désigner comme « grand ennemi naturel » la maladie et la mort permettra longtemps de repousser la question de la finalité, en attendant la victoire. Il faudra alors envoyer beaucoup de médecins sur le front de la maladie, à la recherche de la longévité.

Mais, les idéaux peuvent être autres, et les véritables causes de divisions sont sans doute dans la finalités de ces idéaux.

 

 

[24] Cf. Notre article écrit en 1994 en collaboration avec le docteur Philippe Rappard : « Habeas corpus et système psychiatrique français ».

 

[25] Cf. Le livre de Jacqueline de Romilly : « Problèmes de la démocratie grecque », paru vers 1970.

 

[26] Exclusions psychiatriques/Ostracisme :

Ainsi, si notre système démocratique français était plus « direct » qu’il ne l’est, c’est-à-dire si le vote des citoyens remplaçait les ordonnances préfectorales, les internements psychiatriques, - question de soins mise à part - pourraient être comparés à l’ostracisme.

Mais la « contrainte de l’hospitalisation » n’est pas exactement « l’ostracisme de la démocratie athénienne » pour plusieurs raisons : 1.L’ordonnance préfectorale n’est pas une décision populaire .2.La contrainte hospitalière va au-delà d’un simple exil. 3.Sa durée peut être illimitée. 4.La préfecture motive de plus en plus souvent la mesure en invoquant des directives sanitaires, telles des obligations de soins, alors qu’à l’origine, « l’ordre public et la sûreté des personnes » étaient seuls invoqués.

En conclusion de ces différences,

*   autant le point de vue « des droits de l’homme », version « devoirs de l’un envers l’autre » (Cf. plus bas) devraient permettre à chaque « patient », ( = « souffrant » ), d’exprimer une demande libre de soins ou de soulagement adressée à qui peut les lui donner, car « nul ne connaît la douleur de l’autre ». Or ce n’est pas le cas dans les « hospitalisations sous contrainte ».

*   autant le point de vue de « la démocratie » pourrait fort bien faire l’économie de ces dites « hospitalisations », qui sont un reliquat structurel des « lettres de cachet » de la monarchie absolue, alors dépourvues de toute ambition soignante, supprimées par la révolution de 1789, puis reprises en 1838 sous le contrôles des nouveaux préfets (institués par Bonaparte), et dès lors privées de toute « valeur judiciaire ».

*   Ainsi, de privation en privation, les « hospitalisations sous contraintes » d’aujourd’hui n’ont aucune fonction juridique et leurs possibilités de soins sont fortement invalidées.

Il est à la démocratie, qui est un régime politique d’essence révolutionnaire, de contrôler en permanence son bouillonnement « originaire », afin de prévenir l’appropriation du pouvoir par les deux faces de ses fragilités que sont les dangers de « dictature » et de « démagogie ». L’internement psychiatrique s’inscrirait davantage dans ces travers que dans ses évitements.

Au total, notre psychiatrie actuelle est, indiscutablement, sinon par l’esprit, du moins dans le fait, une regrettable production de la démocratie, de l’une de ses lois, votée démocratiquement en 1838 par l’Assemblée Nationale. Cette production entre directement en conflit avec le respect des « droits de l’homme ».

Dans cette même loi, l’autre prétention, celle « des soins », que nous dirons  « mal préparés dans ces conditions »,  relèverait plutôt, elle, « des droits de l’homme », mais en pure forme, de telle sorte que ses ambitions sont d’avance considérablement invalidées.

On voit donc là à quel point la psychiatrie d’aujourd’hui, qui voudrait être à la fois « pychiatrie-médecine de soins » (relevant des « droits de l’homme ») et « psychiatrie dogmatique et/ou administrative » (relevant d’une organisation dite « démocratique »), est le lieu tacite d’une incongruité originelle: Un tel système ne devrait pas être conservé. Actuellement, il est toujours résolu par la prévalence absolue « de l’administration » sur « les soins ».

Dans les écrits de psychiatrie infantile, les auteurs ont souvent montré combien un message contradictoire, par exemple dont le ton est contraire au contenu, etc. est perturbant pour l’enfant. Il en est de même en psychiatrie adulte, sans qu’il soit besoin d’insister davantage ici.

 

[27]Un calcul de volumes à partir de données fantaisistes peut donner des résultats amusants : Si un individu de 1mètre de haut a besoin, pour bouger ses bras et ses pieds, d’un espace de 1 mètre cube, un individu identique de 2 mètres de haut aura besoin pour les mêmes mouvements de 8 mètres cubes (2m x 2m x2m). Lorsque le premier respirera 1 litre d’air, le second en respirera 8 litres. Lorsque le premier boira 1 litre d’eau, le second devra boire 8 litres. Lorsque le premier mangera 1 kilogramme de viande, le second en mangera 8. Mais les deux pourront avoir le même salaire, et chacun n’aura qu’une seule voix. Certes ces chiffres sont fantaisistes, mais on pourrait dire plaisamment que le système « avantagerait » au mieux un être virtuel : il n’aurait que des droits, sans aucun besoin !

Et que montrent les animaux ! Le principe des « fables animalières » est de rapporter plaisamment des équivalents humains aux disparités animales, qui sont innombrables : Le chameau est d’une sobriété légendaire, mais, en fonction de sa taille, lorsqu’il se désaltère, il boira volontiers, 150 litres d’eau…

 

[28] On touche là à des choses en fait très simples, qui ont sans doute aidé Freud dans sa compréhension de la psychanalyse, et l’ensemble de ce système fonctionne bien sûr la plupart du temps « inconsciemment ».

1.        Conscient et inconscient :

Freud a raison de dire que les premiers principes de notre existence deviennent rapidement inconscient, que l’inconscient est beaucoup plus vaste que la vie consciente, que « la conscience » est comme un cercle contenu à l’intérieur d’un cercle plus grand qui serait « l’inconscient », (et non le contraire, comme on  le dessine habituellement spontanément, par une sorte de croyance futile en sa maîtrise), que tout ce qui parvient à la conscience  traverse d’abord  l’inconscient, et de même pour tout ce qui en sort, qu’il est enfin aussi difficile à la conscience d’avoir connaissance de son inconscient que pour  nos sens de rendre compte du monde extérieur (« Traumdeutung » chapitre VII. ). {Voir schéma infra }

Dans « la cosmogonie freudienne », l’inconscient est à la conscience ce que l’univers est à la terre…

2.        Le cœur et la raison :

Quoiqu’il en soit, la conscience est du côté du rationnel, alors que l’inconscient est du côté du sentiment.

C’est bien aussi le sens de la magnifique exclamation de  Blaise Pascal  « Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ! ». Il ajoutera aussi « La folie est une chose si nécessaire à l’homme que ce serait être bien fou que de ne point être fou… ! ». Cependant, pas plus qu’un autre, il ne dit ce qu’il entend en employant ce mot, ce qui est presque décevant chez l’un des plus grand génies de tous les temps.

*   Or « la raison », comme « le bon sens » sont très souvent trompeurs. La « science moderne » pullule d’exemples à ce propos. Ainsi, « une raison » en remplace bientôt une autre, et ainsi de suite…

*   Quant aux sentiments, ils obéissent à des règles de cohérences propres à chacun que l’on ne peut jamais ériger en « principes universels ». Mais un ensemble « de relations interindividuelles harmonieuses [28] » permettra d’établir « une éthique ».

3.       Politique et morale :

Par rapport  à ces deux pôles hétérogènes que nous avons saisis, « la démocratie » et « les droits de l’homme », on est donc très tenté ici d’écrire que la conscience est du côté du politique, alors que l’inconscient est du côté des droits de l’homme. L’un contre l’autre est très souvent en lutte.

Pour cette raison aussi , la reconnaissance dite « des droits de l’homme », est « le socle » sur lequel peut-être construite « la médecine de soins », et à fortiori de la « psychiatrie- médecine de soins »,  préoccupée par la dimension la plus grande de l’esprit humain, {Cf. « la matière même de la psychiatrie »: « En médecine souvent, la question du psychisme peut être considérée comme périphérique dans les soins. En psychiatrie elle devient centrale... »}, alors que « la démocratie » est du côté de l’organisation pratique et de la gestion.

4.        Différentes morales :

Il n’est pas sans intérêt de remarquer que « les valeurs morales » à l’honneur chez les grecs de l’époque classique,  comme « la métis » ( = « la  ruse »), étaient très différentes  de ce qu’elles sont devenues avec le christianisme. Puis, de fait, à partir de Platon, il y a toujours eu au moins deux courants,

*   celui,  atomiste, matérialiste, volontiers « élitiste » dans son objectif avoué, de Démocrite (Vème siècle av. J.C.), Epicure (IIIème siècle av. J.C.), Lucrèce (Ier siècle av. J.C.), « individualiste » et « a-social »,

*   et celui qui, spiritualiste, généreux, volontiers populaire, sinon en ce qui concerne « les théoriciens », du moins dans son objectif recherché, aboutira au christianisme, dans un bassin méditerranéen que l’on dit « hellénisé », trois siècles après la fondation d’Alexandrie, mais que l’on pourrait aussi bien dire « égyptianisé », du fait de l’intensité des fusions culturelles, et, en particulier de la diffusion du « culte d’Isis » en Grèce, à Rome, à Lutèce, et peut-être jusqu’en Irlande. (Cf. généalogie idéologique).

Nous pouvons rassembler ces rapprochements sur le tableau suivant :

 

Politique pur   =>

Matérialisme (Démocrite Epicure Lucrèce)

Individualisme

Conscient

Rationalisme

Administration organisation des soins.

Démocratie (Aristote)

Moral et religieux

=>

Spiritualisme (Platon)

 

Cohésion sociale

( « Maat »)

Inconscient

Sentiment

Vocation soignante.

Droits de l’homme (Platon)

 

[29]Ne pourrait-on pas déceler, peut-être, jusque dans certains engouements touristiques et/ou « élitistes », pour les exotismes à la mode, aujourd’hui Marrakech, comme il y a eu Istanbul au XVIII ème ou Saint-Tropez au XXème siècle, comme la quête instinctive sous-jacente d’un retour vers nos valeurs perdues ?

Cependant un danger d’anéantissement plane sur ces valeurs du passé dont les profondeurs resteront obscures à ceux qui ne connaissent que l’altitude irréductible du survol du prédateur.

Différente, l’attitude religieuse fait l’économie de l’exotisme.

 

[30] « L’interprétation » (car on ne dit pas « traduction ») du Coran  dirait :

- que « Abraham » était « Hanif », ce qui correspond à une croyance monothéiste, «mouslim », soit « musulman », mot qui n’est pas  réservé seulement aux disciples de « Mohammed ».

*   que « ‘Îssa », c’est-à-dire « Jésus » fils de « Maryam », était « prophète », mais sans nature divine. Notons ici que l’auteur « Sarwat Anis el Assiouty » (Cf. bibliographie /page web 12 de ce site) établit une différence entre « Maryam », mot sémitique, et « Maria », mot égyptien signifiant « bien-aimée ». Quant à « Jésus », il est appelé en arabe « Iassoû’ » par les coptes.

 

[31] Dans les langues européennes, avant de signifier « un continuum », le mot « temps », en latin « tempus, temporis »,  indique au contraire une coupure : En grec, « Tomo, tomein = couper », d’où les mots comme « ana-tomie, dicho-tomie, etc. ». En latin, « tempestas, = ce qui arrive, etc. ». Aujourd’hui, pour les scientifiques, à la suite d’Albert Einstein, il est devenu une dimension, dite quatrième, à part entière.

 

[32] Rappellons simplement que le mot « ratio - rationis » en latin, est le substantif forgé sur la racine indo-européenne « re- » qui indique l’intensité ou la répétition.

 

[33] Fr. Olivier-Martin : « Histoire du droit français des origines à la révolution » Edition Domat Montchrestien 1948, réédition: C.N.R.S. 15 quai Anatole France 75700 Paris 1992.

 

[34] dans : « Grandeurs et misères d’une victoire » page 247, Plon éditeur. Paris 1930.

 Notons que Clemenceau fut un défenseur « du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » :

Il s’opposa à Jules Ferry en refusant de s’associer à l’Angleterre pour la répression de la révolte indépendantiste d’Urabi pacha en Egypte qui aboutira à l’occupation britannique de 1882.

En politique on sait combien les nombreux « chevaux de bataille » peuvent changer de camp.

En revanche, il existe des systèmes moraux, dont les noms signifient une attitude précise et constante, et dont aucun système politique n’a l’exclusivité. C’est le cas de la doctrine des « droits de l’homme », insuffisante, certes, pour nous, mais doctrine qui n’est affiliée à aucun système politique. Par contre, un régime politique peut décider, plus ou moins ouvertement, de les confisquer.

Après la victoire de 1918, « européen » de la première heure, Clemenceau préférera, aux possibilités d’annexions territoriales en Rhénanie qui auraient été destinées à protéger l’Europe d’un nouveau conflit, les garanties « d’une Europe du droit » appuyée sur le « pacte de garantie », qui devait être entériné par l’Angleterre, ce qui fut fait, ainsi que par les Etats Unis, ce qui ne fut pas fait, le Congrès ayant alors désavoué le président Wilson. Clemenceau en éprouva une grande amertume et émit alors les craintes d’une nouvelle guerre que l’avenir devait hélas justifier.

 

[35] Rappelons  la signification du mot «Nature » : C’est le mot latin « naturus », lui-même participe « futur »  ( sur le schème  « futurus » ) du verbe « nascere » qui signifie « naître ».

 C’est par ce mot que les latins ont traduit le mot grec « phusis », dont nous avons fait en français le mot « physique ». « Phusis » est le substantif du verbe « phuteuein » qui signifie « croître », dont on retrouve aussi des traces en français avec la racine « phyto-»  utilisée pour tout ce qui concerne « les plantes ».

 

[36] De « inter-legere » = « choisir entre ».

 

[37] La dimension planétaire du produit du travail : Le travail est un droit, un devoir, un acte social, un moyen de s’épanouir. Le « fait de travailler »  peut donc être, à ces titres, une source de plaisir et de bonheur. « Plaisir » de quel type ? « Mental », probablement, si l’on retient un sens à ce mot, même au prix de peine physique.

Le problème réside donc surtout dans le fait de rendre plaisantes les « conditions » du travail.

Mais le travail aujourd’hui n’est plus que rarement un travail artisanal : Or, en changeant d’échelle, on change toute la problématique :

Le problème du « travail moderne », dans sa dimension sociale globale, s’est déplacé vers celui du produit .

        Les problèmes du « travailleur »  ne conservent alors qu’un dimension individuelle, facilement broyée dans nos grandes gestions des masses!

        Le « produit » a une dimension planétaire. Or Il y a des productions  « utiles » pour le bien commun, d’autres à l’évidence « nuisibles », et d’autres qui sont « indifférentes ».

De ce point de vue, il y a même une équivalence, à première vue paradoxale, mais  complète, entre « travail » et « loisirs » ! Les sens du mot « travail » lui-même sont multiples :

        Le travail de « l’esclave » était celui d’une « machine vivante », comme l’a décrit sans le moindre tourment Aristote notre grand panégyriste de la démocratie.

        Celui d’un »homme libre » peut être « alimentaire » ou « jubilatoire », mais dans les deux cas, il peut-être « oblatif » ou parfaitement « antisocial ». il en va de même des loisirs, et même de tout « bénévolat ».

Un bonheur partagé : Comme tout doit être pensé à l’échelle –au moins - planétaire, plus que jamais, l’aspect  fondamentalement « social » de la question du bonheur en ce monde se pose en ces termes : « Comment le bonheur des uns peu-il faire le bonheur des autres » ? Et cette question renvoie aussi à une autre : « Peut-il exister un bonheur d’un seul » ?

        La  « fête » est censée résoudre momentanément la difficulté. (Mais, cf. Didier Anzieu : « Le groupe est un rêve »)

        A moyen terme, la question de « la gestion des loisirs » est en passe de devenir une des premières préoccupations des français !

        En permanence, comment « être festif et convivial en tout temps et en tous lieux », comme le voudrait sans doute « l’idéal français nouveau» ?

 

Or les partages universels fondent une dimension sacrée : C’est dans la sacralisation que sont consignés les gages de la durée (comme dans le carnaval ceux de l’éphémère).

Pour ces raisons « œcuméniques », le travail, dont la part humaine est de plus en plus réduite, reste un des derniers moments du « sacré » dans notre culture moderne. A ce titre, il est un grand besoin : Privée d’un travail réclamé et choisi, la population en arrive à considérer ses loisirs, à leur tour, comme un impérieux besoin, voire comme un impérieux devoir… !

Quoi de plus exaltant, voire indispensable dans la voie d’une affirmation identitaire, que le travail oeuvrant pour un ouvrage pour lequel on s’est engagé, surtout s’il est reconnu et partagé ? : « Voyez ce que je suis capable de faire ! », etc…

Blaise Pascal plaisamment évoque un travailleur qui se plaint de la dureté de sa tache. Et d’ajouter, « dites-lui de rester dans sa chambre, il réclamera bientôt de lui même de travailler » !

Et le travail lui-même occupe volontiers une place de véritable remède (« ergothérapie »)  !

Mais l’accomplissement de toute œuvre  « exaltante », c’est-à-dire tout « travail » en ce sens, peut déranger l’un, l’autre, ou jusqu’à l’ordre des « choses de la nature ». Par un « mauvais travail », on massacre, en espérant accumuler la « possession de  biens », mais, de surcroît, « la production de travail » n’a généralement pas de relation avec la « répartition des biens ».

Bien primordial, la santé est sacrée : Dans un monde de plus en plus dominé par le « culte de la matière », le « travail médical » en est venu, dans une grande mesure à occuper les cimes suprêmes d’un possible travail exaltant et sacré.

Un hôpital est un lieu de « travail », aussi bien de la part des « soignants » que des « soignés », que l’on pourrait appeler « soigneurs » et « soignants ». Ce travail conjoint nécessite « engagement et partage » des deux parts, sans quoi il est voué à l’échec. A ce seul titre, la « sacralisation » des hôpitaux devrait déjà aller de soi.

Souvenons-nous aussi que dans la Grèce pré-chrétienne, dite « païenne » (elle avait pourtant ses dieux !),  qui est toujours citée pour être notre grand ancêtre « démocratique » (dans la « polis dAthènes » et durant moins d’un siècle), le premier sens de « thérapie » est de « rendre culte aux dieux ». Il n’y a là rien de drôle, mais la fonction était sacrée.

Or notre retour au monde de l’antiquité gréco-latine, dans le prolongement du mouvement de « la Renaissance », privilégie désormais toutes les choses d’ici-bas (quoique bien malmènées ! ). Pourrait-il ne pas tenir « les hôpitaux » parmi les plus sacrés des sanctuaires, tel l’antique Epidaure dédié à Esculape  ?

La santé sacralisée devient standardisée : Mais le problème social de la « gestion de tous les produits, bons et mauvais », qu’il est assez nouveau d’envisager à l’échelle planétaire, implique alors celui d’un partage à la même échelle des « convictions » et des « finalités morales »: 

La régulation moderne de ces dernières fonctions devait se doter d’un outil de même « modernité », et c’est ainsi que naquit, à l’aube d’un XIX ème siècle décisif, la « psychiatrie administrative », ayant parmi ses fonctions, celle d’en limiter les écarts.

Le garant de ces standards : La psychiatrie, sans être véritablement issue de la médecine, a été désignée pour imposer, au nom de la santé un « esprit directeur ». Mais, fait essentiel, son pouvoir et sa fonctions sont ainsi « délégués », et, ses ouvertures – à la dimension que l’on voudrait soignante - sont alors limitées par l’instance qui la « contrôle ».

Ainsi, au niveau de la psychiatrie, comme on le montre, c’est l’instance « d’attitude dogmatique » qui a pris le « contrôle » de cette sacralisation qui pose un problème pour les soins.

 

Il en résulte:

« Comment concilier les théories  des « droits de l’homme » et  celles de « la psychiatrie » en ce qui se joue dans la dimension « éthique », mais l’une concernant « les droits particuliers », et l’autre trop souvent vouée à « ce qui est attendu du particulier »  ? » :

1.       Particulièrement dans un « Etat de droits », et, qui plus est, en soustrayant la psychiatrie à la justice ?

2.       Mais sachons que cette dialectique aspire à être d’abord juridique. Or actuellement elle est d’abord exécutive (Cf. ). C’est ce que nous appelons ici « psychiatrie dogmatique et/ou administrative ».

3.       De toutes façon elle ne concerne en rien l’art médical d’une « psychiatrie –médecine de soins », laquelle ne peut « travailler » correctement sans

1.       suppression de cet « attendu pour l’autre »

2.       suppression des procédures administratives et d’attitudes dogmatiques « d’a priori »

3.       respect des « droits de l’homme »

4.       reconnaissance d’un ensemble d’une autre consistance, qui peut être dit « naturelle », ou de nature « biologique », « médicale », ou « mentale », qui échappe à la programmation de ces attendus.

 

En conclusion, les mêmes « produits » peuvent résulter du « travail » et du « loisir ». Et la frontière entre les deux n’est pas infranchissable!  Pour cette raison, le travail et le loisir, peuvent devenir également préoccupants.

 

Trop souvent, l’homme agité, qui ne prie plus, trompe son ennui en massacrant.

Il justifie ses massacres : il prétend mettre des bestioles dans des bocaux, dans des zoos et sous son microscope « pour sauver les espèces » !

Le travail est une chance et un remède, mais le problème réside dans la gestion de ses productions.

N’était-ce l’ouvrage sans cesse défait et recommencé de Pénélope,  merveilleux paradigme de développement durable ! »

 

[38] Cf. Hippocrate in : <> citer <disant que souvent il vaut mieux savoir s’abstenir>.

 

[39] D’où le mot « aliéné », du latin {« alienus » = «celui qui est autre »}

 

[40] D’où le mot « asile » du latin « asilum », du grec {« a-sulon » = « sans poursuite »}, ou directement du grec, « asyle ». L’ensemble sera justement appelé  « asile d’aliénés »  départemental en 1838.

 

1.        [41] Une analyse politique de ce fait serait intéressante :

dans ces conditions, si l’on voulait respecter les mêmes valeurs en « intérieur » et en « extérieur »,   « la psychiatrisation »  et « la colonisation » devraient avoir eu des cheminements strictement parallèles.

Dans cette optique, on sait que l’intervention de Napoléon III au Liban en 1860, doit être considérée comme le prototype de la première mission  humanitaire de l’histoire, en même temps qu’une démarche de type coloniale.

La « colonisation » conçue comme « le fardeau de l’homme blanc »,  « sa mission civilisatrice », est à peu près  simultanée du développement  conceptuel de la psychiatrie née en 1838. Or, on constate précisément  une désynchronisation paradoxale  des  « progressions»  massives de la « psychiatrisation » et de la « colonisation ».  L’une a suivi l’autre. En remarquant l’évolution historique, les chiffres parlent : lorsque la « colonisation extérieure » portait sur une quantité de personnes numériquement importante, la psychiatrisation était faible, et maintenant que la « colonisation extérieure » est inexistante ou faible, la psychiatrisation est forte.

 De même, actuellement, dans ce qui se prétend être «socialement correct » et « doctrine officielle de l’état », on trouve proclamés  l’« anticolonialisme » d’un côté, mais  la « psychiatrisation » de l’autre !

Comment dès lors interpréter cet apparent paradoxe ?  Aurait-t-il existé alors comme un retournement vers l’intérieur d’un  même processus d’interpellation de l’autre ou de soi-même ?

Ajoutons enfin dans un autre ordre d’idées, à moins qu’il n’y ait là quelque explication : d’un colonisé peut être attendu un travail, non systématiquement d’ailleurs, mais d’un psychiatrisé, en revanche, fort peu de travail, mais beaucoup de « sens », et nous avons même parlé de « repèrage » pour la société par l’exemple de « ce qu’il ne faut pas être », alors que la « distanciation » avancée par le colon d’avec le colonisé est « secondaire », pour « justifier » le sort qu’il lui veut imposer.

2.        Quant à la vision morale, on remarquera facilement , si l’on veut juger « la colonisation » à

l’aulne « des droits de l’homme », que ce qui compte n’est pas tant la répétition phraséologique abstraite d’idéologies construites que « le statut » aux implications concrètes  immédiates « fait aux personnes ». Toute l’histoire humaine de la planète terre, depuis les premiers hommes, n’est qu’une suite de colonisations. Cependant elles sont toutes différentes. La question de la psychiatrie est de ce point de vue là tellement superposable que certains statuts, de « reconnaissance », permettent les soins, et d’autres s’y opposent.

3.         la troisième préoccupation, la « médicale » montre ici une grande différence entre la médecine

« somatique », qui dans une certaine mesure peut être prodiguée « mécaniquement » et les soins « aux malades mentaux » pour lesquels ce système simpliste ne fonctionne pas, raison de notre critique de ce que nous appelons  perversion du  « domaine « thérapeutique » par  « le dogmatique ».

 

[42] A côté des « histoires drôles » dont on ne voudrait priver quiconque du plaisir de s’amuser, il y aurait malheureusement aussi un long travail à faire sur cette activité qui consiste à parler « à la place de l’autre » :

Certes, à côté de ceux qui y puisent des ressources malsaines à leur propre « soulagement » par « autre interposé », il y a aussi les « bien intentionnés » du bénévolat ou de toute activité à prétention « humanitaire ». N’empêche : même parmi les mieux intentionnés peut se cacher, un « jeu malsain » avec et au dépend d’autrui.

On pourrait recruter non seulement parmi les fameux « parents abusifs » chers aux psychanalystes,  mais aussi parmi d’autres qui font profession d’une telle parole présentée comme une « défense » d’autrui. On pourrait découvrir non seulement des institutionnalisations, mais même des filiations dans les institutionnalisations. L’histoire se répète quand la culture se transmet.

 

[43] Pourtant l’un et l’autre ne sont des productions ni du même temps ni du même lieu. En terme simples, cela représenterait le résultat d’une « fusion culturelle ». En réalité, bien que les travaux sur les sujets nous semblent rarissimes – on continue à parler de « miracle grec » et de méconnaître « l’ordre pharaonique », - les créations culturelles des peuples sont, malgré les apparences, rarement des productions soudaines, et sont souvent soumises à des influences externes.

 

[44]  En grec de l’époque hellénistique : « iatros = médecin » et « psuchè = âme » : le « psychiatre » est donc le « médecin de l’âme ». :  le double système « prêtre-âme », « médecin -corps » de l’âge classique est devenu avec l’âge de la psychiatrie un système unique « médecin-âme et/ou corps », avec disparition du « prêtre » dans ce système officiel, mais sans disparition de l’âme . Soit :

 

Prêtre   =>

âme

=>

Médecin

   =>

âme

Médecin =>

corps

corps

 

Enfin, on peut schématiser dans le tableau suivant les « transferts  de légitimités » :

 

Nom du culte                        =>

 

Christianisme  (officiants = clergé )

Rationalisme  « officiel »  (officiants = aliénistes )

Concept  abstrait  légitimant  la souveraineté :  =>

Nature du concept  =  morale

Dieu

 

L’homme (détenteur de la raison)

 

Représentant en droit d’exercer la souveraineté :   =>

Exercice du pouvoir  =  politique

Roi (de droit divin)

 

Peuple (monarchie constitutionnelle ou démocratie)

 

[45] Cf. l’antique fonction régalienne du  « prêtre-médecin-faiseur de pluie », qui prétend tenir ses pouvoirs de sa relation avec les dieux, dans presque toutes les sociétés « anciennes » : Voir Sarwat el Assiouty, livre en bibliographie.

 

[46] On aura compris toute l’importance de cette « prêtrise » à laquelle « l’exécutif » en appelle – malheureusement - en maintes circonstances, et les enjeux de la « sélection » des opérateurs.

Actuellement certains s’insurgent :

*   contre des projets quant à la validation du diplômes de psychologue,

*   certaines formes de ladite « formation médicale continue » , etc.:

En réalité, c’est « l’ensemble du système » qui est en cause, et qui n’est pas nouveau.

Pour de multiples raisons, psychologues et psychanalystes ne sont pas aussi étrangers à cette psychiatrie que certains voudraient bien le dire. Certes, le psychanalyste jacques Lacan avait déclaré : « le psychanalyste ne s’autorise que de lui-même ». Certes le psychanalyste peut chercher à se détacher de son insertion sociale, mais, il lui reste lié par les nécessités matérielles, la relation au langage et la relation à l’argent quand il demande un juste salaire, que le payeur soit un particulier ou qu’il soit la collectivité.

C’est l’occasion de dire à quel point doivent être « relativisées », particulièrement ici, les notions de « public » et de « privé ». Dans tous les corps de métier, une échoppe « ouverte au public » n’est jamais vraiment « privée ». Mais en psychiatrie, encore plus particulièrement, cette distinction est illusoire. La « législation déjudiciarisante  » peut s’appliquer à n’importe qui, et, bien sûr à un patient en traitement avec un psychiatre dit « privé ». Ainsi en cas « d’hospitalisation sous contrainte » d’un tel patient, ce qui n’est pas rare, les soins sont interrompus par « ladite hospitalisation » !.

L’unique solution qui s’impose est toujours la même : Retirer à la psychiatrie ses attributions aboutissant « aux classifications, aux exclusions et aux contraintes officielles », afin qu’elle devienne, plus modestement, une médecine normale, voire aussi plusieurs autres sciences, de savoirs et de soins, « normales ». De fait, c’est ici d’abord le statut fait à ladite science qui a besoin d’être « normalisé ».

 

[47] Pour quiconque « entre » dans « une équipe de soins », les sources de tension apparaissent dans le champ le plus concret parfois très rapidement : l’objet de toutes les diligences est évidemment le patient, mais l’incarnation des contradictions est l’infirmier.

Comme, dans certains cas de figure, le patient est confié par le préfet à un directeur d’hôpital, celui-ci répercute ses consignes, par voie hiérarchique, à l’infirmier, mais le médecin peut donner des consignes opposées au même infirmier.

On peut comprendre les uns et les autres : En général le réflexe le plus naturel du médecin sera de donner des permissions de promenade dans le parc aux patients. Certains restant hospitalisés quelques dizaines d’années, le contraire serait impossible, mais, à l’inverse, les services de la direction, et de l’économat, ne verront pas de bon cœur les frais occasionnés, au cours de certaines promenades, par des fleurs arrachées, en signe de protestation, les peintures de certaines voitures pouvant être l’objet de rayures mal intentionnées, etc. . On comprendra alors les tourments d’un infirmier sollicité par des obligations divergentes.

La tendance à faire vivre les patients dans des tours n’évitera sans doute pas tout ce qui peut découler de « ce problème de fond » d’emblée potentiellement conflictuel, qui tire son origine du  fait d’avoir négligé la prise en compte d’une demande de soins de la part du patient.

 

[48] La pratique, appelée « clinique » reste largement dirigée ( dans les deux sens du mot : ordre et orientation ) par « l’exécutif  » qui, certes, ne se préoccupe pas d’écrire « les livres », mais décide par « ordonnances »..

Aussi, les ouvrages des « aliénistes », pour ne pas être des livres « révélés », ont été rédigés à partir de l’observation de « cas particuliers déjà fortement sélectionnées » :

*   interpellations en des circonstances de perplexité particulières, ( problèmes sur la voie publique, conflits familiaux )

*   parfois expertises après interpellations,

*   souvent suivies d’examens judiciaires,

*   souvent suivis de non lieu (art 64 de 1810),

*   souvent séjours des internés en « asiles » (loi du 30 juin 1838) , etc.

Les conditions du maintien étaient déjà souvent critiquées. La mesure initiale, dans le « certificat des 24 heures », l’était plus rarement, faute d’informations concernant les faits, le patient et le contexte, et les certificats ne peuvent pas être le lieu d’une étude « théorique » du système.

De fait, ce qui a été peu étudié jusqu’à aujourd’hui est le « principe de fond », peut-être du fait d’un recrutement « allant de soi » pour beaucoup d’opérants, les « supposés aliénés » étant initialement limités en nombre, et/ou les formes de désignation étant, en apparence,. assez spécialisées.

Ce qui a donné le change a été la malheureuse expression, employée dans des cas particuliers, « d’internement arbitraire », comme s’il avait existé aussi des « internements non arbitraires ». En réalité, la soustraction de l’intéressé « au jugement et à la défense » fait partie du principe fondateur du système.

Seule existe l’éventualité d’un « appel a-posteriori » contre une mesure d’internement, pour une personne « déjà internée », et il est pratiquement, impossible de revenir sur un « non lieu ».

Ainsi, les livres tirent leur substance de la clinique, mais la clinique est largement orientée par l’exécutif.

Comment peut devenir aussi « écrasant » un  « culte de la raison », ou la même chose sous forme « d’obsession de la folie » ?

Plus simplement, parfois, on ne peut n’y voir rien d’autre que de « simples opportunités » du fait qu’il est facile de déclarer, plus ou moins savamment, n’importe qui « aliéné », à partir du moment où il n’existe aucun « critère scientifique »en matière de santé mentale….

 

[49] La catégorie de la « raison » pourrait ne pas être éternelle (Cf. note 9 précédente) :

Les prétendus « standards de la raison », de plus en plus confondus avec les paramètres imposés par des ministères qui s’agencent désormais à l’échelle mondiale, risquent de confiner bientôt toute dimension du « particulier »  en son dernier refuge dans « l’esprit ».

La fameuse sentence de la Fontaine : « La raison du plus fort… » se réduirait à « l’unique raison... »…

Puis, la poursuite de la standardisation, faisant toujours davantage, avec les mêmes catégorisations, le « procès du particulier » risque alors d’assimiler à la «  folie » tout ce qui lui apparaît « inaccessible » d’une dimension mentale de plus en plus contrôlée ou réduite.

Mais alors des interrogations surgissent : Que pourrait être une raison sous tutelle ? Si toute pensée individuelle devient folie, et s’il n’y a de pensée qu’individuelle, que pourrait être « une raison collective » ? La reconnaissance d’une « raison supra-humaine » instituerait le retour à une « théogonie » précédemment abolie…

 

[50] L’approfondissement de cette question ne manque pas d’intérêt : Contrairement aux idéalistes de 1789, il n’apparaît guère qu’aucun psychiatre, n’ait jamais voué aucun culte à « La Raison ». Bien au contraire, ils s’en méfient !

La « raison », est surtout cernée négativement, quand il est estimée qu’il en est fait mauvais usage. Ce mauvais usage prend des noms morbides comme « paranoia » ou « ratiocination »…

Plus fondamentalement, il existe, schématiquement, deux grands courants théoriques supposés expliquer le fonctionnement mental, qu’il soit sain ou altéré : le courant « organiciste » et le courant « psychanalytique ». Or, pour le courant « organiciste », toute causalité est « biologique », et pour le courant « psychanalytique », « l’inconscient », responsable des représentations mentales, n’obéit à aucune raison au sens de « raisonnable ». Ce fait figure à l’origine de tous les essais des grands théoriciens avec et depuis Freud, jusqu’aux tentatives de constructions sous formes des « mathèmes » et du « nœud boroméen » chez Jacques Lacan.

Autrement dit, si les experts apprécient les « manquements à la raison », personne n’a jamais cherché à la définir ni même à préciser son rôle directeur dans la « psychogénèse ». Quand elle est citée, c’est par le menu !

Plus largement encore, comme il en va aussi dans beaucoup d’autres domaines, c’est le « simple » qui représente la découverte suprême, mais il est aussi le plus difficile à appréhender : Le monde se présente « à couvert » :

Il n’est pas donné à la perception première de comprendre la lumière. On ne peut alors, sans prétention, que s’attarder sur les ombres des crépuscules !

Mais  le registre de la « psychiatrie administrative » stigmatise en « affirmations sans profit » les dédales d’une « supposéee  pathologie », alors que la « santé »,  postulée comme une « norme » sans cesse invoquée mais jamais définie, n’est pas même interrogée.

 

[51] Bien sûr, on pourrait rappeler ici combien fut laborieuse toute « l’élaboration de la science médicale » qui s’est presque toujours constituée « contre vents et marées ». En ce sens, le combat continue. Les obstacles ont été en définitive de presque toutes sortes : des dogmes et croyances, des  tabous , des préjugés moraux etc. , depuis les plus primitives « superstitions » jusqu’aux théories rationalistes les plus sophistiquées comme « la théorie des quatre éléments » qui a fait des ravages durant plus de 2000 ans, en passant par les religions, les sectes, même au sein du christianisme, et beaucoup de ces obstacles durent encore.

Que l’on songe encore, il n’y a pas si longtemps de cela, aux adversaires de Louis Pasteur, les partisans de « la génération spontanée ».

Quelquefois, les mêmes qui auront d’abord refusé la remise en question de « certitudes » qu’ils croyaient bien établies, seront ensuite les premiers à réclamer les fruits des nouvelles connaissances.

En ce qui concerne le dogmatisme psychiatrique, on ne peut pas parler de religion, mais plutôt de cette paresse intellectuelle, maintes fois raillée, d’hommes engagés dans la routine d’une appréhension  purement « formelle et écrite » de l’existence humaine…Mais la vraie nouveauté de la nature de l’obstacle au progrès, avec la psychiatrie, est certainement dans la législation, obstacle que la médecine « autre » n’avait encore jamais connu à ce point ;  même si l’avenir est, de ce point de vue là, pour toute la médecine, assez sombre.

Habituellement, en médecine, au delà des querelles d’écoles et de théories, la pratique triomphe avec et par « la guérison » et « la disparition des maladies ». Malheureusement, en psychiatrie, comme nous l’avons souligné (Cf. « l’invention de la psychiatrie »), actuellement, et, disons-nous, « du fait des lois actuelles », les résultats individuels, pas plus que les données épidémiologiques ne sont guère satisfaisants, surtout à. en juger « à l’aulne du degré de satisfaction de l’intéressé ».

Le nombre des personnes contrôlées par la psychiatrie s’accroît sans cesse. Quelle en est la signification ?

Est-ce l’échec d’une pratique soignante ? Ou bien n’est-ce pas plutôt le triomphe d’un contrôle administratif qui verrait plus volontiers, dans la psychiatrie, la possibilité d’un « placement » facile, que sa finalité prétendue ?

Un pas de plus confinerait à la fiction de l’absurde : Si chacun en venait à avoir un fichier psychiatrique attaché  à son dossier médical informatisé, dont la formule sera bientôt généralisée, et que ce dossier psychiatrique, comme on l’a énoncé, puisse toujours inviter à la « méfiance » quant à la santé mentale de son possesseur, la gestion administrative de la population étant alors, de ce point de vue-là, devenue complète, qui, en tant que prétendu « sain d’esprit »,  resterait-il encore qui pourrait prétendre gérer ces fichiers, sinon l’ordinateur ?

 

[52] 

On lit dans le chapître VII de  « Die Traumdeutung » (Edition 1922) : (Chapitre classé F, c’est-à-dire ajout de 1921 – 1922) :

DAS UNBEWUSSTE UND DAS BEWUSSTSEIN - DIE REALITÄT

 

Die Rückker von der Uberschätzung der Bewusstseinseigenschaft wird zur unerlässlichen Vorbedingung für jede richtige Einsicht in den Hergang des Psychischen. Das Unbewusste muss nach dem Ausdrucke von Lipps als algemeine Basis des psychischen Lebens angenommen werden.

Das Unbewusste ist der grössere Kreis, der den kleineren des Bewussten in sich einschliesst; alles Bewusste hat eine unbewusste Vorstufe, während das Unbewusste auf dieser Stufe stehenbleiben und doch den vollen Wert einer psychischen Leistung beanspruchen kann.

Das Unbewusste ist das eigentlich reale Psychische, uns nach seiner inneren Natur so unbekannt wie das Reale der Aussenwelt und uns durch die Daten des Bewusstseins ebenso unvollständig gegeben wie die Aussenwelt durch die Angaben unserer Sinnesorgange.

 

Meyerson  (PUF) traduit ce passage dans : L'INTERPRETATION DES REVES (Edition 1967) Page  521 :

Pour bien comprendre la vie psychique, il est indispensable de cesser de surestimer la conscience.

Il faut, comme l'a dit Lipps, voir dans l'inconscient le fond de toute vie psychique. L'inconscient est pareil à un grand cercle qui enfermerait le conscient comme un cercle plus petit.

Il ne peut y avoir de fait conscient sans stade antérieur inconscient, tandis que l'inconscient peut se passer de stade conscient et avoir cependant une valeur psychique.

L'inconscient est le psychique lui-même et son essentielle réalité. Sa nature intime nous est aussi inconnue que la réalité du monde extérieur, et la conscience nous renseigne sur lui d'une manière aussi incomplète que nos organes des sens sur le monde extérieur.

 

Jean-Pierre LEFEBVRE (Editions du Seuil – 2010) le traduit page 655 :

Il faut maintenant faire marche arrière et cesser de surestimer la qualité de conscience: c'est la condition préalable indispensable d'une juste intelligence du déroulement du psychique.

Il faut admettre selon l'expression de Lipps, l'inconscient comme base générale de la vie psychique.

L'inconscient est la sphère plus vaste qui renferme en soi la sphère plus petite du conscient. Tout ce qui est conscient possède un stade antérieur inconscient, tandis que l'inconscient peut en rester à ce premier stade tout en revendiquant la valeur pleine et entière d'une prestation psychique.

L'inconscient est à proprement parler le psychique réel, aussi inconnu de nous quant à sa nature intérieure que le réel du monde extérieur et tout aussi peu donné complètement à nous par les données de la conscience que le monde extérieur ne nous est donné  par les indications de nos organes des sens.

 

Pourtant Kreis signifie cercle et non pas sphère. Le mot sphère ici, avec sa  nécessaire immersion dans notre espace familier tridimensionnel, semble introduire une notion de quelque chose de palpable, qui pourtant n’est pas présente.

 

Une difficulté surtout, à ce stade, découle de ces images de cercles, dont le plus extérieur, Ic,  serait confondu avec un monde extérieur : S’il y a cercle, il y a extérieur au cercle.

Lorsqu’il y a un dialogue entre deux individus, le Ic2 de l’interlocuteur est-il inclus dans le Ic1 du locuteur - et réciproquement - ou extérieur à lui, et, dans ce cas, comment deux mondes communiqueraient-ils ?

Il y a dans cette image de 1922 une aire d’ombre qui ne saurait satisfaire entièrement l’esprit.

L’apport lacanien du triptyque Symbolique, Réel, Imaginaire, introduit dès avant 1954, et du grand autre, A, en tant que porteur du langage et par là du champ du Symbolique, apporte une réponse complexe à cette question.

Lacan semblera jusqu’en ses derniers moments préoccupé par l’appréhension des supposés intérieur et extérieur, les retournements, la topologie, et la consistance (nœud boroméen, voire fait de tores).